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Nouvelles - Page 2

  • Utopie

    sikah.jpgSikah

    Hilaire Dovonon

    D’un noir si bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Sikah est une courte fable généreuse et chantante, mûrie sous le soleil d’Afrique et poétiquement mise en mots par le Béninois Hilaire Dovonon. Elle nous amène « à nous poser la question qui fonde l’esprit même de nos rapports humains » écrit Franck Pavloff dans sa préface. Appel à la tolérance et apologie de la différence, Sikah est empreinte d’un humanisme optimiste, sans doute un peu simpliste. Une utopie cependant très plaisante à lire, dépaysante et régénératrice.

     

    http://www.dunnoirsibleu.com

  • Friandise

    fleutiaux.jpgL’os d’aurochs

    Pierrette Fleutiaux, vu par Cristine Guinamand

    Editions du Chemin de fer, 2007

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Encore un excellent choix des éditions du chemin de fer que cette pétillante fable canine signée Pierrette Fleutiaux. Véritable friandise pour lecteur que cet os malicieux que l’on dévore jusqu’à la dernière ligne dès qu’on a le bonheur de l’avoir entre les mains. L’histoire ? Chien perdu rencontre un jour chien-errant, à moins que ce soit plutôt chien-malin, ou chien-crétin, ou chien-méchant, ou chien-collant… car rien n’est plus difficile que de cerner le caractère d’un humain – pardon, d’un chien ! Quand en plus le hasard et l’amour s’en mêlent, c’est à n’y plus retrouver ses petits. Toute ressemblance avec un bipède existant ou ayant existé serait bien entendu fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur.

     

    http://www.chemindefer.org/

  • Partout la poésie

    sibran.jpgLe monde intervalle
    Anne Sibran
    Panama, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Échos de la vie quotidienne, ces chroniques résonnent comme des harmoniques. Ni roman, ni essai, ni autobiographie, mais plutôt journal des sens et de l’essentiel, Le monde intervalle dévoile des drames petits et grands, des sensations (odeurs, sons, regards, qui n’excluent ni le goût ni le toucher), des souvenirs d’enfance et de voyages, présente des scènes de bistrot métamorphosées en spectacle théâtral, propose des évocations de la nature jusque dans les recoins urbains, des frayeurs (celles de la narratrice, celles des autres), des esquisses et des portraits… Partout la poésie affleure, répondant au besoin de saisir les faits, les choses, les êtres avec délicatesse, d’appréhender aussi les secrets mêmes de l’écriture. « Ainsi peu à peu je comprends combien la « périphérie », l’épiphanie des petits événements, nourrit le cœur de l’essentiel ».

     http://www.editionsdupanama.com

  • Douze variations sur les blessures intimes

    lbarrere3.jpgRescapés ordinaires

    Laurence Barrère

    D’un Noir si Bleu éditeur (collection Traverses)

     

    (par Myriam Gallot)

      

    Ils ne sont pas nombreux les éditeurs spécialisés dans la publication de nouvelles, et qui revendiquent les qualités de ce prétendu petit genre littéraire. Ceux qui laissent leur chance à de jeunes auteurs inconnus, n’ayant jamais publié de roman. D’un Noir si Bleu éditeur propose ainsi aux lecteurs qui aiment sortir des sentiers battus un recueil de nouvelles de Laurence Barrère qui mérite ce détour par les marges.

     

    Rescapés ordinaires n’est pas une compilation d’histoires, mais un véritable recueil dans lequel douze nouvelles s’interrogent les unes les autres, un édifice traversé de signes et de connivences, mais aussi de tensions.

