27.02.2009
Shakespeare exhaustif
Cymbeline
William Shakespeare
Mise en scène de Bernard Sobel et Sophie Vignaux
ENSATT, 68ème promotion
Du 16 au 27 février 2009
(par Nicolas Cavaillès)
C’est sur une longue scène étroite aux teintes d’or et de terre, divisant le public, que s’étend la longue trame rocambolesque, de long texte tissue, de Cymbeline dans la mise en scène de Bernard Sobel et de Sophie Vignaux. À rebondissements, la trame sait s’amuser de son exubérance dramatique, et s’offrir de joyeux coups d’accélérateur (à défaut d’autres astuces de mise en scène) : il faut parfois que les têtes tombent vite, ou que les dénouements heureux hâtent leurs vertigineux délires trop beaux pour être vrais (G.B. Shaw réécrivit ainsi la curieuse fin de la pièce dans Cymbeline refinished, en 1936, pour en corriger le « burlesque assez ridicule »).
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29.01.2009
Abrutissement généralisé
Débris
Dennis Kelly
traduit de l’anglais par Philippe Le Moine et Pauline Sales
Editions théâtrales, Culturesfrance, collection Traits d'union, 2008
(par B. Longre)
« Pauvre maman. Elle n’avait pas compris que les gens dans le poste ne sont pas réels, ce n’est qu’un écran magique, les mots ne sont plus qu’une collection chaque jour plus abstraite de sons dans les airs. La réalité était bel et bien dans son ventre, la réalité grandissait là, c’était moi la réalité. Une enfant-plante suçant la mort par sa langue-pomme de terre – c’était ça la réalité. »
Texte saisissant, Débris traite de la déliquescence familiale, sociale et humaine et examine avec acuité la manière dont les rapports (de force ou d'amour) entre les générations évoluent, corrompus par l’incommunicabilité, elle-même engendrée par la télévision, omniprésente : un mal déréalisant qui provoque une perte des repères, du sens et pire encore. Il s’agit là d’un théâtre essentiellement allégorique, où l’horreur des situations exposées sert avant tout à mettre l’accent sur les dysfonctionnements qui agitent les rapports humains, en particulier la relation parent-enfant.
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28.01.2009
Neuf regards
Regards-9
Lansman éditeur, 2008
(par Jean-Pierre Tusseau)
A l’occasion des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, neuf auteurs ont été invités à s’imprégner de la ville et à s’en inspirer pour écrire une courte pièce de théâtre, représentée en mars 2008 dans un spectacle créé pour la circonstance par le Théâtre Niveau Parking en collaboration avec le Théâtre de la Bordée.[1]
Si la majorité des auteurs sont québécois, Marc Prescott vient des grandes plaines du Manitoba et Koffi Kwahulé de Côte d’Ivoire. Le résultat est surprenant tant les pièces sont différentes par le sujet comme par le ton.
La première, « L’encre bleue », signée Marie Brassard, proche du monologue un peu nostalgique, évoque la transformation d’un quartier populaire en quartier de restaurants exotiques « qui ressemblent à tous les nouveaux restaurants de toutes les villes du monde ». D’autres auteurs comme Jean-Marc Dalpé et Koffi Kwahulé, dans des dialogues très vifs, abordent des problèmes relationnels de couples. Le dernier texte, époustouflant, de Marc Prescott, fait vivre sur un rythme endiablé ces « rencontres rapides », orchestrées par un meneur de jeu, et au cours desquelles un célibataire dispose de trois minutes pour tenter de séduire sa partenaire et réciproquement.
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09.01.2009
Ping-pong verbal
Les Diablogues
Roland Dubillard
Théâtre des Célestins, du 7 au 18 janvier 2009 et en tournée
Mise en scène Anne Bourgeois, avec Jacques Gamblin et François Morel
(Par Jean-Pierre Longre)
A la fin du premier tableau, après maintes hésitations et tentatives de dérobades, après une longue dispute sur la nature du « hop » qui doit entraîner le mouvement, ils se décident à plonger dans le flux du spectacle. Spectacle, à vrai dire, d’une grande sobriété visuelle, à la Beckett : un monticule, deux fauteuils, un éphémère placard, un ou deux accessoires. Selon une mise en scène très adéquate, tout est dans le jeu scénique et dans la parole, cette fameuse parole qui tient dans le mot-valise du titre : diablerie et dialogues.
