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22/09/2008

Nos morts

lgaude3.jpgLa porte des enfers
Laurent Gaudé

Actes Sud, 2008

(par Madeline Roth)

 

Ne pas lire les quatrièmes de couverture. Règle d’or. L’entrée dans le dernier roman de Laurent Gaudé se fait peut-être à cette condition. Les premiers chapitres glacent et embarquent, torturent le ventre. Raconter les premières scènes – et même, tenter de « résumer » le livre m’apparaît assez impossible depuis quelques jours, depuis que traînent en moi les rues de Naples et la voix de Matteo.

« Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, professore.
- Non, effectivement, répondit le professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »

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17/09/2008

Tragédie historique, tragédie humaine

dgeorget3.jpgUne passion hongroise
Danièle Georget

Plon, 2008

(Par Jean-Pierre Longre)

Les murs sont tombés, les frontières se sont ouvertes, mais on n’a pas oublié les sanglantes tentatives de libération du passé, notamment celle du peuple hongrois en 1956. Danièle Georget, qui après Goodbye Mister President (Plon, 2007) semble se plaire dans le roman historique, s’appuie sur ces événements pour raconter à la fois l’histoire collective et une histoire individuelle – les deux ayant pour point d’intersection la passion et la violence.

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16/09/2008

Retenez ce titre...

apercin3.jpgL'âge d'ange

Anne Percin

L'école des loisirs, Médium, 2008

 

(par B. Longre)

 

Retenez ce titre : L'âge d'ange. Un roman dont il est bien difficile de parler, pour diverses raisons dont certaines n'apparaissent qu'au fil de la lecture... Disons simplement qu’il s'agit d'une rencontre inattendue autour d'un livre fascinant (d’abord adoré, puis désacralisé, et pour finir inoubliable), de l'éveil d'une conscience et d’un corps, d’une émancipation et, surtout, du bouleversement intime (« Le choc fut si violent que, des années plus tard, alors que j’écris ces lignes, je tremble. ») qu’éprouve un ange solitaire, au contact d’un autre ange, peut-être : « A la limite, on pouvait presque lui trouver une tête romaine. Un peu comme Marlon Brando, du temps de sa splendeur. » L’histoire, d’une grande justesse, est teintée de nostalgie mais aussi de fatum, et l’intrigue emprunte nécessairement à la tragédie grecque, entre terreur et pitié, violence et tension (mais il faut le lire pour comprendre). L’ensemble va bien au-delà du très conventionnel roman d’apprentissage et le regard rétrospectif de la narration confère une richesse certaine au récit, qui navigue entre impressions et sensations passées et souvenirs au présent de ces moments d’une rare intensité.

http://www.ecoledesloisirs.fr

15/09/2008

La peau et le cœur des livres

alzamora3.jpgLa fleur de peau
Sébastià Alzamora
traduit du catalan par Cathy Ytak
Métailié, 2007

Lire aussi, en fin d'article, l'entretien avec Cathy Ytak et le point de vue de Sébastià Alzamora.

 

« Il est important que nous les laissions nous protéger, il est très important que notre peau mortelle se laisse imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. »

Quels liens complexes et incertains peuvent s’échafauder entre Puppa, un vieil homme énigmatique, ancien héros devenu relieur, un tailleur de pierre unijambiste, une religieuse versée dans les livres, une gitane ensorcelante qui cherche un « progéniteur », une princesse, « personnification de la beauté pure », une reine nymphomane, un rabbin célèbre pour avoir accompli l’impensable ? Entre le treizième chant de l’Odyssée, les rivalités religieuses et les sombres manœuvres politiques qui agitent la ville de Prague à la veille de la guerre de Trente ans ? Au lecteur de démêler peu à peu cet enchevêtrement fascinant, proprement irracontable, à la limite du conte et de la mascarade théâtrale, oscillant entre fantasmagorie et onirisme, tout en se laissant porter par l’épopée de Puppa, récit qui nous est rapporté par un autre conteur, installé dans une taverne un soir de tempête...

