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18/01/2006

De luttes en luttes...

davodeau3.jpgLes Mauvaises gens
Etienne Davodeau -
Delcourt, 2005

 

sélection Prix public du meilleur album - Prix du Scénario
Angoulême 2006

 

(par Catherine Gentile)

 

La première de couverture, construite en symétrie, est explicite : « les mauvaises gens » se tiennent entre l’église et l’usine. Les mauvaises gens vivent dans la région des Mauges, un coin de campagne entre Angers et Cholet, à l’écart des voies de passage, où les notables locaux font la loi et pratiquent un catholicisme fervent et très fermé.

 

Etienne Davodeau est né et a grandi dans cette région farouche, dont le nom, les Mauges, viendrait d’une contraction de l’expression « mauvaises gens ». C’est l’histoire de ses parents que Davodeau raconte ici et, à travers eux, la manière dont ont évolué les mentalités et le pays. Marie-Jo et Maurice sont nés dans deux villages voisins, dans des familles modestes et catholiques : leurs deux pères étaient pour le premier ouvrier agricole et le second garde champêtre, les enfants fréquentent l’école catholique jusqu’à leur certificat d’études, école majoritaire dans la région, qui joue son rôle pleinement en assénant l’idée que la place de chacun est délimitée une fois pour toutes et que l’on ne peut en changer. Une fois les courtes études terminées, si l’on n’est pas détecté par les enseignants, on va travailler dans les usines que possèdent les petits seigneurs du coin, qui gèrent leurs fabriques d’une poigne paternaliste. C’est ainsi que, ne dérogeant pas à la règle, les parents d’Etienne Davodeau entrent très vite dans le monde du travail.


Pour ces adolescents privés de loisirs, la seule échappatoire peut être la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), où se rencontrent Marie-Jo et Maurice. La J.O.C., c’est aussi un lieu de réflexion où les jeunes gens partagent avec quelques camarades l’idée que les travailleurs pourraient prendre leurs vies en main. C’est à cette époque que les premières sections syndicales voient le jour dans les ateliers. Marie-Jo, jeune fille pourtant timide, fait partie des premiers militants syndicalistes et elle n’en mène pas large quand il faut affronter les patrons. Mais elle le fait et elle apprend. L’engagement syndical ne les éloigne pas néanmoins de l’Eglise, dont ils découvrent, par le biais de l’A.C.O. (Action Catholique Ouvrière), une autre conception de la pratique religieuse.

 

Ils y trouvent une Église moins coupée des réalités sociales des gens, plus en phase avec le monde ouvrier. Dans le pays, cela dérange et les autorités traditionnelles voient leur pouvoir vaciller. Au fil des années, les époux Davodeau s’engagent davantage dans les luttes qui secouent le pays bien pensant et leurs activités ne manquent pas, entre les débrayages à mener pour améliorer les conditions de travail, les réseaux locaux à organiser, les centres de loisirs à développer ou la construction d’un lycée public à réclamer auprès des autorités sourdes. C’est ainsi que de luttes en luttes, la région évolue comme les mentalités et que, un soir de mai 1981, la famille, les amis sont réunis devant la télévision pour suivre le résultat de l’élection présidentielle…

 

A travers l’itinéraire singulier et exemplaire de ses parents, Etienne Davodeau raconte en fait l’histoire de toute une génération née entre 1940 et 1950, qui a dû batailler ferme contre un déterminisme social et une classe dirigeante accrochée à ses privilèges. Pour reconstituer cette histoire, Davodeau utilise au mieux les ressources qu’offre le roman graphique et il sollicite le souvenir et les gens qui le détiennent et qui veulent bien raconter. Il se met en scène avec ses parents, les amis de ceux-ci, les vieux militants, qu’il écoute et qu’il dessine. Surgissent des images, des ambiances, des scènes tendres ou dramatiques, racontées avec pudeur et justesse. Cette histoire, c’est aussi la sienne, qui l'a accompagné durant son enfance et son adolescence et dont il est porteur presque malgré lui.

 

 

http://www.editions-delcourt.fr/

http://www.etiennedavodeau.com/

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