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Poésie - Page 2

  • Beatlemania

    attal.jpgLes Beatles / Le rouge et le bleu
    Jérôme Attal
    Le mot et le reste, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Jérôme Attal, jeune auteur, compositeur et chanteur parisien, a découvert les Beatles « d’un bloc, dans la boulimie maladroite de deux albums de compilation » que sa tante lui a offerts l’un après l’autre : Rouge et Bleu. Alors s’est nouée une relation privilégiée entre l’auteur et le groupe d’une génération antérieure, certes, mais dont la musique suscite en lui « un monde à la fois magique et protecteur ».
    C’est de cette relation que ce petit livre fait part, dans une suite particulièrement adéquate de textes brefs et divers : souvenirs, récits, poèmes, variations sur des thèmes (la chanson bien sûr, l’amour, l’amitié, la littérature même – Dostoïevski, Tolstoï, Stendhal). Il ne s’agit pas seulement de nostalgie, mais d’une vraie tentative pour comprendre « comment les chansons des Beatles infusent dans l’existence » et pour saisir par les mots les mystères de leur musique.

     

    http://atheles.org/lemotetlereste/

  • Bernard Vargaftig, poète

    jardins père.gifDans les jardins de mon père (DVD)
    Valérie Minetto et Cécile Vargaftig
    L’aveu même d’être là (Le livre du film)
    Textes de Bernard Vargaftig
    Au diable Vauvert, 2008

    (par Myriam Gallot)

    Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père poète. Valérie Vargaftig fait partie de ce happy few. Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : « Dans les jardins de mon père ».

    L’histoire de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode, la fuite, puis acculés à la clandestinité autour de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout la poésie qui fait le lien.

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  • Variations

    blondeur.jpgLa Blondeur

    Cécile Mainardi

    les petits matins, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ode, ou hymne à la blondeur en neuf chants : la blondeur comme idée, comme posture, comme essence ; la blondeur dans le regard de l’autre, la blondeur comme paysage, comme nuit, comme un adieu.
    Livre qui se fait parfois lettre d’adieu à un blond dont toute l’âme (du moins ce que le scripteur en voyait/supposait) était dans la blondeur, c’est aussi un livre qui tangue, qui change de posture et d’allure, de lieu et de vie. Un livre sans capitaine, ou dont le capitaine « sombre avec le livre qu’il écrit », sous l’effet d’un blond d’une éblouissante obscurité.
    La langue est belle et souple, s’emporte parfois, ne sait plus s’arrêter. Ce livre est un curieux objet qui vaut qu’on s’y arrête.

    http://www.lespetitsmatins.fr/

  • Poète du bégaiement

    luca.jpgSept slogans ontophoniques

    Ghérasim Luca

    José Corti, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Changez une lettre dans le titre, cela peut donner « Sept slogans orthophoniques ». Bien sûr, pour Ghérasim Luca, le grand « poète du bégaiement », il ne s’agit pas de parler « droit », mais d’inclure l’être même au plus sonore de la voix, au plus profond d’une parole aux limites du sens et de la forme. Cet ensemble de textes fragmentaires à lire, à dire, à déclamer, qui tiennent de la communication détournée et de la poésie provocatrice, joue sur le sonore et le visuel, sur le choc énigmatique et déroutant des lettres, des syllabes et des mots. « L’esprit au pied de la lettre / La lettre au pied de l’esprit » pour « percer ensemble l’indicible » et saisir la «vacuité sublime » du langage et de l’être.

    http://www.jose-corti.fr/

  • Cachez ce sein…

    idelette3.jpgLa garde-robe ou Les phrases de taffetas

    Idelette de Bure

    Arléa, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Certains noms de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco, cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline, houppelande : comment rester insensible à la puissance de suggestion de ces mots un peu magiciens ?

     

    C’est un envoûtement que la belle écriture ô combien sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse poésie de l’artifice, dont la légèreté n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme - la narratrice - se drape et se dévoile dans ses parures, tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires ou fassent preuve de fantaisie…)

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  • « Le droit à la beauté et à la poésie »

    mercure3.jpgMercure liquide, revue littéraire et graphique

    Numéro 8 (janvier 2008)

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Mercure liquide construit, depuis huit numéros maintenant, une esthétique de la diversité et de la sensibilité. Son moteur est toujours le sentiment d’une urgence : celle d’un dialogue créatif entre les arts.»

