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29/11/2008

Paroles échappées de Mai

68.jpgMai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008

(par Olivier Orain)

Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.

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16/11/2008

Contre Dieu, tout contre...

sade.jpgLa Religion de Sade

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Éditions de l'atelier, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Dans le sillage de Sade moraliste, publié chez Droz en 2005, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer poursuit son exploration de l’œuvre de Sade et la déconstruction du mythe dont elle s’est nimbée au fil des temps.

Que n’a-t-on déjà écrit à propos de l’athéisme forcené dont fit étalage le Divin Marquis tout au long de son existence ? Ses romans constituent sans doute l’un des plus longs blasphèmes jamais proféré dans l’histoire de la littérature. Jeangène Vilmer a examiné de plus près cette image d’Épinal du libertin injuriant, poing au ciel et bave aux lèvres, son soi-disant Créateur. Et sa conclusion réserve une surprise : Sade s’oppose finalement moins à la religion qu’il ne s’y arc-boute, afin d’en livrer une critique certes puissante, mais informée et, à certains égards même, tolérante !

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13/11/2008

Déshumain, trop déshumain…

ortega.jpgLa Déshumanisation de l'art

José Ortega y Gasset

Traduit de l’espagnol par Paul Aubert et Ève Giustiniani

Sulliver, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

En 1925, José Ortega y Gasset n’est pas encore l’auteur de l’ouvrage qui fera de lui une figure majeure de la pensée européenne, La Révolte des masses. Il a cependant signé des articles nombreux et variés, publiés principalement dans la Revista de Occidente qu’il a fondée deux ans plus tôt. Cette revue de critique, qui ne répugnait pas à ouvrir ses pages aux avant-gardes, eut un rayonnement et une influence durables sur la génération des années 20-30. Elle accueillera les plus éminents intellectuels de l’époque, en matière de poésie, de littérature, de science ou d’esthétique.

 

C’est de ce dernier sujet que traite d’ailleurs l’essai La Déshumanisation de l’art. Un texte qui interroge, aujourd’hui encore, les tenants et les aboutissants de l’art moderne et dans lequel Ortega tente d’ébaucher quelques pistes de compréhension claires quant à l’évolution des formes patente depuis la fin du XIXe siècle.

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02/11/2008

Guère littéraire

djacob.jpgLa Guerre littéraire
Didier Jacob
Ed. Héloïse d’Ormesson, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Sous titré « critique au bord de la crise de nerfs », ce texte est un texte de crise. Plutôt que d’une crise de la littérature, il est traité ici presque exclusivement d’une crise de sa médiatisation.
Auteurs paranos (il y a de quoi), critiques harcelés, prix truqués, bonnes pages de Match ou VSD… on est loin de la littérature elle-même. Les auteurs cités ne sont pas ceux auxquels on penserait comme sujet de l’écriture de notre temps mais plutôt ceux dont on parle (Angot, Beigbeder, BHL…).

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26/10/2008

La francophonie vue du Québec… et d’ailleurs.

9782896490455PI.jpgPourquoi la Francophonie ?
Sous la direction de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin

vlb éditeur, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, dans les domaines de la politique ou de l’enseignement, sont tous deux québécois, et l’on pouvait s’attendre à un ouvrage sur la Francophonie vue de leur pays – ce qui n’eût pas été choquant, au moment où s’y déroulait le Sommet de la Francophonie. C’est beaucoup plus que cela, puisque seuls deux des textes présentés ici (les deux derniers) fournissent des perspectives québécoises. Pour le reste, les contributions, qui émanent d’horizons divers, abordent des questions tant générales que spécifiques.

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24/10/2008

Nihil novi ?

arton298.jpgL’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche

Jean-Pierre Faye et Michèle Cohen-Halimi

La Fabrique, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Ne désignant à proprement parler ni un dogme religieux ni une idéologie politique, le philosophème « nihilisme » méritait de faire l’objet d’une histoire sémantique. Voilà qui est chose faite, et de façon passionnante, dans un essai à quatre mains signé Jean-Pierre Faye et Michèle Cohen-Halimi. Retour sur un mot à l’évolution erratique, et qui, en deux siècles, se vit accaparé par des penseurs de différents acabits.

