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09/03/2009

Biographie énigmatique et roman polyphonique

ilija.jpgLe collectionneur de mondes

Ilija Trojanow

roman traduit de l’allemand par Dominique Venard
Buchet Chastel, 2008

 

(par Christophe Rubin)

 

 Si la vie de Richard Francis Burton a été sulfureuse, sa mort a donné l’occasion à sa veuve d’en faire un personnage définitivement mystérieux : non contente de lui avoir fait administrer l’extrême onction malgré des pratiques sexuelles et autres expériences qui n’étaient pas en odeur de sainteté – sans compter une conversion à l’islam – elle a immédiatement brûlé son journal intime et un certain nombre de feuillets manuscrits…

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03/03/2009

De voix de maître

Riboulet amant morts.jpgL’Amant des morts
Mathieu Riboulet

Verdier, 2008

(par Joannic Arnoi)

Mathieu Riboulet est un écrivain frugal. Ses récits se tiennent souvent à la centaine de pages. À rebours d’une littérature romanesque composant de vastes tableaux, leur trame évoque un voile que l’on relève sur un infime fragment du monde.
L’Amant des morts ne déroge pas à la règle, même si davantage qu’auparavant l’auteur élargit la focale pour embrasser un sentiment nouveau : l’Histoire — qu’il côtoie ou qu’il accompagne plutôt qu’il ne l’embrasse.

Au centre, un personnage, Jérôme Alleyrat, que la narration suit avec une fidélité à peu près chronologique, mais en se tenant en léger retrait, de telle sorte que persistera toujours une certaine opacité.

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02/03/2009

Ce que nous dit le petit doigt de Caradec

9782213638096-V.jpgLe doigt coupé de la rue du Bison

François Caradec

Fayard Noir, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Il y a certes un « doigt coupé » de femme, dans ce faux roman policier (ou « rompol ») – et le commissaire Pauquet (« avec Pauquet, in the pocket ! ») est bel et bien chargé, à la suite d’obscures consignes ministérielles, d’enquêter sur ce mystère apparemment lié à des pratiques sectaires. Mais le titre ne dit pas tout, loin de là, et à mesure que l’intrigue (les intrigues) avance (nt), la comédie vire à l’évocation tragique du passé proche, celui de l’occupation et d’une diabolique invention nazie : le « Lebesborn » ou « source de vie », destiné à « créer la super-race nordique artificielle qui dominerait le monde pendant mille ans ».

 

Comment ces deux récits arrivent-ils à se superposer ? On le saura en allant jusqu’au bout de ce livre qui présente au demeurant bien d’autres intérêts. Caradec n’était pas à court d’inventions, et Le doigt coupé de la rue du Bison est comme une somme de ses talents divers : scènes de bistrot avec conversations tout azimut, jeux verbaux et orthographiques (en particulier dans la bouche d’un policier simplet), monologues induisant une pluralité de points de vue (celui d’un réfractaire au STO, celui d’une chienne, celui de la police etc.), dialogues à caractère théâtral, déambulations parisiennes, voyages lointains, inventaires en bonne et due forme…

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21/02/2009

Conte à régler, conte à rebours

vanc.jpgLa nuit dernière au XVème siècle
Didier Van Cauwelaert

Albin Michel, 2008

 

(par Radu Bataturesco)

 

 

Qu’est-ce qu’un écrivain digne de ce nom? Évidemment, pas celui qui noircit les pages à la queue leu leu, ni celui qui publie et même vend des dizaines de milliers d’exemplaires. Un écrivain digne de ce nom a le style (limpide), le savoir-faire (au zénith) et la liberté (intérieure), construit un monde et une œuvre propres, avec des thèmes et des livres singuliers et complémentaires pour soutenir l’édifice, et surtout, surtout, un écrivain digne de ce nom est touché par la grâce. À travers cette grille, les écrivains, les vrais, se comptent sur les doigts d’une main en territoire francophone. À travers cette grille, malgré leur imposante stature (médiatique), Houellebecq et Sollers (par exemple) paraissent tout à coup un tantinet laborieux ou trop appliqués pendant que Modiano et Van Cauwelaert se retrouveraient tout naturellement aux premières loges. Deux plumes, deux mesures : chez Modiano, entre les lignes, se dessinent des couchers de soleil, des univers sépia et des temps suspendus entre chien et loup, chez Van Cauwelaert, entre les lettres, danse le feu follet des petites lumières : éclairs généreux, regards d’intelligence, connivences rayonnantes rendent l’écriture de ce dernier ensoleillée, habitée. Habités sont aussi ses personnages principaux, miroirs de l’auteur projetés dans une double dimension.  

