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"Que tu es belle..."

libens.jpgAmours crues

Christian Libens

Luc Pire, 2009

 

(par Samia Hammami)

 

Christian Libens est un esprit curieux et, surtout, un infatigable explorateur. Les villes, les rues, les gens, la littérature, ses champs d’investigation n’ont de cesse de se multiplier. Auteur de guides érudits, de récits, de chroniques, de préfaces, de livres pour enfants et pour adultes, de poèmes, il nous délivre avec Amours crues un roman, longuement couvé et enfin éclos, s’inscrivant dans une veine voluptueuse.

Rien de vulgairement trash ici, ni de grivois inutile. Comme le titre le suggère, les êtres et leurs unions sont mis à nu, certes sans fard, mais avec doigté. Plus qu’un énième texte érotique, ces pages se veulent un hommage. C’est d’abord une célébration de la femme (Macha, Maryse, Marie-Marthe, Maria et les autres Marie) à travers les courbes, les peaux, les chevilles, les pieds, les chevelures, mais également les lacérations, les mutilations et les cicatrices. Les tabous se révèlent alors religion du corps malmené par la grossesse, la torture ou une tache de vin. De la sublimation, pas du sublime.

Ce sont aussi des mots ancrés dans les Lieux. Liège et sa bouquinerie poussiéreuse d’Outremeuse, Genève et son cimetière de Grand-Lancy, l’Île de Saint-Honarat et son abbaye Notre-Dame de Lérins, autant d’endroits (et bien d’autres) gorgés de mémoire qui prennent vite l’ampleur de personnages à part entière. De même pour les fantômes dont on se souvient et à qui vie est rendue le temps de chaudes évocations : Simenon, Khnopff, Michel Simon, Maupassant, Apollinaire et Michelet (avec des extraits incandescents de son Journal)… et Tintin ! Pour preuve, cette description d’Alexis Curvers (dont Christian Libens fut le dernier secrétaire littéraire) : « Métamorphosé ainsi en porteur occasionnel de livres d’occasion, j’attendais de rencontrer l’écrivain avec une ferveur fiévreuse. Au jour dit, nous voilà, le bouquiniste et moi, quai Churchill. Sur l’autre rive de la Meuse, le port des yachts et les murs de l’évêché. Tous deux, nous avons le trac. Un ascenseur malodorant. La montée jusqu’à l’appartement nous paraît un long lever de rideau. Ni Jimmy ni Sir Craven, ce fragile vieillard accroché à sa canne (qui toujours tombait sur le tapis perpétuellement souillé par Moustique, un matou maladif et revêche), ce corps maigre tassé sur un ancien siège moderne (hybride de chaise et de fauteuil, et seulement garni d’une peau de mouton, unique alliée de l’os contre le bois), ces chevilles uniformément gonflées, emballées de bas gris, fichées droites dans des pantoufles (les pieds en déforment le cuir en ondulations irrégulières, les pieds s’essuient dans un lent mouvement autonome sur la laine du tapis), mais bien deux yeux vifs. Deux yeux qui brûlent de passion et de colère, d’admiration et d’impatience. »

 

Amours crues est un roman-nouvelle en sept tableaux où un Pierre connaît une Marie. Au-delà du désir et de la fusion des enveloppes charnelles, Le Cantique des Cantiques offre, en point d’orgue, une dimension métaphysique à la fin de chaque rencontre des fils d’Adam et Ève. Ainsi, des sexes, entre terre et air, s’appellent, se répondent et se murmurent infiniment : « Que tu es belle, que tu es douce / Mon Amour, dans les caresses… »

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