Tout commence sous la plume d’une figure bien oubliée de la Révolution française, le fervent conventionnel antireligieux et anticlérical Anacharsis Cloots, qui soutenait, en 1793 : « La république des droits de l’homme, à proprement parler, n’est ni théiste ni athée ; elle est nihiliste. L’invocation du législateur à je ne sais quel fantôme suprême est un hors-d’œuvre absurde. » La radicalité de Cloots déplut à Robespierre, plus prudent en matière de traitement des cultes et conscient de l’importance de la divinité au cœur du système de la vie sociale. Cloots mourut (sans prêtre, faut-il le préciser ?) sur l’échafaud, mais son néologisme était lâché et allait, comme l’explique Cohen-Halimi, « s’enfoncer dans les strates invisibles, à peine dicibles, du langage pour laisser peu à peu affleurer les bribes d’une continuité, rompue par des conflits d’interprétation ».

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21/10/2008

« Un écrivain frustré » ou San Antonio en Sorbonne

2903.jpgFaut pas pisser sur les vieilles recettes, San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque
Françoise Rullier-Theuret

Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Dans Bérurier au sérail, Frédéric Dard invente un pays qui, par « dérivation suffixale », n’est pas très éloigné, lexicalement parlant, de ses voisins : le Kelsaltan. Le « travestissement graphique » est à la base d’un système de variations diverses, puisque « la capitale s’appelle Kelsalmecque et les habitants […] les Kelsaltipes », et que, selon une « mécanique linguistique répétitive et systématique », se multiplient les calembours loufoques : « L’Iman Komirespir, l’émirat d’Aigou, l’émir Obolan, l’émir Oton, l’émir Akulé, l’émir Ab El, l’émir Ifik, l’émir Liton »…

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15/10/2008

George Orwell, à sa guise...

couv_1311.jpgA ma guise, Chroniques 1943-1947
George Orwell
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner

Préface de Jean-Jacques Rosat

Éditions Agone, Collection « Banc d’essais », 2008-10-15

 

(par Frédéric Saenen) 

 

« Je pense que [Tribune] est aujourd’hui le seul hebdomadaire qui fait un réel effort pour être à la fois progressiste et humaniste – à savoir qu’il mêle une politique radicale socialiste au respect de la liberté et de parole à une attitude civilisée envers la littérature et les arts. » Cet avis que l’écrivain George Orwell publie en 1947, dans les colonnes mêmes du magazine qu’il évoque, est bien plus qu’une déclaration de principe. Elle permet de saisir la profonde convergence idéologique et morale qui lient l’écrivain à l’organe de presse travailliste dont il était devenu, quelques années plus tôt, un collaborateur régulier.  

 

À l’époque, Orwell avait déjà publié plusieurs livres importants et vécu une existence assez dense pour léguer à la postérité les incarnations auxquelles nous l’identifions encore : celles de l’écrivain engagé (avec notamment ses poignantes évocations de la misère sociale en Angleterre ou de la guerre d’Espagne) et du visionnaire (La Ferme des Animaux est publié en mars 1944).

Grâce à l’initiative de maints éditeurs, ce portrait se rehausse d’une troisième facette, extrêmement riche : celle du chroniqueur, témoin avisé de son temps. La part de sa production qui relève de son activité de journaliste est un continent ; les éditions Agone nous en offrent à nouveau la démonstration en publiant l’intégralité des articles qu’Orwell désignait sous le titre, faussement primesautier, de À ma guise.

De novembre 1943 à avril 1947 – soit durant ces années critiques de l’histoire à la charnière entre la fin du deuxième conflit mondial et l’avènement de la Guerre froide –, Orwell livra en tout 80 chroniques au journal de gauche Tribune. La régularité des livraisons connaîtra une seule interruption, mais longue de près de vingt mois, durant laquelle Orwell sera affecté comme correspondant de guerre pour le compte de l’Observer.

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14/10/2008

La Grande Gidouille en minilivre

25645.jpgLa Grande Gidouille en minilivre

 

Le Cercle des Pataphysiciens

Collège de ’Pataphysique

Mille et une nuits, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

Pataphysiciens, nous le sommes tous, consciemment ou inconsciemment. « Science des solutions imaginaires » selon Alfred Jarry, « la ’Pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir », fait-il dire au Père Ubu. L’avantage, c’est que les définitions peuvent se multiplier et s’élargir sans préjudice pour ladite science (dont le nom, rappelons-le, doit s’orner d’une apostrophe initiale, alors que l’adjectif en est dispensé), au point que « le monde est dans toute sa dimension le véritable Collège de ’Pataphysique », ou que « la ’Pataphysique est une machine à explorer le monde ».

