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Romans - Page 5

  • Authentique ?

    djaidani.jpgBoumkoeur

    Rachid Djaïdani

    Le Seuil, collection « Points Virgule »,  2005
    (édition originale : 1999)

     

    (par Christophe Rubin)

     

    Rachid Djaïdani, employant les mots de la cité mélangés à ceux de l’école, alliant tendresse et obscénité, pourrait sembler bien vulgaire et surtout bien insignifiant au premier regard. Voici comment le narrateur du roman présente son projet d’écriture : « J’ai toujours voulu écrire sur les ambiances et les galères du quartier et j’ai toutes les cartes en main. Ma sœur m’a même offert un carnet, avec un stylo de moyenne qualité, mais, comme on dit, c’est le geste qui compte. Elle dit : si j’y mets mon cœur, je pourrais faire un joli travail. »

     

    Il y a pourtant un talent certain dans Boumkoeur, un talent reconnu assez vite, une fois n’est pas coutume. Dès la sortie de ce roman, une place inattendue lui avait été accordée par les institutions littéraires de la télévision et de la presse, notamment par un Bernard Pivot étonné face au texte et au personnage qui se tenait sur son plateau.

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  • Un marginal biblique

    samson3.jpgSamson, le nazir
    Vladimir Jabotinsky

    traduit du russe par Luba Jurgenson
    Éditions des Syrtes, 2008

    (par Françoise Genevray)

    Le lecteur français connaît peu Vladimir Jabotinsky (1880-1940), journaliste et nouvelliste natif d'Odessa. Après Les Cinq, dont la traduction par J. Imbert (2006) obtint une mention du prix Russophonie, voici avec Samson, le nazir son premier roman, publié en 1925. Il s'agit d'un volet, le seul finalement écrit, d'une trilogie prévue sur Jacob, Samson et David. Le nazir (la racine du mot hébreu signifie « séparer ») est un homme lié par un vœu qui le consacre à Dieu et qui lui impose une vie à part faite d'abstinence. Samson, juge en terre de Dan, porte une «tignasse » hirsute et des tresses qui ne sont pas le siège de sa vigueur physique, mais l'insigne de cette pureté rituelle. Jabotinsky tire du Livre des Juges le cadre général ainsi que les principaux épisodes relatifs à Samson, y compris la mâchoire d'âne brandie pour frapper l'ennemi et la monumentale porte en fer arrachée aux murailles de Gaza. Son roman traite ces données de manière à la fois libre et fidèle.

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  • Candide en enfer

    9782702139219-V.jpgAu paradis de Candide
    Paul Melki
    Calmann-lévy, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Présenté à la façon du dix-huitième siècle à travers une fiction éditoriale ( un manuscrit perdu et retrouvé par un homme de ménage), ce récit propose une suite des aventures de Candide sous le titre « chapitres inconnus des aventures de Candide ». Frappé par la chute d’une poutre, Candide se retrouve à notre époque, paralysé et bavant, sous l’échangeur de Bagnolet. S’ensuivent toute une série de quiproquos dans lesquels Candide peine à communiquer avec ceux qu’il rencontre.

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  • La part manquante

    calouan.jpgCe héros n’est pas mon père

    Calouan

    Les 400 coups, collection Connexion, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Ce livre est l’histoire d’une absence, celle du père. Caroline, jeune adolescente, n’a jamais connu ce dernier. Il les a abandonnées lorsqu’elle était bébé. Ce manque perturbe terriblement son existence au point qu’elle doute constamment d’elle. Préférant cacher la vérité à ses camarades plutôt que de leur faire pitié, elle s’invente un père héroïque trop occupé à sauver le monde pour l’élever. Le mensonge se transforme en déni, sorte de carapace de protection contre le désespoir…