Entre UN et DEUX – Jacques Gamblin et François Morel qui, jouant de tous les registres, de toutes les formes de complicité et d’incompréhension mutuelles, se complètent admirablement dans leurs échanges dubitatifs, naïfs et logiques jusqu’à l’absurde – entre UN et DEUX donc, s’engage une partie de ping-pong verbal où la balle peut se glisser dans le moindre recoin.
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26.12.2008
Songes d’une nuit d’été
The sunshine play
Peca Stefan
Traduit du roumain par Fanny Chartres
Editions Théâtrales, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
Sur un toit brûlant de Bucarest, par une belle nuit de juillet, trois jeunes gens confrontent leurs désirs, leurs doutes, leurs colères, leurs déceptions, leurs espoirs… Il y a là Iza la Roumaine, Trifon le Bulgare et Dan le Roumain, de retour de Colombie après un mariage raté. L’amour et la séparation sont au cœur de leurs dialogues, qui se déroulent tantôt en roumain (et en traduction française pour la présente édition) tantôt en anglais (lorsque Roumains et Bulgare veulent s’entendre mutuellement…) : stéréotype de l’internationalisme linguistique ? En tout cas, on sent bien que ces trentenaires venus d’horizons différents ont des élans similaires, soutenus par les mêmes rêves d’autres choses et d’autres lieux.
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20.12.2008
Guignol a 200 ans
Les embiernes recommencent
Spectacle proposé par Emilie Valantan / Théâtre du Fust
Théâtre des Célestins, du 10 au 28 décembre 2008
Avec Franck Adrien/Gaston Richard, Jean Sclavis, Pierre Saphores, Emilie Valantan et Elie Granger au piano.
(Par Françoise Anthonioz)
Nous avions un peu oublié que la marionnette française la plus populaire est née à Lyon dans le quartier des Canuts : Guignol, avec son inséparable compagnon Gnafron…. C’est Laurent Mourguet, un ancien Canut, qui créa ce personnage ; il essayait ses réparties sur un de ses amis de Saint-Paul, et lorsque celui-ci s’amusait beaucoup, il s’écriait : « C’est guignolant ». Guignol, avec ses petits yeux arrondis, son sourcil épais, sa longue natte, ses joues rondes et son sourire sympathique, est devenu populaire grâce à son esprit frondeur, sa naïveté, son bon sens et son aversion pour les bourgeois : « Les bargeois, ça vaut pas grand-chose ! ».
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11.12.2008
Whisky avec l'accent belge

Qui a peur de Virginia Woolf ?
Edward Albee - Mise en scène de Peter Van des Eede
Théâtre du Point du Jour, Lyon - Du 9 au 13 décembre 2008
autres dates
(par Nicolas Cavaillès)
Une nuit de fête, et deux couples. Des hommes ambitieux, des femmes meurtries, dont le même drame est soit consommé (les amers Martha et George) soit à venir (les naïfs Honey et Nick). L’alcool aidant, des failles apparaissent, des crises éclatent… Les secrets de polichinelle sont incendiés, les vérités douloureuses fouettées au sang – et l’on en rit ! Loin du film de Mike Nichols (1966, avec Liz Taylor et Richard Burton), Qui a peur de Virginia Woolf ? devient entre les mains de la compagnie belge « De KOE » une vaste déconnade vicieuse et jouissive, au centre de laquelle Natali Broods, qui joue Martha, est sensationnelle.
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30.11.2008
Notre chaos politique
Coriolan
William Shakespeare
Mise en scène de Christian Schiaretti
Créée en novembre 2006 au TNP, Villeurbanne
Reprise de la pièce en novembre-décembre 2008 au Théâtre Nanterre-Amandiers.
Cycle de débats, conférences, projections et lecture : “La fin de la démocratie ?” Autour de Coriolan (Shakespeare/Schiaretti) - Un contrechamp conçu et animé par Gérald Garutti ; les lundi 8 et mercredi 10 décembre 2008 de 14h à 19h30 à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Collège Franco-Britannique), le samedi 13 décembre de 13h à 18h au Théâtre Nanterre-Amandiers.
