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Hippolyte emporté par le monstre

images.jpegLa Troade / Hippolyte
Robert Garnier
Mise en scène par Christian Schiaretti
ENSATT, Promotion 68
Du 11 au 23 avril 2009

(par Nicolas Cavaillès)


Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.

Avec La Troade, Robert Garnier réécrit Les Troyennes de Sénèque – ou la tragédie des veuves des vaincus, beaux jouets éplorés entre les mains expéditives des Grecs victorieux. La surenchère des souffrances et des tortures bat son plein, et la puissante cruauté qui inspirera un théâtre à Artaud ; mais Garnier donne plus de liberté encore à sa plume dans Hippolyte, où, à l’instar de la langue employée, Phèdre s’affirme autrement sauvage et monstrueuse, dépourvue des délicatesses tourmentées que lui prêtera pour l’éternité le vers fixe et parfait de Racine. Ici et là, le rythme du vers est saccadé, l’on presse le dénouement sans surprise de ces mythes sans âge, et l’on appesantit les clausules les plus funèbres. Ch. Schiaretti le reconnaît aussi : l’œuvre de Garnier charmera surtout pour la saveur énergique de cette langue française datant d’avant le corsetage précieux, avec sa syntaxe souple et bondissante et son vocabulaire mouvant, une langue française qui pouvait encore, qui put alors exprimer la sanglante barbarie environnante. Dans ce temps-là, un héros pouvait encore se tuer sur scène… On pouvait même se gausser discrètement du spectacle en cours, un soupçon d’ironie venant pincer la fraise large des vaines précautions policées contre la rudesse fondamentale des caractères : ainsi la pitoyable Andromaque hurle-t-elle son malheur tout contre le visage de son bébé Astyanax, qu’on lui veut prendre ; ainsi le gentil Hippolyte, par ailleurs puissant contempteur du beau sexe, croit-il consoler sa mère en proposant par simple jeu d’être son ersatz de mari… À cette époque, lorsqu’on jouait avec le feu, c’était avec d’hénaurmes flammes.

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