     

    Petite promenade subjective dans ce dernier numéro.

     

    Tout de suite explose à la figure la déflagration des mots de « Party incendiaire »,  qui vomit la société française et sa reproduction de la caste dominante. FP. Meny, « à la rue », exclu d’un système absurde et violent, le dénonce avec l’énergie de celui qui ne veut pas crever : « Je n’ai demandé qu’une chose. Elle m’a toujours été refusée. J’ai lutté pour l’obtenir, vraiment. Cette chose, mes semblables l’ont sans la chercher. Cette chose n’est ni l’argent, ni l’amitié, ni la gloire. C’est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu’ils reconnaîtraient comme mienne sans l’envier, puisqu’elle n’aurait rien d’enviable. »

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  • « Le clou dans le fer » : une expérience continue

    clou.jpgLes éditions le Clou dans le fer

     

    Entretien avec Stéphane Pihet, Michaël Batalla & Florent Fajole à la suite de cet article.

     

    (par Frédéric Saenen)


    Derrière la voix des gens, en filigrane de la voix des gens, au-delà de la voix des gens, il y a la Poésie. Un rythme vertical ou concentrique. Des phrases hachées qui se cherchent, se mordent la queue, se grattent frénétiquement là où ça les démange. Des mots noirs qui vont se perdre dans le blanc originel. Des murmures si entêtés qu’on les confondrait volontiers avec des cris. Le Clou dans le fer n’est pas une énième « jeune structure éditoriale » – étiquette presque infâmante, tant elle semble porter en germe les perspectives du tarissement et de la disparition. Le Clou dans le fer est un chantier à ciel ouvert, où les artisans s’ingénient à river des matériaux volatils sur le blindage du Sens. Le Clou dans le fer est un travail de rencontres, de choix affirmés, de soigneuse mise en page, qui dénote une profonde maturité littéraire.

    À travers les quatre premiers livres de la collection « Expériences poétiques », une cohérence d’ensemble se dégage, qui jamais n’occulte les individualités en présence. Commençons par la Colonne d’aveugles d’Andrea Inglese qui se dresse au beau milieu du quotidien, et autour de laquelle s’organise progressivement l’émiettement autobiographique du poète. L’esprit, entre rêve et absence, avance en somnambule, achoppe à ses souvenirs ou aux machines sourdement présentes de l’appartement. Face « au peu de monde concédé », il se veut passant. Le lecteur oscille à sa suite, tantôt en italien dans le texte, tantôt en français au fil de la traduction – exemplaire – de Pascal Leclercq. Au sortir de ce flux d’images et de questions, une seule certitude s’impose : en poésie, deux voix valent mieux qu’une.

    On croise ensuite Arlette Robert, Alias Osiris, Salah Kaler ou encore Catherine Benoît. Ou du moins Sebastian Dicenaire nous immerge-t-il, à la faveur de quelques instantanés logorrhéiques, dans des fragments de leurs discours.

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  • Fauchage central

    matiere.jpgMatières à Poésie, Gazette de chantiers poétiques
    Hors série n° 12 et 13
    Jacques Bernimolin (1923-1995), Des inédits – Des parutions

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    L’œuvre et la personnalité de Jacques Bernimolin méritaient d’être enfin sorties de leur purgatoire. Voilà qui est chose faite grâce à l’initiative de la revue liégeoise Matières à poésie, qui a mis les bouchées doubles en consacrant ses deux dernières livraisons à cette figure éminemment protéiforme.

     

    C’est en effet en jazzman ésotériste, en collagiste burroughsien, en highjacker des sens et des sons, en encreur sauvage, en diseur de malaventure, enfin en rappeur sans musique, sans personne, sans rien, que ce pharmacien-chimiste de formation aura traversé la vie. Son activité créatrice, peu reconnue, étouffée par un positionnement résolument marginal, est marquée par un bouillonnement et une audace qui se situent à la convergence du surréalisme, du mouvement et de l’oralité. Chaud devant donc : nitroglycérine verbale en veux-tu en voilà, dans ces proses déhanchées où déboulent calembours et bouts rimés, où giguent phonèmes et monèmes, où hallucinations et associations libres de mots se superposent aux images d’un zapping infini.

