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Le bonheur là où l’on peut

echenoz.gifJean Echenoz

Je m'en vais
(Editions de Minuit, 1999)
Prix Goncourt 1999

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

« Je m'en vais » sonne un peu comme le « Allons-y » des vagabonds de Beckett. D'emblée on décide de partir, mais pour où ? Et à la fin, le désir d'y aller est toujours présent, mais on reste là à attendre Godot ou l'on ne sait quoi, l'on ne sait qui. Non, on ne restera pas vraiment : le temps de prendre un verre, de quitter sa femme, d'en voir passer quelques autres, de courir à la recherche d'antiquités exotiques dans le Grand Nord, de se faire voler les dites antiquités par un usurpateur d'identité, de négocier avec des peintres à la mode et des collectionneurs snobs.

L'art, la virtuosité de Jean Echenoz, c'est d'évoquer les péripéties les plus diverses, en une narration qui prend tour à tour des allures de roman d'aventures (l'expédition sur la banquise), de roman policier (sur les traces des objets volés), de roman d'amour (la belle Hélène, une femme différente), de roman satirique (les excès du mercantilisme artistique), de roman existentiel (les errances sentimentales et les fragilités cardiaques du héros), et en même temps de montrer comme le temps passe, aussi vide que le métro un dimanche d'été, jusqu'à ce que tout recommence, dans une circularité digne des romans de Queneau (Queneau, que l'on retrouve au coin de certaines pages dans l'art du raccourci et de l'accélération, ou chez certains personnages dont la consistance ne s'épaissit qu'au fil des pages).

Alors, si le temps ne fait que passer, Félix Ferrer le bien prénommé trouve son bonheur là où il peut. C'est-à-dire dans les espaces qu'il se ménage : celui du monde quotidien, confiné, bien clos, bien carré, avec les petits riens qui le caractérisent (appartement, chambre, arrière-boutique, sièges de métro, cabine de bateau), et celui du monde entier, de l'univers, des nuages, des avions qui passent, des grands espaces glacés où l'on frôle l'épuisement, où l'on connaît aussi la mort si par malheur ils se réduisent aux dimensions d'un camion frigorifique). Bref, il y a la scène, sur laquelle le protagoniste et ses comparses s'affrontent et affrontent la vie qui va, et il y a le hors scène, qui permet au regard d'entrevoir le merveilleux, un merveilleux dont on sait qu'il existe, vers lequel on ne cesse de vouloir partir, dans une quête que l'on n'ose pas vraiment mener jusqu'à son terme, jusqu'à dire une fois pour toutes « Je m'en vais ».  

http://www.leseditionsdeminuit.fr/

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