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blandine longre - Page 6

  • Une amitié à toute épreuve

    collen3.jpgUne affaire de femmes
    Lindsey Collen
    traduit de l'anglais (Afrique du sud) par Pascale Blanchard
    (titre original : Getting rid of it)
    Dapper littérature, 2004

    (par B. Longre)

     

    Trois jeunes femmes, amies, sœurs de misère, vivotent mais survivent malgré le carcan des lois injustes que tentent d'imposer les hommes, la religion et l'État ; elles occupent des baraques insalubres dans un bidonville de l'île Maurice, "des cabanes voisines, dressées sur les Terres de l'État. Avant, ça s'appelait Crown land, et puis maintenant c'est devenu Kowlenn. Mais officiellement c'est State Land, se sont les Terres de l'État. Elles vivent sur le versant inhabitable d'une montagne (...) Là où les eaux torrentielles balayent la terre, provoquant des dongas, déclenchant des glissements de terrain à chaque cyclone, qui menaçaient de les emporter elles aussi, leur corps et leurs huttes. (...) Le gouvernement les appelle des squatters. (...) Chacune avait eu un avis d'expulsion, collé avec de la colle artisanale, sur le mur en tôle ondulée, à côté de leur porte d'entrée. Elles avaient été averties. Mais elles n'avaient nulle part d'autre où loger. Qui voudrait vivre sur la pente d'une montagne s'il pouvait vivre dans un endroit plat ?"


    La survie au quotidien ne leur ôte cependant pas leurs aspirations plus lointaines, leur essence, leur générosité ou encore le souvenir de leurs anciennes maîtresses, à l'époque où elles étaient servantes ; trois maîtresses qui, en dépit de leur position sociale, avaient elles aussi dû subir les assauts sexistes du genre masculin et qui en sont mortes. Mais Jumila, "vendeuse de petits articles" (dont les marchandises sont régulièrement confisquées par la police), Sadna, employée à l'hôpital dans l'aile "glisser-et-tomber" (avortements illégaux et fausses couches), et Goldilox, femme de ménage dans un vaste édifice aux vitres fumées, sont elles bien vivantes et décidées à le rester ; quand débute le récit, c'est un problème en apparence insoluble qui va les réunir, tout au long d'une journée inoubliable, une journée de pérégrinations durant laquelle chacune aura l'occasion de se remémorer le passé, leurs brèves enfances, les premières épreuves.

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  • Patchwork impressionniste

    adaniashibli3.jpgReflets sur un mur blanc

    Adania Shibli

    traduit de l'arabe (Palestine) par S. Dujols

    Actes Sud, 2004

     

     

    (par B. Longre)

     

    L'écriture de ce roman (qui se déroule en Palestine, mais qui semble comme hors du temps et de l'Histoire) repose sur une lecture intime et singulière du réel : une vision décomposée en infimes détails qui forment un réseau d'impressions visuelles, tactiles et sonores (taches de couleur, fissures, matières écaillées — un leitmotiv) où chaque sens joue un rôle bien défini. Des personnages anonymes, désignés par leur fonction sociale ou familiale, tissent un univers entropique qui enveloppe la jeune fille, pivot submergé de la narration : comme si cette dernière, impuissante, ne pouvait influer sur les événements et les êtres qui l'entourent et la malmènent, parfois involontairement.

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  • Cauchemar à l'américaine

    wojnarowicz1.jpgAu bord du gouffre
    David Wojnarowicz

    Traduit de l'anglais par Laurence Viallet
    Collection Désordres, Le Serpent à Plumes, 2004
    parution en 10-18 septembre 2005

    (par B. Longre)

    « Humez l’odeur des fleurs pendant qu’il est encore temps »

    Cet ouvrage regroupe des textes fulgurants signés David Wojnarowicz, écrivain (mais aussi artiste peintre, vidéaste, performer etc.), mort du Sida en 1980 : des récits aux allures d’un On the Road des années 8O, à travers une amérique (notons la minuscule initiale) démythifiée ; des fragments de prose poétique où jouissance et violence se rejoignent inlassablement (on pense par instants aux Journaux du dramaturge britannique Joe Orton, qui vivait son homosexualité - encore punie par la loi à l'époque - comme un délinquant), l’auteur paraissant écartelé entre le désir de provoquer et celui de faire partager ses cauchemars les plus fous, les plus réalistes aussi. Ainsi, Au bord du gouffre se présente d'abord comme une visite guidée atypique à travers les "u.s.a.", l'auteur mêlant poésie déjantée et anarchisme lucide pour mieux témoigner de son dégoût envers son pays : un style qui se fait souvent photographique, une suite de clichés renversés jouant sur les ombres et la lumière dans des descriptions presque hallucinatoires, une outrance à la Antonin Artaud et une écriture sous influences de toutes sortes… Quelques pans de son intimité nous sont dévoilés, ses souffrances d’enfant maltraité (battu, violé, fugueur, etc.), ses rencontres sexuelles avec des inconnus, ses voyages dans l’amérique «profonde» (comme « Dans l’ombre du rêve américain »), et la maladie qui l'affaiblit.

