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  • Éclats de vie

    Sean James Rose et nos amours.jpgEt nos amours
    Sean James Rose
    Denoël, 2009

    (par Joannic Arnoi)

    En 150 fragments, Et nos amours explore quatre destins ordinaires, quatre mémoires en éclats émoussés. Il y a Hélène, fille de bonne bourgeoisie, traductrice anglomane, longtemps adonnée à des hommes mariés et plus âgés qu’elle. Martin, lui, a passé une jeunesse que certains diraient « dissolue », entre alcool, drogues, fêtes et séduction – car il a beaucoup séduit : des femmes surtout, et une en particulier, Hannah, qui a fini par renoncer. Il a aussi vécu un temps avec Pierre, critique littéraire, journaliste précaire qui s’est un jour installé dans une vie plus tranquille d’enseignant. Hélène a été un jalon amical dans sa vie, comme elle l’a été pour Marie, une enfant sans père devenue croqueuse d’hommes, au fil d’une existence aussi chaotique la nuit que morne le jour.

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  • Biographie énigmatique et roman polyphonique

    ilija.jpgLe collectionneur de mondes

    Ilija Trojanow

    roman traduit de l’allemand par Dominique Venard
    Buchet Chastel, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

     Si la vie de Richard Francis Burton a été sulfureuse, sa mort a donné l’occasion à sa veuve d’en faire un personnage définitivement mystérieux : non contente de lui avoir fait administrer l’extrême onction malgré des pratiques sexuelles et autres expériences qui n’étaient pas en odeur de sainteté – sans compter une conversion à l’islam – elle a immédiatement brûlé son journal intime et un certain nombre de feuillets manuscrits…

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  • Chaperons du monde

    chaperons.gifLes Histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde
    Fabienne Morel et Gilles Bizouerne
    Illustrées par Julia Wauters

    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    On trouve ici des versions du Chaperon rouge proches de la tradition orale française, dans toute leur crudité. Dans une version française la petite fille est invitée à fricasser le sang de sa grand mère , dans une version africaine, le corps de la mère grand disparaît membre après membre, dévoré non par des fourmis comme le croit l’enfant, mais par le lion ; ailleurs, c’est un tigre qui la met en morceaux…
    Autre motif : les ruses des Chaperons pour s’échapper, pleines d’inventivité, les objets, les mets, la couleur des chemins… On trouve dans cet album de multiples variations, si riches qu’on ne se lasse pas d’entendre toujours la même histoire. L’illustration suit deux modèles. Chaque histoire est accompagnée d’une page aux tons de rouge imitant les papiers découpés et reproduisant des motifs dans le style du pays de la version proposée. Tous les récits sont illustrés de dessins à l’esthétique naïve, crayonnés et colorés de manière à donner une « couleur » particulière à chaque scène.

  • Chaperon rose

    9782844206893.jpgLe Chaperon rouge
    Illustrations de Nathalie Choux, adaptation d’Olivier Cohen, musique de Pierre Choley
    raconté par Roland Giraud

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Encore un Chaperon, proche au début de celui de Perrault, mais avec des variantes curieuses et peu convaincantes. Une fin qui donne le beau rôle au chaperon et qui dissout toute l’angoisse possible du conte. Les illustrations sont elles aussi un peu mièvres (esthétique Charlie Brown, la cruauté en moins) et la mise en son assez traditionnelle, avec quelques effets de dramatisation et de suspens bien calculés.

  • 60 recettes ludiques et chamarrées

    cuisine des week-ends.gifLa cuisine des week-ends en famille – 60 recettes faciles et festives

    Nathaly Nicolas-Ianniello, photographies de Laurence Mouton

    Nathan, collection faire ensemble, 2008

    A partir de 5 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Surtout ne pas se fier à l’apparence de ce livre de cuisine familiale : la couverture ni le titre ne laisseraient présager des recettes dans un esprit très cuisine nouvelle (steak à la chantilly de tomate, crêpes vertes au thé matcha, tarte tatin pamplemousse-réglisse), avec une nette préférence pour le sucré-salé (sandwichs de pommes aux bleus, rôti de porc aux trois glaces, et même un osé coulis de poivrons rouges et fraises). Tout le monde n’est pas amateur !

