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24/04/2009

Simpleticité

240_450_zurbaran-francois.jpgFrançois d’Assise
D’après Joseph Delteil
Mise en scène d’Adel Hakim
Avec Robert Bouvier
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 21 au 26 avril 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?


François d’Assise vous convie ici dans son Arche, où il s’agira de vous détourner de vous-même, de réconcilier la créature avec elle-même et avec la richesse fraîche et sauvage de la Création – jusque sous les traits pas forcément ragoûtants d’un moine amant de tout, décomplexé, nature, sinon naturiste… Un mysticisme y règne, redoublé par une indestructible absence de peur du ridicule, et par l’absence de honte – qui ferait douter qu’on ait vraiment croqué dans la Pomme. Simplicité des décors, simplicité des intentions, clarté de la diction et souci de rendre contemporains et communicatifs les élans inédits qui portèrent le Saint d'Assise au-dessus de notre médiocre condition – le lyrisme bon-enfant du texte, rappelant un Maurice Chappaz, est ici généreusement servi, sans toutefois qu’on y décèle rien de proprement « mystifiant ». Où est la pauvreté christique, où, la céleste sobriété ? (La beauté de Thérèse d’Avila ne tient-elle pas surtout au soupçon de troublante retenue sensible jusque dans le plus audacieux de ses abandons à son Dieu ? La différence est grande entre celui qui se donne, et celle qui est saisie.) Ce François qui préfère la clef des champs, des chapelles campagnardes et des collines d’Ombrie, ce François d’Assise-ci ressemble décidément peu à celui que peignit Zurbaran, extatique là aussi, mais dans une extase moins commune.

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