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05/03/2009

Du terrorisme en dissertation

rubon9064.jpgLes Justes
Albert Camus
Mise en scène de Guy Pierre Couleau

Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
Du 4 au 13 mars 2009
(Suivi des Mains sales de Sartre, du 18 au 27 mars)

(par Nicolas Cavaillès)

On connaît les défauts du texte de Camus, écolier disserteur enthousiaste, au goût prononcé pour la formule journalistique (question d’époque), encadrant ses débats dans une trame particulièrement efficace : cinq « socialistes révolutionnaires » russes organisent au nom de la Justice sociale la mort d’un nanti, grand-duc de son état. Ces cinq Justes dépourvus d’ambiguïté, hélas, «  disent tout ce qu’ils pensent, et pensent tout ce qu’ils disent » (pour paraphraser Lessing), ce qui, chez le spectateur, laisse peu de place pour l’incertitude et pour sa précarité, autrement féconde. On ne connaît que trop le sérieux philosophique de l’auteur de La Chute, aussi généreux que laborieux, et ses bonnes intentions cousues de morale blanche. Demeurent de belles images littéraires, un lyrisme qui ne vieillit pas si mal, une réelle vivacité des ébats, et (pour en venir enfin au théâtre) les efforts des comédiens pour éviter que le tout ne tourne au clash artificiel de lycéens apprentis révolutionnaires. Efforts généralement récompensés, du reste, tant le succès de l’œuvre de Camus résiste bien aux années – quand il ne se continue pas dans le succès d’un Wajdi Mouawad, par exemple.


Ce soir, ce succès semble mérité, avec la mise en scène convexe, incisive, belle et sobre, de Guy Pierre Couleau – dont on attend Les Mains sales, de Sartre, monté en diptyque avec ces Justes. Dora (Anne Le Guernec) et surtout Kaliayev (excellent Frédéric Cherbœuf) parviennent rapidement à faire de cette pièce du « pour en finir avec l’engagement politique » (si souvent conclusive, assommante, voulant trop épuiser son sujet) l’occasion d’une réelle prise de distance esthétique, sinon d’une critique, voire d’une réflexion libre. Avant de se vautrer corps et âme dans le fanatisme prophétique de ceux qui confondent leurs idéaux avec le cauchemar qui les a faits naître, avant de scander une énième doctrine aveugle, avant de tuer, faire ses quelques gammes d’éthique élémentaire n’est pas forcément superflu.

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