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31/03/2009

De la poisse considérée comme un des Beaux-Arts

vallotton.jpg

La Vie meurtrière
Félix Vallotton
Phébus, Collection "Libretto", 2009

(par Frédéric Saenen)

Félix Vallotton (1865-1925) est passé à la postérité comme peintre et surtout comme caricaturiste. Il compta notamment parmi les illustrateurs de feuilles anarchistes telles que L’Assiette au beurre ou Le Canard sauvage. Son trait, tout en féroce noirceur, n’est pas sans évoquer un précurseur Belle Époque de Jacques Tardi. C’était au temps où les keufs s’appelaient des « cognes » et les racailles des « apaches ». La critique sociale surinait le bourgeois d’un coup de plume ou de pinceau et la Loi dressait plus qu’à son tour ses bois de justice pour raccourcir les fortes têtes de la pègre parisienne, qui ne connaissaient pas encore l’ivresse de la traction avant.

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30/03/2009

Cruels et délicieux

InvitationDiner.jpgL’invitation à dîner et autres récits venimeux
Philippe Garbit
Editions Gutenberg

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Des gens ordinaires, apparemment sans histoires : commerçants, couples honorables, frères et sœurs, oncles et neveux, amis et amies, amateurs de vide greniers, de gastronomie, de livres anciens, adeptes de sectes suspectes, vieilles filles ou vieux garçons solitaires, campagnard, citadins… Comme vous et moi, ces gens-là vivent leur vie… Comme vous et moi ? Jusqu’à un certain point, le point de basculement vers la mort, la folie, le geste irrémédiable, parfois improvisé, souvent prémédité.

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28/03/2009

Piccoli et son ombre

83_2_081412.jpgMinetti
Thomas Bernhard
Mise en scène d’André Engel
T.N.P. (Studio 24), Villeurbanne
Du 18 au 28 mars 2008

(par Nicolas Cavaillès)


Monsieur Michel Piccoli fait l’unanimité en Minetti, vieux comédien radotant son obsession pour le roi Lear et les aléas de son sort (élevé aux nues par le public et par la critique, il fut ensuite chassé comme un malpropre, et renonça trente ans durant au théâtre). Mais l’impeccable prouesse de l’acteur, monologuant avec brio pendant près de deux heures, et la mise en abîme inévitablement suggérée (puisque Piccoli joua Lear en 2006, déjà sous la direction d’André Engel), détournent quelque peu l’attention d’un élément moins enthousiasmant, plus ingrat : la pièce-même de Thomas Bernhard, qui n’en aurait peut-être pas cautionné un tel usage.

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27/03/2009

La clandestinité expliquée à Bobonne

acc-photo-sartre.jpgLes Mains sales
Jean-Paul Sartre

Mise en scène de Guy Pierre Couleau
Théâtre de la Croix-Rousse
Du 18 au 27 mars 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Bonne surprise que ces Mains sales haletantes et comiques, seconde partie du dyptique politique en noir et blanc de Guy Pierre Couleau – après Les Justes de Camus. Soulignées par le recours aux mêmes comédiens, de nombreuses similitudes très précises rapprochent ces deux œuvres de l’après-guerre, posant avec le même alphabet, avec la même tendance à la formule retentissante (souvent d’autant plus creuse), la question de l’engagement politique (alors diablement d’actualité) et, de manière plus soutenue, celle du meurtre au nom d’un idéal. Mais, là où Camus péchait par didactisme et par une certaine étroitesse de vue, Sartre s’avère étonnament tonique et malin ; du moins, la mise en scène de G.P. Couleau réussit fort bien à ouvrir la pièce en un spectacle à plusieurs niveaux, comme à plusieurs tonalités, la distanciation par personnage interposé se révélant aussi narrativement attractive qu’intellectuemment intriguante.

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26/03/2009

À l’usine !

9782930235851.gifLes Pommarins
Hervé Bougel

Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008

Préface Roland Tixier, Illustrations Hubert Daronnat

 

(par Jean-Pierre Longre)

C’est un joli nom, Les Pommarins ; ç’aurait pu être un bel endroit : la campagne, un cèdre magnifique devant la gare… C’est pourtant le lieu où l’adolescent, dans les années 1970, découvre « le boulot, le travail, le taf, le turbin » dans l’usine où se fabriquent différentes sortes de pièces en caoutchouc pour l’automobile et le bâtiment. Au moment où l’on verrait bien la jeunesse s’épanouir en toute liberté, elle est enfermée entre les murs de l’atelier, à subir la pression du temps qui ne passe pas assez vite, des trois huit qui cassent  la journée, de la mesquinerie des petits chefs, de la cruauté ou de l’indifférence, parfois, des compagnons d’atelier, du cafard des petits matins, du rythme de la chaîne… Jusqu’au jour où, trêve de désespoir et d’avenir bouché, le jeune homme arrête tout, quitte brusquement sa machine et son usine, sans savoir ce qui s’ensuivra.