(par Nicolas Cavaillès)
Drame politique d’une stimulante complexité, Coriolan montre l’ascension puis les revers d’un guerrier invincible et inflexible, Caïus Martius Coriolan, héros trouble que Shakespeare oppose à un peuple et à une classe politique et aristocratique non moins troubles. C’est Wladimir Yurdanoff, égal dans l’excellence, qui profère la rage de Coriolan, au centre d’une impressionnante distribution, Christian Schiaretti rassemblant 30 comédiens, et non des moins connus (on retrouve ainsi Roland Bertin, Nada Strancar), pour son Coriolan résolument grand spectacle. Mise en scène épique et souple de la lutte des classes, dans un vif souci du texte, baigné de pénombres colorées comme les affectionne Schiaretti, ce Coriolan a le rare mérite de détourner le théâtre de lui-même et de son nombril de vendu, pour le diriger vers le public et vers le monde réel ; et la pièce de Shakespeare, tableau vertigineux, chaotique, de l’organisation politique du monde, épouse à merveille cette cause, tant la portée de ce drame latin dépasse largement le cadre de la décadence romaine, et s’offre de plain-pied avec la décadence contemporaine.
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28.11.2008
Fragmenter le naturaliste
Thérèse Raquin
d'après Émile Zola
Mise en scène de Philippe Faure
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
21-29 novembre, 9-19 décembre 2008
(par Nicolas Cavaillès)
C’est à la transformation du célèbre roman de Zola en petit conte morbide que s’est essayé Philippe Faure pour sa Thérèse Raquin, proposant un enchaînement de moments clefs et de dialogues symboliques fondus dans les alternances binaires d’une lumière crue – le lit sans étreintes et le sol des tourments. Purger Zola le truculent, est-ce lui bien rendre hommage ? La difficulté de la simplification narrative trouve souvent sa réponse dans des spectacles à la pâleur squelettique, à la Carmelo Bene, expérimentaux et périlleux.
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14.11.2008
La significative candeur du lyrisme
L’Échange
de Paul Claudel, Mise en scène d’Yves Beaunesne
Théâtre de la Colline, du 12 novembre au 14 décembre 2008
(par Nicolas Cavaillès)
Des personnages caricaturaux, une trame sans grande surprise, une mise en scène plutôt aride… Et pourtant, cet Échange de Claudel monté par Yves Beaunesne est une réussite certaine, donnant à entendre le meilleur du texte, et sa beauté désuète, et son souffle atemporel ; et ses curieux emplois de l’imparfait du subjonctif, et ses puissants élans lyriques. Drame à deux couples dont il semble assez vite évident qu’ils sont voués à l’échec, L’Échange traite avec sincérité et intensité un carré amoureux vieux comme le monde, ici placé sur la côte Est des Etats-Unis, entre une impuissance océanique houleuse et une immense liberté continentale.
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06.11.2008
Au pays du grand n'importe quoi
Gombrowiczshow
Mise en scène de Sophie Perez et Xavier Boussiron
Compagnie du Zerep
Les Subsistances, Lyon
Du 5 au 7 novembre 2008
(par Nicolas Cavaillès)
Witold Gombrowicz, anti-conformiste rageur, théoricien surdéployé, romancier libéré, mais aussi dramaturge malgré lui, Gombrowicz le Polonais chaotique fait peur. Il faut une bonne dose d’auto-critique et d’audace pour se lancer dans la gageure d’un spectacle inspiré par son œuvre. Sophie Perez et Xavier Boussiron relèvent le défi, et, s’armant d’une incontrôlable folie ne lésinant sur rien, parviennent à rendre hommage sans dénaturer, à faire vivre sans statufier, à dynamiter sans trahir. Gorgé de Gombrowicz, leur Gombrowiczshow déborde de second degré, d’intelligence et d’ironie ; truffé d’allusions à la vie et à l’œuvre du maître (Les envoûtés, Opérette, des entretiens), il respecte parfois la lettre, et toujours l’esprit.
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25.10.2008
Une histoire à la Prévert
Le Ventre de la baleine.
Stanislas Cotton
Théâtre, Lansman éditeur, 2008
(par Annie Forest Abou-Mansour)
Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».
Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices. Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».
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10.10.2008
Sans qu'il soit dit
La seconde surprise de l’amour
Marivaux
Mise en scène de Luc Bondy
Théâtre des Célestins, Lyon
Du 8 au 26 octobre 2008
(par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)
Partition féconde, impeccablement interprétée, que cette Seconde surprise de l’amour de Marivaux, ciselée chez Luc Bondy d’une ironie acide et très cocasse, jouant de sa sobriété noire et blanche pour mieux faire éclater les couleurs ahurissantes qui sont celles de l’âme humaine quand elle est, bien malgré elle et sans qu’il soit dit, heureuse, installée dans le monde, chez elle jusqu’à se permettre d’être douillette.