     

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  • Angoisses

    jnblanc2.jpgComme si rien

    Jean-Noël Blanc, vu par Ann Guillaume

    Les éditions du Chemin de fer, 2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Albert Pêcheur, obscur fonctionnaire au Bureau central des vérifications, attend depuis longtemps une promotion qui ne vient pas malgré sa conscience professionnelle. La visite du ministre dans son service pourrait tout changer, mais qu’en sera-t-il ? Pêcheur doit-il signer la pétition syndicale, se mettre sur son trente et un comme ses collègues, la jouer décontracté, voire contestataire anarchisant ? Sa modeste existence, entre le bureau et l’appartement où il vit avec sa mère, va-t-elle être bouleversée ?
    Le récit de Jean-Noël Blanc va au-delà de la satire sociale ou de l’observation ironique ; il s’attache aux questions et aux angoisses d’un homme, et les illustrations troublantes et troublées d’Ann Guillaume contribuent à nous faire passer de l’ordinaire à l’extraordinaire, comme si de rien n’était.

     

    http://www.chemindefer.org/

  • Du blues aux bleus à l’âme

    ecchy3.jpgEcchymoses
    Audrey Dupont

    Editions Jean-Pierre Huguet, Coll. Les Sœurs Océanes, 2007

     (par Apoline Saybec)

    Ecchymoses, Audrey Dupont, Editions Jean-Pierre Huguet… Des mots, des noms qui ne vous parlent pas ? Pas encore en touts cas.
    Car nul doute qu’avec Audrey Dupont et son livre Ecchymoses, cette petite maison va gagner ses lettres de noblesse par les choix – et celui-ci en particulier – qu’elle fait ; nul doute qu’avec les Editions Jean-Pierre Huguet, Audrey Dupont va gagner en notoriété… gageons qu’elle deviendra une grande de la littérature française.
    140 pages, quatre portraits de femmes, c’est violent, éblouissant, passionnant… magnifique tout simplement. S’il fallait mettre Ecchymoses dans un genre littéraire, une catégorie, nous pourrions éventuellement (parce que c’est difficilement classable) le hisser au rang de nouvelles poétiques en prose. Et pour celles et ceux que le mot poésie effraie, ce livre vous réconciliera avec elle. En effet, Audrey Dupont, jeune journaliste et écrivain de 28 ans, a ce don particulier de trouver le bon mot, le mot juste, la finesse, même dans les situations les plus terrifiantes, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Quatre femmes, quatre portraits, un fil conducteur : la souffrance. Du blues aux bleus à l’âme et au corps.

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  • Petit, mignon, mais coriace

    nquintanne3.jpgUne oreille de chien

    Nathalie Quintane, illustré par Nelly Maurel

    Editions du chemin de fer, 2008

     

    (par Myriam Gallot) 

     

    C’est à première vue un joli petit livre de poche à rabat, un sympathique livre illustré qu’on peut feuilleter au lit sans se fatiguer les bras, glisser dans son sac le temps d’un voyage… ce n’est sans doute pas un hasard s’il est publié par les éditions du chemin de fer.

     

    Mais les apparences sont trompeuses. Nathalie Quintane nous emmène pour une visite guidée de V., ville de province archétypale, avec ses lotissements et son philosophe célèbre du nom duquel on a baptisé rue, place, lycée. V. n’échappe pas à la mode des épithètes indispensables à une bonne communication : « ville fleurie »,  « ville sportive », et surtout – c’est beaucoup moins flatteur - « ville moyenne » dans tous les sens du terme.

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  • Dire le silence

    cleblanc4.jpgSilences
    Catherine Leblanc

    Les Découvertes de la Lucioles, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    « Et si rien n’était vraiment solide ? » s’interroge Nicole, face à Jonas qu’elle tente d’apprivoiser, en vain (Des morceaux de lui vont s’en aller). L’enfant, emmuré dans un silence qui déroute les adultes, ne parvient pas à se faire une place dans le monde scolaire ultra régulé, qui pourtant veut bien de lui. En quelques scènes, par fines touches, Catherine Leblanc trace le parcours d’un petit garçon différent, dont la vie intérieure est perturbée par l’obligatoire contact avec les autres. Lui parviendra à s'entrouvrir, contrairement à Julia (Douée pour le silence), qui se replie sur elle-même en comprenant que personne, pas même sa mère, n’accepte d’entendre ce qui pèse sur son cœur : « Parler, c’est se risquer, parler c’est souffrir.» se dit-elle, résolue à garder son terrible secret. Et à force d’entendre qu’elle serait «douée pour le silence », elle se tait.

