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  • Andersen rhabillé

    millyard.jpgLes Habits presque neufs de l’empereur
    De Anne Millyard, illustré par Josée Brisaillon

    Les 400 coups, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Cet album souple aux couleurs chaudes reprend la célèbre histoire d’Andersen, en modifiant la fin : l’empereur fait endosser ses habits fictifs à ses ministres flatteurs qui défilent rouges de honte tandis qu’il se fait acclamer par son peuple, vêtu en Père Noël. Même si l’expérience a appris à l’empereur qu’il devait cesser de délaisser sa charge pour des occupations futiles, il n’est pas sûr que le message politique reste intact dans cette transformation. Le malaise de voir le roi nu disparaît, et le scandale avec, certes, mais ne fallait-il pas qu’il y ait malaise pour que le conte perdure jusqu’à nous dans toute sa force ?
    L’histoire est cependant fort bien racontée dans cette adaptation, avec beaucoup d’implicite jusqu’à la surprise finale, qui est bien préparée. Les illustrations qui mêlent des motifs imprimés découpés en bandes ou en forme de vêtements (rayures, pois, carreaux, motifs floraux…), les petits habits posés ça et là en attente d’un corps comme ceux des planches en carton à découper d’autrefois, les corps déformés et les regards ébahis donnent une belle atmosphère à l’ensemble.

    http://www.editions400coups.ca/

  • Olga, la compil

    olga.jpgLe grand livre d'Olga
    Geneviève Brisac, illustrations Michel Gay
    L'Ecole des loisirs, 2008

    (par Blandine Longre)

    Excellente idée que de rassembler les douze histoires d’Olga, la jeune héroïne imaginée par Geneviève Brisac il y a déjà quelques années (en 1990, pour être exact, date de sa première apparition dans la collection Mouche) dans un seul volume grand format d’une belle épaisseur, ponctué des esquisses de Michel Gay : pas moins de 420 pages d’aventures familiales qui mettent en scène une fillette, entre candeur et lucidité, toujours prompte à s’interroger et à enquêter (sur l’existence du Père Noël, dans Le Noël d’Olga), à remettre en question l’ordre des choses, à s’inquiéter de ce qui pourrait passer pour des broutilles aux yeux des adultes (quand il s’agit d’inviter des amies qui risquent de se moquer de sa maison « nid de souris », dans Olga fait une fête), ou à se révolter face à des injustices flagrantes – comme dans Olga et les traitres (où l’arrivée d'une remplaçante terrifiante incite certains enfants à céder à la peur), Chaque histoire dévoile habilement les appréhensions, les bonheurs et les difficultés qui font grandir, à travers les expériences quotidiennes d’une petite fille volontaire et attachante, dans une famille ou la liberté d’expression prévaut.

    http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

  • Mini fulgurances littéraires

    hoax.jpgHoax
    Collectif (Eric Arlix et Jean de la Roche)
    Ere, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le mot « hoax », ou canular informatique transmis le plus souvent par messagerie électronique, est connu en France grâce au site hoaxbuster qui montre comment naissent les rumeurs d’aujourd’hui et comment sont recyclées les vieilles légendes urbaines.
    Les auteurs proposent dans une première partie de vrais messages, ceux que nous recevons tous, de veuve de dictateurs ou d’hommes d’affaires prêts à nous faire profiter de leur fortune, ou d’annonce de gains mirobolants à une loterie. Chacun est semé de perles orthographiques, syntaxiques, stylistiques et conceptuelles hilarantes, dignes de figurer dans cette anthologie d’un nouveau langage, le français du net, issu d’un mélange de traductions automatiques et de délires de rédacteurs maladroits.

