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étranger - Page 4

  • Love

    love3.jpgLove
    Toni Morrison
    trad. de l’anglais (US) : Anne Wicke
    10-18, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Les éditions 10-18 publient en poche les romans de Toni Morrison, prix Nobel de littérature unanimement saluée comme l’une des plus grands écrivains américains vivants. Love, son dernier roman, vient de paraître dans la collection (première publication en français en 2004 chez C. Bourgois). L’histoire se passe dans le milieu afro-américain, deux vieilles dames décadentes se disputent l’héritage de Bill Cosey, directeur d’un hôtel pour Noirs fortunés sur la côte Est des Etats-Unis dans les années 30-40.

     

    Love est un roman complexe et foisonnant, composé d’incessants allers-retours entre passé et présent, dans une composition très libre et jazzistique, qui fait apparaître progressivement chaque personnage dans son décor et ses actes, par ajouts de détails successifs, sur une toile de fond au début très impressionniste. Un roman exigeant dans lequel le lecteur doit accepter de ne comprendre que très progressivement, jusqu’à la clé finalement révélée dans les dernières pages (ce que d’aucuns trouveront peut-être agaçant). Avec une grande maîtrise, Toni Morrison aborde l’amour sous l’angle de la haine, qui en est l’une de ses formes les plus élaborées et imaginatives, nous fait-elle comprendre. Les mobiles de ses personnages intransigeants apparaîtront dans toute leur vanité, au crépuscule de vies chahutées, desquelles l’horreur étalée au grand jour aura saccagé le glamour.

    www.10-18.fr

  • Vampires

    carmilla2.jpgCarmilla
    Sofia Terzo

    traduit de l’italien par Catherine Siné
    Vertige Graphic, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Directement inspiré du roman du même nom de Joseph Sheridan Le Fanu, publié en 1872 (texte qui aurait en partie inspiré son Dracula à Bram Stoker), l’adaptation bédéesque de Sofia Terzo ne manquera pas d’éveiller la curiosité des amateurs de «oupirs» (ou «vampires»), tout en interpellant ceux qui apprécient généralement le travail de Milo Manara - tant le trait de l’auteure s’apparente à celui du précédent. Tous les ingrédients de la littérature vampirique (dévoration, fascination et répulsion mêlées, transgression, immortalité, etc.) sont là, qui seront maintes fois exploités par des écrivains en mal d’inspiration, et le texte de Sheridan Le Fanu, déjà subversif (dans son évocation de désirs lesbiens et dans l’accent mis sur une héroïne puissante, maléfique et déterminée), est ici interprété avec finesse, même si Sofia Terzo amplifie la thématique sexuelle et se concentre avant tout sur la relation que Carmilla la brune entretient avec une douce jeune fille, une oie blanche dont l’inquiétude va grandissant, face à cette « amie » si atypique. Une réalisation soignée qui incitera, on l’espère, à se pencher sur le texte original.

  • Conte, botanique, histoires...

    mbail3.jpgEucalyptus
    Murray Bail

    traduit de l'anglais par Michèle Albaret-Maatsch
    10/18, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ce livre inclassable et passionnant est à la fois une plongée dans l’univers fascinant de la botanique, un conte moderne et un recueil de petites histoires courtes, souvent fragmentaires, à la manière du Calvino de Si par une nuit d’hiver un voyageur

    Conte : un père offre la main de sa fille à celui qui résoudra une épreuve impossible : reconnaître et nommer les centaines d’eucalyptus communs ou rares de sa propriété ; de multiples soupirants échouent ; en arrive un autre qui réussit une à une toutes les épreuves, au grand dam de la fille qui ne sait comment se sauver de ce destin.

