27.04.2009
Intrusion familiale
Ce type est un vautour
Texte de Sara et illustrations de Bruno Heitz
Editions Casterman (collection « les albums Casterman »), 2009
(par Myriam Gallot)
Voici un singulier album qui risque d’embarrasser libraires et bibliothécaires. En apparence, c’est un album jeunesse à la réalisation cartonnée d’ailleurs très soignée (à partir de 8 ans, dixit l’éditeur). Pourquoi pas, vu le thème abordé : l’intrusion d’un homme dans une famille monoparentale. Le traitement, pourtant, n’est guère enfantin.
Un trait appuyé, épais, presque grossier. Pas de visages, à part celui du chien et de la petite fille, comme si les adultes étaient finalement interchangeables (ils semblent d’ailleurs découpés dans du papier et collés). Une femme. Un homme. Chabadabada. Sauf que l’homme est un séducteur égoïste, observé avec lucidité et dégoût par le chien narrateur, qui flaire le danger. Une vraie bonne idée, pour témoigner de manière médiate du vécu de la petite fille, sans larmoiement mais avec une émotion réelle.
09:07 Ecrit par Myriam Gallot dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : album jeunesse, francophone, caterman, sara, bruno heitz, myriam gallot
25.04.2009
Le monde merveilleux de Walt Disney
de Peter Stephan Jungk
traduit de l’allemand par Johannes Honigmann
Editions Jacqueline Chambon, 2009
(par Myriam Gallot)
Son nom est « familier à plus de monde que celui de Jésus-Christ ». C’est lui qui le dit. Aux Etats-Unis, quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende. Et Walt Disney ne s’est pas privé de fabriquer la sienne, lui, la parfaite incarnation du rêve américain, aimant se présenter jusqu’à la fin de sa vie comme un « garçon de la campagne, qui se cache derrière une souris et un canard ».
Le roman-biographie de Peter Stephan Jungk, consacré au personnage, a beau jeu de mesurer, non sans une inévitable cruauté, l’écart entre l’homme et le mythe. On y découvre un Walt Disney vieillissant, presque anachronique dans les années 60, aussi raciste que généreux, réac et visionnaire, tour à tour Peter Pan et grand méchant loup. Un roi de l’ambivalence, père de Mickey, qu’il n’a jamais dessiné, et qui eut surtout le génie d’exploiter celui des autres. Un mégalomane qui rêvait d’immortalité, jusqu’à former des projets de cryogénie, dans l’espoir d’être ramené à la vie un jour. Mais n’est pas Jésus-Christ qui veut. Walt Disney échoua en son ultime projet.
10:02 Ecrit par Myriam Gallot dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amérique, étranger, peter stephan jungk, johannes honigmann, jacqueline chambon, myriam gallot
24.04.2009
Simpleticité
François d’Assise
D’après Joseph Delteil
Mise en scène d’Adel Hakim
Avec Robert Bouvier
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 21 au 26 avril 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?
10:05 Ecrit par Nicolas Cavaillès dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois d'assise, joseph delteil, adel hakim, théâtre des ateliers, nicolas cavaillès
23.04.2009
L’homme naturel
Ilû, l’homme venu de nulle part
Pierre Barthe
VLB éditeur, 2008
(par Annie Forest-Abou Mansour)
Pierre Barthe, dans son premier et très beau roman à l’écriture limpide et imagée (« Hiver » se dit « longue neige », la marmotte est « le siffleux » pour les hommes préhistoriques), nous fait vivre, pendant plus de six cents pages, la vie, telle qu’il l’imagine, de nos lointains ancêtres d’il y a 35000 ans. Nous suivons avec angoisse ou ravissement Ilû - devenu amnésique à la suite d’une terrible agression - et ses amis du clan-des-Hommes-Vrais dans des lieux hostiles et glacés aujourd’hui enfouis sous les mers de Tchoukotka et de Béring.
07:02 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, pierre barthe, vlb éditeur, annie forest-abou mansour
21.04.2009
Trompe-l’œil
Nonnes
Michael Siefener
Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz
Le visage vert, 2008
(par Romain Verger)
Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.
09:00 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, michael siefener, le visage vert, romain verger
20.04.2009
Hippolyte emporté par le monstre
La Troade / Hippolyte
Robert Garnier
Mise en scène par Christian Schiaretti
ENSATT, Promotion 68
Du 11 au 23 avril 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.
