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Essais - Page 3

  • Roman policier post-moderne ou critique littéraire expérimentale ?

    pbayard3.jpgL’affaire du chien des Baskerville

    Pierre Bayard

    Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2008

     

    (par Christophe Rubin)

      

    Pierre Bayard est professeur de littérature et psychanalyste. Dans ses derniers livres, il tente d’approfondir notre compréhension du texte littéraire en partant de paradoxes apparemment peu sérieux, pour révéler des propriétés textuelles intéressantes, voire profondes. C’est ainsi que son précédent ouvrage, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, a fait beaucoup parler de lui. Auparavant, il avait commencé un cycle d’enquêtes relevant d’une forme de «critique policière », avec Qui a tué Roger Ackroyd et Enquête sur Hamlet, cycle qu’il poursuit aujourd’hui avec L’affaire du Chien des Baskerville, incluant pour ses nouveaux lecteurs un rappel des principes et de la genèse de sa méthode – qui pose de nouveau à sa façon la question des Limites de l’interprétation ou au contraire de L’œuvre ouverte, comme dirait Umberto Eco, qui s’est d’ailleurs lui-même approché du genre policier dans certains de ses romans.

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  • Un langage et plus encore

    imagesamimots3.jpgImages à mi-mot
    Pierre Fresnault-Deruelle

    Les Impressions nouvelles, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Comme toute création, la bande dessinée et le dessin d’humour cachent et dévoilent, dans un mouvement de va-et-vient entre expression et impression, entre image et verbe. D’emblée la question s’impose : « Dessine-t-on pour raconter ou l’inverse ? ». Pierre Fresnault-Deruelle, éminent spécialiste (voir ses nombreux ouvrages sur la bande dessinée, la peinture, l’image, Hergé…), y répond d’une manière subtile en suivant ses propres préceptes : « Lire une image n’est pas la « décortiquer », c’est, sans la détourner de sa fonction, permettre à l’œil de faire jouer aussi le système qui la sous-tend » et, à partir de là, « accompagner les images d’un double langage ».

    Sans pédantisme mais avec précision, l’auteur articule son propos autour de deux types de formes, les « formes longues » (bandes dessinées) et les « formes courtes » (dessins d’humour »). Et toujours, de l’introduction à la conclusion incluses, ce propos s’appuie sur des exemples concrets, accessibles à tous, analysés soit dans le détail d’une planche ou d’une vignette, soit dans la continuité d’un album.

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  • Plus légers que l’air

    maupassant3.jpgEn l’air et autres chroniques d’altitude
    Guy de Maupassant
    Editions du sonneur, 2008

    (par Myriam Gallot)

    Les sympathiques éditions du sonneur proposent trois belles chroniques littéraires sur le vol en dirigeable, signées Maupassant, parues dans Le Figaro en 1887. L’écrivain a embarqué deux fois à bord de ces géants tour à tour placides et nerveux. En lisant ses articles, on comprend que se promener dans les airs n’était pas sans risque, vu dans quelles conditions étaient gérés la direction, l’altitude, puis – plus artisanal et folklorique encore – l’atterrissage.

    Conscient d’être privilégié, Maupassant nous fait voyager avec lui sur l’aérostat, « De Paris à Heyst » (deuxième chronique). Cet étonnant reportage est cinématographique avant l’heure, tant il nous donne à voir et à imaginer. Croquée de là-haut, Paris devient « une plaque sombre, bleuâtre, hachée par les rues, et d’où s’élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ».

