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  • Les mystères de l’art et de la mort

    dlabayle.jpgRouge Majeur
    Denis Labayle
    Editions du Panama, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Pourquoi, en mai 1955, Nicolas de Staël, peintre de renom, riche et séduisant, se suicida-t-il en se jetant par la fenêtre de son atelier ? Cette mort prématurée est-elle due à des déboires sentimentaux, aux doutes de l’artiste, à un constat d’impuissance ? De cette énigme, Denis Labayle a fait un roman qui mêle fiction et exactitude historique.
    Tout commence avec un concert en hommage à Anton Webern, dont le peintre sort enthousiasmé, quasiment envoûté, à tel point qu’il projette d’en faire une toile hors du commun : « J’ai déjà peint des instruments de musique, mais là je sens naître en moi un projet fantastique : je veux peindre une impression… Oui, c’est cela, une impression musicale. Ce sera beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus difficile ».

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  • Chatons dans la nuit blanche: la nouvelle comme roman.

    murakami.jpgL’éléphant s’évapore
    Haruki Murakami
    Belfond

    (par Anne-Marie Mercier)

    « Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus ». Cette première phrase de la nouvelle intitulée «Sommeil », l’une des plus longues du roman, longue comme une nuit où l’on ne trouve pas le sommeil (ce qui est un type de nuit blanche particulier, voir Le Passage de la nuit, du même auteur) ou comme une sieste profonde dont on sort hébété par un jour de grande chaleur, pourrait être le titre de ce recueil, tant les textes qui le composent offrent des portraits hallucinés de personnages qui dépassent, mais à peine, la limite de ce qui est possible, de ce qui est permis, de ce qui est correct, et semblent flotter entre deux mondes.
    Un coup de fil inquiétant, une faim insatiable, qui amène à l’attaque d’un mac Donald, le dérapage d’un préposé aux lettres de réclamations, les petites choses insignifiantes qui font qu’on se rencontre ou surtout qu’on se manque (terrible), qu’on se sépare, qu’on se hait. Les idées qu’on se fait sur les autres (les chinois, par exemple, les étapes de la vie, la disparition d’un éléphant sans effraction…

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  • Romans de kimono et de sabre

    445.jpgLe village du chat vampire / L’île des ogres
    Lensey Namioka

    (traduits de l'anglais par Nikou Tridon)
    Rocher jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le jeune samouraï Zenta, accompagné de son ami joyeux et maladroit, Matsuzo, revient dans le village de son enfance et découvre que tous, y compris son vieux maître, vivent dans la terreur, entre des colporteurs à l’allure de brigands et un mystérieux monstre qui agresse les jeunes filles. Suspens, aventures et mystère, un roman policier honorable mais sans grande originalité, en dehors de quelques aspects du Japon du XVIe siècle qu’il fait découvrir.
    L’île des ogres, qui suit ce récit tout en étant indépendant, offre le même cocktail de valeur guerrière, de charmante jeunes filles, d’amour discret, de mystère et d’exotisme, tout en étant mené par un autre personnage de ronin, moins héroïque mais plus humain.

    http://www.editionsdurocher.fr/

  • C’est quoi, ce livre ?

    quoi6.jpgLe livre des c’est quoi
    Alain Korkos, Illustrations Véronique Deiss

    La Martinière Jeunesse, 2008

    (par B. Longre)

    Après Le livre des Qui, Alain Korkos et Véronique Deiss commettent un nouvel ouvrage sur le mode questions-réponses (71 en tout), à partir d’interrogations que les enfants curieux (la majorité, donc) sont susceptibles de se poser. Dans un langage limpide, mais de façon développée et parfois érudite, l’auteur répond à des questions aussi éclectiques que : « C’est quoi une merveille du monde ? Tirer le diable par la queue ? La vengeance ? Pousser à bout ses parents ? Roter ? Péter ? L’instinct ? Une gargouille ? Un blog ? »… Inutile d’en énumérer davantage, cet échantillonnage illustrant la variété des thématiques et des champs disciplinaires qui sont mis à contribution suffira. Aussi, les explications seront tour à tour scientifiques, historiques, psychologiques ou facétieuses, et surtout intelligentes et adaptées au lectorat visé (à partir de 7-8 ans). Pour accompagner le tout, on retrouve les illustrations de Véronique Deiss, qui réinterprète avec impertinence et drôlerie chaque question, et l’on appréciera certains dessins en apparence très simples qui racontent, à eux tous seuls, une histoire venant se superposer aux propos de l’auteur.

