Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/06/2009

Et si...

 9782081211698_cm.jpg
Ceux qui sauront
de Pierre Bordage
Flammarion (Ukronie), 2008

Divergences 001 (Anthologie)
Flammarion (Ukronie), 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Les éditions Flammarion ont lancé fin 2008 une nouvelle collection de romans de SF destinées aux ados, Ukronie. Une « uchronie », c’est un récit qui imagine une bifurcation dans l’Histoire : un événement n’a pas eu lieu, ou s’est produit autrement ; le cours des événements que nous a transmis l’Histoire en a été changé : l’invincible Armada n’a pas sombré, Pizarre a été chassé d’Amérique avant de pouvoir détruire des empires, Hitler a gagné la guerre, etc. C’est un thème qui connaît aujourd’hui une nouvelle faveur (voir Et si on refaisait l'histoire ? de Anthony Rowley  et Fabrice d' Almeida).
L’un des ouvrages, Divergences 001, est une anthologie. Les textes, de M. Pagel, F. Colin, L. Généfort, J. Héliot, X. Mauméjan, P. Pelot, J.M. Ligny, P. Mc Auley R. Wagner et E. Henriet, sont souvent ingénieux, parfois prenants, mais l’ensemble ne convainc pas : il semble que le genre de l’uchronie s’accommode mal de la forme brève. Faute de pouvoir inventer un univers avec toutes les conséquences matérielles, intellectuelles, esthétiques, politiques, religieuses, qui auraient découlé d’une autre histoire, les plus réussis des textes sont des nouvelles réussies, mais pas des uchronies frappantes.


Au contraire, le roman de Pierre Bordage, Ceux qui sauront, propose une histoire cohérente, inquiétante et des personnages attachants pris dans de multiples complications. La bifurcation se situe en 1882 : Jules Ferry est assassiné et la monarchie revient au pouvoir, aussi stupide et bornée que sous la première Restauration. Les nantis n’ont d’yeux que pour la cour de Versailles, pour l’argent. La catholicisme est pire encore. Le peuple est opprimé comme il se doit, mais plus durement encore : interdiction lui est faite d’apprendre à lire et à écrire. La sédition revient à braver cet interdit, à chercher désespérément le savoir et des écrits… Cette situation rappelle un peu (en plus doux) le roman de G. Gueraud, Les Brigades de l’œil : encore un roman qui montre le livre et l’étude comme des objets de désir dignes de toutes les transgressions.
Mais ce côté bien pensant et sympathique mis à part, c’est aussi un vrai roman d’aventures et d’amour. Il propose deux points de vue, celui d’un garçon, pauvre, et celui d’une fille, riche et éduquée, malheureux tous les deux pour des raisons opposées. Le thème de la pauvre petite fille riche est fort bien traité, soulignant le misérable destin de celles que leurs parents utilisent comme monnaie d’échange social et qui n’ont aucune perspective autre qu’un mariage riche et malheureux. Celui du jeune garçon courageux est aussi bien développé avec beaucoup de frayeurs et de suspens. Les scènes de révolte populaires ont un air de déjà vu des révolutions antérieures, à la différence près que le peuple y est non violent et que les puissants ont des hélicoptères… on imagine le désastre. Le refus d’une fin heureuse facile est une autre des qualités du livre : début d’une série, ou pessimisme ? La mort de Jules Ferry sera-t-elle jamais compensée ? Que ce grand homme soit reconnu comme tel dans un roman pour adolescent est décidemment une belle chose. Comme l’idée consolante que, somme toute, tout aurait pu être encore pire qu’aujourd’hui…

Les commentaires sont fermés.