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  • Élémentaire, mon Chesterton !

    chesterton3.jpgLes Enquêtes du Père Brown
    Gilbert Keith Chesterton

    Édtion présentée par Francis Lacassin

    Omnibus, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Un détective, c’est avant tout une silhouette, reconnaissable entre mille. Celle de l’inénarrable Miss Marple, menue et portant beau son élégance acidulée ; celle de Sherlock Holmes, l’œil grossi par la loupe, et affublé d’une indévissable casquette à carreaux ; celle de Maigret, engoncé dans son imperméable, avec aux dents une pipe dont la fumée flatte les oracles de la déduction…

     

    Parmi cette galerie, il est une personnalité d’importance, hélas trop souvent omise : il s’agit du Père Brown, sorti tout droit de l’esprit so british de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Les Éditions Omnibus rendent enfin la place revenant de droit à cet auteur prolifique, qui avait compris mieux qu’aucun de ses contemporains que le récit policier est « la première et unique forme de littérature populaire à donner un sens poétique à la vie moderne ».

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  • On y croit

    ruines.jpgLes Ruines
    Scott Smith
    traduit de l’anglais par Arnaud Regnauld
    M. Laffon, 2007 / Le Livre de Poche, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Six jeunes vacanciers au Mexique, un septième parti sur un site de fouilles archéologiques en pleine jungle, des Indiens peu hospitaliers et une colline couverte d’une végétation luxuriante, parsemée de belles fleurs rouges. Tout est posé pour que démarre un huis clos se déroulant sur quelques jours, fable tragique et morbide, susceptible de générer nombre d’angoisses (mais dont on taira la source…), certes éprouvante pour les nerfs du lecteur, mais terriblement efficace.

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  • Mort naturelle et sagesse indienne

    jharrison3.jpgRetour en terre
    Jim Harrison

    traduit de l’anglais par Brice Matthieussent
    Christian Bourgois, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)


    Tel Tolstoï pour La Mort d’Ivan Ilitch, il a fallu à Jim Harrison une certaine maturité (une bonne dizaine de très bons romans) pour approcher le thème de la mort et s’aventurer dans ces contrées éprouvantes, insupportables si l’on se garde de sombrer dans le mélo-dramatique. Son dernier ouvrage, Retour en terre, s’inscrit d’emblée sur le fil de cette corde raide, précisément pour raconter les déboires d’une famille confrontée à la mort précoce du pater, Donald, métis Indien-Finnois atteint d’une sclérose en plaques : comment mourir, comment vivre avec un mourant, comment survivre à un mort – il faut une certaine expérience à la fois de la vie et de la littérature pour servir en romancier cette manne universelle et délicate, souvent traitée, très souvent maltraitée. Puisant dans la spiritualité indienne, et armé comme toujours de son extraordinaire verve truculente et humaniste, Jim Harrison traverse avec justesse et sensibilité la forêt sombre et sauvage de la mort et du deuil, poursuivant par ailleurs l’immense fresque de l’Amérique dont son œuvre chante les drames distendus et les menus répits.

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  • Tu seras notable, mon fils

    tstorm3.jpgLe fils du marin (Hans et Heinz Kirch)

    Theodor Storm

    Traduit de l’allemand par Roland Fuentès

    Syros, collection « Les uns les autres », 2007

    Dès 14 ans

     

    (par Myriam Gallot)

      

    En mer baltique, Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir grâce au commerce et à la navigation. C’est tout naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz, de développer l’affaire familiale et de se hisser aux plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une ascension sociale sur plusieurs générations. Comme beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense et poignant, un classique de la littérature allemande du XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction française.

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  • L’orgueil des Roca

    vgheorghiu3.jpgLes noirs chevaux des Carpates
    C. Virgil Gheorghiu
    Traduit du roumain par Livia Lamoure. Préface de Thierry Gillyboeuf
    Editions du Rocher, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Ce que l’on connaît de l’œuvre de Virgil Gheorghiu, c’est en général La vingt-cinquième heure, et rien de plus. Sa production est pourtant beaucoup plus abondante que ce qu’il n’y paraît, et il ne faudrait pas oublier, par exemple, L’homme qui voyagea seul ou Les immortels d’Agapia qui, quelque jugement que l’on porte sur certaines positions équivoques de l’homme Gheorghiu, sont à considérer comme des ouvrages majeurs, avec, bien sûr, celui dont il est question ici. Les noirs chevaux des Carpates est paru en 1961 sous le titre La Maison de Petrodava. Cette réédition, assortie d’un changement de titre adapté à la collection (« Cheval Chevaux »), est évidemment une preuve de plus que Gheorghiu mérite réhabilitation. Pas uniquement pour les sujets qu’il aborde, pas tellement pour les racines personnelles et collectives qu’il extirpe d’un oubli plus ou moins justifié, mais surtout pour la manière dont il sait transformer une chronique en roman, un roman en épopée.

