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Shakespeare exhaustif

Cymbeline.jpgCymbeline
William Shakespeare
Mise en scène de Bernard Sobel et Sophie Vignaux
ENSATT, 68ème promotion
Du 16 au 27 février 2009

(par Nicolas Cavaillès)


C’est sur une longue scène étroite aux teintes d’or et de terre, divisant le public, que s’étend la longue trame rocambolesque, de long texte tissue, de Cymbeline dans la mise en scène de Bernard Sobel et de Sophie Vignaux. À rebondissements, la trame sait s’amuser de son exubérance dramatique, et s’offrir de joyeux coups d’accélérateur (à défaut d’autres astuces de mise en scène) : il faut parfois que les têtes tombent vite, ou que les dénouements heureux hâtent leurs vertigineux délires trop beaux pour être vrais (G.B. Shaw réécrivit ainsi la curieuse fin de la pièce dans Cymbeline refinished, en 1936, pour en corriger le « burlesque assez ridicule »).

Donnée avec exhaustivité et dynamisme par la 68ème promotion de l’ENSATT, et dans la noble traduction de Jean-Michel Déprats, cette fantaisie romano-celte offre de jolis morceaux de bravoure (notamment pour qui jouera Posthumus et son frère ennemi Cloten), morceaux que les douze jeunes comédiens en présence se font passer d’un soir à l’autre par interversion des rôles (en douze soirs, chacun joue tous les personnages). L’ensemble de cette romance à peine saupoudrée de mysticisme et de politique épouse si bien le tragique, et le comique un moment plus tard, l’amertume misanthropique de l’amant trahi et l’enthousiasme débordant de l’amant en quête, que le spectateur en vient bien à se demander, avec Michael Edwards (Le monde dé-guisé, cité par les auteurs du spectacle), « pourquoi nous cherchons à être sciemment trompés et pourquoi cela fait tant de bien » : quoi qu’il en soit, lorsque nous quittons comblés et réveillés les exhaustives traversées shakespeariennes de la vie et de la mort, et de toute leur absurdité vivace, nous emportons leurs cheminements tortueux sous la forme d’une totalité circulaire parfaite, d’un unique poème de vérité.


www.ensatt.fr

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