23.03.2004
Un classique, Caza
Scènes de la vie de banlieue, intégrale
Caza
les Humanoïdes Associés, 2003
(par B. Longre)
Les planches regroupées ici ont été créées entre 1972 et 78 par un révolutionnaire de la BD, Caza (auquel on doit aussi Gandahar et Les Enfants de la Pluie) : une oeuvre visuelle essentielle, sous-tendue par un imaginaire psychédélique, qui ne recule devant aucune insolence, subversion ou détournement. L'auteur y exploite sa propre personne pour refaire le monde, dénoncer les dysfonctionnements de la vie moderne et un consumérisme dévorant ; il rêve tout haut d'un univers débarrassé de ses HLM et de ses occupants (dont Marcel Miquelon, esquisse du Bidochon à venir), ne cesse de proposer des contes oniriques dont l'absurdité ou la violence ne sont que le reflet de la triste réalité, et se pose parfois en justicier moderne... Sans que l'on puisse l'accuser de narcissisme, tant la parodie et l'autodérision sont omniprésentes. La force de l'engagement va de pair avec le foisonnement des textes, les superbes mises en couleurs et la beauté graphique de chaque planche : un excellent parcours à travers les années 70, une lecture d'une drôlerie imbattable, bref, un classique.
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02.12.2003
Leçon d’humanisme
Soupe froide
Charles Masson
Casterman, Écritures, 2003
(par B. Longre)
Quand frappe l'hiver, on a tous quelques pensées fugaces pour les plus démunis ; les journaux et les radios se chargent de nous le rappeler et entonnent une litanie (c'est la faute à la froidure...) qui, à force d'être répétée, perd de son sens et devient, comme beaucoup d'autres sujets, une façon de combler le vide. La mauvaise conscience refait surface, mais tout s'efface très vite des esprits qui habitent des corps à l'abri du froid, de la faim et de la déchéance. L'ouvrage de Charles Masson est exemplaire, car il force le lecteur à l'intimité d'un rude face à face : impossible de détourner les yeux, de refermer l'ouvrage et d'ignorer le cheminement d'un homme aux portes de la mort, impossible de se boucher les oreilles et de ne pas entendre la voix de cet anonyme abandonné de tous et son long monologue entrecoupé de jurons et de regrets. D'emblée, le lecteur comprend que ce clochard (avec sa grossièreté, sa brusquerie et son corps qui se délite) n'aura pas la chance de survivre, que son corps va lâcher et que ses pensées, que nous sommes les seuls à connaître, seront les dernières.
12:26 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : charles masson, casterman, blandine longre




































