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03/11/2008

Territoires du deuil

rien que l'arctique.jpgRien que l’Arctique

Hanne Ørstavik
traduit du norvégien par Terje Sinding

illustrations de Pierre Duba

Six pieds sous terre, 2008

 

(par Myriam Gallot) 

 

Pendant le solstice d’été 2004, des artistes français et norvégiens furent réunis par le centre culturel français d’Oslo à l’archipel du Svalbard (à 500km à l’Est du Groenland). Au cours de ce séjour, l'écrivaine norvégienne Hanne Ørstavik et le dessinateur Pierre Duba – connu en particulier dans le milieu de la bande dessinée - travaillent ensemble. Dans la froidure nordique et ses lumières barrées de noir naît un livre singulier, « Rien que l’Arctique ».

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01/11/2008

Fouilles tragiques

v_book_104.jpgLa Chute de Troie
De Peter Ackroyd
Traduit de l'anglais par Bernard Turle
Ed.Philippe Rey, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Auteur de merveilleuses biographies (dont celle de Shakespeare chroniquée l'an dernier), Peter Ackroyd propose ici un roman, proche du roman d’aventures comme du roman historique. Un archéologue allemand autodidacte, persuadé d’avoir retrouvé le site de Troie, mène des fouilles à la manière de l’époque (fin XIXe siècle) c’est à dire sans beaucoup de précautions, en échafaudant de nombreuses hypothèse hardies sur ce qu’il trouve, lorsque cela correspond à ce qu’il veut trouver et en détruisant ce qui risque de contredire sa théorie. Derrière ce personnage mégalomane et excessif, proche de la folie, se dessine le personnage du fameux Heinrich Schliemann, l’ «inventeur » de Troie qui n’est guère flatté par son avatar.
Le récit est mené avec allant, mêlant évocations de l’Illiade, fragments du texte d’Homère, amours, mystères, découvertes, drames, catastrophes en tous genres et il donne une vision des premières fouilles de Troie vivante et étonnante.

http://www.philippe-rey.fr/f/index.php

31/10/2008

Cap au Nord

GCOUV%20PILNIAK.JPGLe Pays d'Outre-passe

Boris Pilniak

Paulsen,  2007

 

(par Françoise Genevray)

 

Au cours de l'été 1924, Boris Pilniak prend part comme correspondant de presse à une expédition scientifique dirigée vers la Terre François-Joseph et qui le conduit de Mourmansk à l'Arctique, avant de faire retraite par le Spitzberg sans avoir atteint son objectif ultime. De cette expérience sort Zavolotchie (1925), traduit en français pour la première fois par Anne Coldefy-Faucard. Le Pays d'Outre-Passe, ainsi les manuscrits de Novgorod avaient-ils baptisé le grand Nord russe. La préface de la traductrice, par ailleurs spécialiste de Pilniak, situe parfaitement ce texte atypique à la fois dans son époque et dans l'évolution personnelle de son auteur. Après s'être illustré avec L'Année nue (1921), qui évoquait 1917 et la guerre civile, ce dernier s'interroge sur les enjeux humains d'une Révolution dont il partage l'utopie d'un monde nouveau et la confiance au progrès technique.

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24/10/2008

Histoire d'exil

jsoler4.jpgLes exilés de la mémoire
Jordi Soler

traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu,
10-18, 2008 (Belfond, 2007)

 

(par Jean-Baptiste Monat)

Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est plus particulièrement question de celle de son grand-père, Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois plus tard, un long périple à la fois épique et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de l'exil au Mexique.


Mais la première étape de ce périple, l'une des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode historique. Henri-François Imbert avait consacré un film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer, puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés espagnols

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16/10/2008

Nous aimons avec un cerveau d’enfant

cata.gifPourquoi nous aimons les femmes

de Mircea Cartarescu,

Nouvelles traduites du roumain par Laure Hinckel

Denoël, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Pourquoi, vraiment ? Peut-on répondre autrement que par la pirouette finale qui, entre autres merveilleuses raisons, clôt le livre : « Parce qu’elle sont des femmes, parce qu’elles ne sont pas des hommes, et rien d’autre » ? Dans cas, le double « parce que », et même le « rien d’autre » sont développés par anticipation, illustrés par l’expérience, dans les vingt nouvelles qui précèdent.

