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11/01/2009

Série écossaise

bon usage compliments.jpgLe bon usage des compliments

Alexander McCall Smith

traduit de l’anglais par Martine Skopan

Editions des 2 terres, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Prolifique auteur à succès, Alexander McCall Smith est spécialisé dans la création de séries littéraires autour d’un personnage. Le bon usage des compliments est le 4ème titre de la série Isabel Dalhousie, une riche héritière écossaise passionnée de philosophie. Les trois premiers romans de la série sont parus chez 10/18 (Le club des philosophes amateurs, Amis, amants,chocolat, Une question d’attitude) et le cinquième vient de paraître en anglais.

 L’auteur dit avoir créé la série Isabel Dalhousie pour évoquer la ville où il réside, Edimbourg. Et effectivement, le roman est une charmante immersion dans la bourgeoisie d’Edimbourg, partagée entre très vieille Ecosse et modernité.

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10/01/2009

De l'indianité, de l'humanité.

shermanalexie3.jpg

Dix Petits indiens
Sherman Alexie
traduit de l'anglais par Michel Lederer
Albin Michel, Terres d'Amerique, 2004
Parution en 10-18, janvier 2009

 

Ten Little Indians (Secker & Warburg, 2004)

 

(par B. Longre)

 

Le titre de ce recueil évoque instantanément la chansonnette des "Dix petits nègres" (aux affreux relents colonialistes, popularisée par Agatha Christie dans un roman policier devenu en politiquement correct And Then There Were None) et l'autre version de la comptine, plus connue aux États-Unis, qui parle de « dix petits indiens » ; mais contrairement à l'écrivaine britannique, Sherman Alexie est conscient de la provocation contenue dans ce titre : peut-être une manière de mettre sur le même plan Noirs et Indiens d'Amérique (les deux peuples ayant subi des souffrances plus ou moins similaires de la part des "colons" américains) ou bien une façon de contrer les stéréotypes indélébilement attachés au "Native American", l'Amérindien. Car Sherman Alexie, Indien Spokane/Cœur d'Alène, né en 1966 dans une réserve de l'État de Washington, sait de quoi il parle quand, tout au long de ses récits et de ses romans, il ne cesse de raconter la condition indienne, thème récurrent de son œuvre ; mais ces parcours spécifiques (moins pathétiques ici que dans son recueil précédent, Phoenix, Arizona, qui se centrait sur la vie à l'intérieur de la réserve) lui permettent aussi d'explorer avec finesse les dysfonctionnements inhérents à la société américaine et de remonter aux sources de ce qui compose la «spécificité» de l'identité indienne — pour peu qu'on puisse la définir vraiment — et plus généralement, les méandres et les complexités de l'âme humaine et la difficulté d'être différent, ou... des avantages que l'on peut en tirer.

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05/01/2009

Le romancier descendu des collines

pavese.jpgŒuvres
Cesare Pavese
Édition de Martin Rueff
Gallimard, « Quarto », 2008

(par Nicolas Cavaillès)

On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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02/01/2009

Comédie familiale

lewycka.jpgUne brève histoire du tracteur en Ukraine

Marina Lewycka

traduit de l’anglais par Sabine Porte, Editions des Deux Terres, 2008

 

(par Myriam Gallot)

  

Un très vieux monsieur épouse une jeune femme, blonde à forte poitrine, venue d’Ukraine, qui a besoin de ce mariage pour obtenir des papiers britanniques, et est surtout bien décidée à faire cracher un maximum d’argent à son époux avant de l’enterrer. Rien que de très banal, sauf que la narratrice est la fille du très vieux monsieur, et que sa sœur et elle, bien que fâchées depuis des années, vont se réconcilier et mettre tout en œuvre pour chasser cette sangsue du domicile paternel – et si possible aussi de Grande-Bretagne.

De ce sujet de comédie, Marina Lewycka, née de parents ukrainiens, mais vivant en Angleterre, se saisit avec bonheur. Elle connaît parfaitement ses personnages, tous d’origine ukrainienne, et hauts en couleurs, que ce soit la belle et ambitieuse Valentina, aussi capiteuse que vénéneuse, sachant user de ses charmes, jusqu’à la vulgarité, pour obtenir ce qu’elle souhaite – et avant tout un meilleur avenir pour elle et son fils, qui pourrait le lui reprocher ? Matérialiste, elle est prête à toutes les combines louches pour échapper à l’Ukraine, et, comme beaucoup de filles de l’Est, rêve du confort occidental.

