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05/06/2000

Une revue pour la nouvelle

arton2733.jpgBrèves, l'actualité de la nouvelle
revue trimestrielle, l'Atelier du Gué

(par Jean-Pierre Longre)

Combien de revues littéraires les vingt dernières années ont-elles vu naître pour rapidement disparaître ? Combien de publications sur la nouvelle, genre qui, paradoxalement, se " vend(ait) mal " mais envahi(ssai)t les pages ouvertes aux jeunes auteurs et fai(sai)t l'objet de multiples concours, dans des circuits parallèles à ceux des grandes maisons d'édition ?

Brèves, en toutes circonstances, maintient son cap obstiné. A l'Atelier du Gué, dans l'Aude, crue ou sécheresse, tempête ou calme plat, on a l'esprit de suite, on traverse coûte que coûte, et c'est tant mieux. Daniel et Martine Delors savent où ils vont. Ils ont su composer avec le temps, avec les modes, avec les obstacles techniques, administratifs et financiers (sûrement), humains (peut-être), sans faire de concessions aux lois du commerce. Et tout en ayant vocation à éditer des livres, ils continuent depuis 60 numéros à publier leur revue, qui mêle en toute harmonie dossiers et entretiens littéraires, auteurs consacrés ou inconnus, textes inédits, notes critiques, recensions et informations.

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20/12/1999

Aliénation

choe1.gifPoétique de la soif
Ch’oe Yun
récits traduits du Coréen par l'auteure et Patrick Maurus
Actes Sud,
1999

(par B. Longre)

Dans cet ouvrage sont regroupés quatre récits écrits à différentes périodes, mais ayant pour dénominateur commun la Corée du "miracle économique" et les répercussions dévastatrices de ces changements sur l'individu et la société entière. Une tristesse ineffable semble adhérer aux êtres qui ont un profond sentiment de solitude dans des foules anonymes : ils intériorisent leurs émotions, ne parvenant pas à communiquer dans un monde clos et oppressant. Par bonheur, l'écriture ouvragée de Ch'oe Yun leur permet d'exister et de révéler leurs peurs et leurs rêves, leurs lâchetés et leurs courts bonheurs : une écriture alambiquée, une prose empreinte d'une poésie mouvementée qui illumine les récits ; la traduction sonne juste, sans maladresse, chaque mot ou chaque figure de style semblant choisi pour l'occasion.

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04/10/1999

Deux femmes, deux histoires

izumi5.jpgUne femme fidèle
L'histoire de Biwa

Izumi Kyôka
nouvelles traduites du Japonais par Elizabeth Suetsugu (Titres originaux : Bake ichô, Biwa den, 1896) - Philippe Picquier, 1998

(par B. Longre)

 

Dans ces deux nouvelles, Izumi Kyôka développe un thème cher à quelques écrivains japonais : le rôle subalterne des femmes dans la société, des femmes dont les sentiments ont peu d’importance lors de mariages arrangés. Tei (Une femme fidèle) et Tsu (Lhistoire de Biwa) sont toutes deux dépeintes comme des victimes, subissant les caprices ou les violences des hommes, des victimes qui refusent un temps de se résigner.
Tei confie à Yochi, un adolescent, l'histoire de sa vie : mariée à quatorze ans à un homme maladif et jaloux, son existence lui est devenue insupportable, et bientôt, elle est obsédée par l'idée que sa libération ne peut passer que par la mort de son mari. Tsu, quant à elle, épouse un officier pour obéir à son père, mais elle aime son cousin Kenzaburô ; aussi, son époux la cloître afin qu'elle ne puisse rejoindre son amant. Apparaît en filigrane la critique amère d'un monde aux règles cruelles, qui poussera deux jeunes femmes à commettre l'irréparable. "Je ne pourrai jamais être plus forte que la société" déclare Tei, âgée de vingt et un ans, qui paraît parler déjà comme une vieille femme. L'écriture, harmonieuse et raffinée, est teintée d'une poésie liée à la nature, une nature immuable et parfois porteuse de présages. Ces deux contes tragiques élèvent Izumi Kyôka au rang des grands auteurs du sentiment.

 

http://www.editions-picquier.fr/

Détachement

chung1.jpgNouvelles orientales et désorientées
Ook Chung, Le Serpent à Plumes, 1999
(1994, Editions de l'Hexagone)

(par B. Longre)

Désorientées, soit ; déroutantes, certainement. Ces seize nouvelles d'un auteur atypique et cosmopolite (né au Japon, de parents coréens et aujourd'hui québécois) ne peuvent que réjouir un lecteur en attente de surprises en tout genre. Derrière une narration plutôt conventionnelle, se dissimulent des histoires stupéfiantes ou pathétiques, cocasses et sinistres, et l'auteur nous malmène, nous transportant de l'Inde au Québec, en passant par la Chine et le Japon. Il met en scène des personnages hors du commun, névrosés, souvent solitaires, perdus dans des foules anonymes : un poisson à visage (et esprit) humain aux pérégrinations hallucinantes, un écrivain qui lance un défi farfelu, un "catcher" du métro chargé d'empêcher les "nocturnes" de se jeter sous les rames, l'homme le plus seul du monde, une petite fille qui aime les histoires et les "revend" à d'autres gamins...
La distance ironique qui sépare l'auteur de ses protagonistes ne manquera pas de séduire les moins convertis au genre de la nouvelle. Ici, les rapports humains sont finement analysés, décortiqués et passés au crible de l'humour sarcastique et parfois sans pitié de l'écrivain, comme dans L'arbre sous la pluie ou Keiko. Ce détachement apparent permet aussi à l'auteur de dénoncer ou de commenter, de façon détournée, certaines situations extrêmes ou des défauts humains (l'intolérance, la folie de la société de consommation, la cruauté ou l'appât du gain, etc.) La multiplicité des points de vue, la grande variété de lieux, de milieux sociaux et l'instabilité des personnages participent du charme de ce recueil inhabituel qui mérite que l'on s'y attarde.

du même auteur
Kimchi (Serpent à plumes, 2001)
L'Expérience interdite (Serpent à plumes, 2003)

21/06/1999

En perdition

tonto.jpgPhoenix, Arizona
Sherman Alexie

traduit de l'anglais par Michel Lederer

(titre original :
The lone-ranger and Tonto fist-fight in heaven)
Albin Michel, 1999 - Parution en 10/18 - 2002

 

(par B. Longre)

 

Ce recueil de nouvelles imbriquées les unes aux autres est un formidable témoignage de la vie dans une réserve indienne, située dans l'état de Washington, à l'extrême Nord-Ouest du pays. Des personnages s'y croisent, y évoluent de l'enfance à l'âge adulte, tous marqués par leur destinée indienne, empreinte de morosité rageuse. De chroniques humoristiques en récits pathétiques, la condition humaine des Indiens d'Amérique se révèle peu à peu, entre alcoolisme ravageur, chômage, désœuvrement, basketball et un attachement compulsif à des valeurs ancestrales, seul moyen de survie pour des hommes et des femmes tributaires des "blancs" - le comportement de ces derniers oscillant entre paternalisme libéral et racisme. Et c'est par une formule très simple que l'auteur résume la lutte désespérée de ses compatriotes, dans la nouvelle Imagining the reservation : "survie = colère + imagination. l'imagination est la seule arme dans la réserve."

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