Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/11/2008

Archéofuturisme

afranklin.jpgLes Ruines de Paris en 4908

Alfred Franklin

L'Arbre vengeur, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

On ne se méfie jamais assez des bibliothécaires. Quand ils ne s’amusent pas à empoisonner le coin des pages des ouvrages sulfureux ou à se débaucher égoïstement dans l’Enfer dont on leur a confié la clef, ils affabulent, inventent des livres qui n’existent pas, signalent des cotes introuvables et échafaudent des uchronies apocryphes.

 

Là résidait sans doute le plaisir majeur d’Alfred Franklin (1831-1917) qui fut longtemps Conservateur de la prestigieuse Mazarine, mais aussi typographe à ses heures. Dans l’une de ses nombreuses brochures, joliment rééditée par les Éditions de l’Arbre vengeur, Franklin imagine sur quoi tomberait les archéologues partis à la recherche des ruines de l’antique cité de Paris… en 4908 !

Lire la suite

26/11/2008

Saloperie d’existence

jpmartinet.jpgCeux qui n’en mènent pas large
Jean-Pierre Martinet

Le Dilettante, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Sur la couverture du livre, un dessin de Tardi en noir et blanc campe non seulement l’atmosphère, mais, peut-on dire, la réalité de ce roman aussi fulgurant que désespéré : la tête entre les mains, un homme – Georges Maman, le (très) anti-héros – fait face à son imposant Frigidaire, que l’on devine aussi vide que le compte en banque de son propriétaire (il s’avérera que ce Frigidaire n’est pas tout à fait vide, puisqu’il contient le dénouement du récit). Entre eux, quelques bouteilles de mauvais vin, une boîte de Canigou, le paysage déprimant d’une cuisine inutile.

Lire la suite

Un apprentissage doux-amer

v_book_3.jpgLa Petite Cloche au son grêle
Paul Vacca
Philippe Rey, 2008

(par Joannic Arnoi)

Cela se passe dans une bourgade du nord de la France, « le long de la Solène, la tendre Solène qui coule entre les villas fleuries de la bourgeoisie de Montigny ». Le narrateur, fils unique d’« Aldo » et « Paola », a treize ans à l’époque et des origines plutôt plébéiennes : ses parents tiennent un café où tout est « bleu, de la couleur des tenues de travail des clients qui se massent en une bourdonnante mêlée autour du comptoir ». Car à Montigny, la rivière sépare les « deux côtés » qui se regardent en chien de faïence. Mais l’horizon premier de l’adolescent, c’est d’abord une complicité sans tâche avec sa mère, et, de plus en plus, une attraction irrésistible pour « le monde mystérieux des femmes ».

L’histoire se noue autour d’un exemplaire de Du côté de chez Swann, oublié par Suzanne Maréchal, une actrice, célébrité locale de la petite ville. Le jeune narrateur s’est emparé du livre abandonné, qui semble lui offrir un passage secret vers cette femme inaccessible qui le trouble. Mais quand Paola découvre le larcin, c’est son rêve d’avoir un fils écrivain qui se trouve conforté, malgré des résultats scolaires calamiteux. Proust devient la grande affaire du triangle familial : miroir des fantasmagories du fils, symbole pour la mère, source d’anxiétés pour le père. De cette rencontre improbable chacun ressortira transformé.

Lire la suite

25/11/2008

Miracle de l'écriture

remington.jpgRemington
Joseph Incardona
Fayard Noir, 2008

 

(par B. Longre)

« On a beau dire, on écrit pour se raconter soi-même, le plus souvent, les autres ne sont qu’un prétexte. Meubler le vide est une imposture. »

On s’attend parfois à lire un polar (et tout l’indique – ne serait-ce que le titre de la collection ou le titre tout court), et on se trouve littéralement pris de court, plongé dès les premières pages dans une chronique désenchantée où la froideur de ton le dispute à la désespérance, où le quotidien du narrateur, cadré, organisé, ne suffit pas à nous duper sur le mal-être qui l’habite, ni sur les émotions qui le malmènent. Matteo Greco n’est ni flic, ni voyou. Il mène au contraire une vie réglée, disciplinée, même, et sans drames (si l’on omet les faits divers qu’il découpe dans les journaux) et parvient à cumuler plusieurs activités, alternant brèves missions pour une agence de sécurité (par nécessité financière), entraînements de boxe et séances d’écriture, qui se déroulent à sa table de cuisine, sur laquelle séjourne une vieille Remington portative. Il écrit des nouvelles (inspirées, justement, des petites coupures qu’il collectionne) et, bientôt, un roman, sur lequel il reste malgré tout très discret.

