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Ulysse en Berlusconie

benni3.jpgAchille au pied léger
Stefano Benni
traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud, 2005 /
Babel, 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Depuis 2700 ans, le vieil Homère suscite des iliades et des odyssées à foison, et ce n’est pas Joyce qui aura mis un point final à la série. Chez Stefano Benni, Achille a le pied léger (ou le fauteuil véloce), mais c’est Ulysse qui court, se démène, va et vient pour les autres et pour lui, déjoue des pièges, maîtrise ses peurs, cède à quelques tentations.

Résumons (très succinctement, car le foisonnement est tel qu’on se perdrait facilement – et délicieusement – dans les itinéraires du héros). Ulysse, qui vit comme ses compatriotes sous l’autorité fascisante d’un «duce» d’aujourd’hui, lit des manuscrits pour une petite maison d’édition, et tâche d’écrire lui-même. Il aime Pilar, qui a des difficultés avec son permis de séjour, et fait la connaissance d’Achille, jeune paralytique à la personnalité envahissante et angoissante. Ils se prennent l’un pour l’autre d’une amitié exigeante (Achille) ou perplexe (Ulysse), et communiquent par ordinateur interposé, dans de longues conversations qui remettent en cause l’ordre du monde (comme toute bonne iliade) et recomposent la personnalité et la destinée du héros (comme toute bonne odyssée).

En ayant l’air de prendre des libertés, Stefano Benni respecte la tradition homérique : on fréquente, on le sait, Ulysse et Achille, une Circé déguisée en aguichante secrétaire, un Vulcain en patron de maison d’édition assailli par les créanciers et les repreneurs, des prétendants qui tournent autour de Pilar-Pénélope, des divinités mineures sous la forme d’écrivains méconnus dont les « scriptodactyles » (manuscrits) encombrent Ulysse, jusqu’au jour où l’intervention indirecte de l’un d’entre eux sauvegardera l’amour de Pénélope et Ulysse, tandis que celui-ci, grâce à Achille, dépassera son statut de simple héros pour accéder à la gloire littéraire.

 

Le rythme est vif, l’humour décapant, la satire corrosive. Il y a du Queneau (ouvertement parfois), du Calvino (dans la construction complexe et la mise en perspective du récit), quelques autres encore (sans oublier l’ancêtre épique). Et il y a l’originalité de Stefano Benni, qui, en toute virtuosité stylistique et verbale, nous confie des personnages à la fois déconcertants et bien humains, drôles et pathétiques, émouvants souvent, bouleversants parfois.

 

 

Lire l'article de Pascale Arguedas, ainsi que le dossier proposé en ligne sur Calou, L'Ivre de lecture.

 

http://www.stefanobenni.it/

 

http://www.actes-sud.fr/index.htm

 

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