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  • Intrusion familiale

    type vautour.jpgCe type est un vautour
    Texte de Sara et illustrations de Bruno Heitz
    Editions Casterman (collection « les albums Casterman »), 2009

    (par Myriam Gallot)

    Voici un singulier album qui risque d’embarrasser libraires et bibliothécaires. En apparence, c’est un album jeunesse à la réalisation cartonnée d’ailleurs très soignée (à partir de 8 ans, dixit l’éditeur). Pourquoi pas, vu le thème abordé : l’intrusion d’un homme dans une famille monoparentale. Le traitement, pourtant, n’est guère enfantin.

    Un trait appuyé, épais, presque grossier. Pas de visages, à part celui du chien et de la petite fille, comme si les adultes étaient finalement interchangeables (ils semblent d’ailleurs découpés dans du papier et collés). Une femme. Un homme. Chabadabada. Sauf que l’homme est un séducteur égoïste, observé avec lucidité et dégoût par le chien narrateur, qui flaire le danger. Une vraie bonne idée, pour témoigner de manière médiate du vécu de la petite fille, sans larmoiement mais avec une émotion réelle.

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  • Le monde merveilleux de Walt Disney

    roi amérique.jpgLe roi de l’Amérique

    de Peter Stephan Jungk

    traduit de l’allemand par Johannes Honigmann

    Editions Jacqueline Chambon, 2009

     

     (par Myriam Gallot)

     

    Son nom est « familier à plus de monde que celui de Jésus-Christ ». C’est lui qui le dit. Aux Etats-Unis, quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende. Et Walt Disney ne s’est pas privé de fabriquer la sienne, lui, la parfaite incarnation du rêve américain, aimant se présenter jusqu’à la fin de sa vie comme un « garçon de la campagne, qui se cache derrière une souris et un canard ».

     

    Le roman-biographie de Peter Stephan Jungk, consacré au personnage, a beau jeu de mesurer, non sans une inévitable cruauté, l’écart entre l’homme et le mythe. On y découvre un Walt Disney vieillissant, presque anachronique dans les années 60, aussi raciste que généreux, réac et visionnaire, tour à tour Peter Pan et grand méchant loup. Un roi de l’ambivalence, père de Mickey, qu’il n’a jamais dessiné, et qui eut surtout le génie d’exploiter celui des autres. Un mégalomane qui rêvait d’immortalité, jusqu’à former des projets de cryogénie, dans l’espoir d’être ramené à la vie un jour. Mais n’est pas Jésus-Christ qui veut. Walt Disney échoua en son ultime projet.

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  • Simpleticité

    240_450_zurbaran-francois.jpgFrançois d’Assise
    D’après Joseph Delteil
    Mise en scène d’Adel Hakim
    Avec Robert Bouvier
    Théâtre des Ateliers, Lyon
    Du 21 au 26 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?

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  • L’homme naturel

    ilu.gifIlû, l’homme venu de nulle part

    Pierre Barthe

    VLB éditeur, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

     

     

    Pierre Barthe, dans son premier et très beau roman à l’écriture limpide et imagée (« Hiver » se dit « longue neige », la marmotte est « le siffleux » pour les hommes préhistoriques), nous fait vivre, pendant plus de six cents pages, la vie, telle qu’il l’imagine, de nos lointains ancêtres d’il y a 35000 ans. Nous suivons avec angoisse ou ravissement Ilû - devenu amnésique à la suite d’une terrible agression - et ses amis du clan-des-Hommes-Vrais dans des lieux hostiles et glacés aujourd’hui enfouis sous les mers de  Tchoukotka et de Béring.

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  • Trompe-l’œil

    couvsiefener.jpgNonnes
    Michael Siefener

    Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger) 

     

    Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.

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  • Hippolyte emporté par le monstre

    images.jpegLa Troade / Hippolyte
    Robert Garnier
    Mise en scène par Christian Schiaretti
    ENSATT, Promotion 68
    Du 11 au 23 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)


    Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.

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  • Intelligence et Amour de Pierre Leroux

    9782351220542.jpgPierre Leroux, Penseur de l'humanité

    Bruno Viard

    Sulliver, 2009

    (par Frédéric Saenen)

     

    Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.

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  • Lueurs de l’intérieur

    dvc.jpgLa maison des lumières

    Didier Van Cauwelaert

    Albin Michel, 2009

     

    (par Radu Bataturesco)

     

     

    L’illusion prend le pas sur le réel. Dans “Mille et une nuits” comme dans la vie. 