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09.10.2008
Explosion originelle
Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face
de Wajdi Mouawad
Mise en scène de Dominique Pitoiset
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
Du 8 au 11 octobre 2008
(par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)
C’est au lyrisme originel, au lyrisme intense et monologique des grands mythes et des tragédies d’Eschyle, que le dramaturge libano-franco-canadien Wajdi Mouawad s’en est remis, pour retracer l’épopée trans-générationnelle des descendants de Cadmos, Laïos et Œdipe.
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06.10.2008
Carrousel des beuveries romantiques
Fantasio
Alfred de Musset
Mise en scène de Denis Podalydès
Comédie-Française, salle Richelieu
En alternance du 18 septembre au 15 mars 2008
(par Nicolas Cavaillès)
Comédie en deux actes d’Alfred de Musset, Fantasio est une sorte de Lorenzaccio des tavernes de Bavière, un jeune homme trop doué pour faire quoi que ce soit de sa vie à part la boire, chanter ses malheurs et pleurer son ivresse – à l’instar de Musset lui-même, comme on sait.
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22.09.2008
Ballade glissée
La Ballade du vieux marin
Samuel Taylor Coleridge
Mise en scène de Jean-Baptiste Sastre
Avec Jean-Marie Patte
Théâtre de Chaillot, du 17 septembre au 11 octobre 2008
(par Nicolas Cavaillès)
Seul en scène dans un hangar délabré – le studio – sous Chaillot, Jean-Marie Patte déroule avec humilité et brio la Ballade du vieux marin de Coleridge, traversée des océans les plus houleux de la conscience, gorgée de visions et de révélations auxquelles le comédien se livre avec une placidité somme toute haletante. La diction sobre et parfaite suit l’extraordinaire traduction libre faite par Alfred Jarry de ce texte hallucinant, et le petit bonhomme usé qui tient mal en place glisse sur la scène déserte, théâtralement simple, simplement théâtrale, sans décor ni éclairage particulier, le lecteur précautionneux livre une partition sensible et subtile, calme et retirée. En vieux marin, il distille son alcool avec une régularité rare, précise et d’autant plus troublante – loin des virulentes volutes romantiques auxquelles on associe d’ordinaire ce célèbre poème de Coleridge : que l’on se souvienne par exemple de Denis Lavant dans un récent Burroughs surpris en possession du Chant du vieux marin, impressionnant dans un tout autre genre, cette diversité même des lectures étant bien sûr une autre preuve éclatante de la richesse du texte. Ici, dans un silence assourdissant et une lumière crue, les mots découlent en discontinu, mais sans écarts de voix, et font toujours mouche, les images s’impriment et les pauses résonnent – et l’albatros, et l’arbalète, comme une sorte de lecture tolstoïenne d’un fragment dostoïevskien, ou valéryenne du Bateau ivre. Preuve encore que les poèmes ont plus d’une vie.
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11.09.2008
Père et fils
L’apprenti
Daniel Keene
Editions Théâtrales jeunesse, 2008
(par Madeline Roth)
Julien aborde Pascal à la terrasse d’un café. L’homme est d’abord étonné de ce petit garçon qui semble le connaître. Julien habite en face, et il observe Pascal depuis longtemps. Aujourd’hui il l’aborde et il a une drôle d’idée en tête. Pour Julien, chacun devrait avoir la possibilité de choisir son père.
La pièce se déroule en treize scènes, sur une année. D’un mois d’avril à l’autre, la relation étrange qui se noue entre l’adulte et l’enfant bouge, se tord, et dans leurs discussions, Pascal et Julien questionnent le monde. L’apprenti est une pièce très courte qui convoque énormément de choses. Dans ses « Notes pour la mise en scène » (L’apprenti a notamment été joué lors du festival Off d’Avignon 2008), Daniel Keene précise qu’on « ne devra en aucun cas essayer de créer un environnement réaliste ». Il y a des choses universelles – la famille, le lien, l’amour – qui ne se donnent peut-être que dans le dénuement ou le vide autour. Devant l’amour de Julien, Pascal est forcé d’interroger ce qui le lie lui à son père. Non, on ne choisit pas sa famille, mais l’amour peut changer des choses, celles-là même qu’on croyait figées l’instant d’avant.
