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blandine longre - Page 3

  • Femme, nue et fière de l'être

    kbernadou.jpgLa Femme toute nue
    Karine Bernadou
    Sarbacane, BD, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    D'étonnantes saynètes muettes composent cet album construit autour d'un personnage attachant et plutôt cocasse : LA femme toute nue, telle qu'elle s'affiche d'emblée, qui déambule sur des pages sobres et des décors à peine esquissés, entre rires et larmes, coups de foudre, jouissances et peines de cœur, découverte de soi et des autres, naïveté et lucidité… assumant son statut et sa nudité avec un naturel confondant – et revendiquant avant toute chose le droit à la liberté individuelle, à l'amour libre et à l'erreur, à travers des expériences qui forgent un parcours.

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  • 130 millions de femmes

    entiere.jpgEntière, ou de la réparation de l'excision

    Marie-Noël Arras

    Le Chèvre-feuille étoilée, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    À la fois documentaire et guide pratique, ce petit ouvrage qui propose de nombreux témoignages est préfacé par le Docteur Pierre Foldès. Ce dernier a développé la réparation chirurgicale de l'excision – mutilation sexuelle dont le but (inavoué) est de contrôler la sexualité féminine (pour des raisons sociologiques, d’esthétique ou religieuses), et qui touche encore 130 millions de femmes à travers le monde...

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  • Where is my mind ?

    abouvier.jpgLes enfants sans têtes

    Antoine Bouvier

    Les impressions Nouvelles, 2008

     

    (par B. Longre)

    Le titre fait référence à la chanson des Pixies (Where is my mind ?) que chantent les cinq personnages autour d’un feu, une nuit d’été. Cinq jeunes gens, garçons et filles, qui s’interrogent sur leur existence, sur l’amour physique et les sentiments qui vont ou non avec, se cherchent – se trouvent ou se perdent – à l’âge frontière de tous les possibles, quand on croit encore que rien n’est déterminé. Le trait fluide et souple d’Antoine Bouvier épouse harmonieusement la fragilité des sensations et des pulsions, les questionnements sans réponses, entre vie en groupe, aspirations à la solitude et tentation d’être à deux. Un joli roman graphique, un brin mélancolique, qui plaira tout autant aux adolescents d’aujourd’hui qu’à ceux d’antan.

    http://www.lesimpressionsnouvelles.com/

  • Dragons

    dragons.jpgSur la piste des dragons oubliés, troisième carnet
    d’Elian Black Mor, Carine M. et Patrick Jézéquel,
    Au Bords des Continents, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Qui se cache derrière Elian Black Mor, à la fois auteur, personnage, dessinateur et narrateur ? Brouillant délibérément les pistes, ce dernier se dit « reporter d’images » et parcourt le monde à la recherche de créatures dont l’existence serait bel et bien prouvée. Composé à la manière d’un carnet de route très sophistiqué, présenté sous la forme d’un manuscrit, ce troisième opus sous le patronage posthume d’Edgar Alan Poe, cité en exergue, dévoile un univers étonnant, à mi-chemin entre la bande dessinée et le journal intime, entre veine fantastico-onirique et littérature gothique – une impression renforcée par les illustrations torturées, les croquis, les cartes dessinées à main levée et les reproductions d’objets anciens ou imaginaires qui émaillent les pages ; sans parler des planches dédiées aux créatures qui sont au fondement de la quête du voyageur. Foisonnant, inquiétant, empreint de mélancolie, un ouvrage atypique dont on aura du mal à s’extraire.

     

    http://www.au-bord-des-continents.com/

     

    http://www.elian-black-mor.com/

     

    Sur la piste des dragons oubliés – exposition, dans le cadre des rencontres du 9ème art – Aix-en-Provence - Muséum d'Histoire Naturelle - du 19 mars au 25 mai 2008 http://www.bd-aix.com/expo-dragons.php

  • "affirmatif et civilisateur"

    erotisme.jpgHistoire de l’érotisme, de l’Olympe au cybersexe

    Pierre-Marc de Biasi

    Découvertes Gallimard, 2007

     

    (par Blandine Longre)

     

    Promenade à travers les âges qui ne se cantonne pas au seul Occident, cet ouvrage revendique un érotisme « affirmatif et civilisateur » et entend revenir sur quelques idées reçues, en proposant une lecture intelligente et lucide d’un phénomène qu’on ne saurait réduire à la simple sexualité, à l’assouvissement immédiat du désir ou aux pulsions des uns ou des autres. Car l’histoire de l’érotisme est avant tout « celle de ses représentations » artistiques (de l’art figuratif à la littérature, de la musique au cinéma) – dont nombre d’exemples parsèment ces pages.