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  • Plus qu’une musique métissée : une musique de l’altérité

    jazzoccident.jpgLe jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie

    Christian Béthune

    Klincksieck, 2008 (collection d’esthétique)

     

    Entretien avec l’auteur

     

    (Par Christophe Rubin)

     

    Je commençais une thèse de linguistique sur les textes de rap, lorsqu’un ami m’a appelé pour me dire à peu près ceci : « J’étais à un salon du livre et il y avait une conférence d’un philosophe sur le rap… j’y suis allé par curiosité. Tu as sûrement dû t’inspirer de son bouquin car ce que tu m’as expliqué, c’est exactement ce qu’il a dit. Mais, sans vouloir te vexer, ça allait plus loin, c’était formidable. J’ai pensé à toi : j’ai été lui demandé son adresse à la fin, si tu veux lui écrire...»

     

    Non, je ne connaissais ni le philosophe, ni le livre en question : Le rap, une esthétique hors la loi (éditions Autrement, collection « Mutations », 1999, réédité en 2003 avec beaucoup d’enrichissements)… Mais je me suis dépêché de le lire, avec un certain scepticisme : j’avais lu quelques rares ouvrages instructifs sur la question, mais rien qui ait pu me permettre d’avancer vraiment. Plongé dans le détail de mes analyses stylistiques et rythmiques, j’observais des phénomènes qui dépassaient largement ce que je m’attendais à trouver : une organisation très élaborée mais dont la logique m’échappait et que j’étais incapable de mettre en relation avec ce que je ressentais à l’écoute de certains enregistrements. Je pouvais certes poursuivre mes analyses mais je m’impatientais de ne pouvoir établir de liens entre mes divers résultats : de donner du sens à mes observations… Je pouvais concevoir une interprétation très générale – psychologique ou anthropologique – à certains aspects rythmiques et vocaux mis en place par l’écriture de ces textes, mais je ne parvenais pas à cerner leur spécificité.

     

    Dès les premières pages de l’ouvrage de Christian Béthune, ce fut une série de surprises, qui me faisaient passer de la dénégation à l’enthousiasme de trouver enfin un sens humain aux phénomènes qui m’avaient été révélés en partie par l’analyse stylistique. J’avais l’habitude d’imaginer un lien lointain entre le rap et certaines pratiques culturelles d’Afrique de l’ouest, de la Jamaïque voire le gospel ; mais, au delà de la pure actualité afro-américaine de ce mouvement, je n’avais jamais vraiment songé à y voir un lien très fort avec le blues ou le jazz. Or c’était bien une conscience ontologique particulière née de l’esclavage que Béthune décrivait de façon cohérente et très documentée dans les divers aspects vocaux, textuels, musicaux et sociologiques du rap, en montrant que celui-ci était finalement un parent direct de toutes les autres formes d’expression afro-américaine, à commencer par le jazz.

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  • Explorer l'espace du livre

    lesgrandsarbres.jpgLes Grands Arbres
    Anne Vauclair et Marc Bellini
    roman photo (photographies d'identité) en 15 cartes postales. 10.5 x 15, 15 cartes retenues par une bague, imprimées en quadrichromie offset sur couché semi-mat - La Diseuse.

     

    (par Blandine Longre)

     

    La Diseuse, association de micro-édition co-dirigée par Marc Bellini et Lilas Seewald, propose d’aborder le livre et la lecture autrement… en publiant des livres-objets, en mettant en place des collaborations parfois inattendues entre auteurs, dessinateurs, artistes, en mettant aussi l’accent sur l’innovation graphique.
    J’ai récemment découvert quelques-uns de leurs ouvrages, dont une série de quinze cartes postales intitulée Les grands Arbres, qui combine des textes d’Anne Vauclair et des photographies de Marc Bellini, dont le travail inclut un usage original du photomaton.