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  • « Apollinaire, mes enfants, Apollinaire n’est pas mort »

    apollinaire3.jpgApollinaire, revue d’études apollinariennes, n° 1
    éditions Calliopées, 2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Blaise Cendrars, racontant l’enterrement d’Apollinaire, proclamait en ces termes l’immortalité du « flâneur des deux rives » – et c’est cette immortalité (artistique, s’entend) que se propose d’entretenir la toute nouvelle revue qui, en une élogieuse sobriété, a pour titre le simple nom du poète.
    Tout ici fournit matière à lecture et relecture. Placé à juste titre sous l’égide et le parrainage de Michel Décaudin, décédé en mars 2004, ce premier numéro, élaboré par Jean Burgos, Pierre Caizergues, Claude Debon, Daniel Delbreil et Etienne-Alain Hubert, est composé de cinq rubriques : un dossier biographique à suivre, la « saga des Kostrowitzky » que Michel Décaudin laissa avant de disparaître et dont les numéros suivants poursuivront la passionnante narration ; des études d’Etienne-Alain Hubert et Claude Debon sur des inédits prouvant bien qu’« Apollinaire n’a pas dit son dernier mot », comme l’affirme Jean Burgos dans son éditorial ; des « perspectives » précises sur la bibliothèque de Guillaume Apollinaire (Pierre Caizergues») et sur « l’état actuel de la critique universitaire » (Daniel Delbreil) ; enfin, des comptes rendus d’ouvrages et des informations diverses.

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  • L'art & la technique du chaos

    venaille3.jpgChaos

    Franck Venaille

    Mercure de France, 2006

     

    (par Tieri Briet)

     

    Franck Venaille publie Chaos au Mercure de France, un livre brut de mots et de visions pour élargir, d’un cran supplémentaire, encore, ce que la langue peut nous rendre possible. Un livre traversé de questions pour éprouver, au dernier cran, ce que mots et visions peuvent édifier encore de poésie nue.

     

    Au total, on dénombre 124 questions dans Chaos, et cet avertissement adressé au lecteur : “Je n’écris pas pour la canaille qui ne demande qu’à être émue.” Alors autant prévenir, Franck Venaille n’écrit pas non plus pour “se lancer dans une danse frénétique devant le totem de la poésie.” Le monde existe et pour l’écrire, il faudra entreprendre de l’arpenter comme il faut (1), le penser et pour cela lancer les questions acharnées une à une.

     

    Question N° 20 : “La mer du Nord peut-elle se tromper ?”

    Question N° 57 : “Mais qui se soucie d’un empêcheur de forniquer ?”

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  • Art culinaire, art poétique

    arton2846.jpgLe presque rien nourrissant
    Dan Arsenie

    Françoise Truffaut éditions

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    En guise de mise en bouche, Mihaï Sora mesure dans sa préface la portée du livre : « Manger et boire, voir et concevoir, penser et parler, ce sont là autant de voies d’accès à ce qu’il y a de plus sacré au tréfonds de nous, et qui est le fait même que l’on est (à condition que ce soit pour de bon…) ». L’enjeu profondément humain des textes de Dan Arsenie est lié non seulement au sujet, la nourriture, mais aussi à la manière dont il est traité : des textes d’une à quelques pages, où le poétique le dispute au philosophique, au pratique, au narratif, à l’existentiel…

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  • Entre hommage et subversion, quand la littérature transcende la mort.

    spreadwide3.jpgSpread Wide
    collection Rencontres, Encounters
    Kathy Acker & Paul Buck, avec Rebecca Stephens, John Cussans

    Editions Dis Voir

     

    (par B. Longre)

     

    Spread Wide s'est bâti autour d'une "rencontre" (ainsi que le veut la collection que dirige Danièle Rivière) entre l'écrivaine Kathy Acker (décédée en 1997 et dont les Editions Désordres ont entrepris de faire découvrir l'oeuvre aux lecteurs francophones) et Paul Buck, performer et écrivain anglais, avec qui elle entretint une correspondance à la fin des années 1980, alors qu'elle travaillait à son roman Great Expectations (bien entendu inspiré - très librement - du roman du même titre de Charles Dickens, Les grandes espérances) : une "rencontre" singulière, quasi unilatérale, Paul Buck n'ayant d'autre moyen que de "retrouver" feu Kathy Acker par le biais de ses lettres (style saccadé, oralisé, explosif le plus souvent, mêlant réflexions diverses sur son travail et anecdotes très personnelles), et la relecture systématique de ses romans. Dans son post-scriptum, Paul Buck explique ainsi la genèse de Spread Wide : "Le concept consistait à utiliser les lettres de Kathy afin de produire une autre œuvre, une fiction qui prendrait en compte certaines des questions que Kathy mettait en forme dans ses écrits."