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  • Fouilles tragiques

    v_book_104.jpgLa Chute de Troie
    De Peter Ackroyd
    Traduit de l'anglais par Bernard Turle
    Ed.Philippe Rey, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Auteur de merveilleuses biographies (dont celle de Shakespeare chroniquée l'an dernier), Peter Ackroyd propose ici un roman, proche du roman d’aventures comme du roman historique. Un archéologue allemand autodidacte, persuadé d’avoir retrouvé le site de Troie, mène des fouilles à la manière de l’époque (fin XIXe siècle) c’est à dire sans beaucoup de précautions, en échafaudant de nombreuses hypothèse hardies sur ce qu’il trouve, lorsque cela correspond à ce qu’il veut trouver et en détruisant ce qui risque de contredire sa théorie. Derrière ce personnage mégalomane et excessif, proche de la folie, se dessine le personnage du fameux Heinrich Schliemann, l’ «inventeur » de Troie qui n’est guère flatté par son avatar.
    Le récit est mené avec allant, mêlant évocations de l’Illiade, fragments du texte d’Homère, amours, mystères, découvertes, drames, catastrophes en tous genres et il donne une vision des premières fouilles de Troie vivante et étonnante.

    http://www.philippe-rey.fr/f/index.php

  • Cap au Nord

    GCOUV%20PILNIAK.JPGLe Pays d'Outre-passe

    Boris Pilniak

    Paulsen,  2007

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Au cours de l'été 1924, Boris Pilniak prend part comme correspondant de presse à une expédition scientifique dirigée vers la Terre François-Joseph et qui le conduit de Mourmansk à l'Arctique, avant de faire retraite par le Spitzberg sans avoir atteint son objectif ultime. De cette expérience sort Zavolotchie (1925), traduit en français pour la première fois par Anne Coldefy-Faucard. Le Pays d'Outre-Passe, ainsi les manuscrits de Novgorod avaient-ils baptisé le grand Nord russe. La préface de la traductrice, par ailleurs spécialiste de Pilniak, situe parfaitement ce texte atypique à la fois dans son époque et dans l'évolution personnelle de son auteur. Après s'être illustré avec L'Année nue (1921), qui évoquait 1917 et la guerre civile, ce dernier s'interroge sur les enjeux humains d'une Révolution dont il partage l'utopie d'un monde nouveau et la confiance au progrès technique.

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  • Méfions-nous des apparences

    bnicodeme.jpgMensonges

    Béatrice Nicodème
    Timée, 2008

     

    (par Blandine Longre)

     

    Rien ne va plus entre Jacques Valette, chirurgien renommé qui a entamé la rédaction de ses mémoires, et son épouse Jeanne, journaliste, partie vivre à Paris. Depuis leur séparation, il habite une grande maison isolée, sans se douter qu’un inconnu s’apprête à lui rendre visite et à le séquestrer, pour des raisons encore obscures. Un cambrioleur de passage ? Un ancien patient venu régler ses comptes, suite à une opération qui aurait mal tourné ? L'intrus est en tout cas esthète et habile comédien, comme en témoignent son goût pour la mise en scène et son sens de la théâtralité. De son côté, Jeanne se morfond depuis la disparition de son amant, qui l’a quittée comme « un mirage », et elle se confie à un ami policier. Ensemble, ils retracent les pas du fuyard et découvrent que Valette le connaîtrait…

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  • Histoire d'exil

    jsoler4.jpgLes exilés de la mémoire
    Jordi Soler

    traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu,
    10-18, 2008 (Belfond, 2007)

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

    Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est plus particulièrement question de celle de son grand-père, Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois plus tard, un long périple à la fois épique et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de l'exil au Mexique.


    Mais la première étape de ce périple, l'une des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode historique. Henri-François Imbert avait consacré un film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer, puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés espagnols

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  • Esquisses funéraires

    salog.jpgSalogi’s de Barlen Pyamootoo - Éditions de l’Olivier, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

     « J’entends encore nos cris de détresse et les menaces de mon père, puis ma mère qui lui a dit d’une voix blanche de ne pas nous frapper, que le monde était assez cruel comme ça […] »

     

    Avec deux extraordinaires romans (Bénarès, et Le Tour de Babylone), et un film (Bénarès, premier film mauricien), Barlen Pyamootoo semblait mener à merveille sa barque poétique et tranquille : « tout était bien », comme il l’écrit poliment dans Salogi’s – jusqu’à ce que la mort ne vînt accidentellement enlever Salogi, la mère du romancier.