21:51 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publication, daniel keene, editions théâtrales, madeline roth
18.01.2008
Pavés militants
Une histoire du spectacle militant (1966-1981)
Sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux,
L’Entretemps Éditions, 2007
(par Nicolas Cavaillès)
Imposante publication que cette première Histoire du spectacle militant, actes d’un colloque, rassemblant des études historiques et critiques, comme des témoignages et autres regards en arrière, et même un scénario d’Armand Gatti, Les Katangais, écrit et non-réalisé en 1974. Parcourant les quinze années de théâtre et de cinéma militant ici traitées, on croise ainsi, notamment, Alain Badiou, André Benedetto, ou Augusto Boal (présenté par son fils Julian), pour le théâtre, et Godard, Resnais, Bertolucci, pour le cinéma, et bon nombre d’autres expérimentateurs, avant-gardistes, rêvant d’une transformation radicale de la société. Affinant et complétant les Théâtres en lutte d’Olivier Neveux, ce volume théâtre-cinéma attise moins la nostalgie douce-amère des uns (qui en sont re-venus) que la persévérance des autres (qui y viendront) : tout cela semble certes bien daté, mais ces multiples pavés militants qu’a poli le temps (notre culpabilité politique) n’en restent pas moins précieux, jusque dans leurs féconds excès divers et variés. On ne partira jamais de zéro.
14:56 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Essais, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christian biet, olivier neveux, l’entretemps, théâtre, publication nicolas cavaillès
07.11.2007
D'une "furieuse" ironie
Cinq comédies de Molière
(Sganarelle ou le Cocu imaginaire, L’École des maris, Les Précieuses ridicules, La Jalousie du Barbouillé, Le Médecin volant)
Mise en scène de Christian Schiaretti
TNP, du 6 au 17 novembre 2007 – et en tournée
(par Nicolas Cavaillès, novembre 2007)
Le bon vieux Molière de derrière les tréteaux n’en a pas fini de faire rire. Avec ces quelques farces des débuts, Christian Schiaretti enrichit de deux pièces l’ensemble créé la saison dernière, pour deux soirées alternées d’une « furieuse » ironie (dans les costumes, dans la musique, dans le jeu), avec des pièces éternelles et fraîches, faciles et fines, à la plaisante sagesse populaire. Rapprochant toujours plus le public et les comédiens, la chaleureuse universalité des textes occasionne un rire léger et intelligent : maris cocufiés, précieuses ridiculisées, quiproquos efficaces mettent à jour la bêtise humaine comme l’humaine capacité au bonheur…
Entouré d’une jeune troupe largement cueillie à l’ENSATT, dans laquelle l’on retrouve avec plaisir Clémentine Verdier ou Julien Tiphaine, par exemple, le metteur en scène offre ainsi des divertissements vifs, servis par une économie textuelle bienvenue, pour notre jubilation d’êtres modernes (rapides). Ne pas manquer Sganarelle ou le Cocu imaginaire, où Xavier Legrand excelle, jolie pépite dans ce grand jeu de distanciation et de fraternité généreux, qui régale d’autant plus qu’il n’entend pas impressionner.
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25.06.2007
Avortement avec vue sur New-York
Don Quixote which was a dream
d’après Kathy Acker
Mise en scène d’Hélène Mathon
Avec Sébastien Chollet, Hélène Mathon, Rachel Benitah
Subsistances, Festival Les Intranquilles, juin 2007
(par Nicolas Cavaillès)
« On peut faire théâtre de tout », disait Vitez, même du roman d’un avortement aux dimensions politico-métaphysique comme Don Quixote which was a dream de l’écrivain new-yorkaise Kathy Acker, publié en 1986 ; le passage du narratif au théâtral s’opère même avec aisance et puissance, si, comme Hélène Mathon, l’on s’en donne les moyens. À l’ère post-moderne le roman comme le théâtre sont ouverts au même foisonnement polyphonique/multimedia.
22:21 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : scène, kathy acker, les subsistances, hélène mathon, nicolas cavaillès




