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26/12/2008

Songes d’une nuit d’été

peca.jpgThe sunshine play

Peca Stefan

Traduit du roumain par Fanny Chartres
Editions Théâtrales, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Sur un toit brûlant de Bucarest, par une belle nuit de juillet, trois jeunes gens confrontent leurs désirs, leurs doutes, leurs colères, leurs déceptions, leurs espoirs… Il y a là Iza la Roumaine, Trifon le Bulgare et Dan le Roumain, de retour de Colombie après un mariage raté. L’amour et la séparation sont au cœur de leurs dialogues, qui se déroulent tantôt en roumain (et en traduction française pour la présente édition) tantôt en anglais (lorsque Roumains et Bulgare veulent s’entendre mutuellement…) : stéréotype de l’internationalisme linguistique ? En tout cas, on sent bien que ces trentenaires venus d’horizons différents ont des élans similaires, soutenus par les mêmes rêves d’autres choses et d’autres lieux.

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16/12/2008

Vivre avec les loups

dhearst3.jpgLes Chroniques du Loup, tome 1, la promesse des Loups
Dorothy Hearst

traduit de l’anglais par Marina Boraso
Albin Michel, 2008

(par B. Longre)

« Ne jamais se mêler aux humains.
Ne jamais tuer un humain sans provocation.
Ne jamais laisser en vie un loup de sang mêlé... »


Telles sont les trois règles qui régissent les meutes de la Grande Vallée. Aussi, le jour où Ruuqo, chef de meute, égorge les frères et les sœurs de la jeune Kaala et bannit sa mère qui a enfreint la loi en choisissant un mâle extérieur à la vallée, la petite louve épargnée se voit traitée en étrangère par la plupart de ses compagnons. Elle s’adapte malgré tout à la vie collective et se fait des amis, dont Ázzuen, louveteau malingre mais futé, et Tlitoo, un corbeau qui veille sur elle.
Cette saga préhistorique qui se déroule il y a 14 000 ans, quelque part dans le sud de l’Europe, est un beau roman des origines qui mêle mythologie, onirisme, fable politique et morale (les femelles, progressistes, s’opposent souvent aux mâles – réactionnaires, figés par la loi), pragmatisme de la survie et spiritualité, et met en scène des loups qui, tout en se comportant en animaux (instinct, sauvagerie, sens aiguisés, rivalités et hiérarchie de la meute, etc.) n’en possèdent pas moins des capacités intellectuelles et une émotivité propres aux humains.

08/12/2008

La liberté, et quoi d’autre ?

grondahl.jpgPiazza Bucarest
Jens Christian Grondahl

traduit du danois par Alain Gnaedig
Folio, 2008 (Gallimard, 2007)

 

 (par Jean-Pierre Longre)

 

Ce roman de l’un des écrivains les plus en vue actuellement en Europe explore les relations complexes d’un photographe américain résidant au Danemark et d’une jeune Roumaine. Sans préméditation, sur une sorte de coup de tête, Scott, au cours d’un voyage professionnel dans la Roumanie de 1988, propose à Elena le mariage qui lui permettra de fuir la dictature de Ceausescu. Mariage blanc ? Elan amoureux ? Peu à peu, le narrateur, ami de Scott, nous dévoile ce que lui-même a appris de la bouche de l’homme, puis de la jeune femme : son passé tourmenté qui n’est pas sans conséquences sur le présent et l’avenir.

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05/12/2008

De la poule au tigre

adiga.jpgLe Tigre Blanc

Aravind Adiga

Traduction de l’anglais (Inde) par Annick Le Goyat

Éditions Buchet Chastel, 2008

 

(par Samia Hammami)

  