    Didier Van Cauwelaert, amphitryon d’un établissement à stroboscope ! Le nouveau numéro d’illusionnisme concocté par “Magic Didier” s’appelle, à plus d’un titre, La maison des lumières. Encore un tour de passe-passe littéraire (voir sur www.sitartmag.com la chronique de “La nuit dernière au XVème siècle”) et pas des moindres, si l’on en juge le pitch : un apprenti boulanger d’Arcachon, Jérémie Rex (!), entre dans un tableau de maître pour revivre pendant 4 minutes 30 le bonheur paroxystique de son histoire d’amour, passion qui se trouve en cul-de-sac ! La ficelle est grosse et pourtant, on la mange comme du petit pain chaud, s’il vous plaît. D’un trait, d’un seul. D’une mastication. Pétrie par DVC, la pâte du paranormal a, dans votre assiette, le goût du soleil et du croissant de lune.

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  • Atmosphère envoûtante

    originalpimpant.jpgOriginal pimpant
    Émile Parisien Quartet

    (Laborie Jazz Lj 07 ; distribution Naïve)

     

    (par Jacques Chesnel)

      

    1/ La couverture de pochette : le titre pourrait être une sorte d'oxymoron auquel s'ajouterait le dessin d'une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf Le Bel à l'agonie d'après le prélude du troisième acte de l'opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner) ne rassurent pas non plus, lecture sépulcrale; d'où cette interrogation sur le "pimpant" (impression de fraîcheur et d'élégance) ; quant à "original" pas de doute à entretenir sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet Au revoir porc-épic (tiens !, déjà). Mais alors !

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  • L'éternel mari

    couvcollier.jpgDouble

    Jean Collier

    Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger)

     

    Dans son premier roman, l’auteure anglaise Jean Collier raconte un impossible deuil, celui que tente de surmonter Photis, une jeune femme devenue la veuve de son ami Ian qui s’est noyé lors d’un séjour au Mexique. Pour autant, Ian est omniprésent, jusqu’à tisser son propre récit dans la fiction où alternent narration à la 1e  et à la 3e personne. Présence paradoxale et fantomatique, surgie de l’au-delà pour compter encore dans la nouvelle vie de la femme aimée, peser sur ses choix et s’immiscer dans ses aventures sentimentales. Un défunt coriace, éternel mari que la jalousie est parvenue à sauver des eaux pour hanter les vivants et s’en nourrir : « Je suis cette maison, se dit Photis. Ian est comme la mérule ; il vit dans mes os, dans mon âme ; invisible – mais ses dégâts sont immenses. Il me mange de l’intérieur. Un jour, il ne restera plus de moi qu’une coque vide et desséchée. » Jalousie de Ian à l’égard d’Ottavio qui partage la complicité de Photis, puis à l’égard d’Eric pour lequel elle éprouve du désir et avec lequel elle aimerait refaire sa vie. Alors Ian les épie, les suit, observe ces longues heures de travail qu’ils partagent, va jusqu’à passer la nuit à leurs côtés. Un sentiment qui tourne au délire lorsqu’il l’imagine aimée et possédée par de multiples hommes et femmes : « Photis va d’un garçon à l’autre, et tous cherchent à la retenir […] Mon épousée des ténèbres se faufile dans la foule un verre à la main ; […] dans le vacarme des filles rient ; et l’une lui caresse les cheveux, tout contre un mur tout en miroirs. »

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  • Beauté fulgurante

    creve.jpgCrève-l’Amour

    Asa Lanova

    Bertrand Campiche Editeur

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

     

    Venir au monde sans être désirée (« le coup de foudre fut (...) réciproque. Mais infiniment moins romanesques les conséquences immédiates »), de surcroît sous le signe de l’angoisse et de la mort (« il fallait choisir entre la mère et l’enfant »)  présage une vie endolorie et difficile à poursuivre.

     

    L’autobiographie d’Asa Lanova naît d’un sentiment d’angoisse intense et d’une brûlure intérieure qui consume l’être. Avec une écriture soignée d’esthète, Asa Lanova enfant, puis femme écorchée vive raconte les événements marquants de sa vie : une enfance tourmentée,  fascinée par le corps et la sexualité sous l’aura de deux grands mères pimpantes, extravagantes et fascinantes (« Si la découverte de l’angoisse et de la volupté remonte à ma prime enfance, elle est inévitablement liée à mes grands-mères »), une adolescence et une vie adulte souvent plongées dans une déréliction totale, (« De heurts en éblouissements, de tentations en échecs, j’ai glissé dans l’adolescence. Avec un sentiment de solitude absolue ») bouleversées par des états paroxystiques.