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13/02/2009

Portrait de l’artiste, la nuit

auster.jpgSeul dans le noir
Paul Auster

Traduit par Christine le Boeuf
Actes Sud, 2009

(par Anne-Marie Mercier)

Rarement livre aura autant correspondu à son titre. La solitude y est le cœur de tout, le point central et le moteur des rares événements. Récit d’une insomnie, évoquée dans la première phrase comme « une nuit blanche de plus dans le grand désert américain », il se clôt avec cette phrase, répétée plusieurs fois dans les pages précédentes : « ce monde étrange continue de tourner ». Solitude au monde, à son pays (les USA, vu comme un « grand désert »), aux autres et à soi, tout cela se concentre en une seule nuit d’un seul individu – ou presque. En fait, August Brill n’est pas totalement seul : sa fille et la fille de celle-ci partagent le même espace et le même tourment de ne pas dormir, à des rythmes différents. Mais chacune d’elles est un autre concentré de solitude, abrite une autre forme de douleur.

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06/02/2009

Le cœur en charpie

adam.jpgDes vents contraires
Olivier Adam

Éditions de l’Olivier, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Sarah a disparu sans laisser de traces, abandonnant son époux et ses deux jeunes enfants à leurs éternelles questions (Où est-elle ? A-t-elle fui ? A-t-elle été enlevée ? Est-elle morte ?) et, surtout, au vide désespéré de leur cœur. Paul Anderen, scénariste et romancier en mal d’écriture, décide alors de revenir avec Clément et Manon au pays de son enfance, dans cette Bretagne où les vents et la mer accompagnent et trahissent la violence des sentiments.

 

Paul retrouve à Saint-Malo des souvenirs, le goût salé de l’océan, quelques êtres affectueux comme son frère Alex et sa belle-sœur Nadine (qui l’embauchent en douce dans leur auto-école), mais aussi la froide brutalité de la société et de ses institutions, auxquelles ses enfants et lui-même n’arrivent pas adapter leur existence. Le manque est toujours là, qu’ils tentent de pallier par l’amour inconditionnel qu’ils se vouent mutuellement.

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05/02/2009

L'Afrique autrement

pinguilly.gifLa défaite des mères

Yves Pinguilly, Adrienne Yabouza

Oslo éditions, collection Temps qui passe, 2008

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 

Sous des abords candides et simples, La défaites des mères est un éreintage subtil et savoureux de la politique coloniale européenne des années quatre vingt en Centre Afrique (« il avait fait un voyage en Egypte comme consultant pour une ONG qui, après avoir vendu du sel à la mer, envisageait de vendre du sable au désert ») et de la misère populaire qui en découle. Avec humour (« Dieu a dit : « tu travailleras six jours sur sept, mais si tu es pauvre tu auras en plus la chance de travailler le dimanche au noir... »), une syntaxe et des figures de style souvent puériles et hybrides (« C’était fait, la Terre ronde, qui continuait à tourner sur elle-même et autour du soleil, comptait un empire de plus, turluttu chapeau pointu ! », après l’auto proclamation de Bokassa), les deux auteurs révèlent une  connaissance approfondie des mentalités et de la politique de la région : « papa Bok Ier en profita pour glisser dans les poches du roi de France, à l’insu de son plein gré, quelques petits diamants de rien du tout. Juste ce qu’il faut pour qu’en reprenant l’avion de sa royale république, il ne soit pas en excédent de poids. »

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04/02/2009

Le jeu troublant de l’existence

dlachaud.jpgLe vrai est au coffre
Denis Lachaud
Actes Sud, 2005 / Babel 2009

 

(par B. Longre)

 

Des parents aimants et une atmosphère familiale relativement paisible ne pourront empêcher le petit Thomas, qui démarre son récit à l’âge de cinq ans, de peu à peu glisser dans un monde parallèle, semi imaginaire, qui annonce de façon ténue la fracture identitaire à venir. Les indices offerts au lecteur sont d’abord maigres : la création, entre autres, d’une famille virtuelle avec son amie Véronique et ses poupées, un éparpillement de réalités qui se superposent dans l’esprit du jeune narrateur et qui n’inquiètent pas d’emblée, des jeux en surface innocents qui ouvrent pourtant la voie à un malaise plus ample, qui prend corps quand Thomas (Tom pour lui-même et Toto pour ses parents…) entre à l’école primaire, et devient le bouc émissaire d’une catégorie brutale d’élèves, prompts à tourner en dérision son comportement qu’ils disent efféminé.