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  • Jane en détective

    barron.jpgJane Austen et l’héritage du comte
    Stéphanie Barron

    traduit (USA) par Patricia Christian
    Le Masque (labyrinthes), 2008.

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Huitième volume traduit d’une série d’aventures policières dont l’héroïne est Jane Austen, ce titre a les charmes de son contexte : manoirs, chaumières, domestiques et Lords, jeunes femmes célibataires, campagne anglaise délicieuse et parfois inquiétante, intrigues sentimentales où l’argent n’est jamais bien loin.
    Du côté du policier, c’est moins réussi : des invraisemblances, des complications inutiles, des personnages tout d’une pièce (ceci n’étant pas antinomique avec le genre). Mais c’est une bonne lecture de vacance pour ceux qui trouvent que Jane Austen aurait dû écrire plus de livres et sont prêts à tout pour la retrouver.

  • Une vie pour la démocratie

    benazir bhutto autobio.jpgFille de l’orient

    Benazir Bhutto

    Autobiographie traduite de l’anglais par Simone Lamblin et Isabelle Taudière

    Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’autobiographie de Benazir Bhutto devait à l’origine être sous-titrée « Demain la liberté ! », le sort en a décidé autrement puisque son auteur est tuée dans un attentat quelques semaines à peine avant la date de sortie prévue, en décembre 2007, et l’éditeur a substitué à la mention initiale le sous-titre « une vie pour la démocratie ».

     

    Cette volumineuse réédition est très détaillée jusqu’en 1988, date de première édition (avant que l’auteur ne soit premier ministre). Elle propose quelques ajouts : le prologue et le dernier chapitre, qui résument les années 1988-2007, dont on peut regretter qu’elles ne soient par conséquent que peu développées par rapport à ce qui précède.

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  • Secret de famille

    jjohnston.jpgDe Grâce et de vérité
    Jennifer Johnston
    raduit de l’anglais (Irlande) par Anne Damour
    Belfond, 2007
    t

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Un secret de famille hante une actrice dublinoise. Entre deux rôles, son compagnon la quitte, la guerre du Golfe est déclarée. Elle survit, hébétée devant les images de la guerre à la télévision, entre les coups de fil de son agent, les rencontres avec les amis et les disputes avec son ex-compagnon. Puis elle finit par penser que l’instabilité de sa vie vient du secret de sa naissance : sa mère, une femme brisée par on ne sait quoi, est morte sans lui avoir jamais dit qui était son père. Le père de sa mère, glacial, qu’elle appelle « l’évêque » – il est évêque protestant – est le dernier à détenir (peut être) la vérité. Les plus belles pages de ce livre sont celles qui évoquent la solitude de cette femme et en contrepoint le désert affectif vécu par les générations précédentes. Le puritanisme et ses ravages sont ici évoqués avec une force glaçante qui fait que le crime finit par susciter la pitié. La révélation viendra finalement, une vérité très amère, que le personnage, comme l’Œdipe tragique, aurait préféré ignorer. Si l’évêque bénit ses fidèles en invoquant « grâce et paix », le titre du roman montre bien ce que le livre illustre : là où il n’y a pas de vérité, il ne peut y avoir de paix.

    http://www.belfond.fr

  • Mais la liberté, maman ?

    coco3.jpgJe suis une vieille coco !
    Dan Lungu
    traduit du roumain par Laure Hinckel
    Ed. Jacqueline Chambon, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Emilia Apostoae est une vieille dame qui vit dans la Roumanie d’aujourd’hui et qui se souvient… Sa mémoire la ramène à son enfance rurale, à sa fuite en ville, à ses parents, à tante Lucrecia et tonton Andrei qui l’invitaient chez eux et lui faisaient goûter aux plaisirs citadins tout en l’attelant aux tâches ménagères, à son travail en usine, à son mariage, à sa fille Alice partie faire carrière et se marier au Canada… Comme une remise à plat de tout le passé, « comme une carte de géographie pleine de petites ampoules qui s’allument simultanément », ses souvenirs posent la question centrale : « Emilia Apostoae a-t-elle été réellement heureuse ou est-ce seulement une impression ? » ; et la question subsidiaire : «Comment as-tu pu être heureuse quand tous ces gens étaient malheureux ? »

