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Cheminements et analyses

queneau.JPGTransports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
Pascal Herlem
Calliopées, 2009

(par Jean-Pierre Longre)


Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots

Surtout, le regard scrute l’œuvre d’une manière transversale et thématique : Pascal Herlem excelle à analyser les manifestations physiques et à les traduire (les symptômes de la « névrose obsessionnelle », les odeurs et les « émotions olfactives », les rapports du corps avec la nature, l’homme vu comme un « animal artistique »), mais aussi à examiner l’écriture en soi, ce qu’elle cache et dévoile (notamment la « forme qu’elle donne au vide »), l’humour et sa « réalité psychique », l’encyclopédisme lié à la figure de l’ellipse, le maniement du langage… Et il n’est pas indifférent de savoir que la conclusion ou « moralité » du livre évoque l’« ontalgie » dont souffre le poète Louis-Philippe Des Cigales dans Loin de Rueil, cette « ontalgie […] inhérente à la condition humaine de base », cette « angoisse native » que l’œuvre de Queneau représente si profondément.

Pascal Herlem cache sa parfaite connaissance de l’écrivain sous une modestie toute quenienne (« Je ne suis pas un exceptionnel connaisseur de Queneau, mais plutôt un lecteur enthousiaste ») ; Claude Debon dans la préface et Chrisine Méry dans l’introduction ont d’ailleurs toutes deux raison d’insister sur « l’empathie », sur l’attention « à la fois affective et intellectuelle » qui caractérise les rapports du psychanalyste avec l’écrivain. Cela dit, Transports de sens contribue largement à lever certains mystères, tout en rappelant que les couches de lecture restent épaisses et nombreuses. En toute lucidité, il faut reprendre ce que Pascal Herlem fait dire à Queneau s’adressant au lecteur, à l’analyste, à lui-même : « Essayez, essayez donc de prendre connaissance de ce qui se trouve à l’intérieur de ce que j’écris… ». Essayons donc encore et toujours, en nous disant qu’il y aura toujours du travail, et surtout du plaisir.

www.calliopees.fr

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