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  • Un peu de sérieux !

    decapage.jpgRevue Décapage, n° 33
    La Table Ronde, janvier 2008 

     

    (par B. Longre)

     

     

    Le dernier numéro de la revue littéraire Décapage propose chroniques, traductions, nouvelles, analyses ou maximes en alternance et dans le désordre ; de la même façon, la mise en page, plutôt fluctuante, donne par instants une impression de fouillis (contrôlé) qui reflète l’esprit général de la publication, un sérieux apparent souvent mâtiné d’autodérision aux accents potaches – ainsi, il nous est dit du rédacteur en chef, Jean-Baptiste Gendarme, qu’il « décide de tout et il a raison. Ça évite la zizanie. Et il a horreur de ça», ou encore de Baudouin, photographe, qu’il « se charge de la couverture », et « veut nous faire croire que c’est lui qui a le plus de travail. », et ainsi de suite... Dans le même ordre d’idées, on trouvera un article de JB Gendarme dans lequel celui-ci s’empare d’un sujet qui tient généralement à cœur aux auteurs : leur attachée de presse (pourquoi le féminin ? il me semblait que la profession comptait aussi des hommes…).

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  • Yapou en BD

    yapou.jpgYapou bétail humain, tome 1
    Shozo Numa et Tatsuya Egawa
    traduction de Sylvain Cardonnel
    Kami, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Adaptation du roman du même titre, ce manga (réservé à un public averti) suit assez fidèlement l’œuvre de Shozo Numa, tout en en proposant une vision forcément moins documentée (en comparaison du foisonnant roman original), mais aussi légèrement édulcorée, le trait fluide adoucissant quelque peu la crudité et la perversité de certaines situations. Ce premier tome ne relate qu’une partie seulement du premier opus de Yapou – la rencontre de Pauline et de Clara, sous les yeux de Rin, dont l’avilissement aux mains de la première a déjà commencé. Un ouvrage qui incitera peut-être les lecteurs à aller lire le roman de Shozo Numa, on l’espère…

     

    http://www.mangakami.com/

  • « de la branlette en bande dessinée »

    joematt.jpgEpuisé

    Joe Matt

    Seuil BD, 2007

    (par B. Longre)

     

    Après Les Kids et Strip-Tease, Joe Matt se met à nouveau en scène dans un troisième tome d’autofiction graphique, narrant ses (minables) aventures inscrites dans un quotidien (morose à souhait) ; et pourtant, on ne se lasse pas de sa mauvaise foi, de ses chamailleries mesquines, de ses crises existentielles aiguës ou de ses angoisses à la Woody Allen. Il collectionne toujours les strips mais sa solitude affective le pousse à louer des films pornos qui, à leur tour, le détournent des planches qu’il n’a pas encore réalisées… La mise en abyme est très réussie, surtout lorsqu’il revient sur son travail et sur le contenu de ses livres précédents : « ces pages ne rendent pas compte de ce qu’était mon enfance… j’étais un enfant joyeux… pas ce misérable cafard… », constate-t-il, amer, en se penchant sur Les Kids. Et de ce dernier album, il dit : « C’est de la branlette en bande dessinée »… peut-être n’a-t-il pas tout à fait tort, mais on lit néanmoins d’une traite les pérégrinations de ce loser terrible !

  • Incarnation du mal

    rthomson.jpgMort d’une tueuse
    Rupert Thomson

    trad. de l’anglais Bernard Turle

    Editions P. Rey, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Après trois décennies passées derrière les barreaux, Myra Hindley vient de s’éteindre, mais nul n’a oublié les crimes odieux qu’elle a commis dans les années 1960 avec son complice, Ian Brady, pédophile et assassin de la lande ; un policier est donc réquisitionné pour veiller le corps et le protéger de la vindicte populaire. Tout se déroule dans la morgue, l’espace d’une nuit, durant laquelle l’homme fait défiler ses souvenirs tout en s’interrogeant sur les motivations de cette femme qui l’obsède, pour des raisons bien précises. Le roman, introspectif, n’a rien d’un thriller, même si l’atmosphère pesante permet d’explorer les fragilités de l’âme humaine et les angoisses d’un quadragénaire en apparence tranquille, pourtant au bord d’un gouffre que l’on entraperçoit derrière ses rencontres fantasmatiques avec la meurtrière – celle-ci incarnant le mal à l’état pur et la perversité dont l’être humain peut se montrer capable, rappelant une vérité que l’on préfèrerait occulter, à savoir que nous sommes tous susceptibles de franchir le pas…