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12/09/2008

Quand Je se fait Tu

marietfemme.jpgMari et femme
de Régis de Sa Moreira

Diable Vauvert, 2008

 

(par B. Longre)

 

Le postulat de départ intrigue d’emblée : un homme, dont le couple bat de l’aile, se réveille un matin dans le corps de sa femme… et vice-versa. D’abord terrifiés par leur nouvelle apparence, mari et femme, contraints et forcés, vont peu à peu découvrir le corps de l’autre, un univers à la fois connu et inconnu, puis s’accoutumer à cette nouvelle enveloppe en passant par différentes phases émotionnelles et situations sociales qui, peut-être, les amèneront à repenser leur relation et le sens à donner à leur vie.

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10/09/2008

Mise en lumière

jbenameur3.jpgLaver les ombres
Jeanne Benameur

Actes Sud, 2008

 

(par Madeline Roth)

 

Laver les ombres, c’est d’abord un très beau titre. « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». Deux récits en parallèle, pour deux vies qui se rejoignent forcément. Lea est danseuse et chorégraphe. Elle tente de laisser son corps vivre cette histoire d’amour naissante avec un peintre, Bruno. Mais quelque chose empêche, et ce quelque chose, Lea va aller le chercher dans la parole de sa mère, Romilda. Un soir de tempête, Lea prend la route sans prévenir et roule des heures, les Suites de Bach en boucle, jusqu’à la petite ville près de l’océan. Ce soir Romilda lui dira ce qu’elle a tu pendant des années.

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08/09/2008

Brûlante commande

fhernandez3.jpgLa partition
Felipe Hernandez
Traduit de l’espagnol par Dominique Blanc
Verdier, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

« Si quelqu’un avait assez de clairvoyance et de talent pour appréhender le rythme d’un être et le transformer en harmonie, il transformerait cet être en musique, de telle sorte que si un aveugle entendait cette musique il pourrait voir parfaitement l’image de cet être réel devant lui».

Pour Nubla, homme étrange et personnalité du monde musical local, cette hypothèse est devenue un but obsessionnel. Il engage donc José Medir, jeune compositeur plein d’avenir mais vivant chichement de leçons de piano, pour donner corps à cette utopie censée défier la mort.

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06/09/2008

La fin est trop belle ?

jpnoziere10.jpgTu peux pas rester là de Jean-Paul Nozière - Thierry Magnier, 2008
 
(par Madeline Roth)

Jean-Paul Nozière découpe parfois des faits divers dans les journaux. Il fait aussi des livres sur le terreau le plus friable qui soit, la somme des lâchetés et des silences. A Sponge, la ville qu’il a imaginée, on croise au fil de ses textes des enfants, des adolescents qui n’aspirent qu’à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Leur combat, c’est peut-être avant tout celui-là. Comprendre, creuser dans les silences des adultes ou du monde autour, avant même de se battre ou d’abdiquer.

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03/09/2008

Une plus juste reconnaissance ?

pcameron3.jpgUn Jour cette douleur te servira de Peter Cameron - trad. Suzanne Mayoux - Rivages, 2008

(par Joannic Arnoi )

Depuis 1995, les éditions Rivages ont fait montre d’une fidélité exemplaire à l’égard de Peter Cameron : Un Jour cette douleur te servira est son cinquième roman traduit, outre un recueil de nouvelles paru en 2006, Au Beau Milieu des choses. Ses premiers romans, Week-end et Année Bissextile, étaient des chroniques douces-amères portraiturant la vie des gays cultivés new-yorkais. Le rapprochement avec des auteurs comme Stephen Mac Cauley ou David Leavitt était alors assez tentant, même s’il y a une finesse et une élégance dans les premiers livres de P. Cameron qui les distingue.

