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blandine longre - Page 4

  • Cavalier seul

    chevalierb3.jpgChevalier B.
    de Martine Pouchain

    Sarbacane, Romans Exprim’ 2007

     

    entretien avec l'auteure à la suite de l’article.

     

    (par B. Longre)

     

    Barnabé Bouton aime Rosa Valet, qui ne le sait pas. Il lui écrit, mais signe ses missives de son initiale, et Rosa a beau se creuser la cervelle, elle est loin de soupçonner que c’est « le gros Barnabé » qui compose de si belles lettres, pleines d’envolées toutes bucoliques – lui qui a quitté l’école dès 16 ans. Entres deux lettres, Barnabé passe ses journées à travailler dans la ferme familiale et à écouter une vieille cassette du Concerto n°3 de Rachmaninov en compagnie de son champ de maïs (qui apprécie la musique), en laissant voguer son imagination et en rêvant à l’inaccessible Rosa ; lui vient alors une idée : pour gagner son cœur et attirer son attention, il pourrait changer le monde, et dans ce cas, autant s’attaquer à ce qu’il connaît si bien, son village, où tout ne marche pas nécessairement comme il faudrait… à commencer par le champ de maïs transgénique, qui rencontre la désapprobation de tous les habitants : « une mission parfaite pour un chevalier », se dit le jeune fermier…

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  • (Re-)vivre enfin

    cleblanc3.jpgRester vivante
    de Catherine Leblanc

    Actes Sud Junior 2007

     

    (par B. Longre)

     

     

    Nombre de lecteurs (jeunes et moins jeunes) se retrouveront certainement dans Jo, la narratrice créée par Catherine Leblanc, un personnage crédible, touchant, et qui surtout parvient à mettre en mots son mal-être, des mots qui lui permettent de mieux appréhender ses émotions contradictoires ; et ce, en dépit de la méfiance que le langage lui inspire d’ordinaire : « Parler n’empêche pas d’être seul, c’est une illusion de penser que les autres peuvent nous comprendre. » lance-t-elle un jour à son professeur de philosophie – une discipline qui d’abord l’intrigue, puis la déçoit en ce début d’année de terminale.
    Comme beaucoup de narrateurs de romans miroirs, Jo a du mal à communiquer, en particulier avec ses parents, des êtres résignés au désenchantement ambiant, qui se disputent perpétuellement : la mère est intrusive et superficielle, pleine de fausse sollicitude, passant son temps à s'apitoyer sur son sort, le père reste indifférent à sa fille, lui imposant sa vulgarité depuis plusieurs années. La rage qui envahit par instants la jeune fille et la médiocrité des adultes qui l’entourent fait immanquablement repenser, entre autres, à Jeanne, l’adolescente de Mémoires d'une sale gosse de Cédric Erard.

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  • Une couleur à part

    macouleur3.jpgMa couleur
    Catherine Leblanc & Sophie Charpin (illustrations)
    Balivernes, 2007

     

     

    Fathi, bouleversé par la séparation de ses parents, a perdu sa « couleur de famille », sa «couleur d’enfant » ; il se cherche, ne se retrouve plus, et seule une question le taraude à présent : « De quelle couleur je suis ? » ; une question qu’il pose à tous ceux qui l’entourent (au point d’exaspérer sa mère) sans entendre de réponse satisfaisante, ni dans la famille de son père, ni dans celle de sa mère, ni à l’école… Noir, blanc, chocolat, couleur de poussière ou couleur « de crotte » (selon certains camarades de classe…) ? En tout cas, il sait qu’il n’est pas couleur « lait tourné », contrairement au nouvel amoureux de sa mère...

    (par B. Longre)

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  • La grande supercherie

    chomeurs3.jpgChômeurs, qu'attendez-vous pour disparaître ?
    Collectif - textes réunis par Jean-Jacques Reboux
    Collection Tous les possibles
    Editions Après la lune, 2007

    (par B. Longre)

    Ce n’est pas un scoop : les chiffres et autres statistiques du chômage sont « grossièrement truqués ». Dans le Canard Enchaîné du 4 avril, on apprend même que la soixantaine d’experts de la Dares (Ministère du travail) protestent contre la très optimiste baisse récemment annoncée par le gouvernement (et que de nombreux médias ont allègrement relayée sans la commenter), une baisse « concomitante avec une série de changements dans les règles administratives de gestion des listes et dans les modalités du suivi des demandeurs d’emploi», et le Canard d’ajouter, « en bon français », que c’est « le résultat d’une tricherie qui a consisté à radier massivement les chômeurs ».