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31/01/2009

La vie devant soi

jolie fille rien que pour moi.jpgUne jolie fille rien que pour moi

Aurélie Antolini

Editions Intervista, collection « les mues », 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

A n’en pas douter, Aurélie Antolini s’est amusée en écrivant son premier roman. Coup de cœur de Constance Joly-Girard, directrice de la collection « les mues », Une jolie fille rien que pour moi a l’art de capturer dès les premières lignes.
Son secret ? Un savoureux langage pré-adolescent à la Romain Gary qui explose (de rire évidemment) à chaque page, mélange de jeux de mots, de réflexions de bon sens, d’images décalées et de petits détournements de textes de la vie de tous les jours (étiquettes, mots fléchés, etc)

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30/01/2009

Ombres danoises

otage.jpgL’Otage
Olav Hergel
traduit du danois par Laurence W. Ø. Larsen
Gaïa, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

L’aspect roman policier n’est pas celui qui domine ou qui intéresse le plus : on sait d’avance qui a fait quoi et pourquoi, et la chasse à l’homme de la fin du roman tient une faible place. Mais on est pourtant constamment face à une enquête et à des stratégies de dévoilement.
Une journaliste travaillant pour un grand quotidien conservateur danois est enlevée en Irak. Son jeune ravisseur la fait évader pour lui éviter la mort et lui demande de mentir sur les conditions réelles de sa fuite afin d’éviter d’en subir les conséquences. D’où une première enquête, celle de ceux qui ne se satisfont pas de ses déclarations lorsqu’elle rentre en héroïne dans son pays et qui tentent de comprendre ce qui s’est réellement passé.

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28/01/2009

Quête frénétique

daddy frénésie.jpgDaddy frénésie

Tristane Banon

Plon, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Daddy Frénésie est le troisième roman de Tristane Banon. On y retrouve son héroïne, la jeune Flore, dans une quête frénétique dont le but est de blesser celui qui l’a abandonnée à la naissance.

A vingt sept ans, la jeune femme a depuis bien longtemps cessé de le chercher, persuadée que sa mort lui serait égale. Mais un jour en feuilletant le Figaro, une annonce lui laisse entrevoir la possibilité d’une rencontre avec l'absent. Commence alors une filature digne d’un détective privé pour apercevoir son père sans être découverte.

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26/01/2009

Chemin brisé

1228925977_Smaus.jpgPetite, allume un feu…
Martin Smaus

Traduit du tchèque par Christine Laferrière

Editions des Syrtes, 2009

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Le clan Dunka représente, en quelque sorte, la synthèse des familles tziganes, de leurs conceptions (ou non conceptions) de l’existence. « Les Dunka ne voulaient faire de mal à personne : ils voulaient vivre. Et ils vivaient comme ils en avaient l’habitude depuis des siècles, oubliant la veille et ne voulant pas savoir ce que leur apporterait le lendemain. Ils vivaient des milliers de vies, naissaient et mouraient sans cesse chaque jour ». C’est dans ce contexte que naît et grandit Andrejko, voleur hors pair, et pour cela choyé par les petits qui profitent de ses cadeaux, jalousé par les grands qui, ne pouvant l’égaler, se dressent contre lui.

 

Dans la Tchécoslovaquie contemporaine, des dernières années du communisme à la partition du pays, en passant par l’ouverture, la démocratisation et l'avènement du capitalisme, avec les enthousiasmes et les angoisses que cela suscite, Andrejko est ballotté, accompagné d'une famille fluctuante et se délitant peu à peu, d’un lieu à un autre : du hameau campagnard, proche de l’Ukraine, où la tribu vivait selon les traditions, aux villes grises, froides, inhospitalières (Ostrava, Prague, Plzen), d’un appartement délabré à la maison de correction…

