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  • Un merveilleux vieux voisin

    2fy0x73i.jpgMonsieur Rose
    de Silke Lambeck,

    traduit de l’allemand par Carine Destrumelle,
    Seuil jeunesse (collection chapitre), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce petit roman commence comme une histoire réaliste : le jeuen Maurice vient de déménager, est un peu perdu, sa mère, divorcée, l’est aussi. Ca va mal à l’école de l’un, mal au travail de l’autre, enfin, pas la joie. Ils font la connaissance d’un voisin, un vieil homme qui vit seul et semble assez désoeuvré pour emmener Maurice au parc, lui offrir à gouter… On se demande où le livre nous emmène et ce que va réserver la suite. Et ça bifurque de façon très joyeuse, très progressivement, très discrètement. Le réalisme sociologique banal et sombre du début se transforme fantaisie légèrement fantastico-merveilleuse avec de bonnes couleurs, histoire de montrer la vie en rose, enfin.

  • Heureux qui comme Ulysse…

    sclavis.JPGLouis Sclavis
    Lost On The Way
    (ECM 179 849-7)

    (par Jacques Chesnel)

    On connaît depuis longtemps les penchants affirmés de notre Louis national, l'un des premiers pionniers du jazz dit européen, pour d'autres territoires musicaux (folklores, musiques ethniques, domaines contemporains), ses relations avec les mondes de Duke Ellington (On the Air) et Jean-Philippe Rameau (Les Violences), le cinéma (autour de Charles Vanel, Dans la Nuit), la danse, les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest, Napoli's Walls) et le langage (L'imparfait des langues).

    Douze plages/étapes pour ce périple musical inspiré d'Ulysse dans l'Odyssée écrite par Homère en 24 chants vers la fin du VIII° siècle avant J.C., poursuivant ainsi le travail inauguré avec le précédent quintet et, dixit Louis : inventer de nouvelles musiques dans lesquelles on s'engage pleinement au risque de se perdre… aller vers l'inconnu… me laisser tomber de Charybde en Scylla en essayant de maîtriser le vent et les vagues pour au retour pouvoir raconter le voyage.

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  • Entrelacs amoureux dans le prisme d’une mémoire

     

    Aciman plus tard ou jamais.jpgPlus tard ou jamais
    André Aciman
    traduit de l’anglais (USA) par Jean-Pierre Aoustin
    Éditions de l’Olivier, 2008

    (par Joannic Arnoi)

    En un lieu comme un autre de la Riviera italienne, dans un passé vieux de vingt ans, Elio revient sur l’été de ses dix-sept ans et la liaison qu’il vécut alors avec Oliver, un jeune universitaire américain reçu en résidence chez ses parents. La villa familiale forme un havre paradisiaque, ouvrant sur d’autre coins (« spots ») égrenés dans les environs : la ville de « B », sa piazzetta et son afflux humain, le « tertre de Monet », refuge d’Elio, la plage où Shelley s’est noyé, et encore d’autres accès à la mer… Cette existence estivale, simplifiée à l’extrême, ouvre de vastes plages de loisirs et de rêverie. Tout l’effort de réminiscence dont le livre est fait s’attache à celles-ci, sous le regard souverain d’un garçon de dix-sept ans, ses conjectures, pulsions et répressions.

    Jusqu’à un certain point, Plus tard ou jamais pourrait se lire comme l’histoire, relativement linéaire, d’un amour d’été, avec son cadre (idyllique), sa galerie bigarrée de personnages secondaires (famille, domesticité, voisins), ses étapes, hésitations, revirements, et son terme annoncé. Mais le narrateur, pas dupe, a ménagé de nombreuses chausse-trappes, ellipses, modulations, qui brouillent le canevas (pour peu qu’on s’y attarde). L’incertitude trouve moins son principe dans les failles de la mémoire d’Elio que dans les effets secondaires d’un point de vue unique : les spéculations sophistiquées, alambiquées, d’un jeune homme, recréées vingt ans après. Lorsqu’elles se trouvent démenties ou lézardées, c’est l’ensemble de l’échafaudage narratif qui se tasse sur lui-même. La frontière entre rêveries et accomplissements est ténue et il suffit de quelques pages pour qu’elle se déplace, au gré d’actualisations de la mémoire. Et si Oliver garde l’essentiel de son opacité jusqu’au terme du roman, c’est un magnifique portrait de jeune homme, ignorant de lui-même malgré sa sagacité, qui se dégage d’Elio, dans le miroir de son moi ultérieur, fait narrateur.