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  • Dans le mal se trouve toute volupté…

    gordon3.jpgGordon

    Edith Templeton

    traduit de l'anglais par Marie-Hélène Sabard
    10/18, 2007

     

    (par Caroline Scandale) 

     

    « Quand il me possédait avec un acharnement tel qu’il m’entraînait au bord des ténèbres, il me donnait cette extase : savoir que j’avais atteint la chose, la seule chose que j’eusse jamais voulue... » Le ton de cette scandaleuse histoire d’amour est donné.

    Louisa Walbrook, 28 ans, rencontre dans un pub un inconnu de vingt ans son aîné, dont elle devient la maîtresse ou, plutôt, l’unique objet de perversion. L’inconnu, Gordon, qui est psychiatre, entraîne Louisa dans un rapport de domination/soumission et prend plaisir à exhumer les souvenirs refoulés dans l’inconscient de sa partenaire. Entre chaque séance d’intrusions mentales, Gordon la pénètre froidement et en tire une satisfaction éclair. A son corps défendant, Louisa jouit comme jamais de cette exquise sensation d’impuissance et quand, à deux reprises, Gordon la viole, elle est heureuse d’être mortifiée de la sorte car son emprise lui donne la « délicieuse impression d’être à l’abri ».

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  • Incarnation du mal

    rthomson.jpgMort d’une tueuse
    Rupert Thomson

    trad. de l’anglais Bernard Turle

    Editions P. Rey, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Après trois décennies passées derrière les barreaux, Myra Hindley vient de s’éteindre, mais nul n’a oublié les crimes odieux qu’elle a commis dans les années 1960 avec son complice, Ian Brady, pédophile et assassin de la lande ; un policier est donc réquisitionné pour veiller le corps et le protéger de la vindicte populaire. Tout se déroule dans la morgue, l’espace d’une nuit, durant laquelle l’homme fait défiler ses souvenirs tout en s’interrogeant sur les motivations de cette femme qui l’obsède, pour des raisons bien précises. Le roman, introspectif, n’a rien d’un thriller, même si l’atmosphère pesante permet d’explorer les fragilités de l’âme humaine et les angoisses d’un quadragénaire en apparence tranquille, pourtant au bord d’un gouffre que l’on entraperçoit derrière ses rencontres fantasmatiques avec la meurtrière – celle-ci incarnant le mal à l’état pur et la perversité dont l’être humain peut se montrer capable, rappelant une vérité que l’on préfèrerait occulter, à savoir que nous sommes tous susceptibles de franchir le pas…

     

    http://www.philippe-rey.fr/f/index.php 

  • Secousse sismique

    cmccarthy3.jpgLa route
    Cormac McCarthy

    traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Hirsch
    Editions de L'Olivier, 2008

    (par Jean-Baptiste Monat)

    A la surface du monde dévasté, quelques hordes d'hommes s'entre-dévorent. Un père et son fils errent sur la route. Ils traînent un caddie, explorent les ruines à la recherche d'une boite de conserve, d'un peu d'eau. Aucun secours à attendre, aucune ressource et aucun but ailleurs qu'en soi-même. Survivre, c'est fuir, échapper à la traque des barbares.
    Il s'agit de tout sauf de science-fiction : ce sont nos autoroutes qu'ils sillonnent, nos maisons qu'ils inspectent et les vivres qu'ils y cherchent ressemblent parfaitement à ceux qui s'amoncellent dans nos cuisines. S'agit-il d'anticipation ? La force de l'écriture nous fait comprendre que leur temps est déjà le notre. La débâcle est amorcée : n'avez-vous pas remarqué que de fines particules de cendre recouvrent parfois les objets que nous jetons négligemment au fond de nos caddies ?

