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02/06/2009

L'Einsamkeit du directeur de théâtre

peymann2_1.jpgClaus Peymann (triptyque)
Thomas Bernhard
Mise en scène d’Yves Charreton
Avec Stéphane Bernard, Yves Charreton et Edwige Morf
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 26 mai au 5 juin 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Le triptyque
Claus Peymann, c’est une comédie en trois saynètes aux titres explicites : Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater, Claus Peymann s’achète un pantalon et va déjeuner avec moi, et Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese – titres pince-sans-rire qui disent déjà l’ironie lasse et potache des textes que Thomas Bernhard a puisés dans l’expérience autrichienne de son ami allemand Claus Peymann (désormais directeur du Berliner Ensemble, Peymann est par ailleurs attendu à Fourvière cet été). Que ceux qui aiment la misanthropie de Bernhard se réjouissent, il a ici trouvé pire que l’homme : l’Autrichien, et pire encore que l’Autrichien, l’homme de théâtre autrichien… La taloche est un peu systématique, mais encore ravigotante.


L’Autriche… Cauchemar de lourdeur légendaire, brasserie grasse pour anciens nazis, théâtre de pervers sournois et vulgaires, l’Autriche et sa scène théâtrale, vigoureusement vilipendée à répétitions par Bernhard, ajoutent à la « faiblesse d’esprit » allemande le mauvais goût et l’arrogance insistante. Et Peymann de s’offusquer, à son arrivée, alors qu’il se propose une tabula rasa radicale de l’histoire du théâtre comme du théâtre contemporain – sans doute le meilleur moment du spectacle, à grands jets de dramaturges et de comédiens par les fenêtres. Mais la mégalomanie ambiante le guette lui aussi, Peymann l'intransigeant, et la bêtise conceptuelle (la mort dans les cabines d’essayage, ou bien « tout Shakespeare » compressé en un seul spectacle – et l’on pense alors aux artifices scripturaux d’un Heiner Müller). Reste comme plus aimable qualité de ce spectacle sa part d’autodérision non avouée, poussant ce joli vice de la lucidité jusqu’à l’acceptation sur soi des défauts les plus irritants des autres. Dans ce contexte, l’interprétation du metteur en scène Yves Charreton, qui joue Bernhard, ne convainc guère : chansonnier, colérique, « généreux », en un mot, humain (toutes proportions gardées), ce Thomas Bernhard-ci séduit beaucoup moins que son compère Claus Peymann, excellemment joué par Stéphane Bernard, qui s’avère d’un bout à l’autre impeccable dans un savoureux exercice de dandysme-malgré-lui et d’exaspération grandiloquente. À croire que, pour se faire aimer (de ses confrères, de la critique, du public, soit de toute la foule impatiente qui entoure et harcèle le directeur de théâtre), il ne serait pas inutile de se montrer haïssable, gratuitement hautain, et démesurément, universellement dénigreur ?

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