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Essais - Page 4

  • Une pédagogie de l’effroi

    sademoraliste3.jpgSade moraliste
    Le dévoilement de la pensée sadienne à la lumière de la réforme pénale au XVIIIe siècle
    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
    Éditions Droz, Collection « Bibliothèque des Lumières », Volume 66, Genève, 2005

     

    (par Frédéric Saenen)

     


    Depuis plus d’un demi siècle, les études sadiennes psalmodiaient la même litanie au sujet du Divin Marquis : l’indiscutable vérité de cette œuvre était à chercher du côté du Mal absolu, incarné aussi bien par une vaste galerie de figures incorrigiblement licencieuses et blasphématrices, que par leur créateur lui-même, qui fut emprisonné ou interné près des deux tiers de son existence pour délits de mœurs. De Sollers à Barthes, de Klossowski à Pauvert (premier éditeur de Sade digne de ce nom), de Blanchot à une kyrielle d’universitaires en mal de frissons et de références sulfureuses, un véritable « mythe Sade » s’est forgé, basé sur une approche uniquement littéraire de critiques jaloux des prérogatives de leur interprétation.

    Et voici qu’un essai, réécriture d’une thèse soutenue il y a quelques années en Sorbonne devant Maurice Lever (une autorité en la matière), vient bouleverser les perspectives et démultiplier les pistes de lecture de l’interdit et de « l’inter-dit » sadiens. En effet, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer relève le défi de décrypter toute la production de Sade, en se fondant aussi bien sur ses proses les plus scandaleuses (les versions successives de Justine et de Juliette, les 120 journées, etc.) que sur sa très abondante correspondance, ses textes les moins lus, ses brouillons et enfin son théâtre, tenu pour ennuyeux.

     

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  • Pour un théâtre citoyen

    deldime3.jpgManifeste pour une éducation au théâtre
    Roger Deldime

    Lansman, La montagne magique, 2004

     

    (par B. Longre)

     

    Publié à l'occasion du dixième anniversaire du théâtre La montagne magique et du 25e anniversaire de l'association Promotion Théâtre, ce petit ouvrage d'une vingtaine de pages redéfinit quelques grandes tendances et orientations qui peuvent permettent au théâtre de rester un art florissant et d'inciter encore et toujours le public à l'apprécier et à s'y rendre.
    L'auteur réaffirme les valeurs et les spécificités intrinsèques du théâtre en rappelant qu'il est avant tout "un cérémonial communautaire dans le quotidien anonyme (...) Le collectif partagé face à l'individualisme débridé", qu'il doit "proclamer sa différence qualitative", face au consumérisme ambiant "dans un univers de produits calibrés pour plaire immédiatement aux consommateurs" — un engagement appréciable, certes d'une franchise que certains jugeront démesurément "militante", mais qui a le mérite de vouloir "éveiller" les consciences, dans une démarche que l'on pourrait qualifier de brechtienne. De même, Roger Deldime, dans une langue brillante, s'en prend au culte du zapping, de l'instantané, au "spectacle" consommé et digéré passivement, dans un même mouvement spiralaire, aux "envahissantes formes de communications qui ne communiquent pas", qui tournent sur elles-mêmes et construisent du vide : "navrants miroirs aux alouettes qui donnent à voir et à entendre sans donner à comprendre."

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  • Parlons des Tchétchènes…

    chardon3.jpgLe Chardon Tchétchène
    Sous le rouleau compresseur russe
    Collection J'accuse..!
    Syros, 2003

    (par Martine Falgayrac)

    Laurence Binet a déjà écrit pour « J’accuse ! », collection militante des droits de l’homme : en 1997 Nakusha l’indésirable dénonçait la condition des femmes en Inde et en Afghanistan. Elle publie cette fois Le chardon Tchétchène, composé de deux récits et d’un dossier documentaire, qui s’inscrit dans le programme d’information mené par Amnesty International sur l’affrontement russo-tchétchène qui perdure. Ce conflit sans fin est marqué de part et d’autre par de graves violations des droits humains.