    Le père envie souvent les morts de n'avoir plus à lutter. Il s'accroche aux paroles de l'enfant. L'enfant « porte le feu » et ils reprennent chaque matin la route. Le sort de l'humanité entière pèse sur ces deux êtres : dans ce monde, que vaut encore l'espoir d'une transmission, d'une relation autre que marchande, concurrentielle ou cannibale ? Que vaut encore le conte biblique de la force vaincue par la faiblesse ?
    En guise de réponse, McCarthy passe la tradition du roman américain à l'épreuve d'une violente vision poétique. Cette illusion que la terre tremble en lisant, un tel mélange du présent incertain et du futur inéluctable signent une grande œuvre de notre époque.

    http://www.editionsdelolivier.fr/

  • Fifi, un modèle… d’anticonformisme

    fifi3.jpgFifi Brindacier, l’intégrale
    de Astrid Lindgren
    Hachette jeunesse, 2007

    (Par Caroline Scandale)

    L’impertinente et audacieuse Fifi revient sur le devant de la scène éditoriale. A l’occasion des 100 ans de l’écrivaine suédoise Astrid Lindgren, Hachette jeunesse réédite les trois titres de la série des Fifi (Fifi Brindacier, Fifi Princesse et Fifi à Couricoura) sous forme d’un beau livre relié grand format, illustré par Ingrid Vang Nyman. L’occasion est donnée de faire à nouveau connaissance avec l’héroïne suédoise au caractère très affirmé, ravissante de modernité malgré son demi-siècle.

    Pour la petite piqure de rappel, Fifi Brindacier vit seule dans une grande maison, avec un poney et un singe. Autrefois, elle a eu une maman, mais elle ne s’en souvient plus. Cette dernière est morte quand Fifi n’était qu’un tout petit bébé « qui braillait tellement fort que personne n’arrivait à rester à côté d’elle ». Par contre, la petite fille n’a pas oublié son papa, capitaine au long cours. Elle l’avait accompagné sur son navire, jusqu’au jour de sa disparition en mer, emporté par une terrible vague. Mais elle est sûre qu’un jour il reviendra et que, pour le moment, il est le roi d’une tribu de cannibales sur une île perdue…

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  • Désynchronisation familiale

    100prcent3.jpg100% chimique

    Doeschka Meijsing

    Traduit du néerlandais par Charles Franken

    Le Castor Astral, « escales des lettres », 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    C’est une histoire de famille, retorse et ambivalente. Une famille où les hommes n’ont jamais vraiment eu leur mot à dire et où ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène, en premier chef la pétulante arrière-grand-mère, modiste allemande, Maria Blumenträger, puis ses filles, petites-filles, jusqu’à son arrière petite-fille, qui tente de compléter le puzzle de ces Allemands devenus Néerlandais par nécessité, « immigrés qui ont refermé la porte derrière eux. »

     

    La narratrice livre une guérilla sans merci à sa mère Ilna qui refuse de livrer ses souvenirs à sa fille, dont elle se méfie. Nous sommes 100% chimique, a entendu dire cette dernière à la télé, alors à quoi bon aller chercher l’âme de la famille ? Pourquoi vouloir inventer n’importe quoi ?

     

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  • Mu, Le feu sacré de la terre

    mu3.jpgLa trilogie du gardien, tome 1 : Mu Le feu sacré de la terre
    de David Klass

    traduit de l’anglais par Julien Ramel
    Intervista, 2007 - collection 15-20 ans

     

     (Par Catherine Gentile)

     


    Une nouvelle collection chez Intervista, co-dirigée par Denis Guiot
    et Constance Joly-Girard : « 15-20 ».

     

     