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  • Contes chinois

    conteschinois.jpgLa grande montagne des contes chinois
    Fabienne Thiéry et Catherine Gendrin
    illustré par Vanessa Hé
    Rue du monde, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Ce recueil de « fables, légendes et contes traditionnels » propose un grand nombre de récits courts, très savoureux et très variés. On y apprend comment la jeune Fleur d’abricot échappe à l’empereur, comment la soie est arrivée en Chine. L’amour fidèle y est récompensé, l’arrogance punie, et l’on y trouve la définition du bon enseignant, à travers le mauvais modèle offert par la poule aux fines plumes, parfaite, trop parfaite et raisonnable.
    Les illustrations, charmantes, imitent des miniatures, avec de belles profondeurs de couleurs, des effets de laque et de marqueterie.

  • Mais qu’allons nous faire de tant de bonheur ?

    les moindres petites choses.jpg

    Les moindres petites choses
    Anne Herbauts
    Casterman, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Les moindres petites choses, qui donnent son titre à ce bel album, composent de manière indicible et bouleversante notre existence. À travers ces sensations, Anne Herbauts explore la conscience de soi et l’impuissance humaine à formuler ses émotions face à la beauté du monde qui nous dépasse.
    Madame Avril possède une petite maison, un jardinet et un lapin. On pourrait croire ces lieux confinés et son existence étriquée mais il n’en est rien. Certains jours, quand elle réfléchit, le jardin s’agrandit… Le quotidien se déploie, sort du cadre. Et de là, nait un sentiment d’infini lui faisant penser qu’elle est bien trop minuscule pour ces moindres petites choses. Elle se laisse alors submerger par des sentiments inexprimables, indéfinissables et inattendus… Que peut-elle faire de tant de bonheur ?

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  • Songes d’une nuit d’été

    peca.jpgThe sunshine play

    Peca Stefan

    Traduit du roumain par Fanny Chartres
    Editions Théâtrales, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Sur un toit brûlant de Bucarest, par une belle nuit de juillet, trois jeunes gens confrontent leurs désirs, leurs doutes, leurs colères, leurs déceptions, leurs espoirs… Il y a là Iza la Roumaine, Trifon le Bulgare et Dan le Roumain, de retour de Colombie après un mariage raté. L’amour et la séparation sont au cœur de leurs dialogues, qui se déroulent tantôt en roumain (et en traduction française pour la présente édition) tantôt en anglais (lorsque Roumains et Bulgare veulent s’entendre mutuellement…) : stéréotype de l’internationalisme linguistique ? En tout cas, on sent bien que ces trentenaires venus d’horizons différents ont des élans similaires, soutenus par les mêmes rêves d’autres choses et d’autres lieux.

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  • Bernanos, divinement illisible

    bernanos.jpgMonsieur Ouine

    Georges Bernanos

    Le Castor astral, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    « Illisible ! Inintelligible ! » C’est d’une telle litanie d’adjectifs péremptoires que les correcteurs des éditions Plon émaillèrent, en 1935, les marges du manuscrit de Monsieur Ouine. Georges Bernanos s’était mis à rédiger, ou plutôt à rêver par écrit, ce roman dès l’année précédente. Sa version définitive, complétée de chapitres inédits écrits au Brésil, ne sera publiée qu’en 1955.

    On peut donc admettre que cette œuvre, cent fois remise sur le métier, constitue le point d’orgue de la production bernanosienne. Synthèse de son art narratif et de ses réflexions sur l’éternel problème du mal, Monsieur Ouine est un absolu.

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  • Flicka en Asie

    9782081210097_cm.jpgLa Route du nord
    Xavier-Laurent Petit

    Castor poche, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    La jeune Galshan, héroïne de 153 jours en hiver et du Col des mille larmes, du même auteur, passe l’été avec son grand père, dernier habitant d’un campement de nomades d’Asie centrale. La sècheresse et l’exode des troupeaux vers le nord, la tempête qui les surprend et les disperse, l’amour des chevaux et l’attente de la naissance du poulain qui lui sera destiné, la présence d’une jeune femme photo reporter, la mort du grand père…Tous ces événements tissent un récit très cohérent qui entrecroise sans se perdre plusieurs destins. C’est une histoire très classique et sans surprises, avec un peu de sel ethnologique et tout ce qu’il faut pour plaire aux jeunes lecteurs amateurs de grands espaces.

