31.12.2008

Andersen rhabillé

millyard.jpgLes Habits presque neufs de l’empereur
De Anne Millyard, illustré par Josée Brisaillon

Les 400 coups, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Cet album souple aux couleurs chaudes reprend la célèbre histoire d’Andersen, en modifiant la fin : l’empereur fait endosser ses habits fictifs à ses ministres flatteurs qui défilent rouges de honte tandis qu’il se fait acclamer par son peuple, vêtu en Père Noël. Même si l’expérience a appris à l’empereur qu’il devait cesser de délaisser sa charge pour des occupations futiles, il n’est pas sûr que le message politique reste intact dans cette transformation. Le malaise de voir le roi nu disparaît, et le scandale avec, certes, mais ne fallait-il pas qu’il y ait malaise pour que le conte perdure jusqu’à nous dans toute sa force ?
L’histoire est cependant fort bien racontée dans cette adaptation, avec beaucoup d’implicite jusqu’à la surprise finale, qui est bien préparée. Les illustrations qui mêlent des motifs imprimés découpés en bandes ou en forme de vêtements (rayures, pois, carreaux, motifs floraux…), les petits habits posés ça et là en attente d’un corps comme ceux des planches en carton à découper d’autrefois, les corps déformés et les regards ébahis donnent une belle atmosphère à l’ensemble.

http://www.editions400coups.ca/

Olga, la compil

olga.jpgLe grand livre d'Olga
Geneviève Brisac, illustrations Michel Gay
L'Ecole des loisirs, 2008

(par Blandine Longre)

Excellente idée que de rassembler les douze histoires d’Olga, la jeune héroïne imaginée par Geneviève Brisac il y a déjà quelques années (en 1990, pour être exact, date de sa première apparition dans la collection Mouche) dans un seul volume grand format d’une belle épaisseur, ponctué des esquisses de Michel Gay : pas moins de 420 pages d’aventures familiales qui mettent en scène une fillette, entre candeur et lucidité, toujours prompte à s’interroger et à enquêter (sur l’existence du Père Noël, dans Le Noël d’Olga), à remettre en question l’ordre des choses, à s’inquiéter de ce qui pourrait passer pour des broutilles aux yeux des adultes (quand il s’agit d’inviter des amies qui risquent de se moquer de sa maison « nid de souris », dans Olga fait une fête), ou à se révolter face à des injustices flagrantes – comme dans Olga et les traitres (où l’arrivée d'une remplaçante terrifiante incite certains enfants à céder à la peur), Chaque histoire dévoile habilement les appréhensions, les bonheurs et les difficultés qui font grandir, à travers les expériences quotidiennes d’une petite fille volontaire et attachante, dans une famille ou la liberté d’expression prévaut.

http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

30.12.2008

Mini fulgurances littéraires

hoax.jpgHoax
Collectif (Eric Arlix et Jean de la Roche)
Ere, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Le mot « hoax », ou canular informatique transmis le plus souvent par messagerie électronique, est connu en France grâce au site hoaxbuster qui montre comment naissent les rumeurs d’aujourd’hui et comment sont recyclées les vieilles légendes urbaines.
Les auteurs proposent dans une première partie de vrais messages, ceux que nous recevons tous, de veuve de dictateurs ou d’hommes d’affaires prêts à nous faire profiter de leur fortune, ou d’annonce de gains mirobolants à une loterie. Chacun est semé de perles orthographiques, syntaxiques, stylistiques et conceptuelles hilarantes, dignes de figurer dans cette anthologie d’un nouveau langage, le français du net, issu d’un mélange de traductions automatiques et de délires de rédacteurs maladroits.

