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Retour aux sources taries

medium_Cerisaie.2.jpgLa Cerisaie
Anton Tchekhov

Mise en scène d’Alain Françon
Théâtre de la Colline
Du 17 mars au 10 mai 2009

(par Nicolas Cavaillès)


Pour monter la dernière grande pièce de Tchekhov, l’un de ses dramaturges fétiches, Alain Françon retourne à sa toute première mise en scène (le légendaire premier spectacle du Théâtre d’Art de Stanislavski, en 1904), et, photographies d’époque et cahier de régie à l’appui, il déroule à la lisière du remake une Cerisaie aujourd’hui classiquissime, pour ne pas dire anachronique, datée, qui n’ennuie pas, sans surprendre non plus, ni vraiment faire honneur au texte de Tchekhov, lequel, durant les cent années qui le séparent de sa création, eut bien des occasions de montrer ses innombrables potentialités.

La pénombre initiale bientôt abîmée par des lumières bourgeoises bien lisses, c’est tout le spectacle qui menace vite et souvent de verser dans une forme de boulevard (cette année, l’autre grand spectacle d’A. Françon fut un Feydeau), avec trop peu d’ironie. Une certaine légèreté habite ainsi la scène étroite et le jeu un peu fade des comédiens, dans cette noble famille ruinée, dans cette belle propriété qu’il faudra pourtant vendre, devant cette splendide cerisaie qu’il faudra pourtant abattre. Lioubov Andreevna (Dominique Valadié), la maîtresse de maison, est moins une belle flambeuse déchue qu’une petite fille capricieuse, dans ce drame doucement mélancolique et financier, drame où la mort est à plusieurs reprises révoquée d’un revers de main nerveux ou d’une exclamation écœurée, drame comme a-sexué, aussi, toujours en-deça de la passion (les rares couples possibles ne parviennent pas à naître, la décadence ambiante mine la jeunesse des cœurs), sinon « au-delà de l’amour », avec l’éternel étudiant Trofimov, joué par Pierre-Félix Gravière. Drame de l’après, cette Cerisaie trouve sa plus grande force dans l’éternel personnage de Fris, le discret laquais de quatre-vingt-sept ans, auquel l’immense Jean-Paul Roussillon donne avec grande classe une aura d’autant plus précieuse que le reste du spectacle peut en manquer. Mais le drame aura bien platement eu lieu, et son charme d’un autre temps, peut-être encore trop proche pour qu’on y puisse à nouveau puiser quelque intensité ?

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