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Contes tordus

pef.jpgMotordu, Sang-de-Grillon et autres contes
De Pef
Gallimard jeunesse, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Motordu se met aux contes et les revisite avec une virtuosité toujours étonnante. Dans l’histoire que raconte sa fille Marie-Parlotte pour endormir le Prince de Motordu, celle qu’on nomme Sang-de Grillon (Cendrillon), car toujours fourrée dans une cheminée, épouse le très vache Barbe-Meuh. Elle s’enfuit et rencontre la Belle au bois mordant dont le bois est vraiment redoutable, et aussi Planche Beige et sa méchante Belle-Amère, le Chat Empoté et le marquis de quatre Cabas, l’Appétit poussé qui a toujours très faim… De nombreux personnages secondaires complètent le tableau, dont le spirituel Gars rosse qui la transporte et menace de se transformer après minuit en six trouilles, voire davantage.

Cette accumulation est d’autant plus vertigineuse que tout finit par faire sens, s’entrecroiser, modifier les destins des uns et des autres et se clôt, heureusement mais avec une erreur de casting, par le mariage de la Belle-Amère et du Prince Armand, légère entorse au conte que la Belle au bois mordant ne remarque même pas.
Soupe aux contes, fatrasie fantasque, l’histoire mime ce que donnerait un rêve où tout se mêle. Les illustrations aux couleurs claquantes mettent en valeur les scènes de cruauté. Il y a des dents, des couteaux et des piques partout, mais les pauvres billes de l’ogre enfermées dans un sac (clin d’oeil à J. Joffo) n’ont rien de pathétique. Les images montrent aussi le double niveau de l’histoire en imitant des pages à demi repliées qui font voir en même temps d’une part le plan de la narration par Marie Parlotte, sur fond de nuit noire, celui de la réception pleine d’angoisse de celui qui l’écoute, et celui des histoires qu’elle raconte d’autre part.
En arrière plan, le désir de se faire conter des histoires, à tout âge, pour supporter l’absence et la peur du noir, l’inversion des rapports parents enfants, et la magie du verbe. D’ailleurs, si Motordu est seul et a du mal à s’endormir, c’est parce que la Princesse Dézécolle est partie pour une réunion avec les parents des lèvres sur la question du bavardage. Sur ce point, Marie Parlotte a une réponse : « il ne faut pas s’entendre dire : « Tais toi c’est mal ! » mais « T’es toi c’est bien ! » Le droit à la parole n’a rien de tordu. » Pef se donne le droit de tordre les contes et les mots en tous sens, et c’est bien lui (ou : c’est lui, bien).

http://www.gallimard-jeunesse.fr/

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