Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Gentleman saxophoniste

gerber9.jpgPaul Desmond et le côté féminin du monde

Alain Gerber
Fayard, 2006

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Ce qu’il y a de bien avec Alain Gerber, c’est que son érudition jazzistique est hautement compatible avec sa verve littéraire. Les romans dernièrement publiés (Louie en 2002, Chet en 2003, Charlie et Lady Day en 2005), au même titre que les nombreux livres qui les précèdent, le prouvent suffisamment. Alain Gerber est, par-dessus tout, un écrivain.

Paul Desmond et le côté féminin du monde est qualifié de « récit », non de roman. Certes, le côté documentaire tient une place non négligeable dans ces 350 pages : Paul Breitenfeld – de son vrai nom – fut avant tout « le saxophoniste désincarné du quartette de Dave Brubeck », qui a joué un rôle prépondérant dans le « Brubeck Time », qui a côtoyé directement ou indirectement les grands (et les moins grands) de son époque, les Miles Davis, Connie Kay, Jim Hall, Chet Baker, Charles Mingus… ; qui a inventé avec le succès que l’on sait le fameux Take Five… Et l’auteur, en éminent connaisseur, ne manque pas, à l’occasion, de rappeler tel ou tel détail oublié de l’histoire musicale, d’émettre telle ou telle considération sur le jazz, cet art collectif qui a « toujours été une entreprise de pillage mutuel et réciproque », et à propos duquel Paul Desmond paraissait manquer d’assurance : sa « sonorité extravagante » lui semblait truquée, instable, jamais acquise.

Et voilà que le document se fait littérature, cette littérature qui a toujours hanté Paul, sans qu’il puisse satisfaire ses velléités en ce domaine, cette littérature qui aurait pu être sa « porte de sortie » s’il n’avait pas cherché dans les mots qu’un refuge, mais aussi un matériau artistique. Des refuges ? Il a tenté d’en trouver d’autres, dans l’alcool, dans les souvenirs, dans la solitude et la misanthropie, ou plutôt dans la compagnie de soi-même et de quelques personnes, dans la compagnie « des femmes en particulier – ces femmes, dit-il, dont je pourrais tomber amoureux très vite et me détacher plus vite encore ».

Paul Desmond ne fut pas seulement un saxophoniste génial et renommé ; il fut un homme au long répertoire mais à la vie trop brève, un homme qui s’aimait peu mais qui aimait les femmes et dont l’existence tout entière chanta ce « côté féminin du monde » auquel Alain Gerber, en mettant à sa manière la musique en mots, montre qu’il n’est pas non plus indifférent.

 http://www.fayard.fr/

Les commentaires sont fermés.