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15/01/2009

Emmurée vivante

ofarrell.jpgL’étrange disparition d’Esme Lennox

Maggie O’Farrell

Traduit de l’anglais par Michèle Valencia

Belfond, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Deux jeunes sœurs dans les années 30. L’une fait la fierté de ses parents en se conformant à leurs attentes, l’autre refuse tout compromis.  L’histoire se déroule entre l’Inde et l’Écosse, dans une famille bourgeoise. Esme, petite fille espiègle et rêveuse grandit aux côté de sa douce sœur Kitty et de son petit frère adoré. Les prémices d’une incompréhension parentale à son égard se font sentir. Elle est indomptable et rebelle, ce qui agace et déroute ses géniteurs. Plus tard, la jeune femme repousse les avances des garçons de bonne famille qu’on tente de lui présenter. Elle refuse l’idée du mariage et veut poursuivre ses études. Mais un jour tout bascule, Esme disparaît de la circulation et de la mémoire familiale…


A Édimbourg, l’asile de Cauldstone ferme ses portes. Après soixante ans d’enfermement, Esme Lennox va retrouver le monde extérieur. Au même moment, Iris Lockart reçoit une lettre lui demandant de venir chercher sa grande tante dont elle n’a jamais entendu parler. Elle n’imagine pas à quel point sa vie va en être bouleversée. Dans les anciens registres de Cauldstone, la nièce d’Esme cherche à comprendre les raisons d’un tel internement. Elle y découvre l’incroyable réalité occultée jusqu’à ce jour… Des femmes sont internées car elles « refusent de parler, de repasser le linge, se disputent avec leurs voisines, sont hystériques, ne font pas la vaisselle, ne balaient pas le sol, ne veulent pas avoir de relations avec leur mari, ou en veulent trop, ou pas assez, ou pas comme il faudrait, ou en cherchent ailleurs. Elle voit défiler des maris au bout du rouleau, des parents incapables de comprendre les femmes que sont devenues leurs filles, des pères qui ne cessent de répéter que leur petite était une enfant adorable. Des filles qui n’écoutent personne. Ses épouses qui, un beau jour, font leur valise… » Et si la vraie folie d’Esme était simplement d’avoir refusé le carcan social imposé aux femmes… ? Iris, qui s’impose à elle-même des conventions, se reconnaît étrangement en elle, sorcière survivante d’un temps révolu. 

 

L’éclatant livre de Maggie O’Farrel s’inspire d’histoires vraies et traite d’un phénomène peu commun, celui du destin de nombreuses femmes jugées non-conformistes, victimes d’internements abusifs. A l’image du traitement inhumain subit par l’héroïne, Esme Lennox, la folie féminine fut bien souvent incriminée de façon fallacieuse par des pères, des frères ou des maris. Nombre de femmes internées de force dans le passé ne présentaient aucune pathologie assimilable à la démence. Elles étaient juste « coupables » d’être peu conventionnelles ou simplement farfelues. Considérées comme folles et dangereuses pour l’homme, elles risquaient de pervertir leurs consœurs plus dociles. Seule l’instruction aurait permis à ces femmes ouvertes d’esprits de s’émanciper socialement et de ce fait on leur interdit l’accès aux études…    

 

De manière sobre et classieuse, Maggie O’Farrell s’immisce dans la mémoire décousue de ses personnages. A travers les souvenirs troublants et tronqués d’Esme et ceux confus de sa sœur Kitty, atteinte d’Alzheimer, s’esquissent un terrible drame familial et une trahison sans nom… Mêlant trois voix, le roman entrecroise les destins antithétiques de deux femmes nées au début du siècle  et celui de leur descendante, tiraillée entre ces deux modèles, l’un d’une liberté scandaleuse, l’autre d’un conformisme poussé à l’extrême. Avec L’étrange disparition d’Esme Lennox, l’auteure réussit un roman entêtant sur l’inacceptable…

 

 

http://www.belfond.fr

 

 

 

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