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22/10/2003

Polyphonie romanesque

spielberger4.jpgOtto le puceau
Christophe Spielberger

Editions Florent Massot, 2003

(par Jean-Pierre Longre)

L’histoire pourrait être simple et édifiante : un gentil garçon, amoureux de sa sœur, est victime avec sa famille d’un accident de voiture, dont il réchappe seul. Démuni de tout, il trouve refuge dans un petit village où les autochtones au pittoresque de « France profonde » le regardent comme un provocateur et perturbateur ; il y aura des conséquences, qu’il ne convient pas de relater ici.

Sous la plume de Christophe Spielberger, la succession des événements se structure en une sorte de ronde menée par des mouvements de séparations et de rencontres entre les personnages (Otto et sa sœur Nathala, Otto et Lucie la jeune vierge du village, Otto et Commodo le jeune homme du même village, accessoirement Nathala et Colas qui attend sa petite amie sur la « Brave Côte ») : comédie-ballet, épopée dérisoire, lanterne magique, prisme multiple où la variété des points de vue va de pair avec la diversité des tons. Otto, spécialiste en « alterologie », est animé par la curiosité des autres (et la curiosité de soi), les titille et les tarabuste pour les faire réagir, ces hommes qui ont aussi les qualités et les défauts des animaux ; mieux se connaître, et par là construire un univers où tout peut advenir, même les scènes fantastiques et terrifiantes de Gabelune, forêt mystérieuse où il ne fait pas bon pénétrer, même le véritable amour de l’autre et la profonde connaissance de soi (Otto sonne comme autre et auto, soi-même, rappelant aussi l’auto accidentée et enfouie sous les eaux, celle d’où tout est parti).

On l’aura compris, l’originalité du récit est liée à sa composition polyphonique, à son style particulier et parfois déroutant, à sa forme plurielle. Le jeu des mots et des sonorités, des réminiscences, de la psychanalyse, de l’intertextualité, de la parodie, voire de la satire (une charge, entre autres, contre Houellebecq), ce jeu est un élément clé du roman, où par ailleurs « il est délicat de démêler le vrai du faux, comme dans tout mythe qui se respecte ». De nombreuses trouvailles verbales (parfois dans le style de Boris Vian) rappellent que Christophe Spielberger est l’auteur de La vie triée, et que la littérature est d’abord une question de choix d’écriture.

http://spielberger.free.fr/

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