    Ce genre de manœuvre n’a rien d'extraordinaire, ainsi qu’en témoignent les textes rassemblés par Jean-Jacques Reboux, auteur et éditeur, dans un ouvrage instructif, courageux et limpide qui permet de pénétrer la nébuleuse des chiffres, de comprendre ce qui se cache derrière les effets d’annonces, mais aussi de donner la parole à ceux que l’on entend guère d’habitude : des chômeurs, mais aussi des employés d’ANPE (certains ont préféré garder l’anonymat) dont les propos valent leur pesant d’or et qui nous mettent au parfum (entre autres en proposant un glossaire commenté du jargon administratif – signé Léa Ricaud et d’un « Petit dictionnaire ANPÉien » que l’on doit à Olivier Hagel).

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  • Un peu de maths

    38perro.jpg38 Perroquets
    Grigori Oster (traduit du russe par Marina Abelskaïa), illustré par Samuel Ribeyron

    Points de Suspension, 2006

     

    (par B. Longre)

     

    Un singe, un éléphanteau et un perroquet tâchent de venir en aide à un «petit» (tout est relatif) boa constrictor qui s’est mis en tête de se mesurer… Le problème mathématique agite les quatre compagnons, d’abord parce que le boa est long (si long qu’il faut parfois du temps pour remonter de sa queue à sa tête), mais aussi parce qu’il est bien difficile d'appréhender la notion d’unité de mesure… C’est le perroquet, ainsi que le laisse entendre le titre, qui détient la solution et donnera l’exemple à ses compagnons.

     

    Ce joli conte au didactisme léger, mené par des dialogues enlevés (que l’on doit à l’un des grands noms de la littérature jeunesse en Russie), est mis en scène par Samuel Ribeyron, quia créé, pour l’occasion, quatre personnages (entre papier mâché et pâte à modeler) photographiés avec, à l’arrière-plan, quelques sobres décors peints ; des animaux aux mines très expressives, naïfs et amusants, et toujours en mouvement, ce qui confère à l’ensemble la vivacité d’un dessin animé.

     

    Samuel Ribeyron

     

    L'éditeur

  • Bouvard et Pécuchet

    2cons.jpgDeux cons
    de Tronchet

    Fluide Glacial, 2006

    Après Jean-Claude Tergal, l’inoubliable bourreau des cœurs, le terrifiant Raymond Calbuth ou encore le drôlissime Jésus, Tronchet nous présente deux nouveaux rejetons, Patacrêpe et Couillalère, héros éponymes de ce nouvel album. Un duo de choc, pathétique à souhait, dont on fait la connaissance à travers une série de saynètes tout aussi absurdes les unes que les autres (à la piscine, dans l’appartement ou le lit qu’ils partagent, etc.) qui mettent évidemment en relief l’inénarrable connerie de ces inventions hybrides – chacun d’eux oscillant entre le potache pubescent et l’imbécile pas toujours heureux, frustré (forcément), mesquin et timoré. L’humour bête et méchant, au ras des pâquerettes, de ces Bouvard et Pécuchet découvrant le monde qui les entoure (les femmes, les raviolis…), arrache pourtant de nombreux sourire au lecteur, tant la salutaire distanciation sardonique de l’auteur – forcément cruel avec ses créatures – et les propos qu’il tient en filigrane sur la bêtise humaine sont fort réjouissants.

