31.01.2009

La vie devant soi

jolie fille rien que pour moi.jpgUne jolie fille rien que pour moi

Aurélie Antolini

Editions Intervista, collection « les mues », 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

A n’en pas douter, Aurélie Antolini s’est amusée en écrivant son premier roman. Coup de cœur de Constance Joly-Girard, directrice de la collection « les mues », Une jolie fille rien que pour moi a l’art de capturer dès les premières lignes.
Son secret ? Un savoureux langage pré-adolescent à la Romain Gary qui explose (de rire évidemment) à chaque page, mélange de jeux de mots, de réflexions de bon sens, d’images décalées et de petits détournements de textes de la vie de tous les jours (étiquettes, mots fléchés, etc)

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30.01.2009

Ombres danoises

otage.jpgL’Otage
Olav Hergel
traduit du danois par Laurence W. Ø. Larsen
Gaïa, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

L’aspect roman policier n’est pas celui qui domine ou qui intéresse le plus : on sait d’avance qui a fait quoi et pourquoi, et la chasse à l’homme de la fin du roman tient une faible place. Mais on est pourtant constamment face à une enquête et à des stratégies de dévoilement.
Une journaliste travaillant pour un grand quotidien conservateur danois est enlevée en Irak. Son jeune ravisseur la fait évader pour lui éviter la mort et lui demande de mentir sur les conditions réelles de sa fuite afin d’éviter d’en subir les conséquences. D’où une première enquête, celle de ceux qui ne se satisfont pas de ses déclarations lorsqu’elle rentre en héroïne dans son pays et qui tentent de comprendre ce qui s’est réellement passé.

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29.01.2009

Abrutissement généralisé

debris.jpgDébris

Dennis Kelly

traduit de l’anglais par  Philippe Le Moine et Pauline Sales

Editions théâtrales, Culturesfrance, collection Traits d'union, 2008

 

(par B. Longre)

 

« Pauvre maman. Elle n’avait pas compris que les gens dans le poste ne sont pas réels, ce n’est qu’un écran magique, les mots ne sont plus qu’une collection chaque jour plus abstraite de sons dans les airs. La réalité était bel et bien dans son ventre, la réalité grandissait là, c’était moi la réalité. Une enfant-plante suçant la mort par sa langue-pomme de terre – c’était ça la réalité. »

 

Texte saisissant, Débris traite de la déliquescence familiale, sociale et humaine et examine avec acuité la manière dont les rapports (de force ou d'amour) entre les générations évoluent, corrompus par l’incommunicabilité, elle-même engendrée par la télévision, omniprésente : un mal déréalisant qui provoque une perte des repères, du sens et pire encore. Il s’agit là d’un théâtre essentiellement allégorique, où l’horreur des situations exposées sert avant tout à mettre l’accent sur les dysfonctionnements qui agitent les rapports humains, en particulier la relation parent-enfant.

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28.01.2009

Quête frénétique

daddy frénésie.jpgDaddy frénésie

Tristane Banon

Plon, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Daddy Frénésie est le troisième roman de Tristane Banon. On y retrouve son héroïne, la jeune Flore, dans une quête frénétique dont le but est de blesser celui qui l’a abandonnée à la naissance.

A vingt sept ans, la jeune femme a depuis bien longtemps cessé de le chercher, persuadée que sa mort lui serait égale. Mais un jour en feuilletant le Figaro, une annonce lui laisse entrevoir la possibilité d’une rencontre avec l'absent. Commence alors une filature digne d’un détective privé pour apercevoir son père sans être découverte.

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Neuf regards

regards9.jpgRegards-9
Lansman éditeur, 2008

 

(par Jean-Pierre Tusseau)

 

A l’occasion des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, neuf auteurs ont été invités à s’imprégner de la ville et à s’en inspirer pour écrire une courte pièce de théâtre, représentée en mars 2008 dans un spectacle créé pour la circonstance par le Théâtre Niveau Parking en collaboration avec le Théâtre de la Bordée.[1]

Si la majorité des auteurs sont québécois, Marc Prescott vient des grandes plaines du Manitoba et Koffi Kwahulé de Côte d’Ivoire. Le résultat est surprenant tant les pièces sont différentes par le sujet comme par le ton.

La première, « L’encre bleue », signée Marie Brassard, proche du monologue un peu nostalgique, évoque la transformation d’un quartier populaire en quartier de restaurants exotiques « qui ressemblent à tous les nouveaux restaurants de toutes les villes du monde ». D’autres auteurs comme Jean-Marc Dalpé et Koffi Kwahulé, dans des dialogues très vifs, abordent des problèmes relationnels de couples. Le dernier texte, époustouflant, de Marc Prescott, fait vivre sur un rythme endiablé ces « rencontres rapides », orchestrées par un meneur de jeu, et au cours desquelles un célibataire dispose de trois minutes pour tenter de séduire sa partenaire et réciproquement.

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27.01.2009

La vieille dame du 3ème étage

mission bouille grenouille.jpgMission bouille de grenouille
Muriel Kerba
Gautier-Languereau, 2007
A partir de 5 ans

 (par Myriam Gallot)

Mais qui est cette « bouille de grenouille » ? Une vieille dame bizarrement fichue dont chaque verre de lunette est presque de la taille d’un écran plasma, et qui intrigue les jeunes occupants de son immeuble. On dit d’elle que c’est une vraie peau de vache, mais ne serait-ce pas plutôt une pauvre âme esseulée ? A coups de collages loufoques débordants de détails malicieux, Muriel Kerba peint un monde grave, mais drôle. Un album à large sourire qui apprend aux enfants que se soucier d’autrui est indispensable au bonheur et que la différence est une richesse.