 

Ces vingt nouvelles mettent scène, dans le style métaphorique et saisissant de Cartarescu, des rencontres inoubliables, telle celle de cette « jeune Noire » qui « n’était pas belle, mais […] représentait l’exacte image sensible de la beauté » et qui fascine tout un wagon du métro de San Francisco, ou celle de la « Bombe en or », sorte de déesse antique et mythique, image de « l’idéal de beauté de presque toute l’humanité », fixant le regard dévorant des hommes et des femmes nus rassemblés sur une petite plage d’été.

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15/10/2008

George Orwell, à sa guise...

couv_1311.jpgA ma guise, Chroniques 1943-1947
George Orwell
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner

Préface de Jean-Jacques Rosat

Éditions Agone, Collection « Banc d’essais », 2008-10-15

 

(par Frédéric Saenen) 

 

« Je pense que [Tribune] est aujourd’hui le seul hebdomadaire qui fait un réel effort pour être à la fois progressiste et humaniste – à savoir qu’il mêle une politique radicale socialiste au respect de la liberté et de parole à une attitude civilisée envers la littérature et les arts. » Cet avis que l’écrivain George Orwell publie en 1947, dans les colonnes mêmes du magazine qu’il évoque, est bien plus qu’une déclaration de principe. Elle permet de saisir la profonde convergence idéologique et morale qui lient l’écrivain à l’organe de presse travailliste dont il était devenu, quelques années plus tôt, un collaborateur régulier.  

 

À l’époque, Orwell avait déjà publié plusieurs livres importants et vécu une existence assez dense pour léguer à la postérité les incarnations auxquelles nous l’identifions encore : celles de l’écrivain engagé (avec notamment ses poignantes évocations de la misère sociale en Angleterre ou de la guerre d’Espagne) et du visionnaire (La Ferme des Animaux est publié en mars 1944).

Grâce à l’initiative de maints éditeurs, ce portrait se rehausse d’une troisième facette, extrêmement riche : celle du chroniqueur, témoin avisé de son temps. La part de sa production qui relève de son activité de journaliste est un continent ; les éditions Agone nous en offrent à nouveau la démonstration en publiant l’intégralité des articles qu’Orwell désignait sous le titre, faussement primesautier, de À ma guise.

De novembre 1943 à avril 1947 – soit durant ces années critiques de l’histoire à la charnière entre la fin du deuxième conflit mondial et l’avènement de la Guerre froide –, Orwell livra en tout 80 chroniques au journal de gauche Tribune. La régularité des livraisons connaîtra une seule interruption, mais longue de près de vingt mois, durant laquelle Orwell sera affecté comme correspondant de guerre pour le compte de l’Observer.

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Les vomissements de la reine

dorota.jpgTchatche ou crève

Dorota Masłowska

traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski

Les Éditions Noir sur Blanc, 2008

 

(par Christophe Rubin)

 

Le roman hip-hop existe-t-il ? Si oui, est-il traduisible ?

 

Avant de tenter de donner des éléments de réponse à ces questions, il convient de remarquer que Tchatche ou crève, de la jeune romancière polonaise Dorota Masłowska, est pour le moins déroutant et étrange : un savant mélange de trash et de virtuosité langagière, comme le suggère le titre original Paw kròlowej, avec un jeu de mot entre deux expressions : « le paon de la reine » et « les vomissements de la reine ».

Le changement de titre, nécessaire du fait du jeu de mot en polonais, est suivi d’une traduction visiblement très libre du texte lui-même. On retrouve évidemment dans le roman des références à la Pologne d’aujourd’hui ; mais surtout énormément de transpositions pures et simples du langage d’une certaine jeunesse de ce pays.