Lire la suite

24/11/2008

Vies vécues, vies rêvées

phpThumb.jpgLa maison des temps rompus
Pascale Quiviger

Editions du Panama, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

La « maison des temps rompus » existe-t-elle ? Son « plus-que-jardin » grouillant d’animaux, d’arbres et de plantes souriants est-il bien accroché à la réalité du bord de mer ? Adrienne Chantre, l’ancienne propriétaire qui paraît toujours occuper les lieux est-elle une vraie, bonne et vieille femme, un fantôme, une fée, une sorcière ?

En tout cas, les temps sont vraiment rompus, dans ce récit lui aussi plein de ruptures, de retours et d’anticipations. Plutôt plusieurs récits, qui évoquent des existences féminines, celles d’Aurore et de Suzanne, de leurs filles respectives Lucie et Claire – noms lumineux voués aux promesses de bonheur et à la tragédie –, celle d’Odyssée, le bébé dramatiquement transformé en Ophélie…

Lire la suite

Un baiser ou la vie

18 baisers.jpgDix-huit baisers plus un

Rachel Corenblit

Editions du Rouergue, 2008

 

(Par Caroline Scandale)

 

Pourquoi Alex, un adolescent de 17 ans, a-t-il tenté de se suicider par pendaison, dans le local à poubelles de son immeuble? A partir d’un sujet plutôt sinistre, Rachel Corenblit nous livre un roman sensible et enthousiasmant, dont le traitement littéraire n’est jamais larmoyant et se révèle même souvent drôle. Dix-sept personnages féminins dressent le portrait du jeune homme au comportement étrange. La détresse qu’il cache se dessine au fil des chapitres, dans une chronologie déconstruite, tandis que s’entrecroisent les points de vue des êtres qui ont traversé sa vie. Il en a agacé, affolé et inquiété plus d’une, mais surtout, il les a toutes embrassées… Pourquoi cette ronde des baisers ?

Lire la suite

22/11/2008

Contes khantys

Couv%20ROUGUINE.jpgLa Chatte qui a sauvé le monde

Roman Rouguine

traduit du russe par Carine Puigrenier et Dominique Samson Normand de Chambourg

Paulsen,  2008

 

(par Françoise Genevray)

 

Les Khantys sont l'un des peuples autochtones les plus occidentaux de la Sibérie. Appelés Ostiaks à l'époque tsariste, d'un mot local signifiant « le peuple du grand fleuve » (l'Ob), ils occupent deux districts autonomes de la région de Tioumen. C'est de là qu'est issu Roman Rouguine. Né en 1939, il a fait ses études à Leningrad et donné ses premiers textes dans les années soixante à des revues de langue russe. De retour dans son pays, il a enseigné l'histoire et la langue khantyes, milité pour la sauvegarde de l'environnement et repris son activité littéraire. Un certain nombre d'écrivains khantys s'expriment et publient comme lui dans les deux langues. Le texte ici traduit du russe provient du troisième volet (Volchebnaïa zemlja : La terre enchantée) d'une trilogie parue en 1996-1997, œuvre scellant les retrouvailles de l'auteur avec la culture traditionnelle de son peuple, assez malmenée sous le régime communiste.

Lire la suite

20/11/2008

Le cuisinier, le coiffeur, le peintre, leurs femmes et leur maître

cdovey.jpgLes liens du sang
De Ceridwen Dovey
traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Guiloineau
Editions Héloïse d’Ormesson, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman à la façon de Garcia Marquez qui évoque le renversement d’une dictature dans un pays non identifié, l’entrecroisement des destinées, le perpétuel retour du même, le livre de Ceridwen Dovey est tout cela. Mais il est radicalement autre à bien des égards et on peut comprendre que des critiques aient trouvé aussi une parenté avec les romans de Coetzee, compatriote de l’auteure (qui est née en Afrique du Sud et vit à New York) : les rapports entre hommes et femmes, parents et enfants, maîtres et serviteurs sont remarquablement esquissés à travers toute une série de tableaux d’abord bien distincts, puis qui se mêlent de façon inextricable.