« Car, voyez-vous, j’ai été un serviteur autrefois. Trois nations seulement n’ont jamais courbé l’échine devant des étrangers : la Chine, l’Afghanistan et l’Abyssinie. Par respect pour l’amour de la liberté dont témoigne le peuple chinois, et persuadé que l’avenir du monde est entre les mains de l’homme jaune et de l’homme brun à présent que notre maître d’antan, l’homme blanc, s’est perdu lui-même dans la sodomie, l’usage du portable et l’abus de drogue, je me propose de vous révéler, gracieusement la vérité sur Bengadore. Et cela en vous contant ma propre histoire. » C’est en ces termes, non équivoques, que « Tigre Blanc » initie une série de huit lettres rédigées au cours de sept nuits consécutives. Cette longue missive est adressée à Wen Jiabao, le Premier Ministre chinois, à la veille d’une visite officielle dans le pays du Gange en vue de pénétrer le secret des entrepreneurs indiens.
Balram Halwai, l’auteur de cette correspondance, est l’un de ceux-là. Issu des Ténèbres, il s’en est péniblement arraché pour finalement accéder à la Lumière. Cette extirpation ne se fit pas sans sacrifices car, entre ces deux Indes, des siècles de tradition et un système gangréné aux rouages huilés par l’iniquité et l'arbitraire empêchent tout déplacement d’une réalité à l’autre.

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02/12/2008

Un autre tout petit monde

affaire.jpgL’Affaire Karen

Mañas José Angel

traduction de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila - Éditions Métailié, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

Karen del Korad est une belle trentenaire très dynamique au charme de qui les représentants de la gent masculine succombent automatiquement. Avec un premier roman à succès, cette séductrice à l’esprit vif a rapidement trouvé son public et gagné les lauriers de la critique. Il ne lui reste qu’à finaliser son deuxième opus s’inscrivant dans une veine plus autobiographique et qui, de l’avis général, rencontrera aussi un engouement immédiat. Dans l’espoir de se ressourcer un peu, la récente coqueluche du Tout Madrid a pris la décision de s’exiler quelque temps à Miami. La veille de son départ, elle organise alors une petite sauterie chez elle, où elle convie tous ceux qui la courtisent : prétendants, éditeurs, agents, créateurs, amis… Amis ?

En effet, dans ce microcosme fourmillant de littéreux pétris d’envie, de frustration et de soif de reconnaissance, les « amis » existent-ils ? Et lorsque l’hôtesse souriante du soir se révèle être une croqueuse d’hommes ne s’embarrassant d’aucune considération morale et foulant de ses talons pointus la fidélité et l’honnêteté envers ses proches, les « amis » sont-ils sincères ? Enfin, quand l’ambition est telle que la propriété intellectuelle et l’inspiration personnelle vous deviennent des concepts étrangers, les « amis » vous veulent-ils vraiment du bien ?

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30/11/2008

L’obsession et l’obstination d’une mère

9782714444714.jpgAilleurs, plus loin

Amy Bloom

Traduit de l’anglais (U.S.A) par Michèle Lévy-Bram

Belfond, 2008

 

(par Jacques Chesnel)

 

Que faire lorsqu’une jeune mère juive russe apprend que sa fille est vivante quelque part en Sibérie alors qu’elle la croyait tuée avec toute sa famille lors d’un progrom en 1924 ?… tandis qu’elle a trouvé refuge à New York, s’y est établi et a recommencé à vivre. Partir illico, sans un sou vaillant, avec une carte de l’Ouest du continent nord-américain donnée par un amoureux et cousue dans son manteau, traverser le pays, des bas-fonds du Lower East Side jusqu’en Alaska et le détroit de Béring pour rejoindre la Sibérie orientale.

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22/11/2008

Contes khantys

Couv%20ROUGUINE.jpgLa Chatte qui a sauvé le monde

Roman Rouguine

traduit du russe par Carine Puigrenier et Dominique Samson Normand de Chambourg

Paulsen,  2008

 

(par Françoise Genevray)

 

Les Khantys sont l'un des peuples autochtones les plus occidentaux de la Sibérie. Appelés Ostiaks à l'époque tsariste, d'un mot local signifiant « le peuple du grand fleuve » (l'Ob), ils occupent deux districts autonomes de la région de Tioumen. C'est de là qu'est issu Roman Rouguine. Né en 1939, il a fait ses études à Leningrad et donné ses premiers textes dans les années soixante à des revues de langue russe. De retour dans son pays, il a enseigné l'histoire et la langue khantyes, milité pour la sauvegarde de l'environnement et repris son activité littéraire. Un certain nombre d'écrivains khantys s'expriment et publient comme lui dans les deux langues. Le texte ici traduit du russe provient du troisième volet (Volchebnaïa zemlja : La terre enchantée) d'une trilogie parue en 1996-1997, œuvre scellant les retrouvailles de l'auteur avec la culture traditionnelle de son peuple, assez malmenée sous le régime communiste.