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  • Transports en commun poétiques

    popescu1.jpgArrêts déplacés
    Marius Daniel Popescu

    Antipodes, Lausanne, 2005

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Une fois n’est pas coutume : commençons par la fin. Il y a la table des matières, à elle seule tout un poème ; des titres en embuscade (« Bibelot en embuscade », comme le formule l’un d’entre eux), « petits grains » (autre titre dispersé çà et là) semés comme des énigmes et renvoyant à des textes aux allures de quotidien, de vie laborieuse, de vie de la rue, de vie familiale. Juste avant la table, il y a « Le tueur de livres », nouvelle-poème dans laquelle un lecteur impitoyable, qui expose dans son appartement les dépouilles de ses victimes, proclame que « n’importe qui peut comprendre qu’un livre peut brûler les gens ».

    Marius Daniel Popescu est, nous dit-on, chauffeur de trolleybus ; profession rassurante, qui nous suggère qu’il ne brûlera ni ses lecteurs ni ses livres. Ses Arrêts déplacés, apparemment sortis tout chauds de ses observations, proposent de modestes scènes du théâtre intime et social, quelques images du passé (la grand-mère), beaucoup d’images du présent (le foyer, et surtout les gens qui montent dans le bus et en descendent, qui parlent et se dévoilent, ou qui demeurent dans le mutisme de leurs gestes). La vie est là : pas d’autobiographie dans ces poèmes, pas d’états d’âme de l’exilé venu de l’Est (si tant est que l’origine de l’auteur corresponde à ce que suggère la consonance de son nom), mais une biographie plurielle, visuelle et auditive, sensible et sentimentale, tendre et cruelle.

    Certains textes sont des miniatures, décomposant la banalité des actes humains pour en extraire l’essence poétique, relatant en quelques phrases tel petit fait, telle conversation de coin de rue, telle confidence d’entre deux arrêts, tel rêve aussi qui vient colorer le réel citadin de visions oniriques et d’humour léger. D’autres utilisent le blanc de la page, en des figurations où le verbe s’associe au graphisme abstrait pour remplir l’espace, entre horizontalité et verticalité. Ailleurs encore, les mots se bousculent en collages, en listes, en inventaires compacts.

    Je, tu, il, elle, tout se conjugue dans ces exercices de style pour faire accéder le lecteur à l’authentique métaphore, celle qui transporte littéralement et littérairement dans le secret des mots, secret qui, sous de discrètes notations et de simples constats, se cache au cœur de la poésie. « A la tombée du rideau », laissons l’auteur nous saluer :

    « aujourd’hui tu dis au revoir aux lieux et aux gens,
    tu dis au revoir au lac, à l’embarcadère et aux canards ;
    tu démarres en avant, aujourd’hui tu oublies et tu gardes
    une ligne de bus où le billet coûtait deux francs quarante
    et la pluie était joyeuse et chaude et très marrante.
    »

    http://www.antipodes.ch/

    http://www1.rsr.ch/espace2/avent/index25.htm

  • Pudeurs du bernard-l’hermite

    ortlieb3.jpgCarnets de Ronde
    Gilles Ortlieb
    éditions Le Temps qu’il fait, 2004
    collection Lettres du Cabardès

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Certaines voix graves, certains murmures même, portent plus loin que les cris d’hystérie. Les Carnets de ronde de Gilles Ortlieb (auquel Le Matricule des anges consacre un précieux dossier dans son numéro de novembre-décembre 2004) souffriront peu, dès lors, d’avoir paru en septembre, au cœur de la « rentrée littéraire ».