    Les deux premières parties du livre sont des récits mettant en scène des personnages «innocents», l’un civil tchétchène, petite fille ordinaire dans une famille tchétchène ordinaire, le second simple soldat russe exécutant son service militaire. Les deux récits suffisent pour bien comprendre la douleur et l’horreur de cette guerre civile destructrice. Nombre de jeunes lecteurs seront surpris car peu d’entre eux situent la Tchétchénie. D’ailleurs, il aurait été intéressant de placer une carte géographique au début du livre, d’y placer Grozny, Moscou, de remarquer la proximité de régions en pleine actualité (Iran, Iraq…). Les deux fictions croisent étroitement la réalité. Elles pourraient sûrement être proposées en marge du programme d’histoire géographie qui prévoit l’étude de la Russie en classe de 4e mais dans des manuels dépassés par les évènements.

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  • Contre l'oubli

    destinsdefemmes3.jpgDestins de femmes, Filles et femmes afghanes
    Collection J'accuse..!
    avec un récit de Rolande Causse
    Syros , 2003

    (par B. Longre)

    "Pendant les six ans du régime des taliban, la communauté internationale, à quelques exceptions près, ne s'est pas préoccupée de ces femmes qui n'avaient plus aucun droit, sauf celui de se taire" (Valérie Rohart)

    Nahib a treize ans quand elle est enfin de retour à Kaboul après un exil forcé ; non pas au Pakistan, que sa famille n’a pu atteindre, mais dans la campagne afghane. Dans son « cahier rouge », elle revient sur les événements traumatisants liés à l’arrivée au pouvoir des taliban, mais d’abord, sur la petite enfance heureuse, un temps révolu où les femmes pouvaient couvrir leurs cheveux « d’un voile léger », porter des «robes chamarrées » et travailler, comme le faisait sa mère ; un temps où les petites filles pouvaient aller à l’école et apprendre le persan, les femmes accoucher à l’hôpital et se faire soigner normalement.
    En septembre 1996, l’arrivée des taliban bouleverse la vie familiale : le père de Nahib n’a plus le droit d’exercer son métier de jardinier ( « la beauté des jardins pouvant détourner de dieu »…) et il préfère quitter son pays plutôt que de subir le joug « d’étudiants » cruels et autoritaires. Le voyage est long, douloureux et après qu’un des enfants est blessé par une mine, ils doivent se résoudre à rester en Afghanistan. Pour Nahib, le monde se réduit alors à quelques heures de classe dans une école clandestine et à de longues heures passées « derrière la fenêtre», perchée sur un coffre.

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  • Incertain retour aux sources

    chrisoffutt3.jpgNo Heroes
    A memoir of coming Home, de Chris Offutt - Methuen, 2003

    Les hommes ne sont pas des héros, traduit de l'anglais par Anne Wickle - Mercure de France, 2004

    (par B. Longre)

    No Heroes se pose d'emblée comme un récit autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours savoir où ce récit doit le mener : " Le plus étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire ce livre. Les cassettes audio étaient destinées à mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou, une petite communauté repliée sur elle-même. Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative writing" (une spécialité universitaire typiquement anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...), une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture, à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution peu reconnue, considérée comme un établissement de deuxième classe.

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  • Mises au point

    robbegrillet1.gifLe Voyageur

    Alain Robbe-Grillet
    Articles et entretiens réunis et présentés par O.Corpet avec la collaboration d'E.Lambert
    Christian Bourgois Éditeur, 2001

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    À l'automne 2001, un triple événement a consacré une manière de retour sur la scène éditoriale d'un Robbe-Grillet buriné mais toujours alerte (80 ans) : La reprise, roman (Minuit), un double numéro de Critique (n° 651-652, août-septembre 2001), et Le voyageur, Textes, causeries et entretiens (1947-2001) ; sans compter les articles, intervious (orthographe robbe-griettienne), dossiers et autres publications voulus par la circonstance.

    Le voyageur fut, de l'aveu même de l'auteur, le premier titre de son roman Le voyeur (1955) : le romancier circule, et dans ses déambulations perçoit et analyse à la fois les choses et sa propre perception des choses. Selon le même principe que Pour un nouveau roman, paru en 1963, Le voyageur se présente comme un recueil de textes théoriques rassemblés dans un ordre chronologique, suivis d'entretiens publiés dans des journaux et revues entre 1959 et 2000.

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