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02/09/2008

Vilains moutons

vilainsmoutons.jpgVilains moutons
Katja Lange-Müller

traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
Editions Laurence Teper, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Succès éditorial en Allemagne (35 000 exemplaires vendus), Vilains moutons est le récit à la première personne d’une histoire d’amour vécue par une Berlinoise de l’Est, Soja, passée à l’Ouest dans les années 80. Sous la forme d’une lettre écrite à l’être aimé, Harry, un junkie qu’elle a rencontré alors qu’il sortait de prison, elle revient sur leur relation, de ses débuts improbables à sa fin prévisible, dans une stricte chronologie narrative. Elle s’appuie sur ses propres souvenirs et un cahier que remplissait Harry, dont elle ignorait l’existence du temps de leur relation, et duquel Soja est totalement absente : désir de la protéger ou indifférence ? Les doutes subsistent, et le mystère de cet homme ne sera pas levé. Roman de la complexité amoureuse, Vilains moutons est un monologue parfois bavard parfois intrigant, qui souffre d’une écriture sèche et inexpressive. Oscillant entre réinterprétation du passé et chant d’amour, sans parvenir à être tout à fait convaincant ni réellement émouvant, ce récit se révèle finalement plutôt fade, et souffre mal la comparaison avec l’excellent Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, lui aussi roman épistolaire monodique de fin d’amour.

 

http://www.editionslaurenceteper.com

01/09/2008

Une année désarticulée

jpdubois4.jpgLes accommodements raisonnables
de Jean-Paul Dubois
L’Olivier, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Le titre est presque une redondance, et il résonne dans le livre d’échos multiples : comment s’accommoder «raisonnablement » des aléas de l’existence ? Paul Stern – l’anti-héros favori de Jean-Paul Dubois – est confronté à des difficultés conjugales et familiales. Sa femme Anna souffre de dépression, son père, naguère patriarche rigide, va devenir un galopin septuagénaire et sacrifier à la mode bling-bling, les enfants et petits-enfants vivent leur vie.

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31/08/2008

Mortelle Résidence

rslocombe.jpgMortelle Résidence
Romain Slocombe

Éditions du Masque, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

« Ah, quel drame ! Quel lieu, Lyon… Quelle énergie…Ça m’inspire ! ». Cette réflexion de l’un des personnages résume en quelque sorte la teneur et l’esprit de ce livre foisonnant, qui entrecroise en Rhône et Saône les récits semi-historiques et semi-fictionnels, toujours sanguinaires et terriblement humains. De la Terreur (et même en deçà) à nos jours en passant par l’occupation nazie, du Chili à la France en passant par les camps d’extermination, des pires bains de sang au « performances » du pseudo art contemporain, Mortelle Résidence laisse à peine le temps de souffler. A flux tendu, certains hauts lieux lyonnais du passé et du présent, réels ou à peine déguisés (telle cette « Délivrance » dans laquelle les autochtones reconnaîtront les « Subsistances ») sont le théâtre d’épisodes qui ne laissent pas indifférents. A lire d’un élan, si possible.

28/08/2008

Rien de plus

edleve3.jpgSuicide
Édouard Levé
P.O.L., 2008

(par Nicolas Cavaillès)

 

Texte remis à l’éditeur peu avant que l’auteur ne mette fin à ses jours, Suicide est, par-delà son titre imposant, aussi terrible qu’ambitieux, le roman à la deuxième personne d’un homme revenant sur le suicide d’un ami, jeune homme ténébreux, solitaire, partout étranger, austère et rigoureux, rêveur impitoyable, intelligent et fragile, ne goûtant que le retrait. D’une plume soucieuse et blafarde, Édouard Levé recompose la somme d’une vie dans une accumulation de vérités, de sensations et de sentiments qui furent ceux du suicidé, ou de ceux qui l’ont connu, avant ou après sa mort. Son écriture blanche, lestée de tout artifice de quelque ton que ce soit (« En art, retirer c’est parfaire »), et baignée d’indifférence, offre un texte assurément éprouvant, faisant feu d’un bois fort ambigu – celui de l’amour de la possibilité de mourir.