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  • « Mettre des mots sur le vertige »

    ywellens3.jpgD’outre-Belgique
    Yves Wellens
    Le Grand Miroir (Groupe Luc Pire), Bruxelles, 2007
    Parution Belgique : 30/08/2007
    Parution France : 11/10/2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    À pas mesurés, Yves Wellens traverse les zones frontalières de l’actualité immédiate, les banlieues des cités humaines pleines de mystères et d’évidences.
    Dans son dernier ouvrage, on reconnaît le style, la manière et parfois la matière de ses trois premiers livres : Le cas de figure (Didier Devillez, 1995), Contes des jours d’imagination (Didier Devillez, 1996) et Incisions locales (Luce Wilquin, 2002) : récits plus ou moins brefs, plus ou moins autonomes, unité thématique de chaque volume, ton volontairement impersonnel et détaché permettant d’aller le plus loin possible dans l’exploration des situations, des faits, des esprits. Il y a bien une « écriture » propre à Yves Wellens, une écriture dont la musique, à la fois discrète et implacable, résonne longtemps dans la tête du lecteur.

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  • Les anges dans nos campagnes : une bonne nouvelle ?

    cri3.jpgUn cri

    Pierre Autin-Grenier
    illustrations de Laurent Dierick
    Cadex Editions, 2006

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Faite en principe pour une lecture d’un instant, une vraie et bonne nouvelle se lit paradoxalement avec la lenteur savoureuse de la dégustation. Cette édition illustrée par Laurent Dierick, particulièrement soignée, met justement en valeur les qualités du texte.

    Un cri est un récit bref qui prend son temps. Le cri en question est là dès le début, mais ce n’est qu’à la dernière ligne, au dernier mot que son mystère s’élucide, et encore… Le narrateur (un « nous » anonyme qui sollicite profondément le lecteur) a bien le dernier mot, mais ce dernier mot laisse à ce lecteur l’entière responsabilité de sa lecture. Entre temps, on fait la connaissance de Baptiste, paysan rude à la tâche, taciturne et bourru, qui mène la quête nocturne sur fond de ténébreuse terreur.

    Chaque terme est à sa place, chaque phrase s’emboîte parfaitement dans une narration qui penche carrément vers la poésie : on entend le cri, on voit la lune et les étoiles, on devine les ombres des arbres, on perçoit même la sonorité des pas du « curieux cortège dans les profondeurs de quelque forêt fatale ».

    De quoi rappeler que si la notoriété de Pierre Autin-Grenier repose sur ses récits, la valeur de ceux-ci repose sur la densité poétique de leur prose, sur ce que Dominique Fabre, dans la préface du présent opuscule, appelle la « langue riche et goûteuse » de cet écrivain « honnête homme et anarchiste », « inconsolable » et « comique », qui adopte volontiers et sans en avoir l’air une « posture de moraliste ». En somme, un écrivain marginal qui met la marge au cœur de nos préoccupations en nous menant quérir un cri poussé dans le lointain, au-delà des limites.

    http://www.cadex-editions.net

  • Des nouvelles des Antipodes

    breves79.jpgRevue Brèves n° 79
    Automne 2006
    L'Atelier du Gué, revue trimestrielle

     

    (par B. Longre)

     

    La littérature néo-zélandaise, invitée des Belles Etrangères cet automne (après la Roumanie en 2005), est conjointement à l’honneur dans le dernier numéro de la revue Brèves, grâce à un dossier préparé par Claire Julier et Christiane Rolland Hasler (toutes deux nouvellistes).
    C'est d'abord par le biais de leurs écrits que l'on découvre cinq auteur(e)s (pas tous nécessairement invités par les Belles Etrangères), des nouvelles qui ouvrent sur des univers littéraires et intimes inévitablement hétérogènes.