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20/11/2008

Le cuisinier, le coiffeur, le peintre, leurs femmes et leur maître

cdovey.jpgLes liens du sang
De Ceridwen Dovey
traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Guiloineau
Editions Héloïse d’Ormesson, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman à la façon de Garcia Marquez qui évoque le renversement d’une dictature dans un pays non identifié, l’entrecroisement des destinées, le perpétuel retour du même, le livre de Ceridwen Dovey est tout cela. Mais il est radicalement autre à bien des égards et on peut comprendre que des critiques aient trouvé aussi une parenté avec les romans de Coetzee, compatriote de l’auteure (qui est née en Afrique du Sud et vit à New York) : les rapports entre hommes et femmes, parents et enfants, maîtres et serviteurs sont remarquablement esquissés à travers toute une série de tableaux d’abord bien distincts, puis qui se mêlent de façon inextricable.

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19/11/2008

La trajectoire de Gecko

Blacklaws oranges2.jpgOranges sanguines
Troy Blacklaws
traduit de l'anglais par Pierre Guglielmina
Flammarion, 2008

(par Joannic Arnoi)

Oranges sanguines est le deuxième roman traduit en français du Sud-africain Troy Blacklaws (après le splendide Karoo Boy, qui vient de reparaître en « Points roman »). Les deux livres relèvent du même genre — le récit de jeunesse — même si Oranges sanguines embrasse une période de temps et des horizons géographiques plus vastes. Le héros-narrateur, Gecko, a sept ans lors des premières scènes et vit dans une ferme au Natal, « collines parsemées de vaches et de huttes d’argile », à l’Est du pays. Et l’histoire se clôt une douzaine d’années plus tard au Danemark, où il est parti rejoindre Zelda, sa muse.

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17/11/2008

Chatons dans la nuit blanche: la nouvelle comme roman.

murakami.jpgL’éléphant s’évapore
Haruki Murakami
Belfond

(par Anne-Marie Mercier)

« Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus ». Cette première phrase de la nouvelle intitulée «Sommeil », l’une des plus longues du roman, longue comme une nuit où l’on ne trouve pas le sommeil (ce qui est un type de nuit blanche particulier, voir Le Passage de la nuit, du même auteur) ou comme une sieste profonde dont on sort hébété par un jour de grande chaleur, pourrait être le titre de ce recueil, tant les textes qui le composent offrent des portraits hallucinés de personnages qui dépassent, mais à peine, la limite de ce qui est possible, de ce qui est permis, de ce qui est correct, et semblent flotter entre deux mondes.
Un coup de fil inquiétant, une faim insatiable, qui amène à l’attaque d’un mac Donald, le dérapage d’un préposé aux lettres de réclamations, les petites choses insignifiantes qui font qu’on se rencontre ou surtout qu’on se manque (terrible), qu’on se sépare, qu’on se hait. Les idées qu’on se fait sur les autres (les chinois, par exemple, les étapes de la vie, la disparition d’un éléphant sans effraction…

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Romans de kimono et de sabre

445.jpgLe village du chat vampire / L’île des ogres
Lensey Namioka

(traduits de l'anglais par Nikou Tridon)
Rocher jeunesse, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Le jeune samouraï Zenta, accompagné de son ami joyeux et maladroit, Matsuzo, revient dans le village de son enfance et découvre que tous, y compris son vieux maître, vivent dans la terreur, entre des colporteurs à l’allure de brigands et un mystérieux monstre qui agresse les jeunes filles. Suspens, aventures et mystère, un roman policier honorable mais sans grande originalité, en dehors de quelques aspects du Japon du XVIe siècle qu’il fait découvrir.
L’île des ogres, qui suit ce récit tout en étant indépendant, offre le même cocktail de valeur guerrière, de charmante jeunes filles, d’amour discret, de mystère et d’exotisme, tout en étant mené par un autre personnage de ronin, moins héroïque mais plus humain.

http://www.editionsdurocher.fr/

13/11/2008

Déshumain, trop déshumain…

ortega.jpgLa Déshumanisation de l'art

José Ortega y Gasset

Traduit de l’espagnol par Paul Aubert et Ève Giustiniani

Sulliver, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

En 1925, José Ortega y Gasset n’est pas encore l’auteur de l’ouvrage qui fera de lui une figure majeure de la pensée européenne, La Révolte des masses. Il a cependant signé des articles nombreux et variés, publiés principalement dans la Revista de Occidente qu’il a fondée deux ans plus tôt. Cette revue de critique, qui ne répugnait pas à ouvrir ses pages aux avant-gardes, eut un rayonnement et une influence durables sur la génération des années 20-30. Elle accueillera les plus éminents intellectuels de l’époque, en matière de poésie, de littérature, de science ou d’esthétique.