Lire la suite

19/11/2008

La trajectoire de Gecko

Blacklaws oranges2.jpgOranges sanguines
Troy Blacklaws
traduit de l'anglais par Pierre Guglielmina
Flammarion, 2008

(par Joannic Arnoi)

Oranges sanguines est le deuxième roman traduit en français du Sud-africain Troy Blacklaws (après le splendide Karoo Boy, qui vient de reparaître en « Points roman »). Les deux livres relèvent du même genre — le récit de jeunesse — même si Oranges sanguines embrasse une période de temps et des horizons géographiques plus vastes. Le héros-narrateur, Gecko, a sept ans lors des premières scènes et vit dans une ferme au Natal, « collines parsemées de vaches et de huttes d’argile », à l’Est du pays. Et l’histoire se clôt une douzaine d’années plus tard au Danemark, où il est parti rejoindre Zelda, sa muse.

Lire la suite

18/11/2008

Les mystères de l’art et de la mort

dlabayle.jpgRouge Majeur
Denis Labayle
Editions du Panama, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Pourquoi, en mai 1955, Nicolas de Staël, peintre de renom, riche et séduisant, se suicida-t-il en se jetant par la fenêtre de son atelier ? Cette mort prématurée est-elle due à des déboires sentimentaux, aux doutes de l’artiste, à un constat d’impuissance ? De cette énigme, Denis Labayle a fait un roman qui mêle fiction et exactitude historique.
Tout commence avec un concert en hommage à Anton Webern, dont le peintre sort enthousiasmé, quasiment envoûté, à tel point qu’il projette d’en faire une toile hors du commun : « J’ai déjà peint des instruments de musique, mais là je sens naître en moi un projet fantastique : je veux peindre une impression… Oui, c’est cela, une impression musicale. Ce sera beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus difficile ».

Lire la suite

16/11/2008

Slamer Rimbaud

saison rimbaud.jpgUne saison Rimbaud

Emmanuel Arnaud

Editions du Rouergue (collection DoAdo), 2008

A partir de 13 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

On peut faire toutes sortes de rencontres à Benidorm, station balnéaire espagnole où « il n’y a rien que des tours, toutes pareilles, comme à la Défense », et même la rencontre la plus improbable, la plus inimaginable pour un jeune lycéen: celle de la poésie d’Arthur Rimbaud.

A partir de ce jour, la vie d’Alexandre bascule dans une autre dimension, il est projeté sur « une autre planète », dans « l’hyper espace », avec une puissance telle que la fadeur d’avant n’est plus supportable. Tout doit changer, et en premier lieu la petite amie qui n’y comprend rien et n’y comprendra jamais rien.

Lire la suite

15/11/2008

Entendre les voix du collège

soulat1.jpgSur la photo de classe
Noam Soulat
Calmann-Lévy, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Sur la photo de classe des troisièmes E, ils y sont presque tous, et tous, y compris ceux qui n’y figurent pas, ont droit à un portrait individuel de quelques pages, un court chapitre. Ce livre décompose la photo de groupe en autant de vignettes. Ils s’appellent Jamel, Paul, Mohamed, Lolita, Fatima, Cyril, Rachida, Harmonie, Kennedy, Nicolas… Ils sont jeunes et ont peu d’intérêt pour le cours de Français de leur prof, Monsieur Soulat.

Instantanés d’un moment, ou portraits d’un jour ou parcours égrenés tout au long de l’année. Leur langage, leurs façons, manières et manies, leurs désirs, leurs amitiés et amours, désamitiés et désamours, apparaissent comme pris sur le vif, le plus souvent dans le même cadre, celui de la classe, du collège, rarement à l’extérieur (un salon du livre, le centre commercial). Apparaissent d’autres silhouettes, les autres professeurs, le CPE, le principal (son bureau est le lieu des confrontations graves, du rappel à l’ordre), les parents (parfois violents, surtout à l’égard de leurs enfants). Conseils de classe, conseils de suivi, vacances, rythment le temps autant que les exclusions et l’évolution, de plus en plus brutale, des rapports entre le professeur et certains, ou plutôt certaines de ses élèves. Le constat est terrible, violent.