     

    http://www.philippe-rey.fr/f/index.php 

  • Le dernier des punks

    cpaviot3.jpgCassé (Kurt Cobain)
    Christophe Paviot

    Naïve, 2008

     

    (par Blandine Longre)

     

     

    « J’ai pas choisi mais la douleur est ma seule vérité. »

    S’inspirant d’une figure musicale culte tout en la faisant autre, lui conférant une humanité que le personnage public n’aura jamais acquise à nos yeux d’individus (fans ou non) lambdas, Cassé (Kurt Cobain) se présente comme un objet romanesque nécessairement hybride, entre fausse autobiographie sur le mode du renversement et vrai roman hommage ; un parcours éclair, chaotique et poignant, de ceux qui prennent par surprise et broient tout sur leur passage, en particulier les cadres conventionnels de ce que nous entendons habituellement par « fiction ».

     

    Aussi, il serait vain de chercher à démêler le vrai du faux, de croire qu’on trouvera dans ce récit abrupt des éclairages et des données biographiques exacts (hormis la discographie, fidèle à la réalité – même si les morceaux mentionnés ne font l’objet que d’enregistrements amateurs au cours du roman) ou de s’imaginer que la figure de Cobain peut se réduire à ce que le personnage Cobain nous dit de lui.

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  • Tour de la question

    abecedaire.jpgAbécédaire de l’esclavage des Noirs

    Gilles Gauvin

    Dapper, 2007

     

    (par B. Longre)

    Beau livre à la couverture souple, émaillé d’illustrations et de reproductions d’époque, complété par des cartes, une bibliographie et une chronologie, cet ouvrage documentaire de référence, malgré ses qualités pédagogiques, n’a pas été conçu comme un manuel scolaire et intéressera le grand public. L’auteur revient sur quelques grandes figures abolitionnistes (Schoelcher, Sarda-Garriga, Olaudah Equiano), sur des notions de base (Traite, Identité, Révoltes, marronnages, etc.) ainsi que sur les origines et la vie quotidienne des esclaves dans diverses colonies. Écrit par Gilles Gauvin, docteur en histoire et membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage (il a surtout travaillé sur la question de la place de la traite négrière et de l’esclavage dans les programmes scolaires), cet Abécédaire permet de faire le tour de la question tout en proposant un agencement qui facilite la consultation.

    http://www.dapper.com.fr/editions.php

  • À chacun son secret…

    vdurand3.jpgCes gens-là
    Virgile Durand

    Plon, 2008

     

    Entretien avec l'auteur à la suite de cet article.

     

    (par B. Longre)

     

    Ces gens-là, premier roman de Virgile Durand, retrace plusieurs parcours d’existence plus ou moins liés, sur plusieurs générations ; un entrelacs d’histoires impeccablement échafaudé, dont il est bien difficile de s’extirper tant on se laisse porter par une écriture volontairement sobre et par les personnages qui se voient attribuer chacun un long chapitre : Jens, d’abord, jeune soldat de l’armée allemande, qui a subi une terrible mutilation quand il était enfant, un secret qu’il confiera pourtant à Simon, l’un des prisonniers dont il a la charge… La guerre terminée, Simon s’installe avec Louise, qui a connu les mêmes épreuves et privations que lui.

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  • Fine bluette

    chaixnord3.jpgMais qui a volé le Maillot de la Maîtresse en maillot de Bain ?
    Lilas Nord et Carole Chaix

    Après la lune jeunesse, 2007

    (par B. Longre)

     

    Après le lancement des premiers romans jeux (collection Des vacances toute l'année) en juin dernier, Christine Beigel, directrice de la collection jeunesse des éditions Après La Lune, propose un premier titre dans la nouvelle collection Z'Alboum ! joyeusement intitulé Mais qui a volé le Maillot de la Maîtresse en maillot de Bain ? Clin d'oeil, sans nul doute, à une autre collection du même éditeur, La Maîtresse en maillot de bain, dont nous avions déjà parlé, et dans laquelle on trouve entre autres des textes signés Christine Beigel et Lilas Nord (mais aussi Caryl Férey, Jean-Pierre Andrevon ou encore Paul Fournel).