     

    Les recettes sont à faire avec les enfants, mais certaines manipulations risquent de se révéler difficiles, même pour les parents, à moins qu’ils ne soient cordons bleus. Il est plutôt technique d’ouvrir un œuf cru comme un œuf coque, le vider de son blanc en conservant le jaune et le faire cuire en équilibre sur l’eau chaude pendant 6 minutes à 60°C. A l’inverse, est-il vraiment nécessaire d’utiliser un livre de recettes pour placer un disque de jambon dans une tranche de pain de mie à faire gratiner au four parsemée de fromage râpé ? Pour fourrer des pruneaux au foie gras ?

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  • Du terrorisme en dissertation

    rubon9064.jpgLes Justes
    Albert Camus
    Mise en scène de Guy Pierre Couleau

    Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
    Du 4 au 13 mars 2009
    (Suivi des Mains sales de Sartre, du 18 au 27 mars)

    (par Nicolas Cavaillès)

    On connaît les défauts du texte de Camus, écolier disserteur enthousiaste, au goût prononcé pour la formule journalistique (question d’époque), encadrant ses débats dans une trame particulièrement efficace : cinq « socialistes révolutionnaires » russes organisent au nom de la Justice sociale la mort d’un nanti, grand-duc de son état. Ces cinq Justes dépourvus d’ambiguïté, hélas, «  disent tout ce qu’ils pensent, et pensent tout ce qu’ils disent » (pour paraphraser Lessing), ce qui, chez le spectateur, laisse peu de place pour l’incertitude et pour sa précarité, autrement féconde. On ne connaît que trop le sérieux philosophique de l’auteur de La Chute, aussi généreux que laborieux, et ses bonnes intentions cousues de morale blanche. Demeurent de belles images littéraires, un lyrisme qui ne vieillit pas si mal, une réelle vivacité des ébats, et (pour en venir enfin au théâtre) les efforts des comédiens pour éviter que le tout ne tourne au clash artificiel de lycéens apprentis révolutionnaires. Efforts généralement récompensés, du reste, tant le succès de l’œuvre de Camus résiste bien aux années – quand il ne se continue pas dans le succès d’un Wajdi Mouawad, par exemple.

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  • Voyage au pays des mages

    puybaret.jpgLes îlots de Piédestal – voyage au pays des mages

    Textes et illustrations d’Eric Puybaret

    Editions Gauthier-Languereau, 2008

    A partir de 7 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    A bord de leur roulotte scientifique amphibie, le professeur Azarias et ses deux assistants partent explorer le pays des mages. Il paraît que ces êtres mystérieux ont des pouvoirs fascinants. Sur les îlots de Piédestal, de hautes tours comme des « clous de pierre », les mages ne sont pas très disciplinés et mènent la vie dure à nos explorateurs…avant de choir de leurs tours, renversés par un poisson géant. Que d’aventures !

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  • Fleurs de mots

    9782020982313.gifHenri au jardin d’enfants
    De Gérard Dubois

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Henri, en costume marin, et ses amis les deux jumeaux jouent dans un jardin public qui ressemble au Luxembourg. Tout près d’eux une fille les observe. A partir de là, tout dérape : le ballon expédié trop fort de la page de droite file sur la page de gauche et explose les mots, les lignes. Les pages se défont progressivement des mots qui tombent en tas et laissent le rêve émerger, à travers quelques mots cueillis par les deux enfants, le garçon et la fille : « jardin », « fleur », « poisson », « étang »… jusqu’au baiser final qui fait revenir au réel.
    Une belle variation graphique sur les mots et les rêves.

  • De voix de maître

    Riboulet amant morts.jpgL’Amant des morts
    Mathieu Riboulet

    Verdier, 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Mathieu Riboulet est un écrivain frugal. Ses récits se tiennent souvent à la centaine de pages. À rebours d’une littérature romanesque composant de vastes tableaux, leur trame évoque un voile que l’on relève sur un infime fragment du monde.
    L’Amant des morts ne déroge pas à la règle, même si davantage qu’auparavant l’auteur élargit la focale pour embrasser un sentiment nouveau : l’Histoire — qu’il côtoie ou qu’il accompagne plutôt qu’il ne l’embrasse.