 

« Alors écoutez, l’Arc-en-ciel, le cinéma de vos illusions, célèbre aujourd’hui sa grande fermeture, vous pensez que la vie est un jeu, une promo chez Carrouf, où tu te sens grave libre, parce que c’est toi qui choisis la margarine la moins chère et la pisse gazeuse à zéro quatre-vingt-dix-neuf, et Dieu se réjouit dans les cieux de t’avoir mis sous le sapin un si joli cadeau, du Chinois tranché fin, il s’est donné du mal, et les calbutes Carrouf avec un élastique, en promotion, de tous les coloris, tous les motifs, toutes les tailles. Alors, comme ça, tu crois tout savoir sur le monde parce que ce matin tu as lu un gratuit dans le métro, mais tu sais rien, parce que Pitz Patrycja, tu la connais pas, tu n’as pas vu ses yeux tristes comme de l’urine récupérée dans un bocal de ketchup marque repère. »

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04/10/2008

Un été en adolescence

arton78.jpgA marée basse de Jim Lynch, traduit de l’anglais (US) par Jean Esch, éditions des 2 terres, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

« Il faut généralement plusieurs décennies pour que les gens aient une vision de l’univers, s’ils prennent la peine de le comprendre. Moi, je l’ai compris au cours d’un été délirant où je me suis retrouvé assailli par la science, la célébrité et les manifestations divines. »

 

Ainsi parle Miles, âgé de 13 ans, qui raconte son été dans les eaux de la baie de Puget Sound (Etat de Washington), où il vit.

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02/10/2008

Homme à vendre (vêtements compris)

lipski3.jpgPiotrus
Léo Lipski

traduit du polonais par Allan Kosko, illustré par Joko
préface d’Éric Dussert
Éditions de l’Arbre vengeur, Collection L’Alambic, octobre 2008

(par Frédéric Saenen)

C’est une bien curieuse découverte que nous propose l’Arbre vengeur, avec la sagacité qui est coutumière à cet éditeur dans le choix d’auteurs rares et méconnus.
Léo Lipski (de son vrai nom Lipschütz) est né à Zurich en 1917, mais c’est dans le quartier juif de Cracovie qu’il grandira. En 1939, alors réfugié en Galicie orientale pour fuir la terreur nazie, le jeune homme sera arrêté et déporté par la police soviétique, sous l’accusation d’être un «fuyard ». Après deux ans passés dans les terribles conditions du goulag russe, Lipski est intégré aux Brigades de l’armée polonaises et s’embarque pour l’Iran. Son destin est alors scellé, puisque c’est en Asie Mineure qu’il contracte le typhus qui allait le handicaper et le faire souffrir durant toute sa longue existence. Frappé d’hémiplégie, il s’installe après la guerre en Palestine, à la frontière entre Tel-Aviv et Jaffa. Survivant grâce à l’aide et à la générosité de quelques amis, Lipski va s’enfoncer dans la solitude et se voir inéluctablement gagné par l’immobilité. Une claustration en soi qui n’est pas sans évoquer celle endurée par son contemporain Joë Bousquet. Infirme accablé par la chaleur de l’Orient, Lipski ne trouvera guère d’autre échappatoire à son absurde et tragique condition que dans la littérature. C’est en 1960 qu’il publie Piotrus, roman bref et inclassable que la critique inscrira dans une tradition allant de Kafka à Beckett, en passant par Gombrowicz. Et le récit est à la hauteur d’un si noble lignage.

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Le livre d’Hanna

gbrooks3.jpgLe livre d’Hanna
Geraldine Brooks
Traduit de l’américain par Anne Rabinovitch
Belfond, 2008

(par Annie Forest-Abou Mansour)

« le fait d’être un homme compte plus que d’être juif, musulman, catholique ou orthodoxe »

Le livre d’Hanna a pour principal héros un livre sacré, appartenant à la communauté juive, la Haggadah. La narratrice, une jeune australienne passionnée de livres anciens, entretient avec l’objet livre des rapports quasi charnels : « Chaque fois que j’ai travaillé sur des objets beaux et rares, ce premier contact a été une sensation étrange et puissante. Comme de frôler un fil sous tension et en même temps, de caresser la nuque d’un nouveau-né. » Elle est réveillée une nuit, à deux heures, par Amitaï, un spécialiste des livres sacrés juifs. Il lui apprend qu’elle a la chance incroyable et inattendue d’être chargée de « travailler sur l’un des volumes les plus rares et les plus mystérieux qui existent au monde », la très ancienne Haggadah de Sarajevo, «un manuscrit hébreu orné de magnifiques enluminures, fabriqué à une époque où la croyance juive était fermement opposée à toute iconographie ».