Mais les recherches ne doivent pas partir à vau l’eau, et le Collège est là pour régenter ce qui pourrait devenir, selon le vœu d’Umberto Eco, « la science des solutions inimaginables ». Le Collège de ’Pataphysique, fondé en 1948 (exactement le 1er décervelage 76 de l’ère pataphysique), est donc là, avec son immuable hiérarchie (dans l’ordre décroissant : le « Curateur Inamovible » - Jarry en personne -, le « Vice-Curateur » - chef suprême temporel - , puis les « Provéditeurs », « Satrapes », « Régents », « Dataires », et enfin les « Auditeurs » et « Correspondants »), ses « commissions », « sous-commissions », « intermissions », son Ordre de la Grande Gidouille, son Calendrier (qui commence à la Nativité d’Alfred Jarry), ses publications, ses membres…

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13/10/2008

Caujolle se livre

caujolle.jpgSouvenirs, 2, Circonstances particulières
Christian Caujolle
Actes Sud, 2007

(Par Louise Charbonnier)

Circonstances particulières, publié chez Actes Sud, est un de ces livres sans prétention qui recèle des abîmes de plaisirs de lecture. Sans prévenir, il vous happe et vous fait oublier le temps, par une formule non contraignante (une série de petites histoires, chacune accompagnée du cliché à partir duquel elles se développent) et un style simple et fluide.

Christian Caujolle y évoque ses amours photographiques, où se mêlent travail à Libération, escapades dans les salles de ventes, voyages en terres étrangères et multiples rencontres de photographes et artistes. Il y rappelle son engagement pour une photographie de presse interrogeant les normes traditionnelles et les stéréotypes, défrichant de nouveaux territoires et ouvrant une brèche dans laquelle allaient s’engouffrer d’autres quotidiens, à la suite du journal précurseur. Classiquement soumise à un texte qui lui fait dire ce qu’il veut, la photographie dans les médias reste encore bien souvent cantonnée au rôle de support, avec toute la passivité qu’implique ce terme. La presse l’utilisait bien souvent comme simple illustration, négligeant les spécificités photographiques. Branchée sur le référent, sur l’objet dont elle émanait, la photographie supposée neutre et objective se pliait aux exigences de la démonstration et de l’actualité journalistiques. Propre sur elle et reconduisant le système traditionnel de représentation hérité de la perspective, cette image transparente s’était mise à renvoyer à d’autres images, omettant par là même les autres rapports qu’elle aurait pu entretenir avec le réel. Mise au service d’un discours informationnel, la photographie s’était faite cliché docile. La transparence de l’image opérait paradoxalement l’opacification de l’accès au réel, masqué par un enchaînement sans fin de photographies redondantes dont le paradigme est constitué par l’image de guerre stéréotypée et son archétype (parmi d’autres) : la mère éplorée.

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08/10/2008

Avec Philippe Jaccottet

jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
(Par Jean-Baptiste Monat)

Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

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07/10/2008

Le réel est mort ! Vive le réel !

artnum.jpgL’Art numérique de Christiane Paul, Thames & Hudson, 2008, nouvelle édition.

 

(par Louise Charbonnier)

 

On a cru toucher du doigt le réel. Avec la photographie, on a cru réaliser le leurre suprême de l’objectivité, de la réalité et de la vérité. On a sacrifié pour cela une part de la réalité : on a omis de souligner qu’une photographie, bien que s’approchant d’un idéal de transparence, reste un bout de papier opaque qui masque autant qu’il révèle.

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05/10/2008

Hasard de l’histoire ou transition radicale ?

kaspi3.jpgÉtats-Unis 1968. L’année des contestations
André Kaspi
André Versaille éditeur, 2008
(par Christophe Rubin)
Spécialiste de l’histoire nord-américaine, André Kaspi a contribué cette année au grand nombre de parutions concernant 1968. Cet ouvrage raconte cette année particulière en quelques chapitres focalisés sur de grandes évolutions sociales et quelques grands événements, révélant une incroyable densité historique : hasards de l’histoire ou transition radicale correspondant à une logique globale ?
Kaspi commence par la guerre du Viêt Nam, arrière-plan déterminant de l’élection présidentielle qui se prépare. Tout semble s’être mis en place en 1964, quand deux navires américains avaient subi les attaques de torpilleurs nord-vietnamiens, permettant au président Johnson de demander au Congrès les pleins pouvoirs – en quelque sorte –, obtenus presque à l’unanimité. « L’ennui c’est que les incidents n’ont pas eu lieu », comme le révèleront les archives secrètes quelques années plus tard…

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01/10/2008

Le petit livre noir de la Chine

fbobin3.jpgVoyage au centre de la Chine
Frédéric Bobin
Picquier, poche, 2008

(par Myriam Gallot)

A l’écart des fastes du nid d’oiseau et des jeux olympiques, ce livre-reportage, écrit par l’ancien correspondant du journal Le Monde à Pékin (de 1998 à 2004), brosse les portraits de Chinois «ordinaires », rencontrés dans des classes sociales et régions très diverses.