    C’est à elle qu’il consacre son troisième roman, fort différent des deux premiers, troquant l’errance géographique pour un parcours biographique, pour un voyage dans le temps et pour une déclaration proustienne d’amour à la mère, doucement encadrée dans la misère de l’île Maurice, loin des clichés touristiques comme de tout exotisme.

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  • A l'impératif féminin

    fenetresurlabime.jpgFenêtre sur l'abîme
    Sumana Sinha
    Editions de la différence, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Peut-on survivre à son appétit de vivre ? Madhuban, jeune indienne éprise de liberté, n’en doute pas quand elle quitte Calcutta pour Paris, fuyant le regard inquisiteur de ses parents sur sa vie amoureuse qu’ils réprouvent, au nom de la tradition.

    Madhuban, femme passionnée à la présence vive, s’enivre de la vie parisienne et de ses découvertes, rencontre un professeur d’université qu’elle épouse, malgré leur différence d’âge – comment rester à Paris sans papiers ? – s’étourdit dans les bras d’un amant par besoin de mettre des couleurs dans sa vie. Elle finit par se perdre à force de chercher des fenêtres à travers les corps et les mots, chercher le souffle et la lumière qui parviendraient à exprimer son être, cette intensité, « le vibrato intime nommé poésie ».

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  • Les vomissements de la reine

    dorota.jpgTchatche ou crève

    Dorota Masłowska

    traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski

    Les Éditions Noir sur Blanc, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

    Le roman hip-hop existe-t-il ? Si oui, est-il traduisible ?

     

    Avant de tenter de donner des éléments de réponse à ces questions, il convient de remarquer que Tchatche ou crève, de la jeune romancière polonaise Dorota Masłowska, est pour le moins déroutant et étrange : un savant mélange de trash et de virtuosité langagière, comme le suggère le titre original Paw kròlowej, avec un jeu de mot entre deux expressions : « le paon de la reine » et « les vomissements de la reine ».

    Le changement de titre, nécessaire du fait du jeu de mot en polonais, est suivi d’une traduction visiblement très libre du texte lui-même. On retrouve évidemment dans le roman des références à la Pologne d’aujourd’hui ; mais surtout énormément de transpositions pures et simples du langage d’une certaine jeunesse de ce pays.

     

    « Alors écoutez, l’Arc-en-ciel, le cinéma de vos illusions, célèbre aujourd’hui sa grande fermeture, vous pensez que la vie est un jeu, une promo chez Carrouf, où tu te sens grave libre, parce que c’est toi qui choisis la margarine la moins chère et la pisse gazeuse à zéro quatre-vingt-dix-neuf, et Dieu se réjouit dans les cieux de t’avoir mis sous le sapin un si joli cadeau, du Chinois tranché fin, il s’est donné du mal, et les calbutes Carrouf avec un élastique, en promotion, de tous les coloris, tous les motifs, toutes les tailles. Alors, comme ça, tu crois tout savoir sur le monde parce que ce matin tu as lu un gratuit dans le métro, mais tu sais rien, parce que Pitz Patrycja, tu la connais pas, tu n’as pas vu ses yeux tristes comme de l’urine récupérée dans un bocal de ketchup marque repère. »

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  • Art d’Emmanuel Carrère

    ecarrere.jpgUn roman russe
    Emmanuel CARRÈRE
    Folio n°4771, 2008

    (par Frédéric Saenen)

     

    Faut-il nécessairement mener une vie d’écrivain – soit digne d’intérêt au point d’être racontée – pour être écrivain ou, à l’inverse, faut-il être a priori écrivain pour saisir que tout événement qui survient est voué à devenir matériau littéraire ? C’est cette interrogation principielle, aussi insoluble sans doute que celle de l’œuf et de la poule, qu’Emmanuel Carrère approfondit, chaque fois un peu plus vertigineusement, depuis une vingtaine d’années.
    L’Adversaire était à ce propos un texte des plus symptomatiques, en filigrane duquel se dressait le constat que, à la faveur d’un dramatique fait divers, la réalité avait définitivement dépassé la fiction, et que, sur le terrain du mentir-vrai, Romand avait supplanté le Roman. Le titre de l’ouvrage mériterait peut-être même d’être réévalué en ces termes, car l’écrivain semblait être tombé à son maître majuscule : le mythomane meurtrier qui, acculé à l’impératif de dévoilement, préfère dégommer un à un ses personnages en quête de mari, de fils, de père, d’amant, donc d’auteur. La réédition en format poche de Un roman russe précipite à nouveau le lecteur en plein piège, au fil d’un quinconce aussi jouissif qu’angoissant.