Lire la suite

14/11/2008

Prison d’enfants

9782748506884R1.gifMéto, tome 1 : la maison
De Yves Grevet
Syros, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman d’anticipation, de formation, de collège, La Maison est tout cela sous le signe général de l’enfermement. Des garçons sont réunis dans une maison qui est tout leur monde : amnésiques, ils n’ont pas accès à leur passé, sans famille ils ne se souviennent pas d’en avoir eu une. Ils n’ont pas de futur non plus, ignorant ce que deviennent ceux d’entre eux qui arrivent à l’adolescence et disparaissent. Ils ignorent aussi qu’un autre sexe existe.

Dirigés par des hommes nommés « César » (César 1, César 2 etc.), eux mêmes portent des noms aux consonances romaines (Claudius, Crassus, Paulus…). La discipline est militaire, carcérale aussi. Les plus vieux initient les plus jeunes. L’entraînement se fait dans un jeu collectif très violent, seul dérivatif à la tension qui les habite tous, et on y joue avec la mort.

Lire la suite

12/11/2008

Du crash d'une soutenance à la révélation de l'écriture

jbernard.jpgQui trop embrasse
Judith Bernard
Stock, 2008

Entretien avec l’auteure

(Par Christophe Rubin)

 

J’ai rencontré Judith Bernard à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à Albi en juillet 2000. Le hasard l’avait amenée à faire sa communication juste après la mienne. J’avais alors été impressionné par l’aisance intellectuelle et oratoire d’une jeune normalienne – agrégée devenue théoricienne et praticienne de la mise en scène théâtrale – particulièrement brillante pour ne pas dire intimidante au premier abord. Nous y étions revenus, l’année suivante, charmés par l’ambiance conviviale de ce colloque très international et en même temps familial. Un soir, avec trois ou quatre autres jeunes chercheurs, nous nous étions retrouvés sur une terrasse de restaurant du vieil Albi et j’avais été ébahi à l’écoute de son récit de thèse, de la préparation à la soutenance et aux conséquences : ébahi de l’intensité de ce qu’elle pouvait ressentir et exprimer à ce sujet, sur un mode intime qui tranchait peut-être avec la théâtralité de ses différents métiers : d’enseignante, de conférencière, de comédienne et, un peu plus tard, de chroniqueuse dans une émission de télévision. Un nouveau genre de récit était né.

Lire la suite

11/11/2008

No future

maltescarrels.jpgScarrels
de Marcus Malte
Syros, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman étrange et noir, Scarrels se situe dans un monde lui aussi étrange et sombre. On y vit la nuit, il y pleut sans cesse, la ville est un univers clos où la foule erre sans but, les chemins sont des traits de lumière entre la maison et la ville. De curieux oiseaux, des faucons, font la police et traquent et mettent en pièces les mal pensants, les fauteurs de trouble.
Si le narrateur est un adolescent assez proche de ceux qui pourraient être ses lecteurs, pris entre son amour pour son amie d’enfance et ses relations avec ses parents, ses amis, jeunes comme lui, sont plus improbables : Abel le géant simplet, Jona l’amie mystérieuse, Karen orpheline de nulle part de la classe des « perles », à l’allure de poupée qui teint entre ses bras son double, Tina, une poupée vivante et parlante, changeant à tout moment de costume et de personnalité (Tina-Star, Tina Baila…), un genre de Barbie animée et puissante, Steve l’adolescent borné, Tommy, celui qui sait tout… un clan des six uni par des relations fortes, mais aussi par beaucoup de non dits.

Lire la suite

10/11/2008

La tragédie et l’espérance, ou le roman d’une Rom

zoli2.jpgZoli
Colum McCann

Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 2007 / 10-18, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre) 

 

Marienka Novotna, dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six ans et son grand-père échappèrent à la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom, elle apprit à lire et à écrire : « Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre mes doigts ».


Après avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie communiste et lui-même fasciné par la jeune femme, va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée rom.