Frédéric Bobin raconte ainsi par petites touches une population en souffrance, soumise à des potentats locaux corrompus. Les injustices faites aux citoyens sont criantes, des expropriations de paysans ou de citadins des quartiers pauvres – dont les compensations sont dérisoires – aux licenciement des anciens héros du travail de Mandchourie, qui ne touchent parfois même pas une retraite, après avoir été donnés en exemple pendant les années Mao. Les abus de pouvoir peuvent atteindre des sommets : ainsi en a-t-il été pour cette veuve dont la tombe du défunt mari a été labourée à la pelleteuse sans qu’elle soit prévenue, afin de construire sur le terrain une menuiserie et une distillerie.

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25/09/2008

Sujet piégé

bgobille3.jpgMai 68
Boris Gobille

La Découverte, coll. « Repères, 2008

(par Olivier Orain)

Dans la déferlante d’ouvrages publiés pour les quarante ans des « événements » de Mai 68, il est sans doute difficile de s’y retrouver, entre les gros volumes collectifs, les livres d’images, les rééditions, les essais et pamphlets…

Le sujet est piégé, tant il continue de susciter les passions — négatives le plus souvent. Il s’est d’ailleurs écrit un nombre considérable d’ouvrages d’opinion, pauvres en informations fiables mais riches en jugements, et souvent écrits à l’emporte-pièce. Autre genre prisé : la chronique centrée sur les vedettes du mouvement, qui a donné le livre à succès Génération d’Hervé Hamon et Patrick Rotman.

Pourtant, à côté de ces entreprises éminemment médiatiques, existe depuis au moins deux décennies tout un champ de recherches dans lequel se mêlent historiens, sociologues, politistes et autres praticiens des sciences sociales. Ils essaient de dépasser la posture militante au profit d’enquêtes solides et cherchent à en finir avec les clichés — ceux-là mêmes qui nous sont resservis jusque dans les campagnes présidentielles…

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21/09/2008

Le Guide suprême

dict.jpgLe Guide suprême
Patrick Boman – Bruno Fuligni – Dr Lichic, Stéphane Mahieu – Pascal Varejka
Gingko, Collection « Idées fixes », 2008

 

(par F. Saenen)

 

Un « petit dictionnaire des dictateurs »… Il fallait y penser. Les voici tous alignés, de la Chine aux Balkans, comme pour la parade. Les tortionnaires et les putschistes ; les anthropophages présumés ou avérés ; les mégalos et les tordus ; les increvables et les éphémères. Chacune des notices se lit sur un mode léger, et c’est là le plus grand travers de ce référentiel sans prétention. Car si, pour moraliser, l’on ambitionne de mener grand tapage en frappant sur les statues creuses des Conducators, encore faut-il se garder de susciter la sympathie à leur égard, par le biais de l’humour, même à froid. Or, c’est le sentiment qui naît immanquablement au vu de certaines anecdotes relatives à ces puissants et à leurs mortifères lubies. L’espace réservé à chaque figure ne permettant guère l’approfondissement, c’est la petite (voire la médiocre) histoire qui se voit privilégiée. Un ouvrage qui ne joue pas franc jeu, sinon à se voir rehausser d’une bandelette : « Pour bien rire devant les charniers ».

 

 

http://www.ginkgo-editeur.fr/

30/08/2008

L'Europe des lettres

europedeslettres1.jpgL'Europe des lettres
Réseau épistolaire et construction de l'espace européen

Marie-Claire Hoock-Demarle

Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 2008

(Par Françoise Genevray)

« Aujourd'hui, j'écris à la moitié du monde... »
(Gottfried W. Rabener)