    http://www.lamartinierejeunesse.fr  

  • Contre Dieu, tout contre...

    sade.jpgLa Religion de Sade

    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

    Éditions de l'atelier, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Dans le sillage de Sade moraliste, publié chez Droz en 2005, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer poursuit son exploration de l’œuvre de Sade et la déconstruction du mythe dont elle s’est nimbée au fil des temps.

    Que n’a-t-on déjà écrit à propos de l’athéisme forcené dont fit étalage le Divin Marquis tout au long de son existence ? Ses romans constituent sans doute l’un des plus longs blasphèmes jamais proféré dans l’histoire de la littérature. Jeangène Vilmer a examiné de plus près cette image d’Épinal du libertin injuriant, poing au ciel et bave aux lèvres, son soi-disant Créateur. Et sa conclusion réserve une surprise : Sade s’oppose finalement moins à la religion qu’il ne s’y arc-boute, afin d’en livrer une critique certes puissante, mais informée et, à certains égards même, tolérante !

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  • Slamer Rimbaud

    saison rimbaud.jpgUne saison Rimbaud

    Emmanuel Arnaud

    Editions du Rouergue (collection DoAdo), 2008

    A partir de 13 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    On peut faire toutes sortes de rencontres à Benidorm, station balnéaire espagnole où « il n’y a rien que des tours, toutes pareilles, comme à la Défense », et même la rencontre la plus improbable, la plus inimaginable pour un jeune lycéen: celle de la poésie d’Arthur Rimbaud.

    A partir de ce jour, la vie d’Alexandre bascule dans une autre dimension, il est projeté sur « une autre planète », dans « l’hyper espace », avec une puissance telle que la fadeur d’avant n’est plus supportable. Tout doit changer, et en premier lieu la petite amie qui n’y comprend rien et n’y comprendra jamais rien.

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  • Entendre les voix du collège

    soulat1.jpgSur la photo de classe
    Noam Soulat
    Calmann-Lévy, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Sur la photo de classe des troisièmes E, ils y sont presque tous, et tous, y compris ceux qui n’y figurent pas, ont droit à un portrait individuel de quelques pages, un court chapitre. Ce livre décompose la photo de groupe en autant de vignettes. Ils s’appellent Jamel, Paul, Mohamed, Lolita, Fatima, Cyril, Rachida, Harmonie, Kennedy, Nicolas… Ils sont jeunes et ont peu d’intérêt pour le cours de Français de leur prof, Monsieur Soulat.

    Instantanés d’un moment, ou portraits d’un jour ou parcours égrenés tout au long de l’année. Leur langage, leurs façons, manières et manies, leurs désirs, leurs amitiés et amours, désamitiés et désamours, apparaissent comme pris sur le vif, le plus souvent dans le même cadre, celui de la classe, du collège, rarement à l’extérieur (un salon du livre, le centre commercial). Apparaissent d’autres silhouettes, les autres professeurs, le CPE, le principal (son bureau est le lieu des confrontations graves, du rappel à l’ordre), les parents (parfois violents, surtout à l’égard de leurs enfants). Conseils de classe, conseils de suivi, vacances, rythment le temps autant que les exclusions et l’évolution, de plus en plus brutale, des rapports entre le professeur et certains, ou plutôt certaines de ses élèves. Le constat est terrible, violent.