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  • Un classique, Caza

    caza3.jpgScènes de la vie de banlieue, intégrale
    Caza

    les Humanoïdes Associés, 2003

    (par B. Longre)

    Les planches regroupées ici ont été créées entre 1972 et 78 par un révolutionnaire de la BD, Caza (auquel on doit aussi Gandahar et Les Enfants de la Pluie) : une oeuvre visuelle essentielle, sous-tendue par un imaginaire psychédélique, qui ne recule devant aucune insolence, subversion ou détournement. L'auteur y exploite sa propre personne pour refaire le monde, dénoncer les dysfonctionnements de la vie moderne et un consumérisme dévorant ; il rêve tout haut d'un univers débarrassé de ses HLM et de ses occupants (dont Marcel Miquelon, esquisse du Bidochon à venir), ne cesse de proposer des contes oniriques dont l'absurdité ou la violence ne sont que le reflet de la triste réalité, et se pose parfois en justicier moderne... Sans que l'on puisse l'accuser de narcissisme, tant la parodie et l'autodérision sont omniprésentes. La force de l'engagement va de pair avec le foisonnement des textes, les superbes mises en couleurs et la beauté graphique de chaque planche : un excellent parcours à travers les années 70, une lecture d'une drôlerie imbattable, bref, un classique.

    L'éditeur

    Caza

  • Maudits artistes…

    chung4.jpgL'expérience interdite
    Ook Chung

    Le serpent à plumes, 2003

    (par B. Longre)

    L’expérience interdite, littéraire et humaine, dont il est question ici, a été mise en place par Bill Yeary, mégalomane plein d’imagination ; son rêve a pris corps dans une petite île des Philippines : une "ferme" souterraine, peuplée d’hommes-animaux encagés, coupés du monde, et contraints d’écrire, toujours écrire, du mieux qu’ils peuvent, malgré l’insalubrité, la puanteur la malnutrition, les coups et les jeux sadiques de Bill Yeary… Fantastique réceptacle de génies littéraires, ce « bestiaire d’écrivains extraordinaires » produit des Goncourt et des Pulitzer et fait la fortune de son inventeur ; il est parti d’un principe assez simple, après avoir étudié de près les perles de culture et leur "fabrication" ; fasciné par le processus de création qui se joue à l’intérieur des huîtres — on y introduit un "irritant" pour les inciter à former des perles — il s'attelle à créer des «perles humaines», se chargeant de leur procurer l'irritation appropriée...

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  • Quand l'Histoire se fait roman avorté

    claudeperez3.jpgConservateur des Dangalys
    Claude Pérez
    Verdier, 2004

    (par B. Longre)

     

    Véritable récit-valise, Conservateur des Dangalys rassemble, sous la houlette d’Etienne, narrateur de son état, des histoires emboîtées dont le déroulement, les allers-retours et les petits « excursus » jouent sur la patience du lecteur, paradoxalement séduit. « Ça vous déplaît ? Je ne vous retiens pas. » lâche Etienne. Est-ce vraiment un roman qu’il écrit (le sous-titre se veut neutre, annonçant « récit ») ? A cette question, posée en toute innocence par Héloïse, l’une de ses conquêtes, il réplique : « Ah ! mais pas du tout ! rien que du véridique ! des faits avérés ! une enquête ! » Double, voire triple enquête, qui nous mène des Dangalys à Londres, en passant par Courçon, Cachette ou Episcopi… Mais pour comprendre ce qui se cache sous ces noms de lieux, le lecteur doit d’abord accepter d’entrer dans les souvenirs – rafistolés ou non – dans le quotidien – raconté avec drôlerie - et dans les recherches historiques – embellies, imaginées ou non - d’Etienne, conservateur d’un petit musée dédié à la mémoire de Charles-Aimé : qui est véritablement ce Charles-Aimé qui fascine Etienne ? Son statut de personnage historique est-il réel ou bien lui est-il uniquement octroyé par ce conservateur original ? Héritier-imposteur d’un petit domaine de province (il y a environ cent cinquante ans, nous dit-on), pris dans la tourmente d’événements politiques qu’il n’a jamais maîtrisés, il a peu vécu aux Dangalys, « berceau d’une dynastie » qu'Etienne à maintenant la mission de sauvegarder et de faire visiter ; mais sous la plume élégante et très imagée d’Etienne, la demeure et ses anciens occupants semblent plutôt refléter la décadence d’une noblesse à jamais disparue.