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20/01/2009

Old wave

vague.jpgLa Vague

Todd Strasser

traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

En avril 1967, dans un lycée à Palo Alto (Californie), se serait déroulée une étrange expérience initiée par Ron Jones. Ce professeur d’histoire, devant son incapacité à sensibiliser ses élèves aux mécanismes dont relève un parti tel que le NSDAP, aurait tenté d’appréhender le concept de totalitarisme par un biais moins conforme. Il leur aurait démontré comment des citoyens ont pu soutenir les principes nazis et laisser opérer le génocide que l’on connaît sans éveiller la désapprobation des foules en créant, au sein de sa classe, le mouvement « La Troisième Vague ». Cette émanation fascisto-scolaire aurait alors déferlé pendant une semaine dans l’établissement avant de se voir finalement endiguée avec fermeté.

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18/01/2009

Le bonheur est dans la forêt

doppler3.jpgDoppler
Erlend Loe
traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Gaïa, collection taille Unique, 2006 / parution en 10-18 janvier 2009

 

(par B. Longre)

 

Qui est réellement ce Doppler qui donne son nom au quatrième roman d’Erlend Loe publié en français et qui, soit dit en passant, nous fait tant rire ? Un irrécupérable ahuri ? Un asocial invétéré ? Ou tout simplement un sage, qui a bien raison de fuir travail, épouse et enfants, d’aller trouver refuge dans la forêt proche d’Oslo et d’adopter un jeune élan comme seul compagnon ? Certes, Doppler reconnaît ouvertement sa misanthropie en admettant ne pas aimer les gens (surtout les Norvégiens…) et son départ s’accorde à la logique jusqu’au-boutiste qu’il a décidé de suivre désormais. Avide de silence, il vit depuis six mois dans la forêt où il a planté sa tente dans un coin tranquille et érige petit à petit un système de valeurs dont le premier commandement est le suivant : fuir l’application humaine, qui caractérisait la vie étriquée qu’il menait avant, faite de petites obsessions matérielles et de préoccupations déshumanisantes, vécue au rythme des Teletubbies, héros de son fils téléphage, ou des élucubrations tolkieniennes de son adolescente de fille.

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17/01/2009

Tribulations d’un ethnolinguiste en Afrique de l’Est

serval noir.gif

Le serval noir

Marc Vassart

Au diable Vauvert, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Somerset Bienvenue est ethnolinguiste au musée de l’homme, menacé de fermeture suite à l’inauguration du musée du quai Branly. Un éclair de génie – à moins que ce soit de folie - le conduit au Kenya, dans le berceau de l’humanité, alors sous les bombes américaines, pour y dénicher une poterie ancienne. L’un de ses confrères a en effet découvert une machine permettant de lire dans les sillons d’une poterie comme sur ceux d’un disque vinyle, et donc de restituer les paroles prononcées pendant la fabrication d’une poterie. Si Somerset Bienvenue réussit à ramener la poterie hadzabé, il pourra peut-être remonter à la langue-mère, à l’origine de toutes les autres, et – qui sait ? – parvenir ainsi à sauver le musée de l’homme par cette découverte majeure.

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16/01/2009

Culpabilité collective

lward.jpgOutside Valentine

Liza Ward

Traduit de l’américain par Françoise Jaouën, coll. « Domaine étranger », Editions 10/18

 

(par Madeline Roth)

 

Au début on ne comprend rien. « Dans mon rêve, la neige tombait partout dans mon bon vieux Nebraska. » On a en tête la très belle image de couverture, ce rouge sang dans la neige blanche, et pendant toute la lecture on a froid. Au début on ne comprend rien mais on est embarqué. Trois années, 1991, 1957, 1962, et trois voix, trois personnes dont on essaie de deviner les liens, jusqu’à ce que tout se mette en place. Et c’est magistral.
 En 1958, dans l’hiver du Nebraska, Charles Starkweather, 19 ans, et Caril Ann Fugate, 14 ans, tuent onze personnes, au terme d’une des plus célèbres tragédies américaines. Liza Ward, l’auteure du texte, a perdu ses grands-parents dans ce drame.