Un sujet sensible

Dorais.jpgÇa arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin
Michel Dorais
Typo, « Essai », 2008.

(par Joannic Arnoi)

Les éditions Typo viennent de rééditer cette étude de Michel Dorais, publiée pour la première fois en 1997 au Canada et traduite en anglais en 2002. Ancien travailleur social devenu universitaire, l’auteur est assez connu pour ses recherches sur la prostitution masculine, le suicide des adolescents homosexuels et d’autres questions LGBT* qui font le lien entre recherche savante et travail social, avec un arrière-plan militant très discret. D’une clarté limpide, Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin dresse avec sobriété le tableau d’existences meurtries, voire définitivement bouleversées, tout en suggérant avec une grande retenue quelques pistes d’intervention et, autant que faire se peut, de prévention. Les huit chapitres d’analyse sont entrecoupés par douze récits à la première personne, qui ne cèdent jamais au sensationnel même si ce qu’ils dévoilent est très dur. L’ensemble constitue à la fois un document très riche sur un sujet ultra sensible et une tentative pour dépasser, par la réflexion, les prises de position purement émotionnelles. En ce sens, c’est un travail salutaire et qui mérite d’être lu.

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26.01.2009

Chemin brisé

1228925977_Smaus.jpgPetite, allume un feu…
Martin Smaus

Traduit du tchèque par Christine Laferrière

Editions des Syrtes, 2009

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Le clan Dunka représente, en quelque sorte, la synthèse des familles tziganes, de leurs conceptions (ou non conceptions) de l’existence. « Les Dunka ne voulaient faire de mal à personne : ils voulaient vivre. Et ils vivaient comme ils en avaient l’habitude depuis des siècles, oubliant la veille et ne voulant pas savoir ce que leur apporterait le lendemain. Ils vivaient des milliers de vies, naissaient et mouraient sans cesse chaque jour ». C’est dans ce contexte que naît et grandit Andrejko, voleur hors pair, et pour cela choyé par les petits qui profitent de ses cadeaux, jalousé par les grands qui, ne pouvant l’égaler, se dressent contre lui.

 

Dans la Tchécoslovaquie contemporaine, des dernières années du communisme à la partition du pays, en passant par l’ouverture, la démocratisation et l'avènement du capitalisme, avec les enthousiasmes et les angoisses que cela suscite, Andrejko est ballotté, accompagné d'une famille fluctuante et se délitant peu à peu, d’un lieu à un autre : du hameau campagnard, proche de l’Ukraine, où la tribu vivait selon les traditions, aux villes grises, froides, inhospitalières (Ostrava, Prague, Plzen), d’un appartement délabré à la maison de correction…

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25.01.2009

Parmi les Iroquois

fleur.jpgFleur des Iroquois
Marc Séassau

Collection Connexion, Les 400 coups, 2008

 

(par Jean-Pierre Tusseau)

 

Alors que Montréal n’était encore que Ville-Marie, on y faisait venir pour cinq ans, dans le cadre de la « Grande Recrue », des Français afin d’y soutenir le développement d’une véritable ville sous la responsabilité du sieur Paul Chomedey de Maisonneuve.

Parmi les arrivants de l’année 1654 figure la jeune Catherine, âgée de 13 ans, qui accompagne son père, le chirurgien Etienne Bouchard, venu oublier son veuvage dans l’aventure du Nouveau Monde.

Ils sont tout de suite plongés dans la fragilité et la pauvreté, la rudesse des conditions de vie de cette implantation qui n’a guère plus d’une dizaine d’années. Conscient de la fragilité de chacun dans de telles conditions, Etienne envisage d’établir sa fille au plus tôt, c’est-à-dire de la marier.

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24.01.2009

Mémoires venus du froid

tchirkov.jpgC'était ainsi... : un adolescent au Goulag

Iouri Tchirkov

traduit du russe, préfacé et annoté par Luba Jurgenson

Éditions des Syrtes, 2009

 

(par Françoise Genevray)

 

Iouri Tchirkov (1919-1988) est un écolier de quinze ans quand on l'arrête en 1935 avant de l'envoyer aux îles Solovki. Les chefs d'accusation relèvent de la fantaisie pure : c'est l'époque où l'article 58 fait des ravages avec sa kyrielle d'alinéas (propagande contre-révolutionnaire, « contacts avec la bourgeoisie mondiale », sabotage, espionnage, etc.) et un résultat dramatique pour des millions de gens : un soviétique sur cinq environ eut affaire au Goulag de 1930 à 1953. Sans oublier les étrangers poussés dans ces contrées glacées par la « roue rouge » (Soljenitsyne).

Les Solovki, archipel situé en mer Blanche à soixante kilomètres du continent, abritaient un vénérable monastère, fermé en 1920 et aussitôt transformé en zone pénitentiaire. Le pouvoir soviétique va anéantir peu à peu l'ancienne élite et la vieille intelligentsia. Le peuplement initial du camp sort tout droit du défunt Empire : hauts fonctionnaires, officiers du tsar, aristocrates, intellectuels, artistes, évêques et archevêques orthodoxes, bientôt rejoints par des révolutionnaires non bolcheviks (mencheviks, anarchistes, SR), puis par des droits communs.

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