    On s'arrêtera plus particulièrement sur Les papillons de Patricia Grace, romancière maori, l'une des premières à avoir été publiée dans son pays dans les années 1970 et à laquelle on doit, entre autres, le beau roman Cousins (1992). Les papillons met en scène une petite fille qui fait la fierté de ses grands-parents depuis qu'elle va à l'école, mais son travail sur les papillons ("J'ai tué tous les papillons") ne plaît visiblement pas à la maîtresse, qui vit certes dans le même pays, mais selon des valeurs qui ne correspondent en rien à celles du quotidien de l'enfant et de sa famille.

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  • De la fiction avant tout !

    kwak.jpgKwak – tout finit par être vrai
    Revue (semestrielle) - n°1 L’Assassinat
    Editions du Panama, 2005

     

    (par Blandine Longre)

     

    Les éditions du Panama (nées en 2005 et dirigées par Jacques Binsztok) proposent déjà un intéressant catalogue – des œuvres de fiction, des ouvrages pour la jeunesse, des essais et une revue de belle facture, graphiquement originale, destinée à paraître deux fois l’an.

     

    Ce premier numéro s’intéresse de très près à l’assassinat, au meurtre et à la fascination que la violence individuelle exerce sur l’imaginaire – quelles que soient les motivations premières des comportements décrits. Plus d’une quinzaine de nouvelles rassemblées ici abordent la thématique : nouvelles policières, de suspense, mini-polars ou drames humains, dans tous les genres et tous les styles. Une façon de (re)découvrir plusieurs voix littéraires, une grande diversité présidant naturellement à l’ensemble.

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  • D'amour et de mort

    alavi3.jpgDanse macabre
    Bozorg Alavi
    traduit du persan par Renaud Salins
    L'Aube, 2004

     

    (par Blandine Longre)

     

    Bozorg Alavi, comme nombre de ses compatriotes iraniens, a préféré l'exil à la censure et à l'enfermement ; en 1953, l'écrivain part pour l'Allemagne, terre d'accueil où il s'éteindra quelque quarante années plus tard. C'est pourquoi les textes que contient ce recueil (les premiers à paraître en français) prennent des teintes occidentales tenaces et l'atmosphère parfois tchékhovienne qui s'en dégage y est tout à la fois étonnante et délicieuse. On se surprend à apprécier le classicisme de chacune des nouvelles — qui rappellent les œuvres de nombreux auteurs japonais de la première moitié du XXe siècle (eux aussi avaient emprunté à la littérature européenne, dès les débuts de l'ère Meiji, tels Akutagawa - certains des thèmes amoureux qu'il développe se retrouvent dans les nouvelles de Bozorg Alavi - ou Kafû, chantre du naturalisme japonais, influencé entre autres par Maupassant).

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  • Petite Anthologie du mystérieux

    mysterieuxdelits3.jpgMystérieux Délits
    L'Ecole des loisirs, 2003 - collection Médium

    (par B. Longre)

    Six nouvelles "policières" de facture plutôt classique composent cette anthologie du mystérieux, dans laquelle les Anglo-saxons dominent : les Américains Lilian Jackson Braun, bien connue pour ses chats détectives, Fredric Brown, auteur prolifique, mort en 1972, et John Dickson Carr, que l'on ne présente plus ; les trois autres récits sont signés Peter Lovesey (auteur britannique dont le fils, Phil Lovesey, suit fidèlement les traces) et deux français : Paul Halter (un Alsacien...), dont l'oeuvre est influencée par Carr, et Michel Lebrun, "le pape du polar", qui livre ici une fable absurde assez réussie.
    Christian Poslaniec, l'anthologiste, explique ses choix (dans une introduction destinée à des lecteurs un peu aguerris au genre) et redéfinit brièvement les caractéristiques du genre policier, une veine qui, peu à peu, quitte le monde de la "paralittérature" pour entrer dans celui de la "véritable" littérature, contredisant ainsi les puristes. Charles Poslaniec a opté pour des nouvelles semi-fantastiques, dont le dénouement est généralement suspendu, en point d'interrogation ; la plupart des intrigues sont habiles et les solutions proposées retorses, souvent imprévisibles.