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25/03/2009

D’encre et de bois

Masereel2.jpgFrans Masereel. Une biographie.

Joris van Parys

Archives du Musée de la Littérature / Luc Pire, 2009

 

(par Frédéric Saenen)

 

Un soldat au regard halluciné, rampant et hurlant « Assez ! » face au feu de l’ennemi. Le corps d’une femme se précipitant sous un pont dans des eaux sombres, marquées du mot « désespérance ». Un inconsolé enfouissant son visage dans la poitrine d’un amour vrai – ou peut-être vénal. Un couple enlacé sous une lune complice et l’œil bienveillant d’un chat. La silhouette d’un pendu qui se découpe dans l’encadrement d’une fenêtre. Des grévistes en colère, des marchands de canons repus, des ivrognes vacillant sous le lampadaire. Et puis surtout des villes, foisonnantes, aux mille tentations, aux millions d’embûches et de destinées.

Tous ces arrêts sur images encrés sur bois, dont le noir tranche sur le blanc avec force, portent la même signature : celle de l’artiste gantois Frans Masereel (1889-1972). Témoin des deux conflits mondiaux, ce peintre et illustrateur a saisi avec une lucidité âpre mais généreuse les tourments individuels et les tourbillons collectifs qui agitèrent les années 20 et 30.

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24/03/2009

Retour aux sources taries

medium_Cerisaie.2.jpgLa Cerisaie
Anton Tchekhov

Mise en scène d’Alain Françon
Théâtre de la Colline
Du 17 mars au 10 mai 2009

(par Nicolas Cavaillès)


Pour monter la dernière grande pièce de Tchekhov, l’un de ses dramaturges fétiches, Alain Françon retourne à sa toute première mise en scène (le légendaire premier spectacle du Théâtre d’Art de Stanislavski, en 1904), et, photographies d’époque et cahier de régie à l’appui, il déroule à la lisière du remake une Cerisaie aujourd’hui classiquissime, pour ne pas dire anachronique, datée, qui n’ennuie pas, sans surprendre non plus, ni vraiment faire honneur au texte de Tchekhov, lequel, durant les cent années qui le séparent de sa création, eut bien des occasions de montrer ses innombrables potentialités.

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23/03/2009

Mater dolorosa

darrieussecq.jpgTom est mort
de Marie Darrieussecq

P.O.L., 2007 /
 Folio, 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

La mort brutale d’un enfant vécue, revécue, ressassée par sa mère peut-elle faire le sujet d’un roman ? Oui, lorsque ce roman relate la douleur universelle, la douleur folle de toute mère.

La narratrice, jeune épouse française d’un anglais qui, à cause de son travail, mène sa femme et ses trois enfants d’une extrémité à l’autre de la terre, de Vancouver à Sidney et Cambera, pourrait être toute mère endeuillée de n’importe quelle époque, de n’importe quel pays. Simplement, l’écriture est là, non pour purger l’être souffrant de son malheur, non pour lui procurer l’oubli et l’apaisement, mais pour lui permettre de rendre compte, de rendre des comptes à soi-même et, peut-être, aux autres.

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21/03/2009

L'Europe des peureux

file_545_aff__EuroTableau.jpgLes Européens (Combats pour l’amour)
Howard Barker
Mise en scène de Christian Esnay
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
Du 12 au 25 mars 2009
(Suivi de Tableau d’une exécution, du 26 mars au 11 avril)

(par Nicolas Cavaillès)

Écrit en 1990, Les Européens (Combats pour l’amour) est la première pièce que Howard Barker qualifia de « théâtre de la catastrophe » ; ce drame historique situé juste après la fin du siège de Vienne par les Turcs, en 1683, annonce avec une force souvent dérangeante la décadence d’un continent égocentriste et formaliste, superficiel et anémié, profondément lâche. Aujourd’hui encore, vingt petites années après sa rédaction, la trame – guerre de l’Islam et du christianisme – se veut provocante, mais elle n’est pas aussi tape-à-l’œil qu’elle en a l’air : diffuse dans un déluge de catastrophisme malsain, elle permet surtout une plongée féroce dans les tréfonds de la morale judéo-chrétienne, aux aiguillons gréco-romains (le soi-disant héroïsme, et ce fameux principe « identitaire » dont on n’a pas fini de soûper), morale qui, faut-il le préciser, constitue le pain quotidien de l’existence des quelques sept cent millions d’habitants du Vieux Continent.