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  • Pérégrinations d'une pierre qui roule...

    janineteisson3.jpgLa petite pierre de Chine
    Janine Teisson
    illustrations de Chen Jiang Hong
    Actes Sud Junior, les contes philosophiques 2004

     

    (par B. Longre)

     

    Ce conte va volontairement à l'encontre de l'adage populaire qui dit qu'une pierre qui roule n'amasse pas mousse... Car la petite pierre de ce "road-movie" philosophique va profondément s'enrichir, découvrant le monde, les hommes, la nature et le sens des choses, tirant une sage leçon de chacune de ses expériences.

     

    Avant d'entreprendre, un peu malgré lui, ce long voyage, le caillou sans importance se tient immobile entre deux énormes rochers surplombant la Chine, Paah et Maah (qui jouent le rôle de père et de mère), imperturbables : « Personne ne savait qu'il existait un petit espace entre les deux rochers géants et que, dans cet espace minuscule, il y avait une petite pierre. » Cette dernière n'ose bouger, croyant que sans elle les deux gros cailloux s'écrouleront ; un jour, pourtant, ce sont les éléments qui vont se charger de la transporter ailleurs. D'abord l'eau, puis des animaux (un poisson argenté, un canard, une perdrix...) mais aussi les hommes, qui tour à tour la rejettent ou s'en servent, la traitent avec indifférence ou lui montrent combien elle peut être utile ; par sa faute, un homme mourra ; grâce à elle, une femme aura avancé dans son travail...

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  • Leçon d’humanisme

    charlesmasson3.jpgSoupe froide
    Charles Masson

    Casterman, Écritures, 2003

    (par B. Longre)

    Quand frappe l'hiver, on a tous quelques pensées fugaces pour les plus démunis ; les journaux et les radios se chargent de nous le rappeler et entonnent une litanie (c'est la faute à la froidure...) qui, à force d'être répétée, perd de son sens et devient, comme beaucoup d'autres sujets, une façon de combler le vide. La mauvaise conscience refait surface, mais tout s'efface très vite des esprits qui habitent des corps à l'abri du froid, de la faim et de la déchéance. L'ouvrage de Charles Masson est exemplaire, car il force le lecteur à l'intimité d'un rude face à face : impossible de détourner les yeux, de refermer l'ouvrage et d'ignorer le cheminement d'un homme aux portes de la mort, impossible de se boucher les oreilles et de ne pas entendre la voix de cet anonyme abandonné de tous et son long monologue entrecoupé de jurons et de regrets. D'emblée, le lecteur comprend que ce clochard (avec sa grossièreté, sa brusquerie et son corps qui se délite) n'aura pas la chance de survivre, que son corps va lâcher et que ses pensées, que nous sommes les seuls à connaître, seront les dernières.

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  • Contre l'oubli

    destinsdefemmes3.jpgDestins de femmes, Filles et femmes afghanes
    Collection J'accuse..!
    avec un récit de Rolande Causse
    Syros , 2003

    (par B. Longre)

    "Pendant les six ans du régime des taliban, la communauté internationale, à quelques exceptions près, ne s'est pas préoccupée de ces femmes qui n'avaient plus aucun droit, sauf celui de se taire" (Valérie Rohart)

    Nahib a treize ans quand elle est enfin de retour à Kaboul après un exil forcé ; non pas au Pakistan, que sa famille n’a pu atteindre, mais dans la campagne afghane. Dans son « cahier rouge », elle revient sur les événements traumatisants liés à l’arrivée au pouvoir des taliban, mais d’abord, sur la petite enfance heureuse, un temps révolu où les femmes pouvaient couvrir leurs cheveux « d’un voile léger », porter des «robes chamarrées » et travailler, comme le faisait sa mère ; un temps où les petites filles pouvaient aller à l’école et apprendre le persan, les femmes accoucher à l’hôpital et se faire soigner normalement.
    En septembre 1996, l’arrivée des taliban bouleverse la vie familiale : le père de Nahib n’a plus le droit d’exercer son métier de jardinier ( « la beauté des jardins pouvant détourner de dieu »…) et il préfère quitter son pays plutôt que de subir le joug « d’étudiants » cruels et autoritaires. Le voyage est long, douloureux et après qu’un des enfants est blessé par une mine, ils doivent se résoudre à rester en Afghanistan. Pour Nahib, le monde se réduit alors à quelques heures de classe dans une école clandestine et à de longues heures passées « derrière la fenêtre», perchée sur un coffre.