     

    Le livre rassemble sept textes sans lien apparent, inédits ou secondes versions de publications en revues (dans L’animal, Rehauts, Poésie 2001 et Théodore Balmoral), tous d’une longueur équivalente et d’une grande cohérence de style. Pourtant, nulle narration suivie, nul thème constant ou figure imposée : l’auteur exploite ce genre indéfiniment extensible du carnet pour nous promener, d’une randonnée dominicale le long de la Moselle (Dimanche fleuve) à l’angoisse citadine des logements vides (Déménager), avec toujours la même singulière musique au creux de l’oreille. Musicien, il faut que notre poète le soit à sa façon pour relever avec autant de justesse ces airs diffus du quotidien, ces « rires à l’étage en dessous », ce «transistor lointain, à peine audible », ce « froufroutement ténu d’un papillon captif se heurtant contre l’abat-jour du plafonnier». Les pages de Gilles Ortlieb foisonnent de ces bruits, de ces gestes rares qui en tous lieux promettent un étonnement jubilatoire. L’on aime voir notre narrateur tomber en arrêt devant le va et vient d’un chantier, en proie à « ce réel, quoique difficilement explicable, plaisir éprouvé à voir déverser une pelletée « réussie », débordante, dans une benne dont le conducteur d’engin égalise ensuite le contenu avec des délicatesses d’oursonne toilettant son rejeton. »

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  • Enfances rêvées, enfances vécues

    Jours anciens

    Pierre Autin-Grenier
    L'Arbre, 2003

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Jours anciens (troisième édition augmentée d’un poème) a fait l’objet d’une parution en 1980, d’une autre en 1986, a reçu le Prix Claude Brossette à Quincié (Beaujolais), et, pour tout dire, est un très beau petit objet livresque, à manier avec un mélange de respect et de familiarité, à consommer avec précautions et sans modération. Tout y est soigné, le contenant et le contenu, le flacon et le nectar.

    Le flacon, ou le « gobelet d’argent » (titre de l’un des textes) : vingt-cinq poèmes en prose dans une édition précieuse assurée par Jean Le Mauve, typographe et poète, à qui succède, depuis sa mort, sa compagne Christine Brisset Le Mauve. Vrai papier, vraie reliure, belle couverture, belle mise en page… Recommandons aux auteurs et aux lecteurs pour qui un livre n’est pas qu’un alignement de mots.

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  • Ouvrir les volets

    autin4.jpgLégende de Zakhor

    Pierre Autin-Grenier
    Éditions En Forêt / Verlag Im Wald

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il est nécessaire d'ouvrir les volets pour découvrir les dix petits triptyques qui composent le précieux volume de la Légende de Zakhor. Dix textes en trois versions, française, allemande et italienne (c'est le principe de la collection " Sentiers ", dont cet ouvrage constitue le onzième volume).

    On connaît le Pierre Autin-Grenier narrateur, chroniqueur et rêveur de la vie quotidienne ; on connaît moins le poète. Ici, la poésie (en prose) est la dominante, même si le récit affleure à chaque pas. Une poésie des couleurs (à commencer par le bleu), des sonorités (celles des mots comme celles de la nature), une poésie du souvenir (" Zakhor " en hébreu signifie " Souviens-toi "), de l'énigmatique, du merveilleux, de la terre et des soirées paysannes. Le vin et l'ivresse, la mer et la mort, la nuit et les oiseaux, le temps et les choses de la vie, les portes et les fenêtres qui s'ouvrent... Thèmes et motifs se combinent dans une écriture où chaque mot est pesé, où chaque phrase résonne d'harmoniques et de vibrations. Chacun des titres est prometteur d'une " présence ", d'une " vision ", d'un " voyage ", d'une ouverture vers un monde qui se recrée à chaque instant, par le jeu de la mémoire et de l'imagination, et aussi par celui de la parole.

    Ainsi, " le monde peut continuer ", et Rimbaud n'est pas loin lorsque " nous descendons des fleuves somptueux, lovés dans la petite barque de l'imaginaire ". Ainsi peut s'abolir le quotidien dans l'invention d'îles " incertaines ", dont la conquête instaurera la vie réelle. La mémoire de la nature, d'un " âge d'or " est porteuse d'un avenir, grâce à " celui qui est, de toujours, parmi nous et qui jamais ne décevr[a] notre attente ".

    Légende de Zakhor, dix poèmes en prose qui ne se satisfont pas d'une lecture superficielle. En même temps, se laisser conduire par cette prose poétique relève du vrai plaisir de la lecture, celui qui laisse au fond de nous quelque espoir inexplicable.


    Les Editions en Forêt

    Poésie contemporaine étrangère (du point de vue allemand), aux trois quarts francophone, en éditions bi- ou plurilingues. Pour de nombreux auteurs, il s'agit de l'édition originale. En 2oo3, 65 titres au catalogue.

    http://www.verlag-im-wald.de/francais/index.htm