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  • Les débuts sont des moments délicats

    tgornet3.jpgJe n’ai plus dix ans
    Thomas Gornet
    Neuf, L’école des Loisirs, 2008

    (par Madeline Roth)

    « Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles. On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle dit : « Les débuts sont des moments délicats ».

    Je n’ai plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après Qui suis-je ?, publié dans la collection Medium de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas quelque chose posé à côté, dissonant. Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour se remplir d’images.

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  • Un été en adolescence

    arton78.jpgA marée basse de Jim Lynch, traduit de l’anglais (US) par Jean Esch, éditions des 2 terres, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Il faut généralement plusieurs décennies pour que les gens aient une vision de l’univers, s’ils prennent la peine de le comprendre. Moi, je l’ai compris au cours d’un été délirant où je me suis retrouvé assailli par la science, la célébrité et les manifestations divines. »

     

    Ainsi parle Miles, âgé de 13 ans, qui raconte son été dans les eaux de la baie de Puget Sound (Etat de Washington), où il vit.

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  • Homme à vendre (vêtements compris)

    lipski3.jpgPiotrus
    Léo Lipski

    traduit du polonais par Allan Kosko, illustré par Joko
    préface d’Éric Dussert
    Éditions de l’Arbre vengeur, Collection L’Alambic, octobre 2008

    (par Frédéric Saenen)

    C’est une bien curieuse découverte que nous propose l’Arbre vengeur, avec la sagacité qui est coutumière à cet éditeur dans le choix d’auteurs rares et méconnus.
    Léo Lipski (de son vrai nom Lipschütz) est né à Zurich en 1917, mais c’est dans le quartier juif de Cracovie qu’il grandira. En 1939, alors réfugié en Galicie orientale pour fuir la terreur nazie, le jeune homme sera arrêté et déporté par la police soviétique, sous l’accusation d’être un «fuyard ». Après deux ans passés dans les terribles conditions du goulag russe, Lipski est intégré aux Brigades de l’armée polonaises et s’embarque pour l’Iran. Son destin est alors scellé, puisque c’est en Asie Mineure qu’il contracte le typhus qui allait le handicaper et le faire souffrir durant toute sa longue existence. Frappé d’hémiplégie, il s’installe après la guerre en Palestine, à la frontière entre Tel-Aviv et Jaffa. Survivant grâce à l’aide et à la générosité de quelques amis, Lipski va s’enfoncer dans la solitude et se voir inéluctablement gagné par l’immobilité. Une claustration en soi qui n’est pas sans évoquer celle endurée par son contemporain Joë Bousquet. Infirme accablé par la chaleur de l’Orient, Lipski ne trouvera guère d’autre échappatoire à son absurde et tragique condition que dans la littérature. C’est en 1960 qu’il publie Piotrus, roman bref et inclassable que la critique inscrira dans une tradition allant de Kafka à Beckett, en passant par Gombrowicz. Et le récit est à la hauteur d’un si noble lignage.

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  • Le livre d’Hanna

    gbrooks3.jpgLe livre d’Hanna
    Geraldine Brooks
    Traduit de l’américain par Anne Rabinovitch
    Belfond, 2008

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

    « le fait d’être un homme compte plus que d’être juif, musulman, catholique ou orthodoxe »

    Le livre d’Hanna a pour principal héros un livre sacré, appartenant à la communauté juive, la Haggadah. La narratrice, une jeune australienne passionnée de livres anciens, entretient avec l’objet livre des rapports quasi charnels : « Chaque fois que j’ai travaillé sur des objets beaux et rares, ce premier contact a été une sensation étrange et puissante. Comme de frôler un fil sous tension et en même temps, de caresser la nuque d’un nouveau-né. » Elle est réveillée une nuit, à deux heures, par Amitaï, un spécialiste des livres sacrés juifs. Il lui apprend qu’elle a la chance incroyable et inattendue d’être chargée de « travailler sur l’un des volumes les plus rares et les plus mystérieux qui existent au monde », la très ancienne Haggadah de Sarajevo, «un manuscrit hébreu orné de magnifiques enluminures, fabriqué à une époque où la croyance juive était fermement opposée à toute iconographie ».