     

    L'heure est grave : la maîtresse, sans son maillot à fleurs, ne peut rejoindre ses élèves au bord de la piscine, tandis que ces derniers attendent (assez sagement, il faut le dire) de pouvoir entrer dans le grand bain pour la première fois... Le jeune narrateur et ses camarades s'interrogent (mines perplexes des petits qui ont un peu froid...), mais aucun des personnages imaginaires ou des animaux-bouées qui leur vient en tête ne semble coupable... L'occasion pourtant de rêver la piscine autrement, histoire de patienter, ou de se demander, en fin de compte, à quoi peut bien servir un maillot de bain...

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  • J’ai deux amours…

    ldelachair3.jpgBoris Vian et moi
    Lou Delachair

    Roman Exprim, Sarbacane, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Elsa, 18 ans, arrive à Paris afin d’étudier la littérature (accessoirement) et surtout de tenter de sauver le couple déjà « vieux » qu’elle forme avec Louis, son premier « grand » amour, connu cinq ans plus tôt au lycée. Car tandis qu’Elsa est convaincue de toujours l’aimer, Louis semble s’être muré dans une indifférence qui ne fait qu’accroître le mutisme et l’angoisse de la jeune fille – incapable de rompre ce statu quo, de le quitter, de le libérer, de passer à autre chose. Ils ne s’installent pas ensemble, vivent chacun de leur côté dans la même rue du quartier latin ; et même si, imperceptiblement, tout a changé entre eux, ils continuent de se voir chaque jour, par la force de l’habitude, sans qu’il ne se passe plus grand-chose – hormis la lente agonie de leur histoire.

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  • Yllavu, le sauveur

    yllavu3.jpgYllavu

    Gambhiro Bhikkhu, illustrations de Samuel Ribeyron

    Editions Hongfei, 2007

     

    (par Blandine Longre)

     

    Toute nouvelle maison d’édition fondée par Chun-Liang Yeh et Loïc Jacob, HongFei (littéralement, « Grand oiseau en vol » en chinois) souhaite « s’engager dans l’édition des lettres chinoises » en se concentrant sur des textes qui n’ont pas encore été traduits, une façon de créer une synergie entre deux cultures. Trois albums ont déjà parus en octobre dernier, dont Yllavu, conte philosophique composé par Gambhiro Bhikkhu, un moine bouddhiste d’origine hawaïenne, installé à Taiwan, illustré par Samuel Ribeyron (qui signe déjà, dans un tout autre genre, 38 Perroquets de Grigori Oster chez Points de Suspension, ou encore les illustrations qui accompagnent les CD d’Amélie-Les-Crayons).

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  • Rêver pour vivre et vice-versa

    mademoiselles3.jpgLa vie rêvée de Mademoiselle S.
    Samira El Ayachi

    Exprim, Sarbacane, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Entre deux eaux, Salima a bien du mal à réconcilier son présent et ce qu’elle éprouve (et laisse rarement sortir) – ses frustrations, sa lassitude face aux pressions qui viennent de toutes parts, ou tout ce qu’elle n’ose espérer vivre un jour. Fille d’immigrés marocains, issue d’un milieu modeste, la jeune lycéenne de terminale, pétrie de contradictions, semble ne plus savoir quelle route emprunter : certes, elle reconnaît la valeur de son travail scolaire et ses camarades lui en savent gré (profitant de « la » bonne élève comme bouée de sauvetage), tout comme ses professeurs (qui peuvent compter sur elle quand les autres les désespèrent…), mais Salima reste pourtant lucide sur la finalité de ce qu’elle apprend au lycée. Simultanément, cette étiquette d’élève brillante et consciencieuse (« dans le système, attrapée docile », dit-elle) lui pèse tout autant que certains rituels familiaux qui l’ennuient ou les incitations à « continuer ainsi » de ses parents qui veulent lui assurer le meilleur avenir possible. Alors, quoi faire ? Chercher un petit boulot ? Entrer dans la vraie vie ? Oui, mais comment ?

