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24/12/2008

Bernanos, divinement illisible

bernanos.jpgMonsieur Ouine

Georges Bernanos

Le Castor astral, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

« Illisible ! Inintelligible ! » C’est d’une telle litanie d’adjectifs péremptoires que les correcteurs des éditions Plon émaillèrent, en 1935, les marges du manuscrit de Monsieur Ouine. Georges Bernanos s’était mis à rédiger, ou plutôt à rêver par écrit, ce roman dès l’année précédente. Sa version définitive, complétée de chapitres inédits écrits au Brésil, ne sera publiée qu’en 1955.

On peut donc admettre que cette œuvre, cent fois remise sur le métier, constitue le point d’orgue de la production bernanosienne. Synthèse de son art narratif et de ses réflexions sur l’éternel problème du mal, Monsieur Ouine est un absolu.


bernanos.jpg

Absolu stylistique d’abord, par son écriture dense, épaisse, quand ce n’est boursouflée à l’image du corps de Ouine lui-même. Le lecteur s’enfonce ici dans une nuit d’encre qui va l’emmener à la lisière du crime et de la dépossession de soi. Et Ouine, en « rieniste » acharné, l’accompagnera, parallèlement à sa propre agonie, au bout de cette déroute.

 

Absolu thématique surtout. Bernanos se mesure, dans ces pages plus encore que dans ses pamphlets, avec l’Ange, ou comme le dit très bien Juan Asensio, « avec la bouche du chaos ». Sous diverses incarnations (le châtelain ivrogne, l’enfant balançant entre innocence et impureté, le maire torturé de vices inavouables, etc.), une même folie destructrice ravage la communauté de Fenouille. La figure du prêtre, centrale, tente de ramener la Vérité au cœur de ce monde déliquescent. Mais quel effet aura le sermon qu’il prononce devant la dépouille du jeune valet que l’on a retrouvé assassiné et qui cristallise toutes les suspicions, toutes les haines du village ?

 

Chaque page de Monsieur Ouine suinte d’un profond malaise, qui se communiquera à quiconque se lancera dans cette hasardeuse exploration du dedans de l’être. Chacun trouvera, au détour d’un étrange frisson et pas uniquement du côté de la foi, les réponses qu’il consentira à y dévoiler ; personne en tout cas n’en sortira indemne.

Offrir donc de lire Bernanos en dehors des volumes de la Pléiade est une bien louable initiative, à encourager. On déplorera juste cette incongruité qui consiste, pour les citations de la préface signée Pierre-Robert Leclercq, à se rapporter… à l’édition sur papier bible de Gallimard ! Mais bon, la « petite bête malfaisante » qui ronge le fruit est à chercher ailleurs.

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