 

C’est de ce dernier sujet que traite d’ailleurs l’essai La Déshumanisation de l’art. Un texte qui interroge, aujourd’hui encore, les tenants et les aboutissants de l’art moderne et dans lequel Ortega tente d’ébaucher quelques pistes de compréhension claires quant à l’évolution des formes patente depuis la fin du XIXe siècle.

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10/11/2008

La tragédie et l’espérance, ou le roman d’une Rom

zoli2.jpgZoli
Colum McCann

Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 2007 / 10-18, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre) 

 

Marienka Novotna, dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six ans et son grand-père échappèrent à la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom, elle apprit à lire et à écrire : « Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre mes doigts ».


Après avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie communiste et lui-même fasciné par la jeune femme, va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée rom.

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08/11/2008

Un monstre très humain

doppel1.jpgDoppelgänger
David Stahler Jr
traduit de l’anglais par Luc Rigoureau
Tribal, Flammarion, 2008

 

(par B. Longre)

 

Roman s’inscrivant à la fois dans la veine fantastique et dans celle de la chronique adolescente, Doppelgänger décrit un univers réaliste, socialement et affectivement très vraisemblable, alors que le narrateur est par nature un non-humain : un jeune Doppelgänger privé de nom, « une créature primitive », un caméléon qui s’approprie pour un temps la vie d’un être humain qu’il a au préalable assassiné. Un monstre ? Le narrateur « se pose la question depuis que je suis en âge de réfléchir. Je n’ai toujours pas de réponse. Ma mère estimerait que non. D’après elle, notre race n’a rien à voir avec le bien et le mal - "ces sottes conventions humaines". »

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La revanche du Nord

artop.jpgLe Cantique de l’apocalypse joyeuse
Arto Paasilina
traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Denoël, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce récit, loufoque comme la plupart de ceux de Paasilina, évoque comme le titre l’indique, une progressive fin du monde : tout s’arrête et c’est pas triste ! Guerre mondiale (dont on sait peu de choses, les communications étant coupées), catastrophes atomiques, Europe bien lointaine mais vue comme un recours, effondrement des démocraties… le tableau devrait être sombre.
Mais tout cela est vu de très loin, depuis un tout petit village du fin fond de la Laponie qui s’édifie au fil du roman et fait figure de paradis retrouvé. Partant d’une « fondation funéraire » faite pour satisfaire au vœu d’un défunt, athée et brûleur d’églises, qui pour se racheter fait construire une église (en bois) et son cimetière, le village se fait avec la venue d’écolos incapables mais sympathiques, d’artisans, d’une école, de réfugiés de divers endroits (lapons, russes, etc.) et fonctionne en autarcie.

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05/11/2008

Un marginal biblique

samson3.jpgSamson, le nazir
Vladimir Jabotinsky

traduit du russe par Luba Jurgenson
Éditions des Syrtes, 2008

(par Françoise Genevray)

Le lecteur français connaît peu Vladimir Jabotinsky (1880-1940), journaliste et nouvelliste natif d'Odessa. Après Les Cinq, dont la traduction par J. Imbert (2006) obtint une mention du prix Russophonie, voici avec Samson, le nazir son premier roman, publié en 1925. Il s'agit d'un volet, le seul finalement écrit, d'une trilogie prévue sur Jacob, Samson et David. Le nazir (la racine du mot hébreu signifie « séparer ») est un homme lié par un vœu qui le consacre à Dieu et qui lui impose une vie à part faite d'abstinence. Samson, juge en terre de Dan, porte une «tignasse » hirsute et des tresses qui ne sont pas le siège de sa vigueur physique, mais l'insigne de cette pureté rituelle. Jabotinsky tire du Livre des Juges le cadre général ainsi que les principaux épisodes relatifs à Samson, y compris la mâchoire d'âne brandie pour frapper l'ennemi et la monumentale porte en fer arrachée aux murailles de Gaza. Son roman traite ces données de manière à la fois libre et fidèle.

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