  • Passion et nécessité

    R. Sterian.jpgL’âme tatouée
    Raluca Sterian-Nathan

    Préface de Samuel Pisar
    L’Archipel, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    « Parmi mes nombreux défauts, le plus important est mon manque d’ambition. Il est compensé par une énorme soif de vivre. Je n’agis que par passion ou curiosité, souvent par nécessité. Ce dont j’ai le plus envie, c’est de liberté. » Voilà comment Raluca Sterian-Nathan se définit. Il est vrai que la destinée de cette Franco-Roumaine aux origines multiples fut exceptionnelle : née avec une sorte de réticence peu avant la guerre, elle vécut les dictatures du nazisme et du communisme qui, ajoutées aux tourmentes familiales et amoureuses, lui tissèrent une enfance et une jeunesse marquées par l’accumulation des malheurs. Entre ceux-ci, des appétits insatiables, des rencontres heureuses, des joies profondes, l’amour maternel, le rire jeté « par-dessus les larmes ».

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  • Albertine vade mecum

    proust.jpgPrécaution inutile
    Marcel Proust
    Le Castor Astral, « Les Inattendus », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Véritable pépite d'or que cette Précaution inutile, roman « inédit et complet », version courte de La Prisonnière. La démarche en elle-même est inédite : Proust recueille ses plus belles pages et donne une trame allégée à son roman, avec la nonchalance pragmatique et sûre qui est celle des génies. L’expansion naturelle de l’écriture proustienne, débordant en mille et unes paperolles, s’arrête ici pour mieux épouser l’écrin éditorial choisi. Sans nullement empêcher, bien au contraire, que l’on se plonge encore et toujours dans l’immensité ciselée de la Recherche du temps perdu, ce court roman s’offre comme une un petit plaisir défendu, en marge de la grande épopée, un joli chef d’œuvre aussi mystérieux qu’irrésistible, à lire « en toute innocence et en toute liberté », selon l’invitation de Frédéric Ferney, préfacier. Un tramway dans la brume matinale, le silence d’Albertine belle endormie – et le narrateur seul avec sa jalousie, amère et polie, lucide et désolée, convoquant les lois secrètes de notre cosmos sentimental pour décrire l’immense catastrophe sourdant vicieusement au cœur de tel ou tel petit mensonge dérisoire, petite griffure lâche et cruelle.

    http://www.castorastral.com/

  • Un Barbe bleue très noir

    barbebleue.jpgBarbe Bleue
    De Chiara Carrer

    La joie de lire, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    On savait le conte de Barbe bleue inquiétant, ici il est terrifiant tant les ellipses textuelles et graphiques sont efficaces. L’histoire est rythmée par des heures, anticipant et remplaçant le fameux décompte du conte (« Anne,ma soeur Anne… ») : 8h : une femme disparaît ; 20h, un homme se met en colère… 8h, une autre femme disparaît… jusqu’à la troisième, appelée Rose, qui saura un peu mieux se défendre.
    Le texte, très bref et factuel comme un emploi du temps, occupe la page de gauche. Il laisse de nombreux éléments dans l’ombre ; sur la page de droite, les images déclinent les émotions, les instants, les fragments. Le crème et le jaune alternent avec le bleu nuit et le noir, la couleur de l’homme et de la souffrance.

  • Allô maman bobo

    tesplusmacopine.jpg

    T’es plus ma copine  / Mon chien est mort
    Eric Englebert, Illustré par Claude K. Dubois
    Grasset-Jeunesse, 2008 - A partir de 7 ans

    (Caroline Scandale)

    La collection Lampe de poche 7 ans et + propose la série intitulée « Les petits bobos de la vie ». Sa spécificité est de dédramatiser des situations souvent angoissantes pour les enfants. Empreints d’une grande sensibilité, ces jolis livres panseront leurs petites blessures à l'âme.