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  • Incertain retour aux sources

    chrisoffutt3.jpgNo Heroes
    A memoir of coming Home, de Chris Offutt - Methuen, 2003

    Les hommes ne sont pas des héros, traduit de l'anglais par Anne Wickle - Mercure de France, 2004

    (par B. Longre)

    No Heroes se pose d'emblée comme un récit autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours savoir où ce récit doit le mener : " Le plus étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire ce livre. Les cassettes audio étaient destinées à mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou, une petite communauté repliée sur elle-même. Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative writing" (une spécialité universitaire typiquement anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...), une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture, à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution peu reconnue, considérée comme un établissement de deuxième classe.

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  • Petites pensées solitaires

    alkennedy3.jpgIndelible Acts

    A.L. Kennedy
    Jonathan Cape, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    En quelques lignes, A.L. Kennedy pose chacun de ses personnages avec une minutie qui sied parfaitement au genre nouvellistique : êtres égarés, repliés sur eux-mêmes, qui se racontent (ou se laissent raconter) en amplifiant chaque geste anodin, en analysant la moindre pensée ; c’est ainsi que se dessine une succession de révélations intimes (la désormais très classique "épiphanie" joycienne, chère à Raymond Carver, autre nouvelliste de talent), ici microscopiques, par le biais d’une exploration solitaire et toujours imprégnée de doute : du gardien d’école qui « joue » son rôle d’époux et de gardien depuis des années et se remémore un amour perdu (A little light), à la femme qui a invité un ancien amant anglais à lui rendre visite dans sa retraite en Nouvelle-Angleterre, sans vraiment savoir pourquoi (How to find your way in woods), en passant par l’avocat sur le point de vivre son homosexualité, aspiré par le désir qu’il éprouve pour son supérieur hiérarchique (An immaculate man), par Tom, un pathétique névrosé, paralysé par l’absurdité d’une rupture amoureuse qu’il se refuse à admettre (Touch Positive) ou encore Ronald, un jeune garçon déterminé à devenir un « mauvais fils » pour sauver sa mère (A bad son).

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  • La belle et la bête

    Braise
    Laura Desprein
    Arléa, 2002

    (par B. longre)

    Le premier roman de Laura Desprein oblige à côtoyer, dans les moindres détails, une obsession amoureuse qui n'en finit pas de se terminer, une passion incongrue entre "Braise" et "Feu" : une jeune étudiante apparemment saine et un homme sur le retour, pervers sexuel à ses heures, plus ou moins impuissant, mais pour qui la narratrice éprouve une attirance presque contre nature. Quand Valérie (son véritable nom) était lycéenne, c'était lui qui la pourchassait (délaissant pour un temps la sortie de l'école primaire du coin...), l'inondant de petits cadeaux pour la séduire. Deux ans plus tard, c'est elle qui se lance à sa recherche, tant le souvenir de "l'obsédé" l'obsède ; ceci, en dépit de l'apparence physique un peu répugnante ("petit, rondouillard et tout le reste", résume-t-elle), des idiosyncrasies du personnage et des vingt années qui les séparent. S'ensuivent des retrouvailles un brin sordides, des rencontres furtives que Valérie dissimule à son entourage et à ses amis étudiants, entamant ainsi une double vie parfois humiliante et d'autres fois excitante, comportant de multiples moments d'extase qui, paradoxalement, la mènent en enfer.

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  • Dire non à la guerre

    lysis.jpgLysistrata, d'Aristophane
    Traduit du grec par Raphaël Meltz et Laetitia Bianchi
    Arléa, 2003

    (par B. Longre)

    Une traduction vivifiante, au service d'un texte résolument moderne et populaire.