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  • Mythique Cartouche

    cartouche.jpgCartouche, histoire d’un brigand dans l’histoire
    Michel Ellenberger
    La Bibliothèque, 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Le livre se lit en deux temps, l’histoire du fameux bandit qui écuma Paris sous la Régence et mourut exécuté en 1721, puis l’histoire du mythe de Cartouche.
    L’histoire du mythe est passionnante. Elle s’appuie sur de nombreux textes, rares et peu connus en dehors du cercle des spécialistes, mais aussi sur des objets, des images, contemporaines ou modernes. On suit aussi la fabrication du mythe dans le roman et au théâtre : Cartouche serait le premier homme du commun à avoir été représenté sur les planches en France, de son vivant et sous son nom. L’histoire de l’homme est intéressante, même si on sait peu de choses en dehors du procès et de l’exécution. L’auteur a donc eu recours à de nombreuses suppositions pour remplir les vides. Il a cédé parfois à la tentation du roman, pas toujours de façon heureuse, surtout dans les premières pages. Mais la gêne qu’on peut en ressentir disparaît très vite par la suite, tant les modes de vies du peuple de Paris, ou les pratiques de la justice, de la police et des brigands eux–mêmes sont détaillées et donnent corps à cette histoire.

                                                                                           

    www.lekti-ecriture.com/editeurs/-La-bibliotheque-.html

  • Diversité des cultures, unicité de la langue

    francophoniefeminin3.jpgLa francophonie au féminin
    Elena-Brandusa Steiciuc

    Universitas XXI, Iasi, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    A Suceava, capitale de la Bucovine, cette belle région de l’extrême nord roumain, l’Université abrite un département de français particulièrement dynamique ; revues francophones (La Lettre R, Atelier de Traduction), colloques, tables rondes et rencontres diverses sont à mettre à l’actif d’un petit groupe d’enseignantes qui non seulement défendent la tradition francophone de la Roumanie, mais illustrent et renouvellent la connaissance de la littérature mondiale de langue française.

    A la tête de cette équipe, Elena-Brandusa Steiciuc poursuit avec La francophonie au féminin une exploration de ce domaine déjà entamée dans plusieurs ouvrages antérieurs, dont Panorama des littératures francophones. Roman (2001) et Horizons et identités francophones (2006). Ici, l’étude tourne autour d’un double axe : l’écriture féminine (comme l’indique le titre) et la « situation bilingue » avec le français en tant que langue d’élection. Ainsi, comme le signale Liliana Ramorosoa dans l’avant-propos, se construit « la parfaite harmonie des points de vue et des voix de la « francophonie au féminin » et mieux encore, celle de la vision du monde qu’elle met en partage ».

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  • 130 millions de femmes

    entiere.jpgEntière, ou de la réparation de l'excision

    Marie-Noël Arras

    Le Chèvre-feuille étoilée, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    À la fois documentaire et guide pratique, ce petit ouvrage qui propose de nombreux témoignages est préfacé par le Docteur Pierre Foldès. Ce dernier a développé la réparation chirurgicale de l'excision – mutilation sexuelle dont le but (inavoué) est de contrôler la sexualité féminine (pour des raisons sociologiques, d’esthétique ou religieuses), et qui touche encore 130 millions de femmes à travers le monde...

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  • Lifers

    2ndlife.jpgSecond life un monde possible

    Les petits matins, 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ce volume d’articles propose des réflexions autour du monde virtuel créé en 2003 par Linden Lab, société californienne. Sociologues, journalistes plasticiens, médiologues, webspecialistes, et bien d’autres s’interrogent sur les nouveautés qui naissent de ce site : nouvelle économie, nouvelle monnaie (le Linden), nouvelles jurisprudences (ou besoin de droit), nouvelles fictions, nouveau( ?) rapport au désir et à l’image de soi.
    Un petit livre qui pose de nombreuses questions étonnantes qui intéresseront « lifers » (adeptes de SL) non «lifers» et qui est à la portée de tous les néophytes du web, qu’ils rêvent ou non de devenir « Noob » (nouvel utilisateur – en plus, il y a un index !).


    http://www.agnesdecayeux.fr/secondlife/secondlife.htm

  • Pierrot est mort, Pierrot est ressuscité

    gbonnet3.jpgPantomimes fin de siècle
    Textes présentés et annotés par Gilles Bonnet

    Éditions Kimé, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Comment faire un livre avec des pantomimes ? Le paradoxe est inévitable, le pari audacieux. Car comme chacun le sait, la pantomime et ses personnages sont muets. Le principe de l’ouvrage est pourtant clair : fournir des textes, pour la plupart méconnus (en tout cas du lecteur courant et du Lagarde et Michard), se présentant sous la forme de simples canevas, de scénarios ou de narrations dialoguées – textes représentatifs de l’évolution d’une genre hérité de la « Commedia dell’arte », et qui a parcouru tout le XIXe siècle.