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  • That other 70' show

    jerk_jonathan.jpgJerk
    Dennis Cooper
    Mise en scène de Gisèle Vienne
    Avec Jonathan Capdevielle
    Théâtre de la Bastille
    Du 7 au 15 avril 2009 (et en tournée)

    (par Nicolas Cavaillès)


    Les drames d’adolescents sanglants ont hélas le vent en poupe ; on remonte ici à l’un des pionniers du genre, un certain monsieur Dean Corll, qui tua et fit s’entretuer une vingtaine de jeunes Texans des années 1970. Avec marionnettes, fanzine et bruits de bouche explicites, Jerk met en scène l’ultime orgie de ce tueur en série et de ces deux petits acolytes. Spectacle pas tout public du tout, d’autant plus qu’il est réussi : si l’on n’a pas pris l’habitude de rire du gore, ce psychodrame ludique monté par Gisèle Vienne devient vite insupportable.

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  • Collectionner, conquérir : l'Inde, l'Égypte

    empire.jpgAux marges de l'Empire
    Conquérants et collectionneurs à l'assaut de l'Orient de 1750 à 1850

    Maya Jasanoff

    Essai traduit de l'anglais (2006) par Isabelle Taudière

    Éditions Héloïse d'Ormesson, 2009

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Maya Jasanoff enseigne à Harvard l'histoire impériale et culturelle de la Grande-Bretagne. Analyse comparée de la formation des empires britannique et français, son livre s'articule autour de leur rivalité permanente, avec pour la période traitée ses temps forts (la guerre de Sept Ans, l'expédition d'Égypte) et ses points névralgiques (Amérique du Nord, Inde, rives du Nil). La comparaison est d'autant plus pertinente qu'elle ne peut se borner au parallèle des deux puissances. Si France et Grande-Bretagne évoluent presque simultanément de l'expansion commerciale, étayée d'influences diplomatiques, à la conquête et à l'occupation directe de pays étrangers, c'est que leurs ambitions respectives se forgent dans l'antagonisme et se renforcent dans la confrontation. Le plan de l'ouvrage reflète cette dynamique : entre deux parties consacrées à l'Inde (1750-1799) et à l'Égypte (1801-1840), zones de concurrences marchandes, d'ingérences diplomatiques et de conflits armés, s'insère un volet réunissant ces deux pays, pris en tenaille dans un « choc des Empires (1798-1801) » qui prime sur celui dit plus tard « des civilisations ».

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  • Un répertoire hétéroclite

    mirabassi.jpgGiovanni Mirabassi
    Out of Track

    (Discograph 6104035; distribution Discograph)

     

    (par Jacques Chesnel)

     

     

    C'est bien le choix du répertoire qui distingue particulièrement ce disque des autres enregistrements de trios de formules identiques. En effet, réunir dans une cinquantaine de minutes à la fois trois standards, un chant de résistance, des compositions de John Coltrane, Astor Piazolla, Ennio Morricone et sa propre écriture suffit à attirer l'attention. D'autant que le pianiste transalpin (né en 1970 à Perugia, accompagnateur de Chet Baker, au pied levé, à 17 ans, installé en France depuis plus de quinze années et où il aura étudié avec le maître Aldo Ciccolini) a su au fil du temps se faire connaître et reconnaître dans le monde du jazz par ses nombreux concerts et disques dont le superbe Cantapiano (chansons en solo absolu) produit par Philippe Ghielmetti en 2005.

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  • La vie en trois drames

    S. Cotton.jpgStanislas Cotton
    Petites pièces pour dire le monde (2)
    Lansman Editeur / Promotion Théâtre, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Comédien, puis dramaturge prolifique, Stanislas Cotton connaît bien la portée que le théâtre peut avoir, aussi bien du point de vue littéraire et scénique que par son rapport avec la vie dans toute sa réalité : du théâtre pédagogique, qui ne renie en rien la dimension esthétique. Les trois pièces brèves publiées dans ce volume sont principalement destinées aux adolescents désireux de pratiquer le théâtre dans le cadre d’un atelier ou d’une classe, mais aussi de lire du vrai et bon théâtre, qui leur parle.

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  • « Un sang d’encre » ou les tourments du nègre littéraire

    enfinnue.jpgEnfin nue ! Confessions d’un nègre littéraire

    de Catherine Siguret

    Editions Intervista, collection « Les mues », 2008

     

     (par Myriam Gallot)

     

    Les nègres, par définition, sont discrets. Catherine Siguret, 35 ans, a écrit pas moins de 35 livres, la plupart signés d’un autre nom que le sien. « Schizophrène de profession », elle s’est glissée dans la vie de dizaines de personnes, anonymes ou célébrités, pour raconter à leur place. Et à en juger par ce récit autobiographique par lequel elle fait son coming-out, ce ne fut pas une sinécure.

