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La transfiguration du chagrin

cygnes.jpgÀ la rencontre des cygnes
Aurélien Loncke
L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

(par Joannic Arnoi)

Tout commence par une sortie à découvert sous la pluie. « Je suis donc resté sous une averse l’année dernière, juste pour essayer. » Timothé vient de perdre son jumeau, Amblin, et cette singulière incursion « dans les trombes d’eau » trouve une explication : « je croyais que, si la pluie pouvait me nettoyer la tête, je n’y penserais plus trop. ». Le récit qui s’ouvre ici va osciller entre souvenirs héroïques (car Amblin était un héros à sa manière) et scènes de deuil, où l’on voit le narrateur aux prises avec la douleur muette de ses parents ou essayant de surmonter sa propre dévastation.
Cela se passe dans une ville où l’hiver prend des quartiers prolongés, bordée par une forêt opaque, avec un lac en son centre. Forêt où les jumeaux font des prouesses en sculptant la neige ou vont admirer les oiseaux migrateurs ; lac où Amblin s’obstine à patiner, année après année, voulant « glisser avec la légèreté de la libellule et la rapidité du serpent ».

« Quand le lac était surpeuplé, pendant les vacances ou les dimanches, on ne distinguait plus les gens du décor, mais des guirlandes de bonnets passant à toute allure. Les plus jeunes semblaient fragiles, en sucre. Ils ressemblaient à des pantins démantibulés risquant de faire le grand écart à n’importe quel moment. » (p. 59-60)

Timothé, lui, se dépeint toujours en retrait : « garçon plutôt effacé », « spectateur », « peu liant ». De cette retenue — et d’un esprit qui se dit souvent « brouillon » — semblent provenir les innombrables ellipses et déplacements d’un récit fait de fragments, moments, hachures, plutôt que jet continu et chronologique.

Une figure prégnante (encore que fort discrète) traverse l’histoire et lui donne son sens : la transformation. Par delà sa chronologie éclatée, le récit nous suggère en effet la mue de Timothé, plongé dans un climat d’enfance dans les premiers chapitres et qui se découvre peu à peu adolescent, dévoilant une vie amicale insoupçonnée et chaotique, ou sa relation complexe avec Charlotte, « étoile », « fée », confidente. Sur la fin, il fait d’ailleurs l’aveu de son âge, comme incidemment (p. 175). Au reste, Timothé n’est pas le seul à se transformer… (même si l’on ne saura jamais si le miracle auquel il participe est autre chose que le fruit de son imagination). Le deuil, à rebours de tout cheminement psychologique (que le narrateur voue aux gémonies), ne peut être surmonté que par une expérience ayant valeur de catharsis.

À la rencontre des cygnes est à cheval entre conte et roman. L’expression réalisme magique, qui sert à qualifier certains films français des années 1950, lui va à merveille. On pense aussi à des nouvelles de Jules Supervielle ou à des romans d’imagination pour la jeunesse d’avant 1968. Il y va aussi de la langue, souvent poétique, parfois un peu précieuse, en tout cas débarrassée de tout écho à une époque particulière. De toute évidence, sauf rares dérogations, l’auteur a voulu donner un caractère atemporel à son histoire.

Nombre d’épisodes ont un pied dans le réel et un autre dans l’allégorie, autorisant une lecture littérale (enfantine ?), ou davantage distanciée. Souvent, plusieurs registres coexistent sans qu’aucun ne prenne véritablement l’ascendant : chronique familiale bourgeoise, conte fantastique, traits poétiques, burlesque (à la limite de la parodie), etc. C’est sans doute l’un des charmes principaux du livre que de se maintenir dans des eaux mêlées, indécises.

Présentation du livre par l'éditeur

Commentaires

  • bonsoir
    j'ai très envie de le lire, merci pour cette découverte
    j'aime beaucoup l'école des loisirs
    La plupart des livres que j'ai pu lire n'avaient d'enfantin sinon l'âge du personnage...
    c'est un débat sans fin
    heureusement, je ne m'en soucie guère
    et repasserai laisser un commentaire
    à bientôt donc
    déborah

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