    L'éditeur

  • L’amour "global"

    amulpas3.jpg

    La fille du papillon, d'Anne Mulpas
    Sarbacane, Romans Exprim’ 2006
    à partir de 13 ans

    (par Blandine Longre)

    « Ce n’est pas un banal coup de foudre, ce n’est pas une bête histoire d’amour. Non, non et non. C’est autre chose », écrit Solveig dans le journal intime qu’elle a choisi d’écrire, en dépit de ses principes… car elle a enfin quelque chose à raconter et à confier depuis qu’elle a rencontré celui qu’elle baptise d’emblée « le Monde », le garçon qui va prendre désormais beaucoup de place dans ses pensées et dans sa vie.

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  • Sous le silence, le sens

    anneherbauts3.jpgPetites météorologies

    Anne Herbauts
    Les albums Duculot, Casterman, 2006

     

    (par B. Longre)

     

    Une missive vogue de page en page, traversant des paysages gris ou ternes, un nuage de vapeur rose sorti d’une cafetière s’en va rejoindre un comparse bleu échappé d’une seconde cafetière… Sous les autres nuages, derrière des portes ou des fenêtres à rabats, des personnages, des objets, quelques scènes de la vie quotidienne, des instantanés en concentré d’un instant T. sur un espace circonscrit par les bords du livre.

    D’un point de vue esthétique, le travail d’Anne Herbauts est irréprochable, et l’on plonge avec curiosité dans ses créations qui nous happent par leur illisibilité première, procurant un sentiment de spontanéité ; des pleines pages silencieuses qui pourtant nous parlent, disent de multiples petits riens qui, en se combinant et en s’accumulant, racontent plusieurs histoires croisées, de brèves émotions, dont la plupart vont s’accorder à l’univers imaginaire de chaque lecteur. La lecture se fait ici acte individuel et intime, par le biais d’une observation vagabonde – l’auteure n’imposant aucun sens de lecture, ni explication prémâchée.

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  • Jacques, cet inconnu…

    jcartier3.jpgJacques Cartier
    Claire Ubac
    L’école des loisirs, collection belles vies, 2006


    (par B. Longre)

    ou comment (ré)concilier fiction et documentaire biographique.

    Adolescent, Jacques Cartier rêve d’horizons lointains, imagine voguer dans le sillage des navires qui font escale à Saint-Malo (ce « vaisseau de pierres ») et suit avec passion les récits de voyages qui arrivent jusqu’à ses oreilles… Né l’année qui précède la découverte des «Indes» (les occidentales) par Colomb, il baigne dans cet univers stimulant et novateur, et très vite, s’engage comme marin sur des navires de pêche — à l’époque, les Malouins partent régulièrement pour Terre-Neuve et ses eaux poissonneuses. On ne sait pas avec exactitude où l’ont mené ses premiers « pas », mais il est certain qu’en 1520, quand il rencontre François 1er (en personne !) il est déjà un navigateur chevronné (même si, comme ses contemporains, il mesure encore la longitude «à l’estime »…). Le roi voudrait rentrer dans la course aux richesses bien entamée par les Portugais ou les Espagnols et cherche des marins capables d’investir de nouveaux territoires en son nom et, au mieux, de découvrir cette fameuse route vers l’Orient, ce passage que tous s’évertuent à ne pas trouver, avec l’idée de partir du nord, aux alentours de Terre-Neuve — Magellan découvrira son détroit deux ans plus tard, mais y perdra la vie (18 marins sur plus de 200 rentreront à bon port au bout de trois ans…). Jacques doit toutefois se montrer patient (François guerroie du côté de l’Italie et a d’autres chats politico-financiers à fouetter), et ce n’est qu’en 1532 (déjà 41 ans) qu’il est enfin engagé par le roi pour mener à bien une première expédition vers « les Indes »…

    Biographie romancée aux allures de docu-fiction, le Jacques Cartier de Claire Ubac vaut son pesant d’écus et il serait fort dommage de passer à côté de si bonnes pages, d’un récit aussi enlevé, vivant – et « instructif »… chose qu’on tendrait presque à oublier tant l’auteure sait jongler entre fiction et biographie.