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  • La significative candeur du lyrisme

    l-echange.jpgL’Échange
    de Paul Claudel, Mise en scène d’Yves Beaunesne
    Théâtre de la Colline, du 12 novembre au 14 décembre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Des personnages caricaturaux, une trame sans grande surprise, une mise en scène plutôt aride… Et pourtant, cet Échange de Claudel monté par Yves Beaunesne est une réussite certaine, donnant à entendre le meilleur du texte, et sa beauté désuète, et son souffle atemporel ; et ses curieux emplois de l’imparfait du subjonctif, et ses puissants élans lyriques. Drame à deux couples dont il semble assez vite évident qu’ils sont voués à l’échec, L’Échange traite avec sincérité et intensité un carré amoureux vieux comme le monde, ici placé sur la côte Est des Etats-Unis, entre une impuissance océanique houleuse et une immense liberté continentale.

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  • Prison d’enfants

    9782748506884R1.gifMéto, tome 1 : la maison
    De Yves Grevet
    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Roman d’anticipation, de formation, de collège, La Maison est tout cela sous le signe général de l’enfermement. Des garçons sont réunis dans une maison qui est tout leur monde : amnésiques, ils n’ont pas accès à leur passé, sans famille ils ne se souviennent pas d’en avoir eu une. Ils n’ont pas de futur non plus, ignorant ce que deviennent ceux d’entre eux qui arrivent à l’adolescence et disparaissent. Ils ignorent aussi qu’un autre sexe existe.

    Dirigés par des hommes nommés « César » (César 1, César 2 etc.), eux mêmes portent des noms aux consonances romaines (Claudius, Crassus, Paulus…). La discipline est militaire, carcérale aussi. Les plus vieux initient les plus jeunes. L’entraînement se fait dans un jeu collectif très violent, seul dérivatif à la tension qui les habite tous, et on y joue avec la mort.

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  • Déshumain, trop déshumain…

    ortega.jpgLa Déshumanisation de l'art

    José Ortega y Gasset

    Traduit de l’espagnol par Paul Aubert et Ève Giustiniani

    Sulliver, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    En 1925, José Ortega y Gasset n’est pas encore l’auteur de l’ouvrage qui fera de lui une figure majeure de la pensée européenne, La Révolte des masses. Il a cependant signé des articles nombreux et variés, publiés principalement dans la Revista de Occidente qu’il a fondée deux ans plus tôt. Cette revue de critique, qui ne répugnait pas à ouvrir ses pages aux avant-gardes, eut un rayonnement et une influence durables sur la génération des années 20-30. Elle accueillera les plus éminents intellectuels de l’époque, en matière de poésie, de littérature, de science ou d’esthétique.

     

    C’est de ce dernier sujet que traite d’ailleurs l’essai La Déshumanisation de l’art. Un texte qui interroge, aujourd’hui encore, les tenants et les aboutissants de l’art moderne et dans lequel Ortega tente d’ébaucher quelques pistes de compréhension claires quant à l’évolution des formes patente depuis la fin du XIXe siècle.

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  • Vie du site - 1

    sitartmagbannierepetite.jpgLa mise en place du site est désormais bien lancée et les mises à jour sont quotidiennes. Pour information : nous sommes en cours d'archivage afin que, peu à peu, un maximum d'anciens articles puissent être disponibles sur cet espace.

    Cette nouvelle formule permet aussi de naviguer d'un tag à l'autre. Tous les tags sont regroupés ici.

     

    Par ailleurs, nous avons ouvert un espace netvibes (à l'ébauche) où seront regroupés nos liens, au fil du temps. On peut y accéder en cliquant sur le lien situé dans la colonne de droite.

     

    Autre nouveauté : un moteur de recherche interne au site, installé dans la colonne de gauche, en phase de test...

     

    Bonnes lectures.