Lire la suite

09/11/2008

Adolescence en fuite

9782844206848.jpgDans sa peau
De Benoît Broyard

Thierry Magnier, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce pourrait n’être qu’un roman social de plus : le héros de l’histoire est un adolescent qui fuit sa famille après avoir incendié une grange. Père alcoolique et chômeur (était-ce bien nécessaire ?), mère à antécédents psy (était ce bien nécessaire ?) et alcoolique elle aussi. Rien d’exaltant, donc, sur le plan du cadre de l’histoire.

Mais ce roman touche pourtant juste et fort. Tout d’abord par le choix de la voix qui le porte : celle du personnage dont on ne saura pas le nom, et qui se choisit le prénom d’un autre, Antoine. Une écriture à la première personne très habitée et saturée elle-même d’autres voix, celles de son passé qui sont restées inscrites en lui, comme gravées par la souffrance, voix du père, voix de la mère. Ce que disent ces voix ne relève pas de l’exception qu’aurait pu induire le contexte médico-social choisi, mais du banal, avec ses expressions triviales, trop entendues : une façon de dénoncer le langage des adulte très ordinaires lorsqu’ils s’adressent à leurs enfants.

Lire la suite

08/11/2008

Un monstre très humain

doppel1.jpgDoppelgänger
David Stahler Jr
traduit de l’anglais par Luc Rigoureau
Tribal, Flammarion, 2008

 

(par B. Longre)

 

Roman s’inscrivant à la fois dans la veine fantastique et dans celle de la chronique adolescente, Doppelgänger décrit un univers réaliste, socialement et affectivement très vraisemblable, alors que le narrateur est par nature un non-humain : un jeune Doppelgänger privé de nom, « une créature primitive », un caméléon qui s’approprie pour un temps la vie d’un être humain qu’il a au préalable assassiné. Un monstre ? Le narrateur « se pose la question depuis que je suis en âge de réfléchir. Je n’ai toujours pas de réponse. Ma mère estimerait que non. D’après elle, notre race n’a rien à voir avec le bien et le mal - "ces sottes conventions humaines". »

Lire la suite

La revanche du Nord

artop.jpgLe Cantique de l’apocalypse joyeuse
Arto Paasilina
traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Denoël, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce récit, loufoque comme la plupart de ceux de Paasilina, évoque comme le titre l’indique, une progressive fin du monde : tout s’arrête et c’est pas triste ! Guerre mondiale (dont on sait peu de choses, les communications étant coupées), catastrophes atomiques, Europe bien lointaine mais vue comme un recours, effondrement des démocraties… le tableau devrait être sombre.
Mais tout cela est vu de très loin, depuis un tout petit village du fin fond de la Laponie qui s’édifie au fil du roman et fait figure de paradis retrouvé. Partant d’une « fondation funéraire » faite pour satisfaire au vœu d’un défunt, athée et brûleur d’églises, qui pour se racheter fait construire une église (en bois) et son cimetière, le village se fait avec la venue d’écolos incapables mais sympathiques, d’artisans, d’une école, de réfugiés de divers endroits (lapons, russes, etc.) et fonctionne en autarcie.

Lire la suite

07/11/2008

« Comment effacer la vitre »

9782213637587-V.jpgFrankie, Le sultan des pâmoisons
Alain Gerber

Fayard, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

On connaît l’érudition musicale d’Alain Gerber. On connaît les grands romans qu’il a consacrés au jazz et à certains de ses héros (Louis Armstrong, Chet Baker, Charlie Parker, Billie Holiday, Paul Desmond, Miles Davis…). Erudition et récit romanesque font encore bon ménage dans Frankie, dont l’auteur précise bien qu’il ne s’agit pas d’une biographie.
Effectivement. Le récit se fait portrait ; ou plutôt, les récits se font portraits : celui de Frank Sinatra, bien sûr, mais aussi – puisque, selon un type de composition maintenant bien ancré dans l’écriture de l’auteur, celui-ci donne la parole aux proches du héros – ceux des proches en question, triés sur le volet : Dolly, la mère aimante et décidée, Bernard « Buddy » Rich le batteur, Ava Gardner, pour qui il quitta la mère de ses enfants, Sam Giancana le mafieux.

Lire la suite