    Comment, justement, tenir un jeune (ou moins jeune) lecteur en haleine et l’inciter à aller toujours plus loin, à partir d’une thématique historique qui n’est certes pas rébarbative, mais dont le caractère même pourrait bien avoir raison de sa motivation ? Pour ce faire, l’auteure, fine stratège, apporte à l’écriture une pointe de fantaisie qui allège le sérieux du sujet – sans pour autant manquer de rigueur historique. Plusieurs surprises narratives nous attendent : l’intervention inopinée d’un conférencier, les dialogues récurrents de deux marins malouins, Le jeune et Morbihan, qui commentent à leur façon les progrès des trois voyages de Cartier, des adresses aux lecteurs dans le plus pur esprit classique, ou encore l'intervention directe de la romancière, qui va jusqu'à remettre son travail en question... des procédés qui font de cet ouvrage un artefact hybride, entre fiction et récit historique, entre imaginaire et réalité...

     

    Les passages relatant rencontres et échanges avec les autochtones sont savoureux, et on s’amuse beaucoup de l’exposition des préjugés des uns et des autres ou des tentatives (infructueuses et frisant le ridicule) de Cartier pour convertir les « sauvages » un peu retors (mais on les comprend) et forcément très réticents, voire hostiles (voir entre autres la scène où Cartier, très inspiré, lit des passages de l’évangile aux Indiens…) — la justesse de l’humour servant à mettre l’accent sur les absurdités et les hypocrisies des expéditions (la promesse de convertir des peuples indiens allant de pair avec l’intention de s’approprier impunément territoires et richesses) sans pourtant déprécier entièrement le personnage et son parcours : Cartier reste un héros au Canada (nom issu du terme générique « Kanata », signifiant «village» en huron et que le navigateur aurait pris pour le nom d’une ville indienne) et on ne saurait nier ses qualités (affrontant courageusement ses responsabilités, mais aussi le froid, la maladie, les pertes humaines et les déceptions, se montrant rarement cruel ou destructeur).

    Claire Ubac évoque avec précision le contexte d’un siècle qui s’ouvre tout juste à l’humanisme, d’un temps agité par de nombreuses découvertes (et pas seulement territoriales), où les occidentaux rejettent peu à peu l’immuabilité en toutes choses que l’église chrétienne a instaurée depuis des siècles : « La vision du monde ne cesse alors de se modifier et de se préciser. L’idée se répand que les mers reliées entre elles, loin d’être une étendue de perdition, offrent des routes multiples pour accéder aux terres émergées ! » Et plus loin, d’ajouter : «C’est alors que la vieille vision chrétienne oscille sur sa base. » — enfin !
    Un seul regret pour le lecteur désireux de parfaire ses connaissances : ne pas disposer, en fin d’ouvrage, d’une courte bibliographie permettant d’aller plus loin ou de découvrir les sources de l’auteure. En revanche, on apprécie les cartes retraçant les différents itinéraires de Cartier lors de ses explorations et que l’on suivra parallèlement au texte, ainsi qu’un dossier iconographique de quelques pages au centre de l’ouvrage.
    Un conseil et un seul : lire ce Jacques Cartier plein d’allant comme on lirait un roman, sans se désoler des inévitables lacunes biographiques ; au contraire, en profiter, comme le conseille habilement l’auteure (en partie pour justifier les libertés prises avec l'histoire), pour laisser libre cours à son imagination.

     

    Lire aussi
    Les voyages de Jacques Cartier
    de Maryse Lamigeon et François Vincent
    L'école des Loisirs, Archimède, 2006 - dès 6 ans

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

  • Lupus est homo homini

    loupsarbacane3.jpgUn LOUP peut en cacher un autre
    collectif d'illustrateurs - textes de François David
    Sarbacane, 2006

    (par B. Longre)

     

    Après l’éléphant, un animal autrement plus ambivalent a été retenu par les éditions Sarbacane pour ce deuxième album grand format, qui réunit une trentaine d’illustrateurs, et dont le fil conducteur est une nouvelle fois offert par François David et ses poèmes – en regard de chacune des créations graphiques. Un bel éventail, donc, qui permet à la fois de (re)découvrir des artistes et d’observer le loup à travers le prisme d’univers imaginaires forcément très hétérogènes ; un animal qui n’a jamais cessé d’inspirer pléthore d’auteurs – comme en témoigne, parmi tant d’autres, les pièces de Joël Pommerat et de Jean-Claude Grimberg ou un bel album paru récemment au Rouergue, Dans la gueule du loup de Fabian Negrin, un Petit Chaperon Rouge écrit du point de vue du loup…