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25/08/2008

L’impossible armistice

aronica.jpgL’impossible armistice
Claire Aronica

Éd. de l’Armançon, 2008

 

(par N. Cavaillès)

 

Roman de l’après première-guerre entremêlant les déboires commerciaux d’une petite bijouterie familiale de Bourgogne et les récits de guerre du père, L’impossible armistice est celui des petites gens pour lesquelles la guerre ne s’est jamais terminée, dont la paix finale a été rendue impossible par l’absence d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un ami..., soit tout un pays coincé entre l’horreur et l’oubli. Rondement mené de la plume sensible et riche de sa jeune auteure Claire Aronica, L’impossible armistice déroule une trame dynamique autour d’un conflit de générations entre le père, ancien caporal rigoureux, et sa fille, active et passionnée, le tout baignant avec justesse dans le traumatisme général de 1919. Gouaille de poilu et littérature moderniste, joaillerie raffinée et cauchemar des tranchées – ce premier roman établit de vigoureuses et séduisantes « correspondances » (comme dans le beau chapitre ainsi intitulé) sur fond de siècle en mouvement et d’humanisme chaleureux.

Frontières

mattruff.jpgBad Monkeys

Matt Ruff
traduction de l’anglais Laurence Viallet

10-18, 2008

 

(par B. Longre)

 

Joli tour de force narratif, Bad Monkeys démarre comme une chronique adolescente, se mue en polar, puis navigue inlassablement entre les genres et les atmosphères, de la farce tragique à la parodie la plus grotesque - sans oublier l’anticipation et le fantastique. On trouve ici un mixe qui a de quoi réjouir : un rythme échevelé, un enchaînement d’événements de prime abord invraisemblables qui obéissent pourtant à une logique implacable, et une narratrice à la fois désinvolte et surmenée, à laquelle on s’attache (est-ce bien raisonnable ?) dès les premières pages – Jane Charlotte, enfermée dans « l’aile des barjots » de la prison de Las Vegas, accusée de meurtre. Là, elle se confie à un psychiatre et tâche de justifier ses actes en racontant qu’elle oeuvre pour le compte d’une société secrète… « L’organisation », qui « lutte contre le mal », rend sa propre justice en surveillant et exécutant sommairement des « malfaisants», forcément irrécupérables – meurtriers, fous dangereux, kidnappeurs d’enfants – en partant du principe que le monde se portera mieux sans eux. Jane Charlotte est-elle une affabulatrice hors pair ? Comme le soupçonne son médecin, ment-elle par omission, préférant laisser dans l’ombre certains pans de son existence ? Qui cherche-t-elle à convaincre ? Ou bien, tout simplement, se contente-t-elle de raconter sa vérité ? À chacun de le découvrir en lisant d’une traite ce roman inclassable, époustouflant, qui s'interroge sur la frontière, décidément perméable, entre bien et mal.

 www.10-18.fr

Amitiés féminines au Japon

kakuta3.jpgCelle de l’autre rive
Mitsuyo Kakuta

traduit du japonais par Isabelle Sakaï
Actes Sud, 2008

(par Myriam Gallot)

 

Seule et unique oeuvre traduite en français de Mitsuyo Kakuta, ce roman, qui reçut le prestigieux prix Naoki en 2005, raconte en parallèle deux amitiés, à des époques différentes de la vie, l’une à l’adolescence et l’autre à la trentaine, entre des femmes à la recherche d’une vie plus libre que celle que leur offre le Japon contemporain.
Dans cette société corsetée où la norme fait loi, raccourcir la jupe de son uniforme scolaire d’un tour de ceinture est déjà un acte hautement significatif, presque une conquête, pour Nanako et Aoï, rencontrées dans les couloirs étriqués d’un lycée pour jeunes filles.
Quant aux femmes adultes, travailler à l’extérieur ne va pas de soi, loin de là. Si elles mettent un point d’honneur à la perfection ménagère, ce n’est qu’un piètre dérivatif à un désir d’ailleurs non étanché. Aoï, devenue chef d’entreprise célibataire, et Sayoko, la femme mariée qu’elle emploie, mais aussi bien d’autres figures féminines qui traversent le récit, résistent à la culpabilisation de la femme qui travaille, que ce soit par la belle-mère, le mari, les employés de la société, ou pire encore, les femmes au foyer, qui les accusent de délaisser leurs enfants en les confiant à la crèche, qui les rendrait brutaux (sic !)