Mobilité libre ou contrainte, circulation des personnes et des idées, des nouvelles, des savoirs et des initiatives sont les mots-clés de ce travail captivant qui vise à déceler l'émergence de l'Europe au travers des correspondances qui la sillonnent. La période étudiée embrasse un dix-neuvième siècle élargi (1789-1914) ponctué de plusieurs temps forts, comme la décennie autour de 1800 ou l'intervalle entre Sedan et Verdun. Parmi les chronotopes privilégiés pour dresser la géographie épistolaire de l'époque figurent des itinéraires de voyage et quelques lieux fixes, sièges d'une intense vie intellectuelle ou réservoirs de nouveautés socio-politiques : Paris, théâtre d'une Révolution qui invite à révolutionner aussi l'écriture chargée de capter une actualité imprévisible ; Coppet au bord du Léman, « centre de sociabilité, de résistance politique et de réflexion intellectuelle », où Mme de Staël tient sous l'Empire, selon Stendhal, «les états généraux de l'opinion européenne » ; le Berlin des années 1815-1830, d'où Rahel Levin-Varnhagen correspond avec son amie Pauline Wiesel qui ne cesse d'aller d'un pays à l'autre ; Paris encore, où Heine se fixe en 1831 afin, écrit-il, de « voir les gens et le monde et collectionner des matériaux pour un livre qui doit être européen » ; Londres, où Malwida von Meysenbug ayant fui Hambourg s'entretient par lettres (1849-1858) avec des quarante-huitards défaits, contraints comme elle à émigrer (le couple Kinkel), ou avec des patriotes en exil (Mazzini)...

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29/08/2008

De l’art du melting-pot culturel

cgatard3.jpgBureau d’études (récit de société)
Christian Gatard
Les impressions nouvelles, 2008

 (par Myriam Gallot)

 

Christian Gatard, sociologue de formation, est le fondateur de Gatard et associés, institut d’étude et de recherche en marketing et communication pour le compte d’entreprises et de publicitaires. Depuis plusieurs décennies, il sillonne le monde et hume l’air du temps pour conseiller ses clients sur la meilleure manière de « construire un univers, un imaginaire qui va charger le produit d’une désirabilité nouvelle. » « La consommation est une fécondation. L’industrie est en couches perpétuelles. Nous assistons les sages-femmes du commerce, nos clients » résume-t-il.

Dans Bureau d’études, il puise dans ses souvenirs des anecdotes tirées de son quotidien professionnel, bien moins insignifiantes qu’on pourrait le croire a priori. Le dada de Christian Gatard : comment le mythe travaille la réalité et la transfigure sans cesse – toutes les sciences molles, philosophie, sémiologie, sociologie, psychanalyse, ethnologie et cetera seront convoquées sans complexe tour à tour, ou plus souvent concomitamment, dans un art du coq à l’âne international parfaitement assumé. Entre impératifs économiques et pensée magique, Christian Gatard ébauche ainsi un syncrétisme furieusement contemporain, et idiosyncrasique, s’il en est.

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12/07/2008

Aux publicitaires

ccodes.jpgCulture codes
comment déchiffrer les rites de la vie quotidienne à travers le monde

Clotaire Rapaille
JC Lattès, 2008

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

Ce livre qui promet comme beaucoup d’autres de changer votre vie et de vous faire connaître le secret des choses est bien trompeur, tant par son ambition que par son titre : plus que de connaître la culture des peuples, il s’agit de montrer comment les manipuler et vendre aux uns et aux autres en s’adaptant à leur culture et en tablant sur les émotions plus que sur la raison, (seul moyen d’être efficace). Du café aux japonais, une voiture aux américains ou aux allemands… Les méthodes pour dégager les « codes » d’une culture, aussi simplistes soient-ils ne manquent cependant pas d’intérêt. A conseiller aux publicitaires internationaux en mal d’inspiration.

02/07/2008

Penser la responsabilité des hommes à l’égard des animaux

ethiqueanimale3.jpgEthique animale

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

PUF, collection éthique et philosophie morale, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

L’éthique animale est la branche de la philosophie morale qui cherche à penser la relation entre l’homme et l’animal. Très développée dans les pays anglo-saxons, elle est encore embryonnaire en France, pour des raisons essentiellement culturelles (une tradition culinaire et un humanisme fortement ancrés). Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, chercheur à l’EHESS et enseignant, propose dans cet ouvrage une introduction aux différents courants de pensée en éthique animale, dans une synthèse assez complète qui s’adresse à ceux qui ne connaissent pas bien cette question fondamentale, et de plus en plus présente dans les débats contemporains.

 

Oubliez tout de suite Brigitte Bardot et ses bébés phoques. Ce n’est pas du tout ce dont il s’agit. Pour l’auteur, ce type d’intervention pour le bien-être des animaux a durablement discrédité leur cause aux yeux de l’opinion, l’assimilant à un sentimentalisme larmoyant dénué de fondement rationnel. Si connaître les différentes formes de maltraitance de l’animal par l’homme constitue bien un point de départ à la réflexion (un exposé exhaustif des problèmes constitue la deuxième partie de l’ouvrage), elle ne saurait suffire pour comprendre les enjeux de la relation entre l’homme et l’animal.

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