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  • Miel amer d'Ouzbekistan

    mahmoudov3.jpgLa Montagne éternelle
    Mamadali Mahmoudov
    traduit de l'ouzbek par Philippe Frison
    Editions de L'Aube, 2008

    (par Françoise Genevray)

    La liste de personnages qui ouvre le roman fait-elle craindre au lecteur de s'égarer dans une généalogie touffue ? Qu'il ne se laisse pas intimider : elle aide à s'orienter dans une fresque ambitieuse, chatoyante, mais dont la structure s'avère finalement assez simple. La Montagne éternelle déroule sous nos yeux le quotidien des petites gens d'Ouzbekistan (artisans, bergers, femmes d'intérieur, étudiants), la nature somptueuse qui façonne l'âme du pays, et aussi tout un pan de son histoire riche de valeureux guerriers, de mystiques, de lettrés, de savants. Trois protagonistes masculins se détachent, dont la stature archétypique rappelle et prolonge la riche tradition épique d'Asie centrale. Au premier rang figure Rahmat le charpentier, l'homme de la forêt profonde : fier, puissant, taciturne, le patriarche incarne la continuité familiale et les traditions ancestrales de son peuple.

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  • L’Eau et le Feu

    jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
    Jacques Chauviré

    Le temps qu’il fait, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

    La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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  • « le bonheur du lecteur »

    restif.jpgL’Anti-Justine
    Restif De La Bretonne
    La Musardine, Collection « Lectures amoureuses de JJ Pauvert »

     

    (par F. Saenen)

     

    C’est en 1798, soit sept ans après la publication de Justine ou les malheurs de la vertu, que Restif réplique à l’œuvre «infâme» de Sade, avec son Anti-Justine. L’ouvrage ne fut initialement tiré qu’à cinq exemplaires et, bien qu’inachevé, il donne une bonne idée du projet que nourrissait Monsieur Nicolas à l’encontre du Divin Marquis : produire un livre «plus savoureux que le sien », point tant morbide, attaché à dépeindre les délices de l’amour plutôt qu’à encourager au bafouage des bonnes moeurs. La cohérence narrative passe donc très largement au second plan, au profit d’une exubérance permanente, doublée d’une increvable inventivité langagière. L’on s’amusera donc des ébats de Melle Convelouté, des « conilleries » de Vitnègre – qui coucha avec sa filleule, femme d’un espion de police – des dépucelages et gamahuchages en tous genres… De quoi contribuer au but que Restif assignait à tout auteur digne de ce nom : « le bonheur du lecteur ».

     

    http://www.lamusardine.com/BOU2/bin/accueil.cgi

  • Lisbonne brûle-t-elle ?

    fvallejo3.jpgL’incendie du Chiado
    François Vallejo
    Viviane Hamy, 2008

    (par Frédéric Saenen)

    En août 1988, François Vallejo est témoin, depuis sa chambre d’hôtel, de l’incendie qui ravagea l’un des quartiers les plus populaires de Lisbonne, le Chiado. Quelque vingt après, cette catastrophe lui inspire un roman improbable, dans lequel il met en scène quatre figures égarées, en quête de destin.

    Les protagonistes – un Français, un photographe de presse, une femme qui a perdu sa fille et un gardien de nuit – se font en effet « prisonniers volontaires » des ruines encore fumantes. Ainsi chacun d’entre eux, au cœur de ce paysage apocalyptique, compte-t-il retrouver à sa façon le sens de son passé ou de sa vie. Pour les assister dans ce dévoilement, un certain Juvenal, émergeant comme par miracle du brouillard cendreux dans un costume impeccable, jouera, pour leurs aveux respectifs, le rôle de Deus ex machina. Et sa présence sur les lieux se révèlera loin d’être anodine…

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