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15/01/2009

Emmurée vivante

ofarrell.jpgL’étrange disparition d’Esme Lennox

Maggie O’Farrell

Traduit de l’anglais par Michèle Valencia

Belfond, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Deux jeunes sœurs dans les années 30. L’une fait la fierté de ses parents en se conformant à leurs attentes, l’autre refuse tout compromis.  L’histoire se déroule entre l’Inde et l’Écosse, dans une famille bourgeoise. Esme, petite fille espiègle et rêveuse grandit aux côté de sa douce sœur Kitty et de son petit frère adoré. Les prémices d’une incompréhension parentale à son égard se font sentir. Elle est indomptable et rebelle, ce qui agace et déroute ses géniteurs. Plus tard, la jeune femme repousse les avances des garçons de bonne famille qu’on tente de lui présenter. Elle refuse l’idée du mariage et veut poursuivre ses études. Mais un jour tout bascule, Esme disparaît de la circulation et de la mémoire familiale…

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13/01/2009

Synergie transversale et suicide à l'usine

couvtripalium.jpgTripalium
Lilian Robin
les Editeurs libres

Entretien avec l'auteur.
(propos recueillis par Jean-Baptiste Monat)

Tripalium est le premier roman de Lilian Robin, jeune auteur lyonnais qui s'est appuyé sur son expérience du monde de l'industrie pour en exposer les conséquences désastreuses sur le corps et l'esprit de ceux qui y travaillent. Il dépeint le quotidien d'une entreprise imaginaire, « Plastique Avenir », et dresse surtout le portrait au vitriol de ceux qui la font fonctionner, du bas jusqu'au sommet de la hiérarchie. Le personnage principal, Arno Libilin (anagramme transparent du nom de l'auteur), en tant que « responsable sécurité-environnement » se trouve pris en tenaille entre les ouvriers qu'il est censé sécuriser et les cadres, auxquels il appartient. Une crise majeur est sur le point d'éclater... Avec la rage d'un témoin indigné et la plume d'un satiriste, Lilian Robin ouvre plus largement une réflexion sur l'avenir du monde industriel à l'heure des délocalisations et du chômage de masse.

Le roman part d'une expérience personnelle du marché du travail, peux-tu évoquer cet aspect de ta « biographie » ?

Comme Arno, le personnage principal du livre, j’ai été responsable sécurité environnement dans l’industrie durant plusieurs années. C’est mon expérience la plus significative mais mon premier flirt avec le tripalium remonte à un job d’été de colleur d’étiquettes à la chaîne. A l’époque je m’étais juré de ne jamais remettre un pied dans une de ces boîtes grises.

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12/01/2009

La transfiguration du chagrin

cygnes.jpgÀ la rencontre des cygnes
Aurélien Loncke
L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

(par Joannic Arnoi)

Tout commence par une sortie à découvert sous la pluie. « Je suis donc resté sous une averse l’année dernière, juste pour essayer. » Timothé vient de perdre son jumeau, Amblin, et cette singulière incursion « dans les trombes d’eau » trouve une explication : « je croyais que, si la pluie pouvait me nettoyer la tête, je n’y penserais plus trop. ». Le récit qui s’ouvre ici va osciller entre souvenirs héroïques (car Amblin était un héros à sa manière) et scènes de deuil, où l’on voit le narrateur aux prises avec la douleur muette de ses parents ou essayant de surmonter sa propre dévastation.
Cela se passe dans une ville où l’hiver prend des quartiers prolongés, bordée par une forêt opaque, avec un lac en son centre. Forêt où les jumeaux font des prouesses en sculptant la neige ou vont admirer les oiseaux migrateurs ; lac où Amblin s’obstine à patiner, année après année, voulant « glisser avec la légèreté de la libellule et la rapidité du serpent ».

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11/01/2009

Série écossaise

bon usage compliments.jpgLe bon usage des compliments

Alexander McCall Smith

traduit de l’anglais par Martine Skopan

Editions des 2 terres, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Prolifique auteur à succès, Alexander McCall Smith est spécialisé dans la création de séries littéraires autour d’un personnage. Le bon usage des compliments est le 4ème titre de la série Isabel Dalhousie, une riche héritière écossaise passionnée de philosophie. Les trois premiers romans de la série sont parus chez 10/18 (Le club des philosophes amateurs, Amis, amants,chocolat, Une question d’attitude) et le cinquième vient de paraître en anglais.

 L’auteur dit avoir créé la série Isabel Dalhousie pour évoquer la ville où il réside, Edimbourg. Et effectivement, le roman est une charmante immersion dans la bourgeoisie d’Edimbourg, partagée entre très vieille Ecosse et modernité.

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