    Denis Guiot explique que la démarche éditoriale qu’il a choisi d’adopter avec Constance Joly-Girard vient combler le « no man’s land éditorial » que l’on constate en ce qui concerne les jeunes adultes. Ceux-ci ne se retrouvent ni dans la littérature de jeunesse, justement trop ciblée pour les enfants et les adolescents, ni dans la littérature pour adultes. Captés bien souvent par d’autres centres d’intérêt, ils délaissent alors la lecture.
    Denis Guiot précise encore : « La collection « 15-20 » proposera des romans en prise avec les grands enjeux de notre société, des romans pour rêver et prendre conscience, des romans d’apprentissage où les héros devront « mouiller leur chemise », des romans écrits dans une langue claire, dynamique et naturelle. Notre politique éditoriale s’appuie sur du divertissement de qualité au service d’une ouverture sur la vie, et prend en compte les pratiques culturelles de la tranche d’âge visée. Les titres que nous publions en 2008 parleront du danger que court la planète, du suicide des jeunes, de l’immigration clandestine, de la ghettoïsation des banlieues, etc. Mais sans prêchi-prêcha et en gardant toujours à l’idée que lire n’est ni une obligation, ni une occupation démodée, ni une activité élitiste, ni une fuite hors du monde, mais un plaisir simple, intense et actuel, qui fait partie de la Vie. »

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  • Tu ne me connais pas

    klass.jpgTu ne me connais pas
    David Klass

    traduit de l’anglais par
    Jean et Claude Demanuelli
    Seuil jeunesse, 2002

    (Par Catherine Gentile)

    Dès l’entrée dans le roman, on entre de plein fouet dans le désarroi du narrateur, John, un adolescent malheureux qui s’adresse à sa mère et ne s’exprime que par la négation : elle ne le connaît pas, l’homme qui vit avec elle n’est pas son vrai père, son école est une anti-école, sa maison n’est pas la sienne… John souffre de l’apparente indifférence de sa mère, une femme usée par le travail en usine et surtout, de la violence de son beau-père, qui le « corrige » sans laisser de traces. John n’épargne donc personne, pourtant son récit n’est pas un règlement de comptes.

    Ouvrir le roman, c’est surtout entendre la voix de cet adolescent, une voix fière et forte, un garçon malheureux qui s’avère pourtant plein de ressources. Il montre une lucidité étonnante et raconte le monde qui l’entoure avec un humour décapant, ce qui lui permet de le trouver sans doute plus supportable. Il a aussi recours à son imaginaire en s’inventant une tribu exotique, les Palulu du Lashasa, et en se demandant ce que ferait cette tribu dans telle situation vécue par lui. Il raconte aussi ses premiers pas dans le domaine amoureux, d’une manière à la fois très pudique et désopilante.

    On a rarement aussi bien parlé de l’adolescence et ce roman mérite vraiment le détour. Un texte étonnant et juste qui montre bien la difficulté de se construire à cette période de la vie. A conseiller à de bons lecteurs à partir de 13 ans, garçons et filles.

  • Serbie : un cauchemar d’avant

    basara3.jpgGuide de Mongolie
    Svetislav Basara

    Traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel Iaculli
    Les allusifs, 2006

    parution en poche : juin 2008, 10-18

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Guide de Mongolie, autant dire itinéraire dans un pays sombre, corrompu, lamentable, repoussant et écœurant. Les Mongols n’en seraient pas contents. Mais la ressemblance avec la véritable Mongolie est plus que faible, même si certaines scènes sont censées se passer à Oulan Bator. Elle est davantage un prétexte (on pense au Kazakhstan du film Borat), une fable qui tente de dire la décomposition du monde.

    Ce monde pourrait être celui de la Yougoslavie d’avant l’embrasement, un pays étouffé par la langue de bois et la méfiance, par la fausse fraternité et une économie ubuesque, « pays merdique » (le texte a été écrit avant la dernière guerre des Balkans). Ce pourrait être aussi l’univers mental de l’auteur, dans lequel l’extase religieuse et l’abattement éthylique (et vice-versa) se côtoient, où un mort issu d’un texte sadien, un évêque protestant transparent, un ex officier russe reconverti en lama tibétain et l’envoyé spécial d’un journal américain disparu et l’auteur, ou plutôt son double, Svetislav Basara, se rencontrent au bar de l’hôtel d’Oulan Bator où séjourne presque sans mot dire Charlotte Rampling. Ils y jouent les mille et une nuits en se racontant des histoires, entre une exécution de sorcière et une séance de psychanalyse grotesque. La théologie médiévale et la philosophie moderne s’y rencontrent aussi pour débattre de la nature du temps humain. L’amour impossible et prédestiné hante les rares espaces clairs, illuminés par le souvenir d’enfance.

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