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30/09/2008

Miel amer d'Ouzbekistan

mahmoudov3.jpgLa Montagne éternelle
Mamadali Mahmoudov
traduit de l'ouzbek par Philippe Frison
Editions de L'Aube, 2008

(par Françoise Genevray)

La liste de personnages qui ouvre le roman fait-elle craindre au lecteur de s'égarer dans une généalogie touffue ? Qu'il ne se laisse pas intimider : elle aide à s'orienter dans une fresque ambitieuse, chatoyante, mais dont la structure s'avère finalement assez simple. La Montagne éternelle déroule sous nos yeux le quotidien des petites gens d'Ouzbekistan (artisans, bergers, femmes d'intérieur, étudiants), la nature somptueuse qui façonne l'âme du pays, et aussi tout un pan de son histoire riche de valeureux guerriers, de mystiques, de lettrés, de savants. Trois protagonistes masculins se détachent, dont la stature archétypique rappelle et prolonge la riche tradition épique d'Asie centrale. Au premier rang figure Rahmat le charpentier, l'homme de la forêt profonde : fier, puissant, taciturne, le patriarche incarne la continuité familiale et les traditions ancestrales de son peuple.

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28/09/2008

Miraculeux ? Assurément.

edouard.jpgLe miraculeux voyage d’Édouard Tulane
Kate DiCamillo

illustrations de Bagram Ibatoulline, traduit par Sidonie Van Den Dries, Tourbillon, 2007

 

(par B. Longre)

Ce roman illustré, aux allures de beau-livre, réserve d’insoupçonnables ravissements au lecteur. Littérature « jeunesse » ? Pas vraiment. Éminemment picaresque, et pourtant bâtie comme un conte qui s’inspirerait de nombreux autres tout en demeurant unique, l’histoire d’Édouard, lapin de porcelaine narcissique et superficiel, recèle tant de niveaux de lecture que chacun est susceptible d’y trouver son compte. Malmené par de multiples événements, balloté par les éléments ou les humains qui croisent sa route, Édouard est un héros au prime abord peu sympathique, qui évolue bien malgré lui, de la déchéance à la rédemption : il s’humanise peu à peu, se métamorphosant au fil des ans, tandis qu'il se découvre un cœur et des sentiments. Le raffinement des illustrations à l’ancienne rappelle par instants la précision d’un Norman Rockwell et ajoute à l’ensemble un charme désuet qui s’accorde à la perfection à ce roman sans âge, qui a déjà tout d’un classique.

15/09/2008

La peau et le cœur des livres

alzamora3.jpgLa fleur de peau
Sébastià Alzamora
traduit du catalan par Cathy Ytak
Métailié, 2007

Lire aussi, en fin d'article, l'entretien avec Cathy Ytak et le point de vue de Sébastià Alzamora.

 

« Il est important que nous les laissions nous protéger, il est très important que notre peau mortelle se laisse imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. »

Quels liens complexes et incertains peuvent s’échafauder entre Puppa, un vieil homme énigmatique, ancien héros devenu relieur, un tailleur de pierre unijambiste, une religieuse versée dans les livres, une gitane ensorcelante qui cherche un « progéniteur », une princesse, « personnification de la beauté pure », une reine nymphomane, un rabbin célèbre pour avoir accompli l’impensable ? Entre le treizième chant de l’Odyssée, les rivalités religieuses et les sombres manœuvres politiques qui agitent la ville de Prague à la veille de la guerre de Trente ans ? Au lecteur de démêler peu à peu cet enchevêtrement fascinant, proprement irracontable, à la limite du conte et de la mascarade théâtrale, oscillant entre fantasmagorie et onirisme, tout en se laissant porter par l’épopée de Puppa, récit qui nous est rapporté par un autre conteur, installé dans une taverne un soir de tempête...

