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25/01/2009

Parmi les Iroquois

fleur.jpgFleur des Iroquois
Marc Séassau

Collection Connexion, Les 400 coups, 2008

 

(par Jean-Pierre Tusseau)

 

Alors que Montréal n’était encore que Ville-Marie, on y faisait venir pour cinq ans, dans le cadre de la « Grande Recrue », des Français afin d’y soutenir le développement d’une véritable ville sous la responsabilité du sieur Paul Chomedey de Maisonneuve.

Parmi les arrivants de l’année 1654 figure la jeune Catherine, âgée de 13 ans, qui accompagne son père, le chirurgien Etienne Bouchard, venu oublier son veuvage dans l’aventure du Nouveau Monde.

Ils sont tout de suite plongés dans la fragilité et la pauvreté, la rudesse des conditions de vie de cette implantation qui n’a guère plus d’une dizaine d’années. Conscient de la fragilité de chacun dans de telles conditions, Etienne envisage d’établir sa fille au plus tôt, c’est-à-dire de la marier.


Pour échapper à cette perspective qui lui semble prématurée, Catherine quitte un matin le fort, après s’être coupé les cheveux et habillée en garçon. Capturée par un groupe d’Iroquois, toujours aux aguets, elle est emmenée jusqu’à leur camp avec d’autres prisonniers qui sont massacrés. Conformément à une coutume, elle est épargnée parce qu’adoptée par Tsyothorha, mère du jeune guerrier Wahkwari’tahontsi.

Devenue Otsitsya, c’est-à-dire Fleur, Catherine partage la vie des Iroquois, les accompagne dans leur migration pour l’hiver, demeure dans leurs habitations de branchages et d’écorces de bouleau, mange leur nourriture, participe à la récolte du blé d’Inde, apprend à pétrir la terre pour en faire des poteries, découvre les ressources de la médecine des sauvages à partir des plantes …

 

Elle prend conscience que ces gens-là « possèdent la même intelligence que n’importe quel homme blanc. La même sensibilité, la même curiosité. » Cela ne l’empêche pas d’être déconcertée lorsqu’on accompagne un vieillard sur une île où il désire mourir seul. « Il veut laisser derrière lui l’image d’un guerrier, fier malgré le poids des ans.  Je ne comprends pas », écrit-elle. Elle découvre aussi les ravages sur les populations indiennes de l’alcool fourni par les blancs en échange des peaux de castors.

Ayant appris la langue des Iroquois, elle écoute son frère d’adoption lui conter les légendes indiennes comme celles qui expliquent la création du monde. En bonne chrétienne, elle s’indigne : « Notre terre n’a pas été créée par un vieux crapaud ou une grande tortue. C’est Dieu qui s’en est chargé ! ». Les deux enfants confrontent leurs cultures respectives. Ces échanges constituent un moment très riche de l’ouvrage.

A la fin de l’hiver, avec la complicité et l’aide de ce frère, et après bien des péripéties au cours desquelles elle manque à plusieurs reprises de perdre la vie, Catherine parvient à retourner jusqu’à Ville-Marie. Son équipée aura duré environ un an.

 

La forme choisie, le journal, permet de suivre les événements au jour le jour, de l’intérieur du seul point de vue de la jeune narratrice. Les notations quotidiennes relativement courtes permettent de multiples pauses dans la lecture. Mais le choix manque de crédibilité si l’on tient compte des conditions de l’époque et de la situation romanesque. Par quel étrange hasard avait-elle eu l’idée de quitter le fort pour une promenade en emportant sa plume, son encre et son journal ? Il lui faut ensuite écrire sur de l’écorce de bouleau, dont la préparation n’est pas évoquée, avec un mélange de suie et de sève. Et l’on en arrive à des situations comiques : « Je suis obligée de faire dégeler mon encre avant d’écrire et les gants de peau ne m’aident pas à tenir la plume » !

Cette réserve faite, Fleur des Iroquois est un livre alerte, bien documenté et suivi d’un dossier consacré au peuple « aux longues maisons ». On regrette en fermant la dernière page que les Indiens n’aient pas pu « sauvagiser » davantage de Français.

 

 

http://www.editions400coups.ca/

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