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20/03/2009

Rehab

tout ira bien.jpgTout ira bien
Kéthévane Dawrichewy
L’école des loisirs, 2008

(Par Caroline Scandale)

Abel a 17 ans et vient d’être interné à l’Arche, un institut de désintoxication pour jeunes personnes en perdition. Le manque lui broie les entrailles, il lui faut sa dose. Sauf qu’ici il n’aura plus rien. Le sevrage est long et douloureux. Il doit réapprendre à vivre sans cette obsession, redécouvrir les petits plaisirs simples de la vie. Abel convoque le passé qui l’a mené jusqu’ici. Sur quelle faille s’est-il construit ? Certainement celle du père dont il ne sait rien. L’hypersensibilité qui en découle le rend si écorché qu’une fois lié d’amitié il ne l’est pas à moitié. Il pense à la grâce de Lou et à ses rêves de danseuse. Et puis il pense à Antoine son modèle masculin, l’ami miroir-déformant, celui qui lui a fait découvrir le bonheur artificiel.

Son histoire est banale, celle d’une dépendance qui se fonde sur un manque qui la précède. Pour combler désespérément ce vide, Abel cherche à éprouver des sensations fortes, histoire de se sentir vivant un instant, le temps d’un fixe, quel qu’en soit le prix, quitte à en crever… « La vie est trop nue pour qu’il s’en contente ».

Malgré son thème difficile, ce roman incisif est emprunt d’une grande sensibilité et de poésie. L’évocation de la drogue y est faite en évitant les écueils habituels. Ici la descente aux enfers et la rédemption ne sont que prétextes à se souvenir de l’enfance et de l’adolescence encore bien proches.  

En 2004, Tout ira bien est d’abord sorti aux éditions Arléa en littérature générale. Il y connait un joli succès auprés de lecteurs de tous âges. Puis en 2008 il est republié dans la collection Medium de L’école des loisirs. Il touche ainsi un public jeune plus large. L’auteure confirme de cette manière que la frontière entre romans pour adultes et ceux pour adolescents est imperceptible, voir inexistante.

 http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

19/03/2009

Ulysse en Berlusconie

benni3.jpgAchille au pied léger
Stefano Benni
traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud, 2005 /
Babel, 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Depuis 2700 ans, le vieil Homère suscite des iliades et des odyssées à foison, et ce n’est pas Joyce qui aura mis un point final à la série. Chez Stefano Benni, Achille a le pied léger (ou le fauteuil véloce), mais c’est Ulysse qui court, se démène, va et vient pour les autres et pour lui, déjoue des pièges, maîtrise ses peurs, cède à quelques tentations.

Résumons (très succinctement, car le foisonnement est tel qu’on se perdrait facilement – et délicieusement – dans les itinéraires du héros). Ulysse, qui vit comme ses compatriotes sous l’autorité fascisante d’un «duce» d’aujourd’hui, lit des manuscrits pour une petite maison d’édition, et tâche d’écrire lui-même. Il aime Pilar, qui a des difficultés avec son permis de séjour, et fait la connaissance d’Achille, jeune paralytique à la personnalité envahissante et angoissante. Ils se prennent l’un pour l’autre d’une amitié exigeante (Achille) ou perplexe (Ulysse), et communiquent par ordinateur interposé, dans de longues conversations qui remettent en cause l’ordre du monde (comme toute bonne iliade) et recomposent la personnalité et la destinée du héros (comme toute bonne odyssée).

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17/03/2009

Voyages, famille, parti

phpThumb.jpgYankee
Bernard Chambaz

Editions du Panama, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

De 1920 à 2007, de l’évocation du communiste américain John Reed à celle du trop puissant George Bush, des débuts exaltants de l’URSS à l’agonie du Parti Communiste Français, Yankee, comme une suite à Kinopanorama, obéit à une structure en double alternance : alternance chronologique, puisque l’autobiographie française et politique s’assortit de retours à des épisodes américains antérieurs ; alternance géographique, pour les mêmes raisons.

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16/03/2009

Un doux voyage avec Chet

chet.jpgChet Baker / Enrico Pieranunzi

Soft Journey
(réédition, Pieranunzi series, Egea reoords)

 

(par Jacques Chesnel) 

 

Il y aurait donc eu des avanies (?) pour que ce disque ne soit réédité qu'au bout de trente années d'attente et c'est à l'occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Chet que cet album paraît enfin.