    La pièce est de circonstance (justement, le 3 mars dernier, une lecture universelle s'est déroulée dans tous les coins du monde, 1031 lectures dans 59 pays...) et l'on sait que la préoccupation essentielle d'Aristophane concernait la guerre et la paix ; cette comédie est jouée pour la première fois en 411, durant la guerre du Péloponnèse (les Athéniens et les Spartiates s'affrontaient depuis vingt ans) et peut être considérée, au-delà du genre comique, comme une tentative d'enfin vivre en paix.

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  • Métamorphoses

    chauffeusedebus2.jpgLa Chauffeuse de bus
    Vincent Cuvellier
    Illustrations de Candice Hayat
    Le Rouergue, 2002 - collection Zigzag

    (par B. Longre)

    Le petit Benjamin habite loin de l'école et chaque matin, il prend le car scolaire qui, malheureusement, le dépose toujours à l'heure ; c'est un peu de la faute de la chauffeuse du bus, une femme taciturne dont les enfants se moquent souvent : c'est une femme, mais pourquoi a-t-elle de si gros muscles ? Ce qui incite certains à l'appeler "Monsieur", lui déniant ainsi toute féminité et la considérant d'emblée comme monstrueuse ou anormale ; il est vrai qu'elle est costaude, qu'elle fume cigarette sur cigarette, qu'elle a un "gros pif" et qu'elle "pue"... bref, elle est moche ! Un prétexte suffisant pour les enfants, qui, le reste du temps, l'ignorent royalement...
    Mais un matin où il est plus fatigué que d'habitude, Benjamin s'endort dans le bus et se réveille au dépôt... et se retrouve, pour la première fois, seul avec elle, figure familière et inconnue à la fois. Elle se méfie, fait comprendre qu'elle ne supporte pas les "gosses" et qu'elle va bien vite le ramener à l'école.

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  • Thriller littéraire

    colapinto3.jpgAbout the author
    de John Colapinto -
    Fourth Estate, 2002

    Auteur en sursis
    traduit de l’anglais par Cécile Arnaud - Belfond, 2003

    (par B. Longre)

     

    La poursuite de la célébrité peut se décliner de multiples façons, souvent sur le mode satirique. Avec About the author, les amateurs de suspense et d'humour trouveront leur compte, car ce premier roman (palpitant, admettons-le) ne manque pas d'efficacité (on serait tenté de dire "à l'américaine"). Mais sous des dehors de thriller littéraire un peu facile, le récit est avant tout une confession angoissée, écrite dans l'urgence par un homme qui a longtemps caché son jeu, et qui a donc beaucoup à nous apprendre : Cal Cunningham revient ainsi sur ses pas et raconte comment, fraîchement sorti de l'université, il s'installe à Manhattan dans l'espoir de devenir écrivain, mais surtout, "célèbre". Il vivote pourtant, trouve un emploi dans une librairie et partage un sordide appartement avec un colocataire rigide et ennuyeux : Stewart Church, un jeune étudiant en droit, qui s'enferme des journées entières dans sa chambre, avec pour seule compagnie son ordinateur. Cal, lui, passe ses soirées à écumer les bars du "Village", où il vit de brèves aventures avec des filles un peu crasseuses, qui se prétendent artistes... sa façon à lui de se forger une expérience, un "matériel" personnel qu'il pourra ensuite exploiter dans le fameux roman dont il n'a toujours pas écrit une seule ligne...

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  • Femmes libres

    chizijian3.jpgLe bracelet de jade
    Chi Zijian

    nouvelles traduites du chinois par Dong Chun
    Bleu de Chine, 2002

    (par B. Longre)

    Dans un style délicat et souvent poétique, Le bracelet de jade conte le déclin de la famille Fu à travers le regard mélancolique de la Quatrième épouse. Le maître est décédé brutalement (on apprendra plus tard comment) et la Première épouse l'a suivi de près dans la mort. La Troisième épouse quitte alors la maison et se remarie ; demeure ainsi la Deuxième épouse, en tête-à-tête avec la Quatrième : les deux femmes vivent dans un isolement grandissant avec pour seule compagnie le fils attardé de la Deuxième, Porte-Bonheur, et une vieille servante un peu commère, la mère Li. La Quatrième, depuis ses appartements, observe avec dédain et tristesse le manège amoral de la Deuxième, qui a loué les services d'un saisonnier pour soi-disant nettoyer la maison, mais qu'elle rejoint chaque fois qu'elle le peut dans le moulin.