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23/08/2008

L’ami Mirbeau

omirbeau3.jpgLes mémoires de mon ami
Octave Mirbeau

Éditions L’Arbre vengeur, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

On n’en finira jamais de remettre à l’honneur le génie et la saine violence qui animent l’écriture d’Octave Mirbeau. Quand ce ne sont pas ses chroniques littéraires ou politiques qui sont republiées, c’est un roman méconnu qui resurgit et dont on ne peut interrompre la lecture, happé que l’on est par la force d’attraction de ce style dévastateur, énervé et sans concessions.

Publié à un moment charnière de la production romanesque de Mirbeau – soit entre l’échec de Sébastien Roch en 1890 et la sortie de son chef d’œuvre, Le Journal d’une femme de chambre, en 1901 – Les Mémoires de mon ami est un récit bref, dont l’ironie de fond est noircie au charbon de la révolte.

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22/08/2008

Contact Direct avec les morts

cprice3.jpgCe qu’ils savent

Charlie Price

traduit de l’anglais (US) par Pierre Charras

éditions Thierry Magnier, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

La disparition d’une adolescente à la sortie du gymnase où elle s’entraîne en tant que pom-pom girl est le point de départ de ce roman noir, qui se distingue par sa subtilité.

 

L’inspecteur Gates mène l’enquête, et il est bien forcé de constater que la réalité n’est pas nécessairement réduite à sa stricte rationalité : pour résoudre cette tragique énigme, il lui faudra aussi tenir compte de récits a priori invérifiables, au risque d’être moqué par sa hiérarchie. Celui d’un jeune homme souffrant d’amnésie, d’abord, mais aussi les voix qu’entend Murray, adolescent ombrageux qui aime fréquenter la nécropole et s’entretenir avec ses morts, qu’il considère comme des amis.

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20/08/2008

Love

love3.jpgLove
Toni Morrison
trad. de l’anglais (US) : Anne Wicke
10-18, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Les éditions 10-18 publient en poche les romans de Toni Morrison, prix Nobel de littérature unanimement saluée comme l’une des plus grands écrivains américains vivants. Love, son dernier roman, vient de paraître dans la collection (première publication en français en 2004 chez C. Bourgois). L’histoire se passe dans le milieu afro-américain, deux vieilles dames décadentes se disputent l’héritage de Bill Cosey, directeur d’un hôtel pour Noirs fortunés sur la côte Est des Etats-Unis dans les années 30-40.

 

Love est un roman complexe et foisonnant, composé d’incessants allers-retours entre passé et présent, dans une composition très libre et jazzistique, qui fait apparaître progressivement chaque personnage dans son décor et ses actes, par ajouts de détails successifs, sur une toile de fond au début très impressionniste. Un roman exigeant dans lequel le lecteur doit accepter de ne comprendre que très progressivement, jusqu’à la clé finalement révélée dans les dernières pages (ce que d’aucuns trouveront peut-être agaçant). Avec une grande maîtrise, Toni Morrison aborde l’amour sous l’angle de la haine, qui en est l’une de ses formes les plus élaborées et imaginatives, nous fait-elle comprendre. Les mobiles de ses personnages intransigeants apparaîtront dans toute leur vanité, au crépuscule de vies chahutées, desquelles l’horreur étalée au grand jour aura saccagé le glamour.

www.10-18.fr

20/07/2008

La Grèce, toujours

ccogne.jpgToute une nuit au Pirée

Christian Cogné

 L’Age d’Homme, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Une femme étrange veut retrouver « l’homme qui voulait devenir écrivain », et dans ce but engage un détective qui doit aller le rechercher jusqu’en Grèce. Que lui veut-elle ? Elle l’attend, rien de plus. Simultanément, l’écrivain tente de rattraper le temps perdu en déroulant cinq nouvelles réunies par quelques fils conducteurs communs : le mystère, la tonalité fantastique, la Grèce, toujours, à un moment ou à un autre. Par-dessus tout, comme l’ombre de la mort, comme un fatal avertissement, plane le vol d’animaux fabuleux, « oiseau non identifié » ou papillons énigmatiques… Mise en abyme de la création littéraire, Toute une nuit au Pirée est aussi une plongée dans les secrets insondables de la destinée humaine.