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  • "affirmatif et civilisateur"

    erotisme.jpgHistoire de l’érotisme, de l’Olympe au cybersexe

    Pierre-Marc de Biasi

    Découvertes Gallimard, 2007

     

    (par Blandine Longre)

     

    Promenade à travers les âges qui ne se cantonne pas au seul Occident, cet ouvrage revendique un érotisme « affirmatif et civilisateur » et entend revenir sur quelques idées reçues, en proposant une lecture intelligente et lucide d’un phénomène qu’on ne saurait réduire à la simple sexualité, à l’assouvissement immédiat du désir ou aux pulsions des uns ou des autres. Car l’histoire de l’érotisme est avant tout « celle de ses représentations » artistiques (de l’art figuratif à la littérature, de la musique au cinéma) – dont nombre d’exemples parsèment ces pages.

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  • Lire Beckett

    beckett.jpgBeckett corps à corps de Marie Depussé, Hermann, 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Non pas une nouvelle monographie sur Beckett, mais des propositions de lecture de Beckett, microscopiques parfois : ce sont essentiellement Molloy, L’Innommable et Compagnie (et d’autres œuvres aussi parfois) qui sont examinés à la loupe sur quelques points sensibles de l’univers de Beckett : la parole, les choses, le chant, la folie, l’imaginaire, les pronoms,…
    Le chapitre sur la folie (intitulé « d’un asile l’autre ») est particulièrement intéressant. Marie Depussé enseigne à la clinique psychiatrique de la Borde et analyse les propositions de lecture de Deleuze et Guattari sur les schizophrènes de Beckett.

    http://www.editions-hermann.fr/

  • Impartiale ?

    mmoore.jpgMichael Moore, Au-delà du miroir

    de Guy Millière

    Le rocher, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

    « Faire tomber le masque de Michael Moore », tel est le dessein de cet essai écrit par un universitaire français fervent supporter de George W. Bush. Autant dire que ce n’est pas une analyse objective et impartiale des films de Michael Moore que propose Guy Millière, mais un pamphlet de la plus grande virulence. Il attaque Moore en tant que personne, lui reproche, en substance, d’être un gauchiste paresseux, inculte, tyrannique, vulgaire, anti-américain primaire, d’être nuisible à tout le monde, y compris ses propres partisans et de flatter l’anti-américanisme européen. L’essai se révèle intéressant quand Guy Millière décortique point par point les erreurs et approximations des faits présentés dans les films de Moore qui distordent la réalité et manipulent un spectateur passif en le bombardant d’informations. Mais son jugement est aussi manichéen que la vision de Moore qu’il dénonce, et Guy Millière n’a rien à envier à son ennemi en matière de mauvaise foi. Sa haine le conduit à ressasser toujours les mêmes arguments, rendant son essai trop répétitif pour ne pas ennuyer le lecteur et trop catégorique et unilatéral pour être complètement crédible.