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  • La reine et le peintre

    aliettearmel3.jpgLe voyage de Bilqîs

    Aliette Armel
    Autrement, collection Littératures, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    La reine de Saba et sa rencontre avec le roi Salomon n'ont eu de cesse, au fil des âges, que d'inspirer nombre d'écrivains et poètes (Nerval, Flaubert...) et, dans le même temps, cette histoire mythique (dont les sources historiques demeurent plutôt vagues), n'a cessé d'être récupérée et remaniée par les juifs, les chrétiens, les musulmans, ou encore les Ethiopiens, quand elle servait leurs intérêts spirituels ou politiques... Dès lors, quoi d'étonnant qu'une auteure française se l'approprie et la réinvente, tout en l'incrustant délicatement dans un autre récit, celui d'une lutte entre le peintre de la Renaissance italienne Piero Della Francesca (1415?-1478) et sa passion dévorante pour son art ? Ainsi, tout au long du récit, l'histoire de Bilqîs, reine de Saba, fonctionne à la fois comme le ressort narratif du roman, et comme le déclencheur de l'inspiration du peintre.

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  • "La cage étroite du temps"

    christophedufosse1.gifL'heure de la sortie
    Christophe Dufossé
    Denoël, 2002
    Folio Gallimard, 2004

    (par B. Longre)

    Les enseignants seraient-ils des créatures à part ? A en croire Christophe Dufossé, ils formeraient une catégorie atypique, une espèce sclérosée et obnubilée par des relents d'enfance, et pourtant en tous points génétiquement semblables aux autres humains... C'est du moins le point de vue, non pas tant énoncé qu'esquissé, qui domine ce sombre roman. L'histoire est racontée par l'esprit en perdition d'un jeune professeur de français, Pierre Hoffman, qui porte un regard désabusé, cynique mais aussi très amusant sur la profession, une vision amère mais teintée de drôlerie du microcosme de la salle des profs de son collège : des descriptions et des remarques peu flatteuses qui sonnent juste de bout en bout, en dépit d'un penchant à noircir allègrement le tableau. Mais peut-il en être autrement, alors que L'heure de la sortie débute abruptement par la défenestration d'un stagiaire d'histoire-géo, depuis sa salle de classe ?

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  • Science et conscience

    davidlodge3.jpgThinks (Penguin paperback, 2002)
    Pensées secrètes (Payot Rivages, 2002)
    de David Lodge
    traduit de l'anglais par Suzanne Mayoux

    (par B. Longre)

    Est-il encore nécessaire de raconter un roman de David Lodge et d'inévitablement en faire l'éloge ? D'y ajouter les épithètes "humain", "divertissant", "réaliste" et "convaincant" ? De conseiller vivement au lecteur potentiel de s'y plonger sans crainte ?
    Thinks, comme les autres romans, est habilement construit ; ici, sur le mode de l'alternance narrative : d'abord le journal intime d'Helen Reed, romancière invitée à animer un cours de "creative writing" à l'Université de Gloucester. Helen ne parvient plus à écrire (excepté son journal) depuis la mort soudaine de son mari. Le deuxième journal est tout autre, mais pas moins intime : les enregistrements privés qu'effectue Ralph Messenger, professeur de science cognitive dans la même université ; celui-ci se livre à cet exercice d'abord pour des raisons scientifiques, puis prend goût à ces monologues qu'il souhaite traiter comme matériau brut, des pensées telles qu'elles viennent à l'esprit d'un individu, pour ensuite les retranscrire et les analyser. C'est, d'après lui, l'unique occasion de pénétrer la conscience d'un individu sincère qui dévoile ses fantasmes ou ses pensées les plus secrètes... Et les pensées de Ralph Messenger ne manquent ni de piquant, ni de drôlerie, apportant une petite touche scabreuse à l'ensemble.

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  • Mère Courage en Espagne

    chava1.gifChava
    François Martinez
    L'Harmattan, 2002
    (Théâtre des 5 continents

    (par B. Longre)

    La guerre d'Espagne vient de s'achever, les républicains sont vaincus ; Chava la Sèche est chassée de son village pour avoir hébergé son gendre républicain, le père de Petit-fils. Sa fille est en prison, ou a été fusillée, et Chava erre sur les routes avec l'orphelin, un garçon obstiné, qui refuse de croire à la mort de ses parents. Mais sa grand-mère a les pieds sur terre et estime que l'on n'a pas le droit de s'appesantir sur le passé lorsqu'il faut survivre, et toujours, elle va de l'avant, mendiant ou volant, parfois ; selon elle, "L'Espagne n'est plus qu'un pays de mendigots" et il faut se battre pour ne pas se faire traiter de bohémiens...

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