01:41 Ecrit par Nicolas Cavaillès dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : robert garnier, sénèque, tragédie, phèdre, troyennes, christian schiaretti, ensatt, nicolas cavaillès
17.04.2009
Intelligence et Amour de Pierre Leroux
Pierre Leroux, Penseur de l'humanité
Bruno Viard
Sulliver, 2009
(par Frédéric Saenen)
Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.
09:15 Ecrit par Frédéric Saenen dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bruno viard, politique, sulliver, frédéric saenen, francophone
16.04.2009
Lueurs de l’intérieur
La maison des lumières
Didier Van Cauwelaert
Albin Michel, 2009
(par Radu Bataturesco)
L’illusion prend le pas sur le réel. Dans “Mille et une nuits” comme dans la vie.
Didier Van Cauwelaert, amphitryon d’un établissement à stroboscope ! Le nouveau numéro d’illusionnisme concocté par “Magic Didier” s’appelle, à plus d’un titre, La maison des lumières. Encore un tour de passe-passe littéraire (voir sur www.sitartmag.com la chronique de “La nuit dernière au XVème siècle”) et pas des moindres, si l’on en juge le pitch : un apprenti boulanger d’Arcachon, Jérémie Rex (!), entre dans un tableau de maître pour revivre pendant 4 minutes 30 le bonheur paroxystique de son histoire d’amour, passion qui se trouve en cul-de-sac ! La ficelle est grosse et pourtant, on la mange comme du petit pain chaud, s’il vous plaît. D’un trait, d’un seul. D’une mastication. Pétrie par DVC, la pâte du paranormal a, dans votre assiette, le goût du soleil et du croissant de lune.
09:21 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, didier van cauwelaert, albin michel, radu bataturesco
15.04.2009
Atmosphère envoûtante
Original pimpant
Émile Parisien Quartet
(Laborie Jazz Lj 07 ; distribution Naïve)
(par Jacques Chesnel)
1/ La couverture de pochette : le titre pourrait être une sorte d'oxymoron auquel s'ajouterait le dessin d'une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf Le Bel à l'agonie d'après le prélude du troisième acte de l'opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner) ne rassurent pas non plus, lecture sépulcrale; d'où cette interrogation sur le "pimpant" (impression de fraîcheur et d'élégance) ; quant à "original" pas de doute à entretenir sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet Au revoir porc-épic (tiens !, déjà). Mais alors !
09:12 Ecrit par sitartmag dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, Émile parisien quartet, jacques chesnel
14.04.2009
L'éternel mari
Double
Jean Collier
Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel
Le visage vert, 2008
(par Romain Verger)
Dans son premier roman, l’auteure anglaise Jean Collier raconte un impossible deuil, celui que tente de surmonter Photis, une jeune femme devenue la veuve de son ami Ian qui s’est noyé lors d’un séjour au Mexique. Pour autant, Ian est omniprésent, jusqu’à tisser son propre récit dans la fiction où alternent narration à la 1e et à la 3e personne. Présence paradoxale et fantomatique, surgie de l’au-delà pour compter encore dans la nouvelle vie de la femme aimée, peser sur ses choix et s’immiscer dans ses aventures sentimentales. Un défunt coriace, éternel mari que la jalousie est parvenue à sauver des eaux pour hanter les vivants et s’en nourrir : « Je suis cette maison, se dit Photis. Ian est comme la mérule ; il vit dans mes os, dans mon âme ; invisible – mais ses dégâts sont immenses. Il me mange de l’intérieur. Un jour, il ne restera plus de moi qu’une coque vide et desséchée. » Jalousie de Ian à l’égard d’Ottavio qui partage la complicité de Photis, puis à l’égard d’Eric pour lequel elle éprouve du désir et avec lequel elle aimerait refaire sa vie. Alors Ian les épie, les suit, observe ces longues heures de travail qu’ils partagent, va jusqu’à passer la nuit à leurs côtés. Un sentiment qui tourne au délire lorsqu’il l’imagine aimée et possédée par de multiples hommes et femmes : « Photis va d’un garçon à l’autre, et tous cherchent à la retenir […] Mon épousée des ténèbres se faufile dans la foule un verre à la main ; […] dans le vacarme des filles rient ; et l’une lui caresse les cheveux, tout contre un mur tout en miroirs. »
07:50 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, le visage vert, jean collier, anne-sylvie homassel, romain verger






