     

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  • Chronique d’une métamorphose

    annepercin3.jpgPoint de côté, d'Anne Percin
    Editions T. Magnier, 2006
    à partir de 14 ans

    (par Blandine Longre)

    Le premier roman d’Anne Percin (« réécrit 3 fois en 15 ans ») est l’aboutissement d’un travail de longue haleine et, à la lecture, l'on sent à quel point l’auteure s’est attachée à son personnage ; elle l'examine avec compassion, décrivant avec précision l’état d’extrême solitude d’un adolescent que la vie étouffe. Et malgré le désespoir palpable de Pierre, les trois cahiers qui composent son journal conservent une fraîcheur de ton et une autodérision qui laissent penser qu’il va parvenir à s’extraire de sa dépression (cette « vieille envie de ne plus en être »), qui n’en finit pas de perdurer.

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  • Des nouvelles des Antipodes

    breves79.jpgRevue Brèves n° 79
    Automne 2006
    L'Atelier du Gué, revue trimestrielle

     

    (par B. Longre)

     

    La littérature néo-zélandaise, invitée des Belles Etrangères cet automne (après la Roumanie en 2005), est conjointement à l’honneur dans le dernier numéro de la revue Brèves, grâce à un dossier préparé par Claire Julier et Christiane Rolland Hasler (toutes deux nouvellistes).
    C'est d'abord par le biais de leurs écrits que l'on découvre cinq auteur(e)s (pas tous nécessairement invités par les Belles Etrangères), des nouvelles qui ouvrent sur des univers littéraires et intimes inévitablement hétérogènes.


    On s'arrêtera plus particulièrement sur Les papillons de Patricia Grace, romancière maori, l'une des premières à avoir été publiée dans son pays dans les années 1970 et à laquelle on doit, entre autres, le beau roman Cousins (1992). Les papillons met en scène une petite fille qui fait la fierté de ses grands-parents depuis qu'elle va à l'école, mais son travail sur les papillons ("J'ai tué tous les papillons") ne plaît visiblement pas à la maîtresse, qui vit certes dans le même pays, mais selon des valeurs qui ne correspondent en rien à celles du quotidien de l'enfant et de sa famille.

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  • Loin de Dickens

    acker.jpgGrandes espérances
    Kathy Acker
    traduit de l’anglais par Gérard-Georges Lemaire
    Désordres, 2006

    (par B. Longre)

    Après Sang et Stupre au lycée et La vie enfantine de la tarentule Noire, les éditions Désordres publient un troisième pan de l’œuvre de Kathy Acker, très librement inspiré du roman de Dickens – l’auteure intitulant d'emblée sa première partie « Plagiat ». On retrouve ici tout ce qui fascine dans les autres créations hybrides et débridées de l’artiste américaine : l’inlassable nécessité de s’approprier d’autres œuvres tout en les détournant, les parodiant et les pliant à ses propres fantasmes, les juxtapositions textuelles/sexuelles qui incitent le lecteur à chercher un fil conducteur ailleurs que dans l’enchaînement linéaire traditionnel, la grande diversité narrative (entre théâtralité et autobiographie), les innombrables explorations psychiques par le biais du langage, mais aussi l’incontournable schizophrénie du « Je », auteur / narrateurs / personnages. Dickens n’est ici qu’un point de départ qui explose dès les premières lignes, et même si des résonances existent entre les deux romans, Grandes espérances selon Acker ne retrace pas les tribulations d’un Philip Pirrip au féminin, mais tourne et retourne les notions de désir (jamais comblé) et d’identité, (toujours mouvante), tout en explorant aussi d’autres œuvres. La quête de Kathy Acker, pétrie d’intertextes et de déconstructions, s’affiche comme perpétuelle et toujours renouvelée, de lecture en lecture.

