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12/04/2009

That other 70' show

jerk_jonathan.jpgJerk
Dennis Cooper
Mise en scène de Gisèle Vienne
Avec Jonathan Capdevielle
Théâtre de la Bastille
Du 7 au 15 avril 2009 (et en tournée)

(par Nicolas Cavaillès)


Les drames d’adolescents sanglants ont hélas le vent en poupe ; on remonte ici à l’un des pionniers du genre, un certain monsieur Dean Corll, qui tua et fit s’entretuer une vingtaine de jeunes Texans des années 1970. Avec marionnettes, fanzine et bruits de bouche explicites, Jerk met en scène l’ultime orgie de ce tueur en série et de ces deux petits acolytes. Spectacle pas tout public du tout, d’autant plus qu’il est réussi : si l’on n’a pas pris l’habitude de rire du gore, ce psychodrame ludique monté par Gisèle Vienne devient vite insupportable.


Accouplements, meurtres et tortures d’adolescents drogués, vaguement consentants – tel est le programme du récit de David Brooks, le héros de la pièce (joué par Jonathan Capdevielle, seul en scène avec ses marionnettes sur les genoux), un taulard qui monte lui-même un spectacle pour raconter les crimes auxquels il a participé à un parterre d’apprentis psychologues post-modernes. Fragile, un peu niais, il représente avec simplicité la sourde perversion de ses petits copains homosexuels à pulsions morbides, élevés à coups de séries télévisées et de rock’n’roll, et manipulés par le maître-tueur Dean, tous perdus, ayant tous perdu le contact avec le réel, avec ce que l’on appelle commodément « l’âme » humaine, et avec ce que l’on appelle plus pompeusement « l’identité » de chacun. Quelle identité derrière ces corps maigres et désarticulés, ces poupées gâtées et déphasées qui n’atteignent un semblant d’intensité existentielle qu’une fois qu’ils ont défleuré et découpé leurs camarades ? Le texte de Dennis Cooper (lui-même né en 1953) est d’un réalisme autrement expressif que les tentatives cinématographiques d’un Gus van Sant, ou théâtrales d’un Lars Noren, avec en outre ici quelques esquisses de réflexion sur le décalage entre une réalité incompréhensible, par trop complexe (pour nous autres modernes, habitués du pré-mâché), et un monde imaginaire d’autant plus séduisant et malsain qu’il est simpliste, facile et malléable… Réflexion juste et non développée, par cohérence avec le sujet en présence – cette adolescence trop perturbée pour jamais se développer vers l'âge adulte.

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