    L’amitié est aussi intense qu’elle peut s’avérer douloureuse. Dans T’es plus ma copine, Sarah n’a pas envie d’aller à l’école... Elle s’est disputée avec sa meilleure amie Catherine, qui ne lui parle plus. La petite fille est de plus en plus triste et redoute d'être confrontée à l’indifférence de sa prétendue copine.

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  • Guignol a 200 ans

    embiernes_01.jpgLes embiernes recommencent

    Spectacle proposé par Emilie Valantan / Théâtre du Fust

    Théâtre des Célestins, du 10 au 28 décembre 2008

    Avec Franck Adrien/Gaston Richard, Jean Sclavis, Pierre Saphores, Emilie Valantan et Elie Granger au piano.

     

    (Par Françoise Anthonioz)

     

    Nous avions un peu oublié que la marionnette française la plus populaire est née à Lyon dans le quartier des Canuts : Guignol, avec son inséparable compagnon Gnafron…. C’est Laurent Mourguet, un ancien Canut, qui créa ce personnage ; il essayait ses réparties sur un de ses amis de Saint-Paul, et lorsque celui-ci s’amusait beaucoup, il s’écriait : « C’est guignolant ». Guignol, avec ses petits yeux arrondis, son sourcil épais, sa longue natte, ses joues rondes et son sourire sympathique, est devenu populaire grâce à son esprit frondeur, sa naïveté, son bon sens et son aversion pour les bourgeois : «  Les bargeois, ça vaut pas grand-chose ! ».

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  • Géographie littéraire

    gard.jpgBalade dans le Gard, sur les pas des écrivains
    Sous la direction de Bernard Bastide, préface de Christian Giudicelli - Editions Alexandrines, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La promenade va s’effectuer dans un département qui marie, comme Christian Giudicelli le dit dans la préface à propos de Nîmes, « un charme italien à une austérité huguenote », et qui permet de passer des montagnes cévenoles à la mer, en faisant étape dans la garrigue. On le sait, les écrivains sont les meilleurs guides pour faire goûter non seulement la saveur des lieux, mais aussi leur histoire, leurs secrets, et même leur imaginaire. Cette Balade dans le Gard propose une belle alliance de la géographie et de la littérature, qui toutes deux se répondent, se font écho, aidées en cela par les textes des écrivains eux-mêmes (natifs, d’adoption ou de passage), par les biographies détaillées (toutes confiées à des spécialistes) et par l’iconographie (photos évocatrices des lieux et des auteurs).

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  • Pinocchio en liberté

    pinocchio.jpgLa Petite Clé d'or ou Les aventures de Bouratino
    Alexeï Tolstoi

    Illustré par Sacha Poliakova et traduit par Natha Caputo
    Gautier-Languereau, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Bouratino est une adaptation ou plutôt une réécriture russe de Pinocchio. Ecrite par Alexeï Tolstoi (ne pas confondre avec Léon, son cousin éloigné) en 1936, plusieurs fois édité en Français, elle est ici très bien traduite ; les dialogues y sont nombreux et savoureux. Tout est bellement illustré d’images farfelues et colorées.
    Pinocchio ne reste pas chez Gepetto, mais est donné à Carlo, un homme encore plus pauvre que lui. On retrouve les épisodes de l’alphabet, du chat et du renard, de l’auberge… mais à cela s’ajoutent des aventures avec des marionnettes : un Pierrot poète, amoureux et pleureur, une demoiselle un peu précieuse qui cherche à éduquer les autres (un avatar de la fée bleue en plus tyrannique encore), un montreur de marionnettes tortionnaire, des chiens policiers terrifiants, des animaux des prés et des bois prêts à venir en aide aux poupées de bois persécutées… et une fin heureuse en forme de spectacle géant de marionnettes qui ouvre le livre sur le cirque : Pinocchio y reste de bois, mais bien vivant et toujours plein de fantaisie.

