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Pandore chez les Gaulois

thumb_pandore.2.jpgNina, c’est autre chose
Michel Vinaver
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre de la Colline, Paris
Du 28 mai au 27 juin 2009


(
par Nicolas Cavaillès)


Par rapport à deux frères vieux garçons endigués dans une vie monotone, Nina, fraîche et dynamique au diable, c’est tout autre chose ; aussi, quand celle-ci débarque chez ceux-là et qu’elle met les pieds dans le plat de rôti de veau aux épinards du mercredi, cette confrontation radicale entre les forces féminines de la vie et les raideurs viriles de la conservation promet de violentes étincelles. Écrite dans les années 1970 par l’écrivain-PDG Michel Vinaver,
Nina, c’est autre chose ravit par sa légèreté de ton et par l’originalité du développement qui est fait à partir d’une idée de base plus classique (le ménage à trois) ; car l’irruption haute en couleurs de Nina, qui n’hésite pas à d’emblée affirmer sa différence et son indépendance, c’est aussi celle de la femme dans une société française engourdie, et celle de la modernité simili-américaine dans le monde du travail : sortez vos syndicats, voilà Nina.

Conçu sur une trame digne d’une série télévisée (avec bien trente ans d’avance, sans parler de la subtilité de traitement), la pièce avance à rythme enlevé dans un enchaînement d’épreuves et de saynètes rondement menées. Avec l’extraordinaire économie de mots qui caractérise son écriture, Vinaver livre une partition orale à la fois vive et profonde, où tout finit par être symbole de tout, de même que chaque réplique, par croisement perpétuel des discours, finit par répondre à plusieurs problèmes à la fois : la situation professionnelle des héros (ouvrier et coiffeurs), tout comme le paysage social français (et son enrichissement par vagues d’immigration successives), tout cela se retrouve dans la situation intime et amoureuse du trio, constituant une illustration fine et gentiment moqueuse de la peur néo-gauloise du changement. Les crises d’une usine ou les ébats d’un salon de coiffure reflètent bien les périls savoureux de la collocation. Peut-être le happy end final est-il un peu trop joli (après bien des déboires, Nina est nommée première shampouineuse !) – mais c’est encore une manière assez ironique de donner à voir une modernité qu’on a bien briefée sur l’importance marketing du tout-sourire… Avec une perspicacité rare et étonnamment précoce, Vinaver faisait donc déjà mouche dans Nina, c’est autre chose. Impeccablement lue et interprétée dans la mise en scène franchouillo-seventies de Guillaume Lévêque, cette petite comédie montre l’auteur de Par-dessus bord très à l’aise dans son art des coupes trans-sociétales et des conversations entremêlées, qui est aussi un art de cerner l’époque tout en y saisissant les constantes intemporelles ; car, même à l’ère des sachets de purée instantanée, Prométhée vole toujours le feu, Épiméthée s’embrase encore pour Pandore, et Pandore débaroule avec toute sa boîte : c’est bien la même entreprise.

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