    Au centre, un personnage, Jérôme Alleyrat, que la narration suit avec une fidélité à peu près chronologique, mais en se tenant en léger retrait, de telle sorte que persistera toujours une certaine opacité.

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  • Le Yiddish dégourdi

    9782732039152.gifFilourdi le dégourdi
    de Mani Leib et El Lissitsky,
    Traduction de Françoise Morvan
    Sorbier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Intitulé dans sa version originale, Yingl Tsingl khvat (gamin à la langue bien pendue et dégourdi), ce poème yiddish a été publié pour la première fois à New York en 1914, puis réédité à Kiev avec les illustrations de El Lissitsky, qui s’engagea par la suite aux côtés de Malévitch.
    Histoire bondissante et surprenante d’un enfant qui rêve de neige, elle est proposée ici dans un bel objet à l’esthétique très soignée. L’album se lit "à l'envers", c'est-à-dire de la dernière à la première page, chaque page de droite présentant la traduction du texte original dans une typographie intéressante. Le texte en yiddish s’inscrit à gauche, à l’intérieur des gravures en noir et blanc d’El Lissitsky qui évoquent le trait de Chagall (à moins que ce ne soit Chagall qui… puisque le dessinateur a collaboré avec lui après avoir développé un travail inspiré par les fresques des synagogues).
    Une belle réédition, qui propose en postface des clefs pour resituer le livre.

  • De Mascarille en Mascarille

    49_1_070512.jpgFarces et comédies : Le dépit amoureux et L’Étourdi ou les contretemps
    Molière
    , Mise en scène de Christian Schiaretti
    T.N.P. Hors les murs au Studio 24 (Villeurbanne)
    Du 25 février au 7 mars 2009


    (par Nicolas Cavaillès)


    Deux ans après les Cinq comédies, Christian Schiaretti et la troupe du T.N.P. poursuivent leur exploration épicurienne des farces et comédies de Molière, dénichées parmi les plus méconnues dans l’œuvre prodigue de celui qui donna son nom à notre langue. On remonte les tréteaux éternels, le décor rustique, simple et pertinent, robuste et discret, et sans aucune affectation superflue, juste de quoi encadrer les face-à-face mécaniques et autres quiproquos savoureux dont le comique se nourrit, et dont naît le « rire des origines » ici visé ; autour de la scène de bois, l’espace s’est élargi, et les entrées et sorties dans cet espace ouvert se font avec une fluidité et un naturel d’autant plus bienvenus qu’ils n’obligent pas à trancher dans le débat (inutile) entre théâtre et réalité.

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  • Ce que nous dit le petit doigt de Caradec

    9782213638096-V.jpgLe doigt coupé de la rue du Bison

    François Caradec

    Fayard Noir, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il y a certes un « doigt coupé » de femme, dans ce faux roman policier (ou « rompol ») – et le commissaire Pauquet (« avec Pauquet, in the pocket ! ») est bel et bien chargé, à la suite d’obscures consignes ministérielles, d’enquêter sur ce mystère apparemment lié à des pratiques sectaires. Mais le titre ne dit pas tout, loin de là, et à mesure que l’intrigue (les intrigues) avance (nt), la comédie vire à l’évocation tragique du passé proche, celui de l’occupation et d’une diabolique invention nazie : le « Lebesborn » ou « source de vie », destiné à « créer la super-race nordique artificielle qui dominerait le monde pendant mille ans ».

     

    Comment ces deux récits arrivent-ils à se superposer ? On le saura en allant jusqu’au bout de ce livre qui présente au demeurant bien d’autres intérêts. Caradec n’était pas à court d’inventions, et Le doigt coupé de la rue du Bison est comme une somme de ses talents divers : scènes de bistrot avec conversations tout azimut, jeux verbaux et orthographiques (en particulier dans la bouche d’un policier simplet), monologues induisant une pluralité de points de vue (celui d’un réfractaire au STO, celui d’une chienne, celui de la police etc.), dialogues à caractère théâtral, déambulations parisiennes, voyages lointains, inventaires en bonne et due forme…

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