  • Il y a cinquante ans: naissance d'une "nouvelle vague"

    bossa.jpgSoirée à Copacabana - BD Bossa 

    L'histoire de la bossa-nova "volume 1" (2 CD) (Nocturne)

    par Marcus Wagner

     

    (par Jacques Chesnel)

     

    Le mouvement artistique et surtout musical nommé "bossa-nova" est né au Brésil à la fin des années 50 "d'une rencontre entre la samba brésilienne et le jazz moderne" ainsi que le définissait brièvement Antonio Carlos Jobim (1927 - 1994) qui fut avec Vinicius de Moraes (1913 - 1980) et João Gilberto (1931) l'une des premières grandes vedettes populaires. Le jazz avait connu au Brésil une certaine vogue dès les années 30 et suscité des variantes locales dont la gaferia avec notamment le clarinettiste-saxophoniste Paulo Moura, puis s'intègra progressivement à la samba (dont le nom provient vraisemblablement de l'angolais semba) à partir du chorro (le blues brésilien); mais c'est surtout Johnny Alf (1929) qui en sera le précurseur (méconnu) en 1949. C'est à la fin de 1958 que Desafinado (désacordé, faux) de Tom Jobim et Newton Mendoça  devint l'hymne de ce nouveau style musical dont la popularité allait exploser au Brésil avec le succès de l'album de João Gilberto Chega de saudade et dans le monde grâce au film de Marcel Camus Orge Negro. Dans ce superbe coffret en noir & blanc, Marcus Wagner et son équipe de journalistes et historiens nous présente l'ère pré-bossa-nova autrement dit les prémices de ce qui allait devenir le moment le plus important de la musique brésilienne du 20e siècle.

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  • Laissez les lire !

    9782882584656.jpgAffaires de loup
    Pascal Trimouille

    La joie de lire, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Petit album sans paroles, sans couleurs, mais pas sans relief. Les images crayonnées au fusain, très sombres, montrent un loup qui s’ennuie dans sa famille ; il entre dans une chambre d’enfant. Il en sort avec un ours et un livre. Il coule des moments heureux entre ces deux compagnons. Les autres loups, les parents et un autre louveteau, s’y attaquent pour les détruire (ou les dévorer ? image terrible). On ne vous dira pas la suite…
    Belle fable sur les plaisirs du jeu et de la lecture, sur la difficulté de certains enfants pour y accéder sans que la famille en prenne ombrage, sur la lecture d’images et la projection de fantasmes.

  • L’Afrique m’avait salement rattrapé

    couv_7729.jpgSarcelles Dakar
    Insa Sané
    Sarbacane, collection Exprim

    (par Christophe Rubin)

    Il faut lire Sarcelles Dakar. La seule troisième partie, racontant le voyage en Casamance d’un jeune homme de dix-neuf ans, mérite que ce roman soit acheté et lu.
    Insa Sané, slameur et comédien. D’après la liste des albums qui composent la « bande son » qui précède le texte (Erykah Badu, Bob Marley, Oxmo Puccino, Public Enemy, The Roots…), il a des oreilles. Il a aussi une vraie plume et il sait surprendre son lecteur… Ce roman de formation, qui alterne les songes prémonitoires et l’action, dénude peu à peu son héros, Djiraël, et le découvre à lui-même au fur et à mesure qu’il s’approche de l’Afrique de ses ancêtres. Au début, ce ne sont que de petites histoires de banlieue entre jeunes : amours et arnaques de débutants, avec le langage qui va avec. Tout cela semble bien superficiel, à juste titre : même le père absent – il est retourné au pays – et le malaise éprouvé par le fils semblent banals. Il s’agit dans un premier temps de dire cette banalité, en tant qu’absence de repère et de sens, dans la vie comme dans le roman.

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