Le pianiste romain entre dans sa trente-et-unième année ; d'après la complète discographie sur www.chetbaker.net/, c'était sa première rencontre avec Chet ; ils se retrouveront en mars 1987 (C.B. with the Jazz Space trio) et en duo à la fin de l'année suivante trois mois avant la mort du trompettiste le 13 mai. Début également de la collaboration avec Riccardo Del Fra.

15/03/2009

Fantasy & cie

9782081209831_cm.jpgLumina Princesse guerrière. Vol.1 : L’exil de la lumière
De Alain Grousset, Danielle Martinigol, Paco Porter

Flammarion, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Réédition en un volume de quatre des dix livres d’une série parue chez Castor Poche entre les années 2000 et 2002, ce livre épais a toute la légèreté nécessaire à ce qu’il vise. Il s’agit de faire rêver de jeunes lecteurs à des aventures pleines de suspens, d’exotisme et d’un brin de merveilleux (quelques animaux de légende : licorne, tigre ailé,…).
Ajoutez à cela un héros qui est une héroïne, fille d’un bon roi assassiné par traîtrise, belle, naïve et tendre qui devient par obligation une fuyarde puis une guerrière solitaire, mais reste très humaine. Elle a des pouvoirs, aussi, qu’elle découvre progressivement. Il y a une secte de méchantes magiciennes à laquelle elle devrait être intégrée. Les autres méchants ont l’âme noire à souhait, on s’embarrasse peu de descriptions ni de style, le nombre des personnages secondaires est restreint afin de ne pas embrouiller. Mais une invention intéressante, celle d’un personnage qui peut être tantôt fille tantôt garçon (Ninyo ou Ninya). Quelques noms feront sourire et penser que ces trois auteurs ne se prennent pas trop au sérieux (un personnage s’appelle Tolken, un saltimbanque Médranno). Et tout cela est bien mené et reprend de bonnes vieilles ficelles efficaces, comme le montre le titre, désuet à souhait.

Egypte de poche

21058873772.GIFArchéopolis (t. 3, les tablettes magiques)
Pierre-Marie Beaude

Gallimard jeunesse

(par Anne-Marie Mercier)

La jeune Alisson accompagne une expédition archéologique en Egypte et grâce à l’usage de son imagination et de sa sensibilité (le cœur) parvient à percer les mystères. Elle arrive même à remonter le temps jusqu’à la princesse, future épouse de Ramses III, à déjouer un complot, favoriser des amoureux, et ainsi de suite. Tout cela est simple comme bonjour, facile.

14/03/2009

Salir, laver

resize_sm_media1_fichier_idiot1.jpgIdiot !
D’après Fedor Dostoïevski

Spectacle de Vincent Macaigne
Théâtre National de Chaillot
Du 4 au 21 mars 2009 (et en tournée)

(par Nicolas Cavaillès)

Immense déluge, grosse apocalypse de cynisme, de moralisme, d’ironie et de cruauté : voici qui vient bourdonner dans ton âme, Idiot !, librement adapté de Dostoïevski par le jeune metteur en scène Vincent Macaigne. Celui-ci affiche d’emblée parmi ses icones celle d’Artaud Martyr et Prince machiavélique du théâtre ; ainsi, tous les moyens sont bons, et l’humour, et la harangue, et l’insulte… Aussi bruyant qu’insaisissable, Idiot ! n’a pas peur du contact, et sa débauche de hurlements et de souillures, à laquelle on ne saurait reprocher de la gratuité, stigmatise à feux et à sang ce haut-lieu de la littérature russe : la fin de beuverie, toute de larmes, de hargne et de confessions débordantes ; le cœur de la crise, ramassée, condensée, invivable et d’autant plus puissante.