  • Petite fable du racisme et de la tolérance ordinaires

    fdavidalibeu.jpgOn n’aime pas les chats
    François David et Géraldine Alibeu

    Sarbacane, 2006

    (par B. Longre)

    En des temps bien mouvementés pour les différences et la pluralité (des origines, des couleurs, des opinions…) cet album tombe à point nommé : On n’aime pas les chats se présente comme une fable universelle qui transcende les époques et les lieux, à la fois grave et éminemment ironique, et le texte de François David, illuminé par les étonnantes illustrations pleine page de Géraldine Alibeu, se lit et se relit avec un bonheur toujours renouvelé, chaque lecture apportant des éléments nouveaux et engendrant de multiples échos avec ce que l’on peut lire ou entendre quotidiennement, dans la presse ou autour de soi.

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  • Le paradis...

    destinationparis3.jpgDestination Paris
    Claude Combet, Thierry Lefèvre
    illustrations Magali le Huche

    « Hors Collection »
    Actes Sud Junior, 2006

     

    (par B. Longre)


    « Ajoutez deux lettres à Paris : c'est le paradis »
    Jules Renard

     

    Vous saurez tout sur Paris… En cinq chapitres et un questionnaire, ce guide aisément transportable, destiné tout autant aux Parisiens qu’aux (nombreux) autres, joyeusement illustré, ponctué d’anecdotes amusantes (genre « Livre des records »), propose un petit tour instructif et ludique de la capitale : son histoire, ses évolutions urbaines, son sous-sol, ses transports, ses curiosités…

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  • Juvenilia ackeriennes

    kathyacker7.jpgLa vie enfantine de la Tarentule Noire
    par la Tarentule Noire
    Kathy Acker

    Trad. de l’anglais Gérard-Georges Lemaire
    Désordres, Laurence Viallet, 2006

     

     

    (par B. Longre)

     

     

    Le lecteur, emporté par le flot vigoureux et chaotique des mots, ne cesse de s’étonner devant la capacité de Kathy Acker à ingérer puis à régurgiter des textes et leurs personnages pour les faire siens. Narrateur et Auteur se veulent ici indissociables, de même que Narrateur et Personnage, par le biais d’un mimétisme langagier, intellectuel et instinctif, un procédé permettant à l’auteure de s’approprier d’autres existences et de véritablement fantasmer sur l’idée d’être ces personnages : « Je deviens une meurtrière en répétant par les mots la vie d’autres meurtrières » écrit-elle en exergue, affirmant d’emblée l’osmose qu’elle s’efforce d’engendrer entre le « je » omniprésent et les autres, qu’ils soient hommes ou femmes, personnages de papier ou écrivains. Des rôles successifs qu’elle endosse sans relâche, s’identifiant aux personnages recréés, se métamorphosant à l’envi selon l’inspiration du moment, si bien qu’il est difficile, en définitive, de savoir qui nous parle…

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  • Bildungsroman féminin

    alchemist3.jpgThe Alchemist’s Daughter
    Katharine McMahon

    Weindenfeld & Nicolson (Orion), 2006

     

    (par B. Longre)

     

    Première moitié du XVIIIe siècle. La recherche scientifique et les progrès techniques vont bon train, même s’ils restent teintés de nombreuses réticences obscurantistes propagées par l’omniprésence du religieux ; mais John Selden, éminent physicien (« natural philosopher ») refuse de voir là un obstacle et n’hésite pas à enseigner son savoir et transmettre ses démarches empiriques à sa fille Emilie, en particulier dans le domaine de l’alchimie, une science sulfureuse mais dans laquelle nombre de Selden se sont impliqués par le passé.
    Emilie est donc éminemment érudite dès son jeune âge, passant son enfance et son adolescence dans le laboratoire de son père, un lieu sombre qui recèle de multiples secrets ; Selden veut faire d’elle une femme aussi savante qu’un homme : une « expérience » à laquelle il a dédiée son existence depuis la naissance de la petite. Mais il lui interdit pour cela tout contact avec l’extérieur, dans l’idée de la protéger (même le Révérend Shales, pourtant naturaliste et scientifique, est interdit de visite - sa méfiance envers l’alchimie y est pour beaucoup), et la jeune fille est presque cloîtrée dans la grande propriété familiale passablement délabrée ; ainsi, le quotidien d’Emilie, pourtant enviable si l’on considère la condition féminine de l’époque, se résume à de longues journées d’apprentissage et de lecture, ponctuée de promenades en compagnie de son père, qui servent là encore à lui inculquer des savoirs sur le monde du vivant qui les entoure, quand elle ne spécule pas avidement les propriétés et la nature de l’air et du feu…