     

  • Du crash d'une soutenance à la révélation de l'écriture

    jbernard.jpgQui trop embrasse
    Judith Bernard
    Stock, 2008

    Entretien avec l’auteure

    (Par Christophe Rubin)

     

    J’ai rencontré Judith Bernard à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à Albi en juillet 2000. Le hasard l’avait amenée à faire sa communication juste après la mienne. J’avais alors été impressionné par l’aisance intellectuelle et oratoire d’une jeune normalienne – agrégée devenue théoricienne et praticienne de la mise en scène théâtrale – particulièrement brillante pour ne pas dire intimidante au premier abord. Nous y étions revenus, l’année suivante, charmés par l’ambiance conviviale de ce colloque très international et en même temps familial. Un soir, avec trois ou quatre autres jeunes chercheurs, nous nous étions retrouvés sur une terrasse de restaurant du vieil Albi et j’avais été ébahi à l’écoute de son récit de thèse, de la préparation à la soutenance et aux conséquences : ébahi de l’intensité de ce qu’elle pouvait ressentir et exprimer à ce sujet, sur un mode intime qui tranchait peut-être avec la théâtralité de ses différents métiers : d’enseignante, de conférencière, de comédienne et, un peu plus tard, de chroniqueuse dans une émission de télévision. Un nouveau genre de récit était né.

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  • No future

    maltescarrels.jpgScarrels
    de Marcus Malte
    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Roman étrange et noir, Scarrels se situe dans un monde lui aussi étrange et sombre. On y vit la nuit, il y pleut sans cesse, la ville est un univers clos où la foule erre sans but, les chemins sont des traits de lumière entre la maison et la ville. De curieux oiseaux, des faucons, font la police et traquent et mettent en pièces les mal pensants, les fauteurs de trouble.
    Si le narrateur est un adolescent assez proche de ceux qui pourraient être ses lecteurs, pris entre son amour pour son amie d’enfance et ses relations avec ses parents, ses amis, jeunes comme lui, sont plus improbables : Abel le géant simplet, Jona l’amie mystérieuse, Karen orpheline de nulle part de la classe des « perles », à l’allure de poupée qui teint entre ses bras son double, Tina, une poupée vivante et parlante, changeant à tout moment de costume et de personnalité (Tina-Star, Tina Baila…), un genre de Barbie animée et puissante, Steve l’adolescent borné, Tommy, celui qui sait tout… un clan des six uni par des relations fortes, mais aussi par beaucoup de non dits.

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  • La tragédie et l’espérance, ou le roman d’une Rom

    zoli2.jpgZoli
    Colum McCann

    Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 2007 / 10-18, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre) 

     

    Marienka Novotna, dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six ans et son grand-père échappèrent à la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom, elle apprit à lire et à écrire : « Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre mes doigts ».


    Après avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie communiste et lui-même fasciné par la jeune femme, va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée rom.

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  • Hair

    hair.jpgLes cheveux de Léontine

    Rémi Courgeon

    Album Nathan, 2008

     

    (Par Caroline Scandale)

     

    Léontine, introvertie, se cache derrière de très longs cheveux, identiques à ceux de son père décédé. Elle ne veut pas les couper car ils sont une part de lui en elle. Ils la protègent mais l’isolent aussi des autres. A l’école, ses camarades se moquent de cette étrange petite fille retranchée derrière ce rideau couleur geai.

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  • Les forêts dans les livres

    omega.jpgOméga et l’ourse
    Guillaume Guéraud, Beatrice Alemagna, Editions Panama, 2008

    (par Madeline Roth)

    Il y a quelque part dans les livres des forêts immenses à parcourir. Il faut parfois fermer les yeux, et mettre son pas dans les pas d’un autre : ici c’est Oméga qui emmène. Le jour, Oméga rêve à l’ourse, à sa fourrure brune et à ses yeux sombres. Le soir, elle l’observe sans bouger, le front collé à la vitre. Mais lorsque le froid arrive et que les bergers rentrent les moutons, l’ourse s’approche du village le ventre vide. Elle s’approche « si près que, dans ses yeux, flottait la nuit tout entière ». Alors, « simplement », Oméga saute dans les bras de l’ourse. Leur course à travers la forêt durera des secondes, ou des semaines, jusqu’à ce que...