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  • Dire le silence

    cleblanc4.jpgSilences
    Catherine Leblanc

    Les Découvertes de la Lucioles, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    « Et si rien n’était vraiment solide ? » s’interroge Nicole, face à Jonas qu’elle tente d’apprivoiser, en vain (Des morceaux de lui vont s’en aller). L’enfant, emmuré dans un silence qui déroute les adultes, ne parvient pas à se faire une place dans le monde scolaire ultra régulé, qui pourtant veut bien de lui. En quelques scènes, par fines touches, Catherine Leblanc trace le parcours d’un petit garçon différent, dont la vie intérieure est perturbée par l’obligatoire contact avec les autres. Lui parviendra à s'entrouvrir, contrairement à Julia (Douée pour le silence), qui se replie sur elle-même en comprenant que personne, pas même sa mère, n’accepte d’entendre ce qui pèse sur son cœur : « Parler, c’est se risquer, parler c’est souffrir.» se dit-elle, résolue à garder son terrible secret. Et à force d’entendre qu’elle serait «douée pour le silence », elle se tait.

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  • Savoir, plutôt que "croire"

    servais3.jpgServais des Collines, un aventurier de la Renaissance
    d'Anne Percin
    Oskar jeunesse, 2007 - à partir de 13 ans

    (par B. Longre)

     À première vue, le nouveau roman d’Anne Percin est bien différent, voire aux antipodes du précédent (Point de côté) : il s’agit là d’un roman historique, fresque vivante, foisonnante, érudite et très vraisemblable d’une Renaissance tumultueuse telle qu’elle est vécue, l’espace de deux années (fin 1532- début 1535), par Servais, jeune lyonnais que son père imprimeur, adepte d’Erasme, envoie faire des études à Paris afin de réaliser par procuration son propre rêve d’érudition.

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  • La vie à refaire

    mcuvelier3.jpgLes mots, ça m’est égal
    Mélanie Cuvelier

    Exprim’ Sarbacane, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    « Avez-vous des idées noires. Je vis des idées blanches, et je me porte au plus pâle. »

     

    Résolument composé sous le signe de la poésie, avec Barbara qui veille en exergue sur les mots à venir, ce premier roman de Mélanie Cuvelier et sa narratrice Jeanne, dix-huit ans, accrochent d’emblée la sensibilité du lecteur, qui aura bien du mal à lâcher ces lignes, quel que soit le degré des souffrances, des frustrations et des brisures qu’elles renferment. Le langage prend à la gorge, tandis que Jeanne, enfermée en hôpital psychiatrique par ses parents, ces « ils » « d’où elle est née » (un constat qu’elle aimerait pouvoir invalider, enviant à certains leur statut d’orphelin) se raconte, dévide le fil de ses pensées tremblantes, de son incapacité à se « dire » à haute voix mais aussi à se résigner à son sort malgré la lassitude qui l’habite ; à pas prudents, elle énonce son désespoir, le morcellement qui la hante, sa privation de liberté, l’irritation qu’elle éprouve face à ces « blouses » anonymes, l’obsession du temps qui passe, dehors, sans elle, ou son désir de mort qui la suit comme une ombre.

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  • Par les chemins noirs, David B.

    davidb.jpgPar les chemins noirs, Prologues
    de David B.

    Futuropolis, 2007

    (par B. Longre)

    Un poète au pouvoir

    Pour ce premier récit d’une série thématique destinée à parcourir l’Europe de l’entre-deux-guerres, David B. s’est emparé d’un épisode étonnant de l’histoire italienne, provoqué par le poète révolutionnaire Gabriele D’Annunzio ; avec ses troupes, il investit la ville portuaire de Fiume en septembre 1919 et proclame l’avènement de la république – une république chaotique qui ne jure que par la liberté. Cette toile de fond se mêle habilement aux histoires croisées de plusieurs individus qui profitent de l’anarchie pour s’enrichir – comme Lauriano, un jeune truand cultivé et raffiné, qui rencontre la chanteuse Mina Linda, d’origine incertaine, dont on ne sait si elle fut espionne. Aux portraits expressifs (personnages aux traits marqués, mises en scène légèrement déconstruites) s’intercalent aussi quelques tableaux plus abstraits, qui évoquent les atrocités du passé récent et annoncent celles à venir. La relation de Lauriano et Mina apparaît comme la seule parcelle d’espoir dans cette ville coupée du monde, où l’on ne cesse de s’entretuer ou de se battre, mais où les individus se passionnent plus que jamais pour la politique…

    L'éditeur