Lire la suite

29.12.2008

Plus qu’une musique métissée : une musique de l’altérité

jazzoccident.jpgLe jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie

Christian Béthune

Klincksieck, 2008 (collection d’esthétique)

 

Entretien avec l’auteur

 

(Par Christophe Rubin)

 

Je commençais une thèse de linguistique sur les textes de rap, lorsqu’un ami m’a appelé pour me dire à peu près ceci : « J’étais à un salon du livre et il y avait une conférence d’un philosophe sur le rap… j’y suis allé par curiosité. Tu as sûrement dû t’inspirer de son bouquin car ce que tu m’as expliqué, c’est exactement ce qu’il a dit. Mais, sans vouloir te vexer, ça allait plus loin, c’était formidable. J’ai pensé à toi : j’ai été lui demandé son adresse à la fin, si tu veux lui écrire...»

 

Non, je ne connaissais ni le philosophe, ni le livre en question : Le rap, une esthétique hors la loi (éditions Autrement, collection « Mutations », 1999, réédité en 2003 avec beaucoup d’enrichissements)… Mais je me suis dépêché de le lire, avec un certain scepticisme : j’avais lu quelques rares ouvrages instructifs sur la question, mais rien qui ait pu me permettre d’avancer vraiment. Plongé dans le détail de mes analyses stylistiques et rythmiques, j’observais des phénomènes qui dépassaient largement ce que je m’attendais à trouver : une organisation très élaborée mais dont la logique m’échappait et que j’étais incapable de mettre en relation avec ce que je ressentais à l’écoute de certains enregistrements. Je pouvais certes poursuivre mes analyses mais je m’impatientais de ne pouvoir établir de liens entre mes divers résultats : de donner du sens à mes observations… Je pouvais concevoir une interprétation très générale – psychologique ou anthropologique – à certains aspects rythmiques et vocaux mis en place par l’écriture de ces textes, mais je ne parvenais pas à cerner leur spécificité.

 

Dès les premières pages de l’ouvrage de Christian Béthune, ce fut une série de surprises, qui me faisaient passer de la dénégation à l’enthousiasme de trouver enfin un sens humain aux phénomènes qui m’avaient été révélés en partie par l’analyse stylistique. J’avais l’habitude d’imaginer un lien lointain entre le rap et certaines pratiques culturelles d’Afrique de l’ouest, de la Jamaïque voire le gospel ; mais, au delà de la pure actualité afro-américaine de ce mouvement, je n’avais jamais vraiment songé à y voir un lien très fort avec le blues ou le jazz. Or c’était bien une conscience ontologique particulière née de l’esclavage que Béthune décrivait de façon cohérente et très documentée dans les divers aspects vocaux, textuels, musicaux et sociologiques du rap, en montrant que celui-ci était finalement un parent direct de toutes les autres formes d’expression afro-américaine, à commencer par le jazz.

Lire la suite

28.12.2008

Explorer l'espace du livre

lesgrandsarbres.jpgLes Grands Arbres
Anne Vauclair et Marc Bellini
roman photo (photographies d'identité) en 15 cartes postales. 10.5 x 15, 15 cartes retenues par une bague, imprimées en quadrichromie offset sur couché semi-mat - La Diseuse.

 

(par Blandine Longre)

 

La Diseuse, association de micro-édition co-dirigée par Marc Bellini et Lilas Seewald, propose d’aborder le livre et la lecture autrement… en publiant des livres-objets, en mettant en place des collaborations parfois inattendues entre auteurs, dessinateurs, artistes, en mettant aussi l’accent sur l’innovation graphique.
J’ai récemment découvert quelques-uns de leurs ouvrages, dont une série de quinze cartes postales intitulée Les grands Arbres, qui combine des textes d’Anne Vauclair et des photographies de Marc Bellini, dont le travail inclut un usage original du photomaton.

Lire la suite

27.12.2008

Contes chinois

conteschinois.jpgLa grande montagne des contes chinois
Fabienne Thiéry et Catherine Gendrin
illustré par Vanessa Hé
Rue du monde, 2008

(par Anne-Marie Mercier)


Ce recueil de « fables, légendes et contes traditionnels » propose un grand nombre de récits courts, très savoureux et très variés. On y apprend comment la jeune Fleur d’abricot échappe à l’empereur, comment la soie est arrivée en Chine. L’amour fidèle y est récompensé, l’arrogance punie, et l’on y trouve la définition du bon enseignant, à travers le mauvais modèle offert par la poule aux fines plumes, parfaite, trop parfaite et raisonnable.
Les illustrations, charmantes, imitent des miniatures, avec de belles profondeurs de couleurs, des effets de laque et de marqueterie.