     

    Car le nègre entre en négritude comme d’autres en religion, en commençant par sacrifier sa vie sociale, pour laisser cours à sa passion exclusive de l’écriture. Nègre, c’est plus qu’une profession. Un état. Une vocation. On s’en serait douté : écrire à la place de l’autre exige de se fondre dans le décor. Et même – plus difficile à croire : faire don intégral de soi, jusqu’à l’hystérie. Quand Catherine Siguret « négrise » les accidentés de la vie, des cas sociaux dont le public est friand, elle devient elle-même alcoolique par un mimétisme incontrôlé. Quand elle « négrise » un top model, elle arrête non seulement de boire, mais même de manger. Elle devient celui dont elle écrit la vie. Le livre terminé, elle oublie tout, et se glisse immédiatement dans la peau d’un autre, angoissée de n’être plus le nègre de personne, ne serait-ce que pour un jour.

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  • Ça fait du bon Théâtre

    Les_Tribunaux_Rustiques.jpgLes Tribunaux rustiques
    Guy de Maupassant

    Mise en scène de Philippe Clément
    Théâtre de l’Iris, Villeurbanne
    Du 1er au 4 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    On fête les vingt ans de la Compagnie de l’Iris, en son théâtre de quartier de Villeurbanne – et on les fête bien, sans fard ni pompe, avec un sympathique happening populaire extra muros, et avec la reprise des Tribunaux rustiques, l’une des 35 créations de la Compagnie, excellent montage de textes de Maupassant, agrémenté de chansons du montmartrois Gaston Coudé (1880-1911). Dans un patois robuste et vivace, avec une verve retentissante et précise, une débandade de drames tragi-comiques disent tout le bien et tout le mal qu’on peut pas dire de c’te pauv’ créature qu’est l’être humain…

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  • Roland Fuentès : « je n’ai qu’un seul rêve : raconter des histoires »

    rfuentes.jpg(Par Myriam Gallot)

    Roland Fuentès a une actualité littéraire chargée. Remarqué l’an dernier, son excellent Tonton zéro a été suivi de plusieurs romans jeunesse : Les voleurs de vent, Tics olympiques) et adulte (Le mur et l’arpenteur). Entretien avec un auteur polygraphe à l’imaginaire puissant.

     

    Vous êtes né à Oran, et avez grandi en Algérie : que reste-t-il de cette enfance dans votre imaginaire et votre écriture ?

    Mon enfance à Oran, et les liens qui m’unissent aujourd’hui encore à l’Algérie, conditionnent ma façon de voir le monde. De façon plus ou moins consciente, certaines impressions accumulées là-bas, dans l’enfance ou lors de plus récents séjours, influencent mon écriture. Je pense notamment aux ambiances, à l’évocation de certaines sensations, et aussi de certains personnages.

    L’imaginaire, justement est très présent dans vos textes. Est-ce un parti-pris d’éviter souvent le strict réalisme ?

    C’est vrai, je suis plutôt porté sur l’imaginaire. Avoir vécu à différents endroits, et cotoyé des gens très différents, m’a habitué à la diversité du monde, et des possibles. A maintenir toujours en alerte cette petite veilleuse qui nous dit : « Et si les choses étaient autrement… » et si… C’est pourquoi je suis très attiré par l’insolite, l’étrange ou le cocasse, ainsi qu’on les rencontre chez Kafka, Buzzati, Calvino. J’aime ce qui permet de prendre du recul, de remettre en question certaines évidences. Ceci dit, je ne m’interdis aucune direction, pas même celle du réalisme… L’échange, malgré quelques passages loufoques, est un roman réaliste. Tics olympiques aussi.

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  • Un noble souhait

    gael.jpgGaël Horellou : Pour la Terre

    DTC Records DFGCD 8656 ; distribution Harmonia Mundi 

     

    (par Jacques Chesnel)

     

    Autant l'avouer, pourquoi le cacher : je ne raffole pas et même n'adhère pas du tout aux précédentes productions du saxophoniste, le collectif MU, l'électrojazz, les expériences drum'n'bass, les groupes NHX ou Cosmic Connexion.

    Alors que beaucoup de musiciens semblent se tourner ou retourner vers des racines réelles ou fantasmées (effets de mode ou aire du temps ?) avec plus ou moins de bonheur, comme plus avec Pierrick Pedron (Omry), comme moins avec Tigran Hamasyan (Red Hail), Gaël Horellou renoue avec bonheur à un forme qui lui sied à merveille : un jazz post-moderne fortement teinté de be-bop (l'hommage à Jackie McLean, Melody for Melonae), le recours aux standards magnifiés (I remember you et I fall in love too easily), une fougue, une intensité, un investissement et une vigueur communicatives notamment avec Ari Hoenig, batteur renversant qu'il avait fréquenté lors de séjour à New York.

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