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  • Ancré dans le réel

    yimunyol3.jpgL'île anonyme
    Yi Munyol

    Récits traduits du coréen par Ch’oe Yun et Patrick Maurus
    Actes Sud, 2003

    (par Jean-Pierre Longre)

    À la lecture de ces cinq récits, dont la composition s’étage sur une dizaine d’années (entre 1979 et 1989), on perçoit une évolution que Ch’oe Yun, l’un des traducteurs, confirme et définit dans sa préface : de l’hésitation à caractère dialectique inhérente à toute exploration de l’âme humaine par l’écriture littéraire à la nostalgie (allant jusqu’au « plaidoyer ») d’un passé et d’une tradition révolus. Mais au-delà de ces changements progressifs, l’unité du volume justifie la publication simultanée des textes qu’il contient.
    Car tout y paraît de l’ordre du réel. Les événements relatés ici, mettant en scène des personnages du peuple, socialement repérables (ouvriers, institutrice, artisan, militaire...), tournés vers un avenir incertain ou un passé idéalisé, ces événements peuvent ou ont pu se produire dans la vie quotidienne. Mais ce réel est aussi celui des limites, des frontières entre possible et impossible, certitude et incertitude, croyance et scepticisme, passé et présent, tradition et modernité, moral et immoral... Et les questions demeurent, plus lancinantes que les éventuelles et improbables réponses, non seulement dans l’esprit des personnages, mais aussi dans celui du lecteur.

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  • L'homme, les anges et les bêtes

    tsepeneag1.jpgAttente

    Dumitru Tsepeneag

    Traduit du roumain par Alain Paruit
    Éditions P.O.L., 2003

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Au début, l’un des éléments du décor général est planté : un jardin public où des enfants heureux, sous la surveillance des bonnes et des nurses, jouent entre les bancs occupés par des personnes âgées, et contemplent fascinés un vieillard qui fabrique des ailes. Rassurant ? Pas vraiment, car dès ces premières lignes, l’image de ce joli parc apparemment anodin se peuple d’animaux étranges qui s’allongent sur le sol ou sautent lentement, de chiens « aux pattes torses » comme les bancs, et le vieillard est en passe de transformer l’un des enfants en être volant. À la fin, aux confins d’une forêt dangereusement mystérieuse, le long d’une voie où plus aucun train ne passera, un aigle de plus en plus grand plane comme un vautour et descend sur une halte ferroviaire et mortifère où le dernier chef de gare, isolé depuis des jours et des semaines, n’attend plus que sa propre métamorphose en oiseau géant.

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  • Petites pensées solitaires

    alkennedy3.jpgIndelible Acts

    A.L. Kennedy
    Jonathan Cape, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    En quelques lignes, A.L. Kennedy pose chacun de ses personnages avec une minutie qui sied parfaitement au genre nouvellistique : êtres égarés, repliés sur eux-mêmes, qui se racontent (ou se laissent raconter) en amplifiant chaque geste anodin, en analysant la moindre pensée ; c’est ainsi que se dessine une succession de révélations intimes (la désormais très classique "épiphanie" joycienne, chère à Raymond Carver, autre nouvelliste de talent), ici microscopiques, par le biais d’une exploration solitaire et toujours imprégnée de doute : du gardien d’école qui « joue » son rôle d’époux et de gardien depuis des années et se remémore un amour perdu (A little light), à la femme qui a invité un ancien amant anglais à lui rendre visite dans sa retraite en Nouvelle-Angleterre, sans vraiment savoir pourquoi (How to find your way in woods), en passant par l’avocat sur le point de vivre son homosexualité, aspiré par le désir qu’il éprouve pour son supérieur hiérarchique (An immaculate man), par Tom, un pathétique névrosé, paralysé par l’absurdité d’une rupture amoureuse qu’il se refuse à admettre (Touch Positive) ou encore Ronald, un jeune garçon déterminé à devenir un « mauvais fils » pour sauver sa mère (A bad son).