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13/03/2009

À voir et à lire

Couvcalligb.jpgClaude Debon

Calligrammes dans tous ses états

« Édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire »
Éditions Calliopées,  2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Calligrammes est un recueil complexe, dont le titre ne dévoile qu’un aspect, celui des fameux « poèmes dessins », et encore… Il fallait l’immense travail de Claude Debon et de son éditrice pour montrer, au plein sens du terme, cette complexité.
Calligrammes dans tous ses états, livre de grand format, est certes une « édition critique », dont les cinquante premières pages rappellent bon nombre de données indispensables sur l’ancienneté de la tradition (européenne et chinoise) des « poèmes figurés », ainsi que sur les sources livresques et personnelles, dont le goût particulier d’Apollinaire pour le dessin, lui qui n’hésitait pas à écrire : « Il se constitue un art universel, où se mêlent la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la science même… ». L’étude génétique, rigoureuse à tous égards (scientifique, historique, littéraire) n’évite ni l’analyse subtile (sur l’originalité du recueil, sur  son double aspect visuel et musical) ni la minutie générique : comment désigner ces textes qui sont en même temps des dessins ? « Idéogramme lyrique », « poème figuré », « poème visuel », « poème à voir », « poème dessin », « poème formel »… ? Pour Claude Debon, « ces  hésitations sont à la hauteur de l’innovation, quasiment « innommable » ». Car Calligrammes est un livre résolument moderne, où la recherche de « formes nouvelles » n’entre pas en contradiction avec l’idéal de pureté, voire de dépouillement – ce qui n’a pas forcément été compris lors de la parution, la faveur de la critique ayant porté davantage sur les aspects « classiques » du recueil que sur les « calligrammes » eux-mêmes.

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12/03/2009

"Un brave ogre des bois, natif de Moscovie, était fort amoureux d'une fée..."

ogre moscovie.jpgL’ogre de Moscovie

Textes de Victor Hugo, illustrations de Sacha Poliakova

Editions Gautier-Languereau, 2008

A partir de 6 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

On le sait peu, mais Victor Hugo, quand il ne fait pas dans le grandiloquent et le sublime, sait aussi manier le second degré. « L’ogre de Moscovie » est une délicieuse fable comique racontant l’histoire d’un ogre maladroit « fort amoureux d’une fée », qui, sans penser à mal, croque le « marmot » de sa dulcinée… Morale de l’histoire : « aimez, mais soyez fin ; Adorez votre belle, et soyez plein d’astuce ; N’allez pas lui manger, comme cet ogre russe, Son enfant, ou marcher sur la patte à son chien. » Illustrée par une dessinatrice russe dans un album très grand format, la fable s’incarne en personnages marionnettes, où les ficelles et les manipulateurs apparaissent… et où l’ogre n’est pas forcément celui qu’on croit. Une interprétation astucieuse bien dans le ton de la fable, qui s'adresse peut-être plus aux adultes, capables de percevoir le décalage ludique.

11/03/2009

Touche pas à mon Bost !

bost.jpgPorte-Malheur

Pierre Bost

Le Dilettante, 2009

 

(par Frédéric Saenen)

 

Il serait particulièrement intéressant d’écrire une histoire de la littérature française en dressant le panorama de ses « petits maîtres ». Combien sont ainsi régulièrement redécouverts, qui ne jouèrent de leur temps que des rôles de seconds couteaux dans l’édition ou le monde des revues et ne furent qu’effleurés par les feux de la rampe ? Le cas d’un Emmanuel Bove, écrivain prolifique et de grande qualité qui dut attendre des décennies avant de se voir reconnaître posthumément, a, à cet égard, valeur de paradigme. Le seul vivier des années 1920-1930 réserve encore maintes surprises en la matière. Témoin : Pierre Bost.

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10/03/2009

Désespoir d’enfance

blackbird_10.jpgBLACKBIRD

de David Harrower

Mise en scène Claudia Stavisky

Texte français de Zabou Breitman et Léa Drucker

Création Célestins 2008

 

 (par Françoise Anthonioz)

« Je hais la vie que j’ai eue… Tu étais dans ma tête tout le temps ».

Una a fait 7 longues heures de route pour retrouver Ray qui s’appelait Peter dans une autre vie, vie dont elle a dramatiquement fait partie. Dans cette autre vie, Peter, âgé de 36 ans, a aimé Una qui n’en avait que 12. La suite, on l’imagine aisément : la prison pour lui, et elle, questionnée, examinée contre son gré et supportant pendant des années dans sa ville, dans sa famille, la réprobation et la souffrance. La voilà qui arrive après avoir vu dans un magazine une photo souriante de cet homme qui l’avait lamentablement abandonnée. Elle veut connaître enfin la vérité sur ce qui s’est vraiment passé durant cette terrible nuit où elle était « éperdue d’amour ».

Tenace et déterminée, elle ne lâche pas sa proie. Lui est là, sur son lieu de travail, gêné, balbutiant, cherchant ses mots, fuyant son regard, voulant se débarrasser d’elle le plus rapidement possible. Mais rien n’y fait, elle ira jusqu’au bout… Et cet amour, impossible hier, pourrait-il l’être aujourd’hui ? Les dialogues sont tendus, ambigus et violents, aussi violents que les sentiments d’il y a bien longtemps et peut-être de maintenant… Léa Drucker et Maurice Bénichou, constamment en scène dans ce face à face à huis clos, sont tout simplement exceptionnels.

 

http://www.celestins-lyon.org