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  • De la fiction avant tout !

    kwak.jpgKwak – tout finit par être vrai
    Revue (semestrielle) - n°1 L’Assassinat
    Editions du Panama, 2005

     

    (par Blandine Longre)

     

    Les éditions du Panama (nées en 2005 et dirigées par Jacques Binsztok) proposent déjà un intéressant catalogue – des œuvres de fiction, des ouvrages pour la jeunesse, des essais et une revue de belle facture, graphiquement originale, destinée à paraître deux fois l’an.

     

    Ce premier numéro s’intéresse de très près à l’assassinat, au meurtre et à la fascination que la violence individuelle exerce sur l’imaginaire – quelles que soient les motivations premières des comportements décrits. Plus d’une quinzaine de nouvelles rassemblées ici abordent la thématique : nouvelles policières, de suspense, mini-polars ou drames humains, dans tous les genres et tous les styles. Une façon de (re)découvrir plusieurs voix littéraires, une grande diversité présidant naturellement à l’ensemble.

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  • Dix-sept reflets d'un pays aux mille visages

    17japon3.jpgLe Japon vu par 17 auteurs
    ligne éditoriale Frédéric Boilet et Masanao Amano
    Casterman, Ecritures, 2005

     

    (par B. Longre)

     

    La pluralité est de rigueur dans cet ouvrage collectif séduisant, qui réunit dix-sept auteurs, dont neuf francophones (invités en résidence dans divers endroits du pays, deux semaines durant) et huit Japonais ou résidents au Japon. Chacun d'entre eux a accepté de composer une histoire inédite en noir et blanc, des planches qui tiennent, pour certaines, de l'autobiographie, et pour d'autres du reportage ou de la fiction, l'unique contrainte étant celle du lieu, fil conducteur qui se subdivise en une multiplicité d'atmosphères et de récits bien différents. Quant aux illustrations, toutes les mouvances graphiques se sont données rendez-vous dans cet ouvrage, de la plus classique à la plus dissonante. Nécessairement éclectique, donc (les auteurs ne s'étant nullement concertés), cet album de plus de 250 pages nous conduit sur diverses routes, souvent imprévisibles, et forme un bel ensemble de visions croisées ou divergentes, qui ne prétendent pas à l'exhaustivité, mais qui sont simplement le reflet de points de vue subjectifs, qui parfois mettent en relief quelques préjugés mutuels - tout en soulignant cependant l'idée d'une fascination mutuelle entre deux cultures, un lien déjà naissant au XIXe siècle (en particulier à l'ère Meiji, quand le Japon s'ouvrit sur l'occident) dans les milieux littéraires japonais.

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  • La mémoire des Pierres

    deltenre1.jpgLa cérémonie des poupées
    de Chantal Deltenre
    Maelström, 2005

    (par B. Longre)

    Tout fait sens dans ce palpitant roman, d’un bout à l’autre du récit de Keiko qui relate son séjour au Japon – un pays qu’elle ne connaissait pas en dépit de ses origines. Elle le découvre aux côtés de Pierre, son ami français que la langue et la culture japonaises fascinent. Cela fait maintenant un an qu’ils se sont installés dans un petit appartement, à Tokyo, un lieu que Keiko s’est approprié avec une férocité dont elle seule a conscience (« m’arracher à l’appartement m’est devenu aussi douloureux qu’une amputation »), sacralisant secrètement l’endroit et engageant, au quotidien, un dialogue muet avec les objets et les meubles qui étaient déjà là lors de leur emménagement – elle les dote d’une vie propre (tout particulièrement la collection de poupées alignées au fond d’une alcôve percée dans le mur), entretenant avec chacun d’eux une relation sensorielle particulière, entre attraction et répulsion, une relation qui prend des tournures animistes à la fois belles et inquiétantes.

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