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12/05/2009

Pas de grand soir

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Vienne le jour
Gabriela Adamesteanu

Traduit du roumain par Marily Le Nir

Gallimard

 

(par Jean-Pierre Longre)

« Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.


L’histoire est celle de Letitia, qui vit les difficultés d’une jeune fille roumaine des années 1950-1960 : père en camp de travail, vicissitudes quotidiennes dans une petite ville, entre la mère et l’oncle (lui-même victime dans son enseignement et ses recherches des tracasseries du pouvoir), puis, malgré le mauvais « dossier politique » de la famille, admission à l’université, et vie d’étudiante en résidence universitaire : les amitiés et inimitiés, les amours et désamours, la complexité des relations humaines prises entre l’inexpérience, la sincérité, les perspectives d’avenir et la nécessité de composer avec un contexte sociopolitique à la fois retors, rigide et imprévisible... Récit de vie, donc, fondé visiblement sur l’expérience de l’auteure ; Vienne le jour est un roman d’initiation, initiation à la difficulté de vivre dans la méfiance des autres et la peur du lendemain, à l’impuissance face aux forces plus ou moins occultes qui gouvernent, infantilisent et avilissent les êtres, à la monotonie d’une existence enfermée dans les frontières d’un pays et d’une bureaucratie mesquine, à la mort ; mais aussi initiation à la lucidité, à la joie (souvent éphémère), à l’espoir (durable) de se dire : « vienne le jour » (et non le « grand soir »).

Ce récit de vie ne serait que ce que sont trop souvent les ternes témoignages personnels, s’il n’y avait les couleurs de l’écriture, la force des images qui métamorphosent un banal paysage urbain en évocation de la Nature, les bruits de la ville en musique de la mer, les soucis quotidiens en espérance, les incidents d’une existence en vraie destinée.

www.gallimard.fr

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