  • Mise au point

    proust.jpgMarcel Proust, Idées reçues

    Bernard Brun

    Le cavalier bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Les idées reçues en littérature ne sont pas forcément des idées fausses », mais plutôt des constructions soigneusement bâties par les critiques d’une part, l’auteur lui-même ainsi que ceux qui l’ont connu, et entretenues par éditeurs et manuels scolaires. Bernard Brun, très érudit sur le sujet (il est responsable du programme Marcel Proust à l’Institut des textes et manuscrits modernes, chercheur au CNRS), cherche à établir la part de vérité des clichés, à séparer la réalité du mythe avec une préoccupation constante : l’œuvre, rien que l’œuvre, à l’exclusion de tout le reste qui vient brouiller plus qu’éclaircir. Tout y passe : Proust, snob laborieux – Proust, grand malade – Balbec, c’est Cabourg – La recherche, roman de la mémoire, roman à clefs – Proust, juif sodomite, etc. Précis et rigoureux, cet ouvrage n’est pas aussi grand public que son apparence le laisse penser, et nécessite pour être apprécié une bonne connaissance de l’œuvre de Proust, dans laquelle l’auteur navigue avec une aisance de spécialiste (l’éditeur a d’ailleurs pris soin de mettre en annexes un mémento des principaux personnages de la Recherche du temps perdu, ainsi qu’un résumé des différents tomes). Une intéressante mise au point nourrie des recherches actuelles sur le texte proustien, mais à réserver aux amateurs éclairés.

    www.lecavalierbleu.com/f/index.php

  • Henry Stein et Gertrude James

    gstein.jpgHenry James

    de Gertrude Stein

    précédé de Shakespeare par Henry James

    traduit de l’anglais par Jean Pavans

    Phébus, Libretto, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

    Ceux qui restent convaincus que la littérature demeure le territoire des rencontres improbables recevront avec bonheur ce Libretto où se mêlent les voix des rhapsodes Henry James et Gertrude Stein. Étonnante percussion en effet que celle résonnant entre l’introduction à La Tempête de Shakespeare rédigée par James en 1907 et l’essai halluciné que, en 1933, l’avant-gardiste américaine consacra à l’auteur du Tour d’écrou. La sinueuse limpidité d’une part ; un art consommé de la digression et de la transgression de l’autre se répondent finalement en un hymne dual à la création. Il serait déshonnête de prétendre que le propos est accessible au commun des lecteurs, car ces pages sont d’une densité rare, qui confine parfois à l’hermétisme. La présentation de Jean Pavans (le traducteur de l’ensemble) en livre cependant une clef essentielle, quand il explique en quoi Stein voyait en James « le plus ancien écrivain du monde »…

  • Tour de la question

    abecedaire.jpgAbécédaire de l’esclavage des Noirs

    Gilles Gauvin

    Dapper, 2007

     

    (par B. Longre)

    Beau livre à la couverture souple, émaillé d’illustrations et de reproductions d’époque, complété par des cartes, une bibliographie et une chronologie, cet ouvrage documentaire de référence, malgré ses qualités pédagogiques, n’a pas été conçu comme un manuel scolaire et intéressera le grand public. L’auteur revient sur quelques grandes figures abolitionnistes (Schoelcher, Sarda-Garriga, Olaudah Equiano), sur des notions de base (Traite, Identité, Révoltes, marronnages, etc.) ainsi que sur les origines et la vie quotidienne des esclaves dans diverses colonies. Écrit par Gilles Gauvin, docteur en histoire et membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage (il a surtout travaillé sur la question de la place de la traite négrière et de l’esclavage dans les programmes scolaires), cet Abécédaire permet de faire le tour de la question tout en proposant un agencement qui facilite la consultation.

    http://www.dapper.com.fr/editions.php

  • Pavés militants

    spectaclemilitant.jpgUne histoire du spectacle militant (1966-1981)

    Sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux,

    L’Entretemps Éditions, 2007

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

    Imposante publication que cette première Histoire du spectacle militant, actes d’un colloque, rassemblant des études historiques et critiques, comme des témoignages et autres regards en arrière, et même un scénario d’Armand Gatti, Les Katangais, écrit et non-réalisé en 1974. Parcourant les quinze années de théâtre et de cinéma militant ici traitées, on croise ainsi, notamment, Alain Badiou, André Benedetto, ou Augusto Boal (présenté par son fils Julian), pour le théâtre, et Godard, Resnais, Bertolucci, pour le cinéma, et bon nombre d’autres expérimentateurs, avant-gardistes, rêvant d’une transformation radicale de la société. Affinant et complétant les Théâtres en lutte d’Olivier Neveux, ce volume théâtre-cinéma attise moins la nostalgie douce-amère des uns (qui en sont re-venus) que la persévérance des autres (qui y viendront) : tout cela semble certes bien daté, mais ces multiples pavés militants qu’a poli le temps (notre culpabilité politique) n’en restent pas moins précieux, jusque dans leurs féconds excès divers et variés. On ne partira jamais de zéro.

    www.lekti-ecriture.com/editeurs/-L-Entretemps-.html

  • Trente cinq ans après la publication de Du côté des petites filles, où en sommes-nous ?

    quoideneuf3.jpgQuoi de neuf chez les filles ?

    Entre stéréotypes et libertés

    Christian Baudelot et Roger Establet

    Nathan, Collection L'enfance en questions, 2007

     

    (Par Caroline Scandale)

     

    En 1973, Elena Gianini Belotti publiait aux éditions Des Femmes un livre fondateur sur l’origine sociale des inégalités entre les deux sexes. De manière claire et irréfutable, elle mettait en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin : «La soi-disant infériorité des femmes naît de leur conditionnement, elle n’est pas plus naturelle que ne l’est la supériorité de l’homme et si l’éducation ne visait qu’à développer des qualités humaines de l’enfant, sans tenir compte de son sexe, cette inégalité s’effacerait d’elle-même. » Trente cinq ans plus tard, le livre de Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre Stéréotypes et libertés, en filiation directe avec le premier, dresse un panorama des continuités et des ruptures intervenues depuis, en s’appuyant sur les derniers travaux issus de différents champs disciplinaires (sociologie, histoire, neurobiologie, psychanalyse, psychologie). L’école est devenue mixte, les mères travaillent et, paraît-il, les pères font la vaisselle… Pour autant les attentes et les comportements des adultes à l’égard des filles et des garçons ont-ils réellement changé ? Les petites filles ne sont-elles plus traitées différemment des garçons ? Leur position sociale s’est-elle améliorée ?

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  • La grande supercherie

    chomeurs3.jpgChômeurs, qu'attendez-vous pour disparaître ?
    Collectif - textes réunis par Jean-Jacques Reboux
    Collection Tous les possibles
    Editions Après la lune, 2007

    (par B. Longre)

    Ce n’est pas un scoop : les chiffres et autres statistiques du chômage sont « grossièrement truqués ». Dans le Canard Enchaîné du 4 avril, on apprend même que la soixantaine d’experts de la Dares (Ministère du travail) protestent contre la très optimiste baisse récemment annoncée par le gouvernement (et que de nombreux médias ont allègrement relayée sans la commenter), une baisse « concomitante avec une série de changements dans les règles administratives de gestion des listes et dans les modalités du suivi des demandeurs d’emploi», et le Canard d’ajouter, « en bon français », que c’est « le résultat d’une tricherie qui a consisté à radier massivement les chômeurs ».

    Ce genre de manœuvre n’a rien d'extraordinaire, ainsi qu’en témoignent les textes rassemblés par Jean-Jacques Reboux, auteur et éditeur, dans un ouvrage instructif, courageux et limpide qui permet de pénétrer la nébuleuse des chiffres, de comprendre ce qui se cache derrière les effets d’annonces, mais aussi de donner la parole à ceux que l’on entend guère d’habitude : des chômeurs, mais aussi des employés d’ANPE (certains ont préféré garder l’anonymat) dont les propos valent leur pesant d’or et qui nous mettent au parfum (entre autres en proposant un glossaire commenté du jargon administratif – signé Léa Ricaud et d’un « Petit dictionnaire ANPÉien » que l’on doit à Olivier Hagel).