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  • Esthétique de l'énigme

    yveswellens3.gifIncisions locales
    Yves Wellens
    Editions Luce Wilquin, 2002

    (par Jean-Pierre Longre)

    Yves Wellens a publié trois ouvrages : Le cas de figure (Didier Devillez, Bruxelles, 1995), Contes des jours d'imagination (Didier Devillez, Bruxelles, 1996) et Incisions locales. Tous trois ont en commun d'être composés de récits divers, particulièrement brefs dans Le cas de figure, plus étoffés dans les deux autres recueils. Nouvelles ? Contes ? Fables ? Tous trois ont aussi en commun d'appartenir à un genre difficilement identifiable, mais en outre et surtout d'entretenir avec la réalité des rapports d'autant plus intéressants qu'ils sont complexes et indéfinissables. Si dans Le cas de figure, le fait divers journalistique, le témoignage de seconde (ou de troisième) main, le rapport apparemment froid et distancié d'événements étonnants établissent une relation à la fois décalée et fascinante entre le lecteur et la matière narrative, dans Contes des jours d'imagination, les récits prennent une ampleur et une coloration qui tournent plus volontiers à l'apologue insolite, à la limite du fantastique.

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  • Femmes libres

    chizijian3.jpgLe bracelet de jade
    Chi Zijian

    nouvelles traduites du chinois par Dong Chun
    Bleu de Chine, 2002

    (par B. Longre)

    Dans un style délicat et souvent poétique, Le bracelet de jade conte le déclin de la famille Fu à travers le regard mélancolique de la Quatrième épouse. Le maître est décédé brutalement (on apprendra plus tard comment) et la Première épouse l'a suivi de près dans la mort. La Troisième épouse quitte alors la maison et se remarie ; demeure ainsi la Deuxième épouse, en tête-à-tête avec la Quatrième : les deux femmes vivent dans un isolement grandissant avec pour seule compagnie le fils attardé de la Deuxième, Porte-Bonheur, et une vieille servante un peu commère, la mère Li. La Quatrième, depuis ses appartements, observe avec dédain et tristesse le manège amoral de la Deuxième, qui a loué les services d'un saisonnier pour soi-disant nettoyer la maison, mais qu'elle rejoint chaque fois qu'elle le peut dans le moulin.

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  • Fiction explosive

    christophepaviot3.jpgMissiles. Et souvenirs cardiaques
    Christophe Paviot

    Le Serpent à Plumes, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    Christophe Paviot a ajusté son tir à la perfection et en 18 nouvelles, il dynamite tabous et préjugés ; des récits qui flirtent avec un gore décapant, de petites plongées dans un univers inquiétant et paradoxalement très familier et qui oscillent entre horreur et burlesque. Chacune de ces nouvelles nous réserve une surprise explosive, à tendance macabre : dans Nouvelle cargaison, le narrateur est le seul rescapé d'une effroyable tempête qui s'est abattue sur une plate-forme pétrolière ; on le croit sauvé, mais le dénouement se fait glaçant... dans Aïwa 280, où l'atmosphère est pesante, c'est au tour d'un surfeur de livrer d'inquiétants souvenirs ; Jenny et Sarah raconte l'histoire malsaine mais cocasse d'une étonnante prise d'otages, et la nouvelle 15, dont le titre ne nous est donné qu'à la fin, est une brillante démonstration de "science sans conscience", où la déflagration finale marque l'anéantissement de l'espèce humaine, ou presque...

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