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20/01/2009

Old wave

vague.jpgLa Vague

Todd Strasser

traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

En avril 1967, dans un lycée à Palo Alto (Californie), se serait déroulée une étrange expérience initiée par Ron Jones. Ce professeur d’histoire, devant son incapacité à sensibiliser ses élèves aux mécanismes dont relève un parti tel que le NSDAP, aurait tenté d’appréhender le concept de totalitarisme par un biais moins conforme. Il leur aurait démontré comment des citoyens ont pu soutenir les principes nazis et laisser opérer le génocide que l’on connaît sans éveiller la désapprobation des foules en créant, au sein de sa classe, le mouvement « La Troisième Vague ». Cette émanation fascisto-scolaire aurait alors déferlé pendant une semaine dans l’établissement avant de se voir finalement endiguée avec fermeté.


Ce fait divers, dont les sources manquent cruellement pour en attester la véracité, a inspiré l’écrivain américain Todd Strasser pour la matière de son roman La Vague en 1981. Reprenant le cadre et le fil conducteur, il met en scène l’enseignant Ben Ross, confronté aux interrogations de ses ouailles suite à la projection d’un reportage sur la Shoah: « Pourquoi les Allemands n’ont-ils pas réagi devant les camps de la mort ? », « Comment pouvaient-ils dire qu’ils ne savaient pas ? », « Pourquoi ne se sont-ils pas révoltés ? », etc. Passant de la théorie à la pratique, et sans grand questionnement au préalable, Ross instaure un régime autoritaire entre ses murs, dont les piliers référentiels sont résumés par ces trois slogans scandés en toute occasion : « La Force par la Discipline ! », « La Force par la Communauté ! », « La Force par l’Action ! » Ses étudiants, si prompts à s’insurger devant la docilité des Allemands quelques heures auparavant, sont donc embrigadés dans ce moule rigide, mais toutefois bien confortable. En effet, leur individualité en berne, ils se sentent tous mus par un idéal, concernés par leur entourage, portés par une énergie collective qui leur ôte tout sens critique et les amène peu à peu à procéder à des actes ne correspondant ni à leur morale, ni à la Morale. Même Ross est submergé par l’ampleur du phénomène et se prend plus que de raison au jeu : il découvre vite que le pouvoir enivre et que la légitimité que lui confère sa position de chef flatte dangereusement son ego. Cette uniformatisation totale (un costume, une pensée, un salut, etc.) sera heureusement brisée au moment opportun afin que tous puissent tirer une leçon de cette expérimentation pour le moins déroutante.

Ce livre vise assurément un jeune public à qui il offre des pistes de réflexion sur la responsabilité, le libre arbitre, la perte de l’autonomie, mais aussi tout simplement sur notre faiblesse d’humain qui outrepasse la dichotomie trop aisée « bien-mal ». Cette littérature « conscientisante » demeure sans conteste essentielle. Néanmoins, les adultes et les lecteurs avertis trouveront une platitude stylistique à l’ouvrage. Ainsi, une fois n’est pas coutume, ils suivront avec plus d’ardeur la subtile adaptation cinématographique (sortie dans les salles en 2008). Cette stupéfiante réalisation allemande, bien que s’étant autorisé certaines libertés par rapport à l’opus mater, traduit avec nuance et intelligence le processus d’adhésion et d’aliénation dont sont victimes les différents protagonistes. Un texte à lire dans les écoles ; un film à voir dans les chaumières.

 

http://www.jcgawsewitch.com/

 

http://www.toddstrasser.com/

 

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=134390.html

 

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