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  • Biographie et génie

    v_book_49.jpgShakespeare. La biographie
    Peter Ackroyd
    Traduit de l’anglais par Bernard Turle
    Philippe Rey, 2006

    (par Anne-Marie Mercier)

    Bien plus qu’une biographie, ce livre propose à la fois les données les plus récentes de la recherche shakespearienne, un portrait précis et documenté sur la vie à Stratford et à Londres sous Elisabeth 1e et Jacques II, une description de la vie théâtrale du temps et enfin une analyse des conditions de création de ses pièces et de l’origine de ce qu’on nomme le « génie » d’un grand artiste. Ce pari déjà ambitieux est accompagné par un grand souci de lisibilité. Des chapitres très courts organisent le texte d’une façon qui n’est pas totalement chronologique et proposent des éclairages sur des points précis, qui peuvent être sociologiques, littéraires, purement historiques, psychologiques, etc. La traduction est belle et précise (seul reproche : que les vers de Shakespeare cités en français ne soient pas toujours donnés aussi dans la langue originale).

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  • Jacques, cet inconnu…

    jcartier3.jpgJacques Cartier
    Claire Ubac
    L’école des loisirs, collection belles vies, 2006


    (par B. Longre)

    ou comment (ré)concilier fiction et documentaire biographique.

    Adolescent, Jacques Cartier rêve d’horizons lointains, imagine voguer dans le sillage des navires qui font escale à Saint-Malo (ce « vaisseau de pierres ») et suit avec passion les récits de voyages qui arrivent jusqu’à ses oreilles… Né l’année qui précède la découverte des «Indes» (les occidentales) par Colomb, il baigne dans cet univers stimulant et novateur, et très vite, s’engage comme marin sur des navires de pêche — à l’époque, les Malouins partent régulièrement pour Terre-Neuve et ses eaux poissonneuses. On ne sait pas avec exactitude où l’ont mené ses premiers « pas », mais il est certain qu’en 1520, quand il rencontre François 1er (en personne !) il est déjà un navigateur chevronné (même si, comme ses contemporains, il mesure encore la longitude «à l’estime »…). Le roi voudrait rentrer dans la course aux richesses bien entamée par les Portugais ou les Espagnols et cherche des marins capables d’investir de nouveaux territoires en son nom et, au mieux, de découvrir cette fameuse route vers l’Orient, ce passage que tous s’évertuent à ne pas trouver, avec l’idée de partir du nord, aux alentours de Terre-Neuve — Magellan découvrira son détroit deux ans plus tard, mais y perdra la vie (18 marins sur plus de 200 rentreront à bon port au bout de trois ans…). Jacques doit toutefois se montrer patient (François guerroie du côté de l’Italie et a d’autres chats politico-financiers à fouetter), et ce n’est qu’en 1532 (déjà 41 ans) qu’il est enfin engagé par le roi pour mener à bien une première expédition vers « les Indes »…

    Biographie romancée aux allures de docu-fiction, le Jacques Cartier de Claire Ubac vaut son pesant d’écus et il serait fort dommage de passer à côté de si bonnes pages, d’un récit aussi enlevé, vivant – et « instructif »… chose qu’on tendrait presque à oublier tant l’auteure sait jongler entre fiction et biographie.

    Comment, justement, tenir un jeune (ou moins jeune) lecteur en haleine et l’inciter à aller toujours plus loin, à partir d’une thématique historique qui n’est certes pas rébarbative, mais dont le caractère même pourrait bien avoir raison de sa motivation ? Pour ce faire, l’auteure, fine stratège, apporte à l’écriture une pointe de fantaisie qui allège le sérieux du sujet – sans pour autant manquer de rigueur historique. Plusieurs surprises narratives nous attendent : l’intervention inopinée d’un conférencier, les dialogues récurrents de deux marins malouins, Le jeune et Morbihan, qui commentent à leur façon les progrès des trois voyages de Cartier, des adresses aux lecteurs dans le plus pur esprit classique, ou encore l'intervention directe de la romancière, qui va jusqu'à remettre son travail en question... des procédés qui font de cet ouvrage un artefact hybride, entre fiction et récit historique, entre imaginaire et réalité...

