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Roman théâtre

On dirait qu'on serait
Alain Gerber

Fayard, 2000

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

On dirait que le dernier roman d'Alain Gerber serait d'une lecture agréable et vagabonde, plus linéaire que certains de ses romans précédents. Maurice Truchot, apprenti-comédien rêveur poussé sur les planches par une mère passionnément cinéphile, devient un théâtreux médiocre et aboulique ; au fil de tournées provinciales et sans éclat, il se laisse aller à l'illusion-vraie de l'amour partagé avec Valentine, son ex-condisciple, puis rencontre son ancien maître, surnommé « Mon Petit Vieux », un Jouvet de banlieue apparemment aussi médiocre que ses élèves, mais transcendé par la vie-illusion et par sa propre parole.

En avançant, on dirait que le dernier roman d'Alain Gerber ne serait pas aussi simple qu'il en aurait l'air. Un peu comme Loin de Rueil de Queneau est le roman du cinéma (Maurice Truchot et Jacques l'Aumône ont de jolis traits communs), On dirait qu'on serait est le roman du théâtre (théâtre de la vie, théâtre du monde, théâtre tout court) ; c'est une magistrale illustration de l'expression à double entente « Interpréter le rôle de sa vie », que Valentine rappelle au bon moment. Valentine, maîtresse du jeu et des hommes, et dont la vie d'éternelle comédienne nous laisse comprendre que les trois protagonistes, Maurice, « Jouvet » et elle, jouent leur vie, dans tous les sens du terme, comme nous tous peut-être bien.

Pas si simple, On dirait qu'on serait, et d'une élaboration savante : du théâtre dans le roman (par le sujet, mais aussi par la composition et la forme des dialogues) ; un soupçon autobiographique dans l'évocation de Belfort, un peu de chronique de voyage dans le parcours européen du couple d'amants, en toile de fond historique le rappel de situations politiques, des envolées épiques à l'évocation des barricades de Mai 68, le tout servi par la verve et la musicalité que connaissent bien les lecteurs d'Alain Gerber… et voilà le genre romanesque qui échappe aux frontières, et qui, installant la confusion entre vie et rêve, proclame aussi la confusion des genres.

Au-delà de la pluralité des registres, au-delà de la polyphonie structurelle, tous degrés de lecture confondus, On dirait qu'on serait rejoint, dans son propos et sa tonalité, ce qui semble être l'un des leitmotive, l'une des préoccupations majeures des fictions d'Alain Gerber : même si ce qu'on a coutume de nommer « ordre universel » est plutôt un désordre inquiétant, l'homme, entre illusion et réalité, entre comédie et vie, dans son entre-deux-êtres en quête de vérité, est digne de confiance et d'amour.

http://www.fayard.fr/

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