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  • Pour cœur brisé rien d’impossible

    choses cassées d'octavio.jpgLes choses cassées d’Octavio

    Texte d’Agnès de Lestrade

    Illustrations de Pascaline Mitaranga

    Gautier-Languereau, 2008

    à partir de 3 ans

     

    (par Myriam Gallot) 

     

    Octavio et sa fidèle assistante, une poulette bricoleuse, réparent tout : les mers démontées, les trous de mémoire, « les tuiles, les bosses et les coups du sort. » Mais comment réparer le cœur de Madeline, la jolie voisine ? Une fable imaginative, à l'écriture soignée, et servie par des illustrations colorées, douillettes et drôles, qui en font un petit bijou de malice et de tendresse. Encore une très belle réalisation des éditions Gautier-Languereau.

     

    http://www.gautier-languereau.fr

  • Adolescence en fuite

    9782844206848.jpgDans sa peau
    De Benoît Broyard

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce pourrait n’être qu’un roman social de plus : le héros de l’histoire est un adolescent qui fuit sa famille après avoir incendié une grange. Père alcoolique et chômeur (était-ce bien nécessaire ?), mère à antécédents psy (était ce bien nécessaire ?) et alcoolique elle aussi. Rien d’exaltant, donc, sur le plan du cadre de l’histoire.

    Mais ce roman touche pourtant juste et fort. Tout d’abord par le choix de la voix qui le porte : celle du personnage dont on ne saura pas le nom, et qui se choisit le prénom d’un autre, Antoine. Une écriture à la première personne très habitée et saturée elle-même d’autres voix, celles de son passé qui sont restées inscrites en lui, comme gravées par la souffrance, voix du père, voix de la mère. Ce que disent ces voix ne relève pas de l’exception qu’aurait pu induire le contexte médico-social choisi, mais du banal, avec ses expressions triviales, trop entendues : une façon de dénoncer le langage des adulte très ordinaires lorsqu’ils s’adressent à leurs enfants.

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  • Un monstre très humain

    doppel1.jpgDoppelgänger
    David Stahler Jr
    traduit de l’anglais par Luc Rigoureau
    Tribal, Flammarion, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Roman s’inscrivant à la fois dans la veine fantastique et dans celle de la chronique adolescente, Doppelgänger décrit un univers réaliste, socialement et affectivement très vraisemblable, alors que le narrateur est par nature un non-humain : un jeune Doppelgänger privé de nom, « une créature primitive », un caméléon qui s’approprie pour un temps la vie d’un être humain qu’il a au préalable assassiné. Un monstre ? Le narrateur « se pose la question depuis que je suis en âge de réfléchir. Je n’ai toujours pas de réponse. Ma mère estimerait que non. D’après elle, notre race n’a rien à voir avec le bien et le mal - "ces sottes conventions humaines". »

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  • La revanche du Nord

    artop.jpgLe Cantique de l’apocalypse joyeuse
    Arto Paasilina
    traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
    Denoël, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce récit, loufoque comme la plupart de ceux de Paasilina, évoque comme le titre l’indique, une progressive fin du monde : tout s’arrête et c’est pas triste ! Guerre mondiale (dont on sait peu de choses, les communications étant coupées), catastrophes atomiques, Europe bien lointaine mais vue comme un recours, effondrement des démocraties… le tableau devrait être sombre.
    Mais tout cela est vu de très loin, depuis un tout petit village du fin fond de la Laponie qui s’édifie au fil du roman et fait figure de paradis retrouvé. Partant d’une « fondation funéraire » faite pour satisfaire au vœu d’un défunt, athée et brûleur d’églises, qui pour se racheter fait construire une église (en bois) et son cimetière, le village se fait avec la venue d’écolos incapables mais sympathiques, d’artisans, d’une école, de réfugiés de divers endroits (lapons, russes, etc.) et fonctionne en autarcie.

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