     

    Les passages relatant rencontres et échanges avec les autochtones sont savoureux, et on s’amuse beaucoup de l’exposition des préjugés des uns et des autres ou des tentatives (infructueuses et frisant le ridicule) de Cartier pour convertir les « sauvages » un peu retors (mais on les comprend) et forcément très réticents, voire hostiles (voir entre autres la scène où Cartier, très inspiré, lit des passages de l’évangile aux Indiens…) — la justesse de l’humour servant à mettre l’accent sur les absurdités et les hypocrisies des expéditions (la promesse de convertir des peuples indiens allant de pair avec l’intention de s’approprier impunément territoires et richesses) sans pourtant déprécier entièrement le personnage et son parcours : Cartier reste un héros au Canada (nom issu du terme générique « Kanata », signifiant «village» en huron et que le navigateur aurait pris pour le nom d’une ville indienne) et on ne saurait nier ses qualités (affrontant courageusement ses responsabilités, mais aussi le froid, la maladie, les pertes humaines et les déceptions, se montrant rarement cruel ou destructeur).

    Claire Ubac évoque avec précision le contexte d’un siècle qui s’ouvre tout juste à l’humanisme, d’un temps agité par de nombreuses découvertes (et pas seulement territoriales), où les occidentaux rejettent peu à peu l’immuabilité en toutes choses que l’église chrétienne a instaurée depuis des siècles : « La vision du monde ne cesse alors de se modifier et de se préciser. L’idée se répand que les mers reliées entre elles, loin d’être une étendue de perdition, offrent des routes multiples pour accéder aux terres émergées ! » Et plus loin, d’ajouter : «C’est alors que la vieille vision chrétienne oscille sur sa base. » — enfin !
    Un seul regret pour le lecteur désireux de parfaire ses connaissances : ne pas disposer, en fin d’ouvrage, d’une courte bibliographie permettant d’aller plus loin ou de découvrir les sources de l’auteure. En revanche, on apprécie les cartes retraçant les différents itinéraires de Cartier lors de ses explorations et que l’on suivra parallèlement au texte, ainsi qu’un dossier iconographique de quelques pages au centre de l’ouvrage.
    Un conseil et un seul : lire ce Jacques Cartier plein d’allant comme on lirait un roman, sans se désoler des inévitables lacunes biographiques ; au contraire, en profiter, comme le conseille habilement l’auteure (en partie pour justifier les libertés prises avec l'histoire), pour laisser libre cours à son imagination.

     

    Lire aussi
    Les voyages de Jacques Cartier
    de Maryse Lamigeon et François Vincent
    L'école des Loisirs, Archimède, 2006 - dès 6 ans

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

  • Un guide pour le présent, des pistes pour l’avenir

    viartvercier3.jpgLa littérature française au présent.
    Héritage, modernité, mutations

    de Dominique Viart, Bruno Vercier
    Bordas, 2005

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Comment éviter de se perdre dans le maquis (ou la jungle) de la littérature d’aujourd’hui ? Chaque « rentrée littéraire », selon un phénomène médiatique qui ne permet pas de faire le tri – sinon commercial – dans les centaines de parutions annuelles, y va de sa contribution à l’inflation générale. Un ouvrage comme celui que viennent de publier Dominique Viart et Bruno Vercier, deux spécialistes de la littérature française contemporaine, avec la collaboration de Franck Evrard pour ce qui concerne le théâtre, est d’une utilité incontestable.

    Brossant un tableau détaillé qui couvre les vingt-cinq dernières années, il n’est ni un manuel – bien qu’il en ait la clarté – ni un essai – bien qu’il en ait la cohérence, mais tout cela à la fois.

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