Mais qu’allons nous faire de tant de bonheur ?

les moindres petites choses.jpg

Les moindres petites choses
Anne Herbauts
Casterman, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Les moindres petites choses, qui donnent son titre à ce bel album, composent de manière indicible et bouleversante notre existence. À travers ces sensations, Anne Herbauts explore la conscience de soi et l’impuissance humaine à formuler ses émotions face à la beauté du monde qui nous dépasse.
Madame Avril possède une petite maison, un jardinet et un lapin. On pourrait croire ces lieux confinés et son existence étriquée mais il n’en est rien. Certains jours, quand elle réfléchit, le jardin s’agrandit… Le quotidien se déploie, sort du cadre. Et de là, nait un sentiment d’infini lui faisant penser qu’elle est bien trop minuscule pour ces moindres petites choses. Elle se laisse alors submerger par des sentiments inexprimables, indéfinissables et inattendus… Que peut-elle faire de tant de bonheur ?

Lire la suite

26.12.2008

Songes d’une nuit d’été

peca.jpgThe sunshine play

Peca Stefan

Traduit du roumain par Fanny Chartres
Editions Théâtrales, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Sur un toit brûlant de Bucarest, par une belle nuit de juillet, trois jeunes gens confrontent leurs désirs, leurs doutes, leurs colères, leurs déceptions, leurs espoirs… Il y a là Iza la Roumaine, Trifon le Bulgare et Dan le Roumain, de retour de Colombie après un mariage raté. L’amour et la séparation sont au cœur de leurs dialogues, qui se déroulent tantôt en roumain (et en traduction française pour la présente édition) tantôt en anglais (lorsque Roumains et Bulgare veulent s’entendre mutuellement…) : stéréotype de l’internationalisme linguistique ? En tout cas, on sent bien que ces trentenaires venus d’horizons différents ont des élans similaires, soutenus par les mêmes rêves d’autres choses et d’autres lieux.

Lire la suite

24.12.2008

Bernanos, divinement illisible

bernanos.jpgMonsieur Ouine

Georges Bernanos

Le Castor astral, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

« Illisible ! Inintelligible ! » C’est d’une telle litanie d’adjectifs péremptoires que les correcteurs des éditions Plon émaillèrent, en 1935, les marges du manuscrit de Monsieur Ouine. Georges Bernanos s’était mis à rédiger, ou plutôt à rêver par écrit, ce roman dès l’année précédente. Sa version définitive, complétée de chapitres inédits écrits au Brésil, ne sera publiée qu’en 1955.

On peut donc admettre que cette œuvre, cent fois remise sur le métier, constitue le point d’orgue de la production bernanosienne. Synthèse de son art narratif et de ses réflexions sur l’éternel problème du mal, Monsieur Ouine est un absolu.

Lire la suite

23.12.2008

Flicka en Asie

9782081210097_cm.jpgLa Route du nord
Xavier-Laurent Petit

Castor poche, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

La jeune Galshan, héroïne de 153 jours en hiver et du Col des mille larmes, du même auteur, passe l’été avec son grand père, dernier habitant d’un campement de nomades d’Asie centrale. La sècheresse et l’exode des troupeaux vers le nord, la tempête qui les surprend et les disperse, l’amour des chevaux et l’attente de la naissance du poulain qui lui sera destiné, la présence d’une jeune femme photo reporter, la mort du grand père…Tous ces événements tissent un récit très cohérent qui entrecroise sans se perdre plusieurs destins. C’est une histoire très classique et sans surprises, avec un peu de sel ethnologique et tout ce qu’il faut pour plaire aux jeunes lecteurs amateurs de grands espaces.

Toutes les notes