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  • Pas de grand soir

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    Vienne le jour
    Gabriela Adamesteanu

    Traduit du roumain par Marily Le Nir

    Gallimard

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    « Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.

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  • Cheminements et analyses

    queneau.JPGTransports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
    Pascal Herlem
    Calliopées, 2009

    (par Jean-Pierre Longre)


    Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots

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  • Cyrano de Bergerac raconté aux enfants

    cyrano.jpgCyrano

    Texte Taï-Marc Le Thanh, illustrations Rebecca Dautremer

    Editions Gautier-Languereau
    réédition dans les collections « petits bonheurs », 2008 et « les petits Gautier », 2009

    à partir de 6 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Excellente surprise que cette adaptation en album de la célébrissime histoire de Cyrano De Bergerac, soupirant malheureux et épistolier exceptionnel. La qualité du texte, d’abord, un conte poétique et fantaisiste, volontiers désuet dans le ton, avec de vraies-fausses définitions des mots compliqués ou anciens. « Un air inspiré est le contraire d’un air expiré. Un air expiré est déjà passé dans les poumons et il donne une teinte rougeaude au visage (ce qui n’est pas très joli pour dire de la poésie). »
    Les illustrations ensuite, dans un style médiéval japonisant fleuri, à dominante de rouges et de verts du plus bel effet. Exotiques, douces, évocatrices. On rit. On a le cœur serré. Une interprétation libre et pourtant fidèle à l'esprit de l'original. Et surtout une belle manière de découvrir un classique que ce petit album parfait, à prix très doux (réédité dans deux collections, respectivement à 7,50 et 5,20€).

     

    http://www.rebeccadautremer.com/

  • Où il ne peut plus être question du roman policier

    v_book_27.jpgUne brève histoire du Roman Noir
    Jean-Bernard Pouy
    L’œil Neuf, 2009

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il n’y va pas de main morte, Jean-Bernard Pouy : « Ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku ». S’il peut se permettre ce genre de constat, c’est qu’il est lui-même auteur (La petite écuyère a cafté, La belle de Fontenay, L’homme à l’oreille croquée, Nous avons brûlé une sainte, RN 86, Spinoza encule Hegel), et qu’ainsi son expérience de lecteur (et de compulseur du « seul dictionnaire mondial » des littératures policières, celui de Claude Mesplède) se double de celle de l’écrivain chevronné.

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  • "Que tu es belle..."

    libens.jpgAmours crues

    Christian Libens

    Luc Pire, 2009

     

    (par Samia Hammami)

     

    Christian Libens est un esprit curieux et, surtout, un infatigable explorateur. Les villes, les rues, les gens, la littérature, ses champs d’investigation n’ont de cesse de se multiplier. Auteur de guides érudits, de récits, de chroniques, de préfaces, de livres pour enfants et pour adultes, de poèmes, il nous délivre avec Amours crues un roman, longuement couvé et enfin éclos, s’inscrivant dans une veine voluptueuse.

    Rien de vulgairement trash ici, ni de grivois inutile. Comme le titre le suggère, les êtres et leurs unions sont mis à nu, certes sans fard, mais avec doigté. Plus qu’un énième texte érotique, ces pages se veulent un hommage. C’est d’abord une célébration de la femme (Macha, Maryse, Marie-Marthe, Maria et les autres Marie) à travers les courbes, les peaux, les chevilles, les pieds, les chevelures, mais également les lacérations, les mutilations et les cicatrices. Les tabous se révèlent alors religion du corps malmené par la grossesse, la torture ou une tache de vin. De la sublimation, pas du sublime.

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