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08/09/2008

Brûlante commande

fhernandez3.jpgLa partition
Felipe Hernandez
Traduit de l’espagnol par Dominique Blanc
Verdier, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

« Si quelqu’un avait assez de clairvoyance et de talent pour appréhender le rythme d’un être et le transformer en harmonie, il transformerait cet être en musique, de telle sorte que si un aveugle entendait cette musique il pourrait voir parfaitement l’image de cet être réel devant lui».

Pour Nubla, homme étrange et personnalité du monde musical local, cette hypothèse est devenue un but obsessionnel. Il engage donc José Medir, jeune compositeur plein d’avenir mais vivant chichement de leçons de piano, pour donner corps à cette utopie censée défier la mort.

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04/09/2008

José de la Cuadra

noirequateur3.jpgNoir équateur
José de la Cuadra

Traduit de l'espagnol (Équateur) sous la direction de Robert Amutio
Illustrations de Yoel Jimenez - Collection Forêt invisible
Editions de l’Arbre Vengeur – 2008

 

(par Jacques Chesnel)

 

L’auteur (1903 – 1941), avocat et fondateur de l’Université Populaire de Guayaquil, a écrit quelques nouvelles parmi les plus abouties de la littérature latino-américaine et deux romans, Los Monos enloquecidos (inachevé) et Los Sangurimas en 1934.

 

Ce recueil de neuf nouvelles en grande partie inédites est représentatif de l’art de cet écrivain équatorien, adepte d’une littérature réaliste (et même naturaliste) à laquelle se mêlent des éléments mythiques et de légendes. Tous ces récits souvent violents, cruels ou macabres se déroulent dans la région côtière au sud du pays, le Montuvio, peuplé de paysans souvent isolés revendiquant leur appartenance à la « raza huancalvica ».

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03/09/2008

Une plus juste reconnaissance ?

pcameron3.jpgUn Jour cette douleur te servira de Peter Cameron - trad. Suzanne Mayoux - Rivages, 2008

(par Joannic Arnoi )

Depuis 1995, les éditions Rivages ont fait montre d’une fidélité exemplaire à l’égard de Peter Cameron : Un Jour cette douleur te servira est son cinquième roman traduit, outre un recueil de nouvelles paru en 2006, Au Beau Milieu des choses. Ses premiers romans, Week-end et Année Bissextile, étaient des chroniques douces-amères portraiturant la vie des gays cultivés new-yorkais. Le rapprochement avec des auteurs comme Stephen Mac Cauley ou David Leavitt était alors assez tentant, même s’il y a une finesse et une élégance dans les premiers livres de P. Cameron qui les distingue.

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02/09/2008

Vilains moutons

vilainsmoutons.jpgVilains moutons
Katja Lange-Müller

traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
Editions Laurence Teper, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Succès éditorial en Allemagne (35 000 exemplaires vendus), Vilains moutons est le récit à la première personne d’une histoire d’amour vécue par une Berlinoise de l’Est, Soja, passée à l’Ouest dans les années 80. Sous la forme d’une lettre écrite à l’être aimé, Harry, un junkie qu’elle a rencontré alors qu’il sortait de prison, elle revient sur leur relation, de ses débuts improbables à sa fin prévisible, dans une stricte chronologie narrative. Elle s’appuie sur ses propres souvenirs et un cahier que remplissait Harry, dont elle ignorait l’existence du temps de leur relation, et duquel Soja est totalement absente : désir de la protéger ou indifférence ? Les doutes subsistent, et le mystère de cet homme ne sera pas levé. Roman de la complexité amoureuse, Vilains moutons est un monologue parfois bavard parfois intrigant, qui souffre d’une écriture sèche et inexpressive. Oscillant entre réinterprétation du passé et chant d’amour, sans parvenir à être tout à fait convaincant ni réellement émouvant, ce récit se révèle finalement plutôt fade, et souffre mal la comparaison avec l’excellent Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, lui aussi roman épistolaire monodique de fin d’amour.

 

http://www.editionslaurenceteper.com

25/08/2008

Frontières

mattruff.jpgBad Monkeys

Matt Ruff
traduction de l’anglais Laurence Viallet

10-18, 2008

 

(par B. Longre)

 

Joli tour de force narratif, Bad Monkeys démarre comme une chronique adolescente, se mue en polar, puis navigue inlassablement entre les genres et les atmosphères, de la farce tragique à la parodie la plus grotesque - sans oublier l’anticipation et le fantastique. On trouve ici un mixe qui a de quoi réjouir : un rythme échevelé, un enchaînement d’événements de prime abord invraisemblables qui obéissent pourtant à une logique implacable, et une narratrice à la fois désinvolte et surmenée, à laquelle on s’attache (est-ce bien raisonnable ?) dès les premières pages – Jane Charlotte, enfermée dans « l’aile des barjots » de la prison de Las Vegas, accusée de meurtre. Là, elle se confie à un psychiatre et tâche de justifier ses actes en racontant qu’elle oeuvre pour le compte d’une société secrète… « L’organisation », qui « lutte contre le mal », rend sa propre justice en surveillant et exécutant sommairement des « malfaisants», forcément irrécupérables – meurtriers, fous dangereux, kidnappeurs d’enfants – en partant du principe que le monde se portera mieux sans eux. Jane Charlotte est-elle une affabulatrice hors pair ? Comme le soupçonne son médecin, ment-elle par omission, préférant laisser dans l’ombre certains pans de son existence ? Qui cherche-t-elle à convaincre ? Ou bien, tout simplement, se contente-t-elle de raconter sa vérité ? À chacun de le découvrir en lisant d’une traite ce roman inclassable, époustouflant, qui s'interroge sur la frontière, décidément perméable, entre bien et mal.

 www.10-18.fr

Amitiés féminines au Japon

kakuta3.jpgCelle de l’autre rive
Mitsuyo Kakuta

traduit du japonais par Isabelle Sakaï
Actes Sud, 2008

(par Myriam Gallot)

 

Seule et unique oeuvre traduite en français de Mitsuyo Kakuta, ce roman, qui reçut le prestigieux prix Naoki en 2005, raconte en parallèle deux amitiés, à des époques différentes de la vie, l’une à l’adolescence et l’autre à la trentaine, entre des femmes à la recherche d’une vie plus libre que celle que leur offre le Japon contemporain.
Dans cette société corsetée où la norme fait loi, raccourcir la jupe de son uniforme scolaire d’un tour de ceinture est déjà un acte hautement significatif, presque une conquête, pour Nanako et Aoï, rencontrées dans les couloirs étriqués d’un lycée pour jeunes filles.
Quant aux femmes adultes, travailler à l’extérieur ne va pas de soi, loin de là. Si elles mettent un point d’honneur à la perfection ménagère, ce n’est qu’un piètre dérivatif à un désir d’ailleurs non étanché. Aoï, devenue chef d’entreprise célibataire, et Sayoko, la femme mariée qu’elle emploie, mais aussi bien d’autres figures féminines qui traversent le récit, résistent à la culpabilisation de la femme qui travaille, que ce soit par la belle-mère, le mari, les employés de la société, ou pire encore, les femmes au foyer, qui les accusent de délaisser leurs enfants en les confiant à la crèche, qui les rendrait brutaux (sic !)

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22/08/2008

Contact Direct avec les morts

cprice3.jpgCe qu’ils savent

Charlie Price

traduit de l’anglais (US) par Pierre Charras

éditions Thierry Magnier, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

La disparition d’une adolescente à la sortie du gymnase où elle s’entraîne en tant que pom-pom girl est le point de départ de ce roman noir, qui se distingue par sa subtilité.

 

L’inspecteur Gates mène l’enquête, et il est bien forcé de constater que la réalité n’est pas nécessairement réduite à sa stricte rationalité : pour résoudre cette tragique énigme, il lui faudra aussi tenir compte de récits a priori invérifiables, au risque d’être moqué par sa hiérarchie. Celui d’un jeune homme souffrant d’amnésie, d’abord, mais aussi les voix qu’entend Murray, adolescent ombrageux qui aime fréquenter la nécropole et s’entretenir avec ses morts, qu’il considère comme des amis.

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