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30/12/1999

Parasites

filth.jpgUne ordure
Irvine Welsh
Traduit de l'anglais par Alain Defossé
Editions de L'Olivier, 2000 - (Filth, 1998 J. Cape)

parution en poche - Points Seuil, octobre 2007

 

(par B. Longre)

 

Le dernier roman d'Irvine Welsh est inclassable : réaliste et grotesque, social et humaniste parfois, parodique et ironique souvent. Le lecteur peut se perdre dans ce labyrinthe psychologique combiné à des réitérations scatologiques et sexuelles, et Filth n'est pas sans rappeler Marabou Stork Nightmares.
Notre "héros" / narrateur, Bruce Robertson, haïssable, représente tout ce que l'auteur rejette (on l'espère), incarnant l'antithèse de l'image traditionnelle du policier : corrompu, raciste, homophobe, misogyne, grossier, cocaïnomane... et on en passe ; il s'amuse à humilier ses collègues et ses conquêtes, à leur jouer des tours éprouvants et tandis qu'il a du mal à contrôler sa libido ultra développée, sa débauche est sans limites. Le terme "filth" le décrit parfaitement, mais afin de le rendre plus abject encore à nos yeux, Welsh lui inflige toutes sortes de maux peu ragoûtants (hémorroïdes, éruption d'eczéma génital, ainsi qu'un ver solitaire dont le rôle est prépondérant). Car depuis la fuite de sa femme et de leur fille, et le meurtre d'un journaliste africain sur lequel il est supposé enquêter, Robertson se laisse aller, ne se lavant que très rarement, sa maison devenant un innommable cloaque.


Sous cette description peu appétissante, l'humanité de Robertson transparaît parfois, et la compassion prend alors le pas sur le dégoût, au fur et à mesure des révélations. Sa conscience semble s'éveiller alors qu'il est en pleine déchéance et son enfance, son histoire, lui sont remémorées par son ennemi intérieur, le ver qui le ronge et lui parle. La narration n'est plus alors guidée par "je" mais par un "nous" déroutant ; le parasite, personnage à part entière, s'impose au lecteur par un procédé graphique ingénieux qui brouille les pistes. Dans le même temps, l'auteur se plaît à écorcher les institutions (services sociaux, médecins...) et tout particulièrement la loi et l'autorité incarnées par les services de police débauchés et désordonnés de la ville d'Édinbourg, en nous en offrant une vision grotesque et surréaliste.

La langue de Welsh est colorée (dialecte écossais), se fait tantôt soignée, tantôt grossière, sans tabous ;  rien n'est jamais gratuit, bien que l'ensemble puisse être considéré comme un formidable exutoire pour l'écrivain. Le tout forme un roman qui nous happe dans un univers terrifiant mais douloureusement humain, jusqu'à la pirouette finale, dont on ne sait s